30.10 – 01.11.2020

The Diasporic Schools — Online

© Miko Revereza

Pour clôturer les activités de The Diasporic Schools, le Kunstenfestivaldesarts organise une présentation publique en ligne : trois jours de conférences, de rencontres avec les artistes et de projections, prenant la diaspora comme modèle de diffusion des savoirs. Trois jours pour une polyphonie de voix, considérant la distance non comme une séparation entre deux espaces, mais comme un espace en soi. Achille Mbembe donnera une conférence publique à propos du dispositif politique de la diaspora. Bouchra Khalili et Abdellali Hajjat proposeront une réflection sur les archives sonores comme élément central de mémoire pour les descendants de la diaspora maghrébine. Otobong Nkanga et Sandrine Honlassio partageront les enrichissements qu'elles retirent d'Ikọ, leur nouvelle plateforme créée pour l'occasion. Certaines de ces conversations seront le point final d'un cheminement qui aura parcouru tout le mois d'octobre. Yael Bartana présentera la classe qu'elle aura ouverte et tenue, empruntant la pratique du shofar à la tradition Juive pour repenser les rituels par-delà leurs codes très normatifs. Chrstian Nyampeta partagera les résultats d'École du soir : une réécriture collective de l'histoire du Rwanda par sa diaspora. Le programme public se terminera par une soirée centrée autour du travail du jeune écrivain et réalisateur philippin Miko Revereza. Ayant grandi à Los Angeles, Revereza travaille sur la relation entre le cinéma et la diaspora. Pour le Kunstenfestivaldesarts il élabore une soirée faite de lectures de ses propres textes et de projections en ligne (et en exclusivité) de certains de ses travaux où le langage cinématographique devient une métaphore de la notion de distance. Le programme public est l'acte final de The Diasporic Schools : un mois de réflexion sur l'histoire, sur les politiques et sur l'avenir des conversations à distance.

30.10

19:30 — 20:30 CET

Denise Ferreira da Silva en conversation avec Natasha Ginwala

Dr. Denise Ferreira da Silva est académicienne et artiste. Son travail questionne les enjeux éthiques et politiques de notre monde globalisé. Elle est l’autrice de Toward a Global Idea of Race (University of Minnesota Press, 2007), A Dívida Impagavel (Oficina da Imaginaçāo Política and Living Commons, 2019), Unpayable Debt (Stenberg/MIT Press, forthcoming) et coéditrice (avec Paula Chakravartty) de Race, Empire, and the Crisis of the Subprime (Johns Hopkins University Press, 2013). Ses nombreux articles ont été publiés dans des revues spécialisées un peu partout dans le monde, comme par exemple Social Text, Theory, Culture & Society, Social Identities, PhiloSOPHIA, Griffith Law Review, Theory & Event, The Black Scholar, pour n’en citer que quelques unes. Son travail artistique inclut les films Serpent Rain (2016) et 4Waters-Deep Implicancy (2018), réalisées en collaboration avec Arjuna Neuman ; et les œuvres d’“art relationnel” Poethical Readings et Sensing Salon, créées avec Valentina Desideri. Elle a été exposé et a donné des conférences dans de nombreux centres d’art prestigieux, comme le Pompidou Center (Paris), la Whitechapel Gallery (London), le MASP (Sāo Paulo), le Guggenheim (New York), et le MoMa (New York). Elle a aussi écrit pour des publications de grands événements artistiques (Liverpool Biennale, 2017 ; Sao Paulo Biennale, 2016 ; Venice Biennale, 2017 ; et documenta 14) et publié dans des revues d’art, comme Canadian Art, Texte Zur Kunst et E-Flux.  

Denise Ferreira da Silva est membre de plusieurs comités d’administration : à l’Haus de Kulturen de Welt (Berlin), l’International Consortium for Critical Theory Programs, mais aussi des journaux Postmodern Culture, Social Identities et Dark Matter.

31.10

16:00 — 17:30 CET

Christian Nyampeta, École du soir
Public talk modéré par Eric Cyuzuzo

Une fois par semaine, tout le long du mois d'octobre, Christian Nyampeta a animé École du soir, un programme d'étude sur l'écriture et la visualisation d'histoires intellectuelles directement inspiré par les récits de l'avant et de l'après Empire colonial belge au Rwanda. Par le biais d'un appel à participation, il a constitué un groupe de personnes basées dans différentes régions du monde pour repenser ensemble, via une plateforme de discussion en ligne, l'écriture de l'Histoire du Rwanda et sa relation avec la colonisation. Durant les sessions de travail, le groupe a réactualisé et subjectivé cette mémoire en réalisant une chronologie de leur propre vie et en reliant ces événements sociologiques à une histoire complète du pays, incluant la partie écrite au lendemain du génocide des Tutsis de 1994. Cette dernière écriture a été établie au moment où la recherche de la paix et de la réconciliation rendait primordial le besoin d'un récit prônant l'unité. À travers ce travail de réécriture littéraire, musical, théâtral et cinématographique, ce nouvel opus d'École du soir fait appel à des formes artistiques pour honorer et respecter ce besoin social impératif et pour aborder l'histoire, non seulement en tant que moyen de fixer le passé, mais aussi en tant que processus social de mise en commun. Cette présentation publique est une occasion de partager ce processus de travail qui a eu lieu dans le cadre de The Diasporic Schools et de repenser les plateformes pédagogiques ainsi que les pratiques artistiques dans leurs habilités à mettre en question et redimensionner les formes canoniques de l'écriture de l'Histoire.

18:00 — 19:00 CET

Achille Mbembe en conversation avec Ogutu Muraya

Achille Mbembe est Professeur et chercheur au département Histoire et Politiques au sein du Wits Institute for Social and Economic Research de l’Université de Witwatersrand, à Johannesbourg en Afrique du Sud. il est l’auteur de De la postcolonie (2001), Necropolitics (2019) et lauréat du Ernst Bloch Award 2018 et du Gerda Henkel Award.

19:30 — 20:30 CET

Bouchra Khalili avec Abdellali Hajjat
Conversation autour de An Audio Family Album modérée par Joachim Ben Yakou

Spécialement conçu pour The Diasporic Schools, An Audio Family Album part de l'héritage d'Al Assifa, une troupe de théâtre active entre 1972 et 1978, composée d'un groupe d'ouvriers nord-africains – tous nés colonisés – et de leurs allié·e·s étudiant·e·s français·es, et dont les spectacles ont été principalement joués dans des usines en grève et des espaces communautaires. Al Assifa a également publié un journal, Al Assifa: The Voice of Arab Workers. Dans ces années-là, les membres du groupe avaient l'habitude de faire la lecture du journal dans des cafés arabes à Paris pour permettre aux membres illettrés de la communauté d'accéder à l'information ; des cassettes audio étaient également utilisées pour faire circuler ce contenu parmi les communautés d'origine maghrébine dans plusieurs villes françaises, réaffirmant ainsi que la narration orale est une pratique puissante de résistance au discours officiel et au savoir dominant. Durant les dix derniers jours d’octobre Bouchra Khalili, en collaboration avec une jeune génération de membres des mêmes communautés vivant aujourd'hui en Europe, construit une archive de voix, accessible sur le site web du festival, relatant les histoires d'émancipations qui ont contribué à façonner les mémoires de la diaspora et les stratégies contemporaines de lutte qu’elle a mis en place. À travers les géographies et les générations, ces histoires forment un album de famille collectif, où, comme dans la tradition d'Al-Halqa, les voix incarnent la mémoire vivante et nomade des luttes pour l'émancipation. Pour son intervention dans le cadre du Programme public qui vient clore The Diasporic Schools, Bouchra Khalili s'entretient avec Abdellali Hajjat à propos de cette archive sonore, initiée à l'occasion des The Diasporic Schools, et qui se prolongera par la suite.

01.11

16:00 — 17:30 CET

Yael Bartana, The Shofar Schools
Public talk modéré par David Bernstein (à confirmer)

Une fois par semaine, tout le long du mois d'octobre, Yael Bartana a supervisé les cours de The Shofar school. Fabriqué à partir d'une corne de bélier, le shofar est un instrument joué à différents moments du calendrier juif, et presque un élément iconique du judaïsme et de ses communautés diasporiques. L'histoire même du shofar est liée à la nécessité de communiquer à distance. Il était en effet utilisé comme outil de transmission entre les villages de montagne éloignés pour annoncer l'observation de la nouvelle lune et du début du nouveau mois. Son bruit puissant est également étroitement lié à l'histoire de la diaspora, et au fait que, dans diverses circonstances et pendant des siècles, les Juifs ont risqué leur vie pour échapper à l'obligation d'écouter l'appel du shofar. La personne qui est capable de sonner le shofar est considérée comme l'un des membres les plus honorables de la communauté. De nos jours comme par le passé, l'apprentissage du shofar est cependant circonscrit par des critères très normatifs et, bien qu’il ne soit pas interdit aux femmes d’en jouer, c'est un honneur réservé aux hommes. A travers sa démarche artistique, Yael Bartana explore l'imagerie de l'identité, sonde la complexité de la diaspora juive et confronte souvent son public à des questions politiques et féministes à travers l'exploration de rituels. Pour The Diasporic Schools, Yael Bartana a créé une école rassemblant sur une plateforme de discussion en ligne via un appel à participants, des personnes de la diaspora juive, basées un peu partout dans le monde et quel que soit leur sexe, pour apprendre collectivement à sonner le shofar, partager des histoires, pour débattre autour des thèmes de la diaspora, de l’indentité, du bien-être animal et de la sexualité avec pour point de départ la pratique du shofar. Mais surtout, durant ce mois de travail et d’apprentissage, un groupe de personnes de différentes régions du monde a soufflé simultanément le cor, comme un appel collectif à remettre en question et à réimaginer de nouvelles formes d'identité. Yael Bartana expliquera, au cours de sa présentation publique, ce processus de travail et partagera le matériel qui a été produit.

18:00 — 19:00 CET

Otobong Nkanga and Sandrine Honliasso, Ikọ
Public talk modéré par Diana Campbell Betancourt

Pour leur participation au Programme public qui marque la fin de The Diasporic Schools, l’artiste Otobong Nkanga et la curatrice Sandrine Honliasso s'entretiennent toutes les deux à propos d’Ikọ. Initiée dans le cadre de The Diasporic Schools, Ikọ est une série de podcasts conçue par Otobong Nkanga et Sandrine Honliasso. Cette série fait écho au projet en évolution perpétuelle d’Otobong Nkanga Carved to flow, débuté en 2017. Carved to flow fonctionne comme une structure de soutien pour des projets engagés dans le développement d'activités  sociales, économiques et culturelles de régions isolées géographiquement. Ikọ est pensé comme un espace à géométrie variable qui vise à réunir différentes zones géographiques, à assembler des champs d’études distincts et à mettre en relation des pratiques hétérogènes pour susciter de nouvelles lectures du monde, construire de nouveaux moyens pour établir des relations et créer des biens. Unissant une grande variété de voix réagissant à différentes propositions sonores, Ikọ cherche à élargir nos approches des démarches artistiques et des champs culturels, en plus de permettre à une multiplicité de voix d’être entendues. Un épisode en podcast d’Ikọ est publié chaque mercredi du mois d’octobre, assemblant un large éventail de voix et de styles sous la forme de paysages sonores et de conversations, de poésie, d’interviews et de musique. Épisode après épisode Ikọ entraîne l’auditeur·ice dans le flux des idées, des peuples et des biens, et surtout dans une réflexion sur les formes de circulation, de connexion et d'attention à son prochain. Le son devient ici un outil pour creuser les complexités inhérentes aux matériaux et à leur valeur marchande, mais aussi pour mettre à jour combien les espaces et leurs ressources naturelles sont intimement liés aux émotions, à la mémoire et au savoir.

19:30 — 21:00 CET

Miko Revereza, A Relational Here and There: Towards a Stateless Cinema
Projection de films et conversations avec Daniel Blanga Gubbay

Voix émergente du cinéma expérimental contemporain, Miko Revereza est né à Manille et a grandi à Los Angeles. Il révèle, dans ses courts métrages, les topographies complexes de l’expérience diasporique, non seulement par le choix de son sujet mais aussi à travers un travail et une réflexion sur le langage cinématographique pris comme une métaphore de la distance (un infranchissable fossé entre sa propre position et l’envie d’être ailleurs). Il établit, dans son récent manifeste A Relational Here and There: Toward a Stateless Cinema, une corrélation intrinsèque entre le cinéma et la migration : tous deux étant une manifestation du mouvement humain lui-même. Il y décrit également comment l’utilisation du zoom constitue l’équivalent d’un geste réunificateur et, plus largement, comment les images en mouvement permettent de faire une médiation et de diminuer le sentiment d’éloignement dans la conscience de la diaspora philippine aux États-Unis. Le manifeste montre aussi comment la propagation des images électroniques des États-Unis vers les Philippines a encouragé plusieurs vagues d’immigration, dont sa famille a fait partie. Miko Revereza sera l’hôte de la dernière soirée du Programme public de The Diasporic Schools. Il présentera à cette occasion, en ligne, une sélection de ses courts métrages, lira quelque-uns de ses textes et nous parlera du cinéma et de la notion de distance. “Une conscience diasporique se définit moins par la question du pays d’origine que par la réalité vécue de la distance qui l’en sépare.”