SOMETHING (out of nothing) & BOGUS I-III

€ 18 / € 15
1h30
EN > FR / NL

Quelle place l’être humain peut-il encore s’inventer dans un monde où la catastrophe écologique et les nouvelles technologies ne cessent de le remettre fondamentalement en question ? Le nouveau spectacle de Kris Verdonck explore l’état physique et psychique de l’être humain face à son extinction prochaine. Le progrès technologique et la logique implacable du profit ont tous deux réduit l’humanité à un « produit jetable ». Prochaine étape : rendre son propre environnement de vie inhabitable. Mais que restera t-il une fois cette désertion sociale, économique et écologique définitivement accomplie ? Dans SOMETHING (out of nothing), les corps des danseurs ne sont plus que des silhouettes ou des ombres. Ils sont les fantômes enfantés par la dynamique destructive qui relie l’humain à son environnement. Dans l’espace, de grandes structures gonflables composent un paysage animé par les sons de la bruitiste et violoncelliste Leila Bordreuil et d’une batterie-robot. En parallèle à la performance, le musée Kanal – Centre Pompidou expose la série d’installations BOGUS I-III, trois variations autour d’objets performatifs qui une fois réunis forment un panorama étrange et hanté par la fin des temps.

Attention, la performance a lieu uniquement en anglais.

Exposition: BOGUS I-III
10–23.05 Kanal – Centre Pompidou
Les tickets pour l'exposition sont à vendre à Kanal – Centre Pompidou.

Avec un ticket pour la performance, vous avez accès le même jour à l'exposition à Kanal – Centre Pompidou. Heures d’ouverture :
22.05: 12:00 > 18:00
23.05: 12:00 > 22:00

Concept : Kris Verdonck
Dramaturgie : Kristof van Baarle
Avec : Mark Lorimer, Ula Sickle, Sophia Dinkel, Edward Lloyd
Cello et composition musicale : Leila Bordreuil
Costumes : Eefje Wijnings
Assistante costumière : Karolien Nuyttens
Création lumières : Jan Van Gijsel
Scénographie : Kris Verdonck, Eefje Wijnings
Logiciels & électronique : Vincent Malstaf
Coordination technique : Jan Van Gijsel   
Technique : Maarten Heijdra, Hugo van der Veldt

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Kaaitheater, Kanal – Centre Pompidou
Production : A Two Dogs Company / ICK Amsterdam
Coproduction : Spring Festival, Kaaitheater
Avec le soutien de : Tax Shelter of the Belgian Federal Government 

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SOMETHING (out of nothing)

Beauty was here long before we were and will be long after. (Robert Bringhurst et Ian Zwicky, Learning how to die)

L’homme n’a pas fondamentalement changé au cours de l’histoire, c’est le paysage qui connait des mutations. Une génération influence son environnement, la génération suivante subira ces changements en bien ou en mal, etc. (Jean Paul Van Bendegem)

Le passé détermine le présent, irrévocablement. Les choix et décisions d’hier conditionnent nos faits et gestes d’aujourd’hui et de demain. Heiner Müller les qualifiait de « fantômes du futur » : des nœuds inextricables entre ce qui fut et ce qui sera. Le siècle dernier a exercé une influence globale sur le paysage. Il n’existe rien dans ce monde qui ne soit sujet à la manipulation (technologique) humaine. Cette influence semble être préjudiciable à la vie sur terre telle que nous la connaissons. Mais quelle est alors la place de l’homme dans un monde où la catastrophe écologique et la technologie remettent précisément et de manière fondamentale sa place en cause ? Cette question est à l’origine du nouveau projet de Kris Verdonk/A Two Dogs Company en collaboration avec ICK  Amsterdam : SOMETHING (out of nothing).

Fantômes

Les travaux de Kris Verdonck interrogent en permanence la relation entre l’homme et la technologie. L’impact écologique de cette interaction est approfondi dans ce spectacle. SOMETHING (out of nothing) explore l’état physique et psychique de l’être humain face à l’extinction imminente. Les plantes et les animaux subissent déjà la sixième extinction de masse, et pour l’humanité la fin devient une réalité de plus en plus tangible. La combinaison d’un désir implacable de profit et de croissance associé aux progrès technologiques a réduit l’homme à un objet jetable. La prochaine étape sera de rendre inhabitable le paysage dans lequel nous vivons. Que restera-t-il après l’élimination sociale, économique et écologique ? Nous ne semblons pas le savoir, tout comme nous ignorons ce que cela signifie, ni quoi entreprendre une fois que nous en serons là. Comment imaginer ce qui dépasse l’imaginable – la fin de l’humanité en l’occurrence – et ce dont nous sommes nous-mêmes responsables ?

Les danseurs et les machines présents dans SOMETHING ne sont souvent que des silhouettes, des ombres, des sculptures vivantes. Ce sont les fantômes résultant de la dynamique destructrice entre l’humanité et le paysage. Ce dernier n’est plus « naturel » : il se compose de sculptures gonflables organiques qui croissent et rétrécissent, dirigées par des robots et indifférentes à la présence humaine. Les danseurs (Sophia Dinkel, Ula Sickle, Mark Lorimer et Edward Lloyd) évoluent comme des spectres dans un environnement de plus en plus « hanté » par les technologies et les catastrophes. Ils cherchent une opportunité de s’extraire d’un cycle déterministe qui les écrasent.

La chorégraphie s’inspire de deux types de fantômes issus du domaine de l’écologie. Une espèce est écologiquement éteinte lorsque son impact sur son environnement est devenu si faible que son rôle dans la chaîne écologique est considéré comme insignifiant. Pour cet environnement, peu importe si cette espèce particulière perdure ou non. Ce sont des animaux et des plantes qui n’ont plus aucune fonction. Un « anachronisme écologique » est un autre cas de figure dans lequel des plantes ou des arbres produisent des fruits qui ne sont plus consommés car les espèces animales avec lesquelles ils coopéraient n’existent plus. En raison de la perte de biodiversité due à l’influence humaine, on parle maintenant de forêts vides, de savanes vides. Éliminés mais toujours actifs, les personnages de SOMETHING (out of nothing) sont dans le même état paradoxal. Ils sont des figurants dans leur propre existence. Ils sont littéralement Unheimlich, d’une inquiétante étrangeté : déracinés, pas à leur place et hors du temps.

Une longue tradition d’esprits, d’entités vivantes, ou mortes, existe dans le théâtre. Deux formes de théâtre historique portent littéralement en scène des entités fantomatiques : les véritables fantômes du théâtre Nô japonais, et les fantômes de la mémoire et des acteurs objectivés dans l’œuvre de Samuel Beckett. Kris Verdonck s’inspire des deux dans sa recherche pour découvrir la nature fondamentale des fantômes contemporains. Ce spectacle est une des étapes de la recherche qu’il mène sur plusieurs années, portant sur les points communs entre les deux genres. Outre des éléments formels, ils partagent cette condition où tout est du passé. Il ne reste que des souvenirs et des répétitions. Comment illustrer les seuils entre absence et présence au théâtre ? Tout comme chez Beckett et dans le théâtre Nô, tous les moyens mis en œuvre dans SOMETHING (out of nothing) se concentrent sur la création d’un environnement où pourront se déployer l’absurde et l’hallucination d’un monde au-delà de la fin.

Continuer après la fin

SOMETHING (out of nothing) se compose de trois parties. Chacune d’entre elles est accompagnée par une voix off (Tawny Andersen). Descriptions de destructions, de paysages d’après les hommes, des récits narrant des tentatives pour remédier à la catastrophe, un poème : la voix parle elle aussi d’un point de vue spectral. Un paysage sonore fait de de bruits (de la violoncelliste Leila Bourdreuil et de percussions automatisées) amplifie la tension entre présence et absence et matérialise, avec la voix off et les sculptures gonflables, l’environnement et le temps de l’après humain.

Que signifie vivre après la fin, comme un fantôme aliéné de son environnement ? Les personnages sur scène cherchent vainement un sens dans un monde à taille non-humaine, sans point de référence. Comme dans un processus de deuil, l’acceptation succède au déni et à la résistance. Même si cela n’importe plus, ils posent tout de même des actes, histoire de faire quelque chose. Au-delà de tout drame, de tout développement, dans les marges, un saut, un infime glissement ou un geste insignifiant dans une tentative de malgré tout chasser les fantômes : c’est probablement ce que Beckett voulait dire quand il écrivit : “là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.” (Samuel Beckett, L’Innommable)

Kristof van Baarle

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Les différentes formations qu’a suivies Kris Verdonck (°1974) – arts visuels, architecture et théâtre – se retrouvent dans son travail : on peut situer ses créations à la frontière entre les arts plastiques et le théâtre, l’installation et la performance, la danse et l’architecture. Comme metteur en scène et plasticien, il a déjà réalisé une large variété de projets, comme 5 (2003), Catching Whales Is Easy (2004) et II (2005). Verdonck présente souvent des combinaisons de différentes installations/performances sous forme de VARIATIONS. Le développement de son œuvre a été marqué par des projets tels que : UNTITLED (2014) (une exploration du phénomène du personnage lâché, de l’interprète entravé lancé sur le théâtre comme par une construction mécanique), ISOS (2015) (une installation vidéo 3D, inspirée par l’œuvre de l’auteur britannique de science-fiction J.G. Ballard), IN VOID (2016) (un circuit d’installations sur l’absence humain) BOSCH BEACH (2016) (un opéra basé dans lequel le paradis factice des villages de vacances et l’enfer sur terre de Bosch se rejoignent sans faire un pli) et la production pour grande salle Conversations (at the end of the world) (2017).

Kristof van Baarle est dramaturge et chercheur. En 2018, il obtient son doctorat en arts à l’Université de Gand, intitulé Du cyborg à l’appareil. Figures du posthumanisme dans la philosophie de Giorgio Agamben et les arts performatifs contemporains de Kris Verdonck. Il enseigne en 2018-2019 à l’Université de Gand et à l’Université d’Anvers, où il travaille également comme assistant doctorant sur des recherches complémentaires. En tant que dramaturge, Kristof est rattaché à Kris Verdonck/A Two Dogs Company, et a travaillé / travaille avec Michiel Vandevelde, Heike Langsdorf, Thomas Ryckewaert et Alexander Vantournhout.

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