Scenes: Glimpses From a Lockdown

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€ 10 / € 7
Performative installatie geschatte lengte: 30 — 75 min

Reconnu comme l’une des figures de proue du cinéma documentaire, Wang Bing a développé une esthétique cinématographique singulière, où les récits basés sur l’image sont capables de contrer les discours dominants sur la Chine contemporaine. Au cours des dernières années, il a travaillé intensivement dans deux lieux parallèles pour enquêter sur la relation entre la Chine et l’Afrique de l’Ouest comme canal de relations économiques parmi les plus intenses de la mondialisation contemporaine. Il a d’une part filmé le portrait des communautés de travailleur·euse·s ouest-africain·es actuellement installés dans le district industriel de Guangzhou. D’autre part, la ville de Lagos, son paysage urbain et ses infrastructures, dans laquelle Wang Bing retrace la présence de la Chine, et ses formes particulières de colonisation économique de l’Afrique de l’Ouest. Cette trajectoire fascinante a été brusquement interrompue lorsque toute la Chine continentale s'est retrouvée dans une situation de confinement extrêmement sévère pour contenir l'épidémie de COVID-19. Scenes: Glimpses From a Lockdown, qui sera finalement présenté à Bruxelles, est la synthèse de cette expérience : une installation performative, fusionnant films et storytelling, où les deux situations géopolitiques sont réunies comme les deux faces d’une même pièce, et dans laquelle la fragilité de notre ordre mondial devient physiquement palpable. Wang Bing recrée à Bruxelles le studio dans lequel il a été contraint de rester tous ces mois. Pour la première fois de sa carrière, il présentera une installation dans laquelle il vivra et travaillera 24/24h pendant toute la durée du festival. Il invite le public à regarder sa fresque audiovisuelle minutieuse qui reconnecte les symétries et les asymétries dans la relation entre la Chine et l'Afrique, et dans laquelle la mondialisation s'exprime comme une interconnexion de présences visibles et de forces invisibles. Il se demande si l'ancien ordre sera rétabli ou s'il y a de la place pour un nouvel avenir ?

Voir aussi : Discursive moments

Présentation : Kunstenfestivaldesarts-Les Halles de Schaerbeek  

Artiste : Wang Bing
Production : Lihong Kong, Yang Wang 
Courtoisie de Magician Space, Pékin
Courtoisie de la Galerie Chantal Crousel, Paris 

Coproduction : Kunstenfestivaldesarts

Cette commission est soutenue par Mid Atlantic Arts Foundation par le biais de USArtists International en partenariat avec National Endowment for the Arts, l'Andrew W. Mellon Foundation et la Howard Gilman Foundation

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Voyager dans les limbes  

"Monsieur, il n'y a rien à voir ici." Voilà la phrase prononcée en langue étrangère que nous entendons au début de Scènes, la nouvelle installation de Wang Bing. L'admonestation semble s'adresser au cinéaste hors champ, alors qu'il dirige sa caméra vers un grand essaim de camions de pétrole apparemment réduit au chômage technique dans la banlieue verte d'une ville encore inconnue. Serait-ce une coïncidence que Wang Bing ait donné à cette scène, dans laquelle l'attention est exceptionnellement attirée sur lui-même, une place aussi importante ? Scenes est, après tout, le résultat de sa première incursion cinématographique bien au-delà de sa Chine natale, notamment à Lagos, la ville la plus peuplée du Nigeria et par extension du continent africain.  

Ce n'est toutefois pas la première fois que le cinéaste se rend dans des endroits où, selon la réglementation en vigueur, il "n'a rien à y voir". Il y a déjà deux décennies, l'ex-étudiant en photographie et en art, alors récemment diplômé, a pénétré au cœur du quartier industriel condamné de Tiexi, dans le nord-est de la Chine, où sans autorisation officielle, il a filmé durant deux ans le labyrinthe des bâtiments d'usine et des espaces de vie qui les accompagnent. Avec une caméra DV louée, il a réussi à capturer de manière inimitable la vie précaire des travailleurs·euses restant·e·s, confrontés à la détérioration progressive de leur cadre de vie et de leur sécurité d'emploi. À partir de plus de trois cents heures d'images, il a créé le monumental Tie Xi Qu / À l’ouest des rails (2002), un document de neuf heures sur la transition de la Chine d'une économie planifiée axée sur l'industrie à une économie de marché centrée sur la consommation, et sur l'érosion de la classe ouvrière collective qui en a résulté et qui a inexorablement fait place à une augmentation de la main-d'œuvre bon marché et temporaire.  

Depuis lors, Wang Bing a inlassablement porté son regard sur les expériences de vie banales et injustes trop souvent étouffées par la réussite du "miracle de la croissance" de la Chine. Dans un petit village de montagne de la province du Yunnan, il a réalisé le portrait de trois jeunes sœurs (San Zimei / Les Trois sœurs du Yunnan, 2012) qui sont devenues autonomes lorsque leurs parents sont partis travailler dans des villes éloignées – une situation qui touche malheureusement des dizaines de millions d'enfants en Chine. Pour Ku Qian / Argent amer (2016), il a suivi trois jeunes qui ont d'abord quitté leur village natal pour chercher du travail dans la ville de Huzhou, située à l'est du pays et connue pour son grand nombre de travailleurs temporaires. Dans ce film et dans d'autres, Wang Bing établit patiemment l'inventaire des conditions matérielles et sociales paupérisées des travailleurs·euses migrant·e·s qui sont principalement ruraux et ne peuvent prétendre à la citoyenneté urbaine, ce qui fait que plus d'un dixième des ressortissant·e·s chinois·e·s sont considéré·e·s comme des étrangers·ères en situation irrégulière dans leur propre pays. Des ateliers urbains où ces "citoyen·ne·s de seconde zone" triment de longues heures pour un maigre salaire et prennent douloureusement conscience de ce que l'on appelle communément le "goût amer de l'argent", à une institution psychiatrique isolée où les malades mentaux et les apostats politiques sont abandonné·e·s à leur sort (Feng ai / À la folie, 2013) ou aux camps de réfugié·e·s où les membres des Ta'ang, une minorité ethnique birmane, sont pris au piège entre une violente guerre civile et la frontière chinoise (Ta'ang / Ta’ang, un peuple en exil entre Chine et Birmanie, 2016) : dans la géographie interne de l'œuvre de Wang Bing, les vies incertaines de ceux et celles qui se trouvent en marge de la société, au milieu des vastes paysages en rapide évolution de la Chine du XXIe siècle, sont centrales.  

Le pas vers l'Afrique est-il vraiment si grand ? Sous la bannière de l'amitié historique forgée entre la Chine et l'Afrique depuis l'apogée postcoloniale du Mouvement des non-alignés, les échanges entre les deux régions se sont en effet considérablement développés au cours des deux dernières décennies, une évolution qui est suivie attentivement sur la scène économique et géopolitique mondiale. Alors que la Chine aime vanter ses investissements et ses projets d'infrastructure à grande échelle qui, selon elle, devraient aboutir à un résultat "gagnant-gagnant", les accusations de néocolonialisme résonnent de plus en plus fort à son égard. Comme l'a écrit Lamido Sanusi, l'ancien gouverneur de la Banque centrale du Nigeria : "La Chine prend nos matières premières et nous vend des produits manufacturés. C'était aussi l'essence du colonialisme". Mais la discussion sur la question de savoir si la Chine se positionne comme une puissance colonisatrice ou comme un bienfaiteur capitaliste transcende une réalité sociale et interculturelle en pleine transformation, qui pose des défis considérables aux deux parties. La politique de présence de la Chine en Afrique concerne non seulement les capitaux et les biens mais aussi la force de travail, ce qui se traduit par un nombre croissant de travailleurs·euses de la construction, de constructeurs·rices de routes et de commerçant·e·s dans le tissu socio-économique. D'autre part, depuis la libéralisation économique des années 1990, de nombreux·ses étudiant·e·s et entrepreneurs·euses africain·e·s ont tenté leur chance dans les grandes villes chinoises. C'est notamment le cas à Guangzhou, une méga-ville située dans le sud du delta de la rivière des Perles, une des régions les plus peuplées du monde, qui est devenue une plaque tournante du commerce de détail entre la superpuissance économique et plusieurs États africains.  

L'un de ces petits commerçants est le personnage central de Scènes. Wang Bing a rencontré Kingsley à Guangzhou, où il tient un salon de coiffure et achète des marchandises pour le magasin qu'il tient avec sa femme dans le district d'Ikotun à Lagos. Cette rencontre fortuite – une impulsion constante dans sa pratique – a finalement conduit Wang Bing en Afrique à l'automne 2019, un voyage qu'il attendait depuis plusieurs années. Les enregistrements qu'il a réalisés à Lagos ont constitué le matériel de base d'une première version de l'installation, qui faisait partie de l'exposition Chine ⇋ Afrique au Centre Pompidou à Paris. Cette première version montre des fragments des premières impressions de Wang Bing sur la métropole africaine, de l'agriculture et de l'accumulation des déchets en périphérie aux commerces de détail et aux services de covoiturage dans les centres. La présence chinoise est implicite dans les références à deux des principales activités économiques chinoises au Nigeria, l'extraction du pétrole et l'exploitation minière, qui par inadvertance résonnent avec les précédentes explorations de Wang Bing sur l'industrie énergétique chinoise, Caiyou riji / Crude Oil (2008) et Tong dao / L'argent du charbon (2009). Mais elle se manifeste aussi dans les milliers de coursiers à moto dont l'équipement vert vif contraste avec le paysage urbain majoritairement terne, pas si différent des services similaires des villes chinoises. En outre, le service de coursiers est l'une des traces visibles de l'entrée récente de la Chine dans le paysage africain du commerce électronique et de la technologie financière, car l'entreprise en question aspire à être une plate-forme numérique multifonctionnelle. Ou comment le flux de capitaux chinois ouvre peu à peu la voie à la vie en ligne africaine.   

Alors que la Chine s'abreuve de  ressources naturelles de l'Afrique, les États africains importent de grandes quantités de biens de consommation bon marché étiquetés "made in China". Ce sont de telles marchandises que Kingsley et sa femme proposent dans leur boutique, qui semble être construite à la hâte et où tout porte les marques du provisoire. Wang Bing suit les deux personnages, avec leur jeune fils, dans leurs errances à travers le réseau sursaturé de rues et de ruelles d'Ikotun, dans l'enchevêtrement à plusieurs niveaux de modestes échoppes et de couloirs étroits dont leur commerce fait partie. Il sait  comme nul autre comment déplacer sa caméra à main dans les espaces confinés, s'adaptant constamment à l'environnement, cherchant toujours la bonne distance avec les personnages. Il prend le temps d'observer longuement leur activité quotidienne, une temporalité qui leur confère une existence à l'écran qui transcende les lieux communs à courte vue. C'est dans ce balayage constant que Wang Bing parvient à se débarrasser des connotations négatives souvent associées aux tournages qui ont lieux dans des endroits où l'on dit du cinéaste qu'il n'a "rien à y voir". Si son travail ne montre aucune trace de voyeurisme misérabiliste, c'est précisément en raison de son attention intense à ce qui se trouve devant l'objectif, sans prétendre savoir et comprendre à l'avance ce qui doit être vu. Il ne prend pas la position de celui qui sait, mais de celui qui choisit de regarder, constamment à l'affût de l'inattendu, de ce qui ne peut être saisi dans des cadres omniscients. C'est une approche qui respecte les dimensions visibles de l'injustice et qui, en même temps, s'oppose radicalement à l'injustice élémentaire qui condamne les "damné·es de la terre" à l'invisibilité ou à la stigmatisation. Plutôt que de les enfermer dans un cadre censé convenir à leur vie, Wang Bing s'efforce d'obtenir une visibilité ouverte aux fragments du possible.  

L'installation in progress de Wang Bing promet de devenir un diptyque, avec une partie enregistrée à Lagos et l'autre à Guangzhou. Dans l'intervalle, la pandémie a non seulement suspendu le retour prévu de Kingsley en Chine, mais elle a également exacerbé la discrimination à l'égard des migrants·e·s, qu'ils·elles soient originaires de Chine rurale ou d'Afrique. La campagne draconienne contre la poursuite de la propagation du virus les a stigmatisés de manière significative en tant que populations à haut risque, avec pour conséquence que beaucoup ont perdu leur maison et sont privés de toute forme de service. Alors que les inégalités en matière de logement, de soins de santé, d'éducation, d'emploi et de sécurité du séjour continuent de se creuser, les conditions de vie des travailleurs·euses migrant·es risquent de devenir de plus en plus précaires. Cette terrible évolution n'aura certainement pas échappé à Wang Bing, qui est retourné à Guangzhou fin avril pour poursuivre le tournage. Le chroniqueur inébranlable des dessous du mythe économique chinois persiste à se concentrer sur les vies précaires qui sont généralement condamnées à l'obscurité. Une tâche que les voix autoritaires qui prescrivent où “on a à faire ou pas” sont trop promptes à ignorer.

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Wang Bing (né en 1967 à Xi’an en Chine) est une des figures les plus marquante du cinéma documentaire chinois. Il s’est révélé au public à travers sa trilogie Tie Xi Qu (À l’ouest des rails, 1999-2003) qui montre, durant 9 heures, le déclin du district industriel de Tiexi dans la ville de Shenyang. Au fil des ans, Wang Bing a développé une esthétique cinématographique singulière, où les récits basés sur l’image sont capables de contrer les discours dominants sur la Chine contemporaine. Ses œuvres ont autant pour medium le long-métrage documentaire et de fiction, que l’installation vidéo ou la photographie. Chacune d’elle comporte une dimension historique et choisi de montrer le point de vue des exclus et laissés-pour-compte des profondes transformations que connait la Chine aujourd’hui.

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