Programme public

Pour clôturer les activités de The Diasporic Schools, le Kunstenfestivaldesarts organise une présentation publique en ligne : trois jours de conférences, de rencontres avec les artistes et de projections, prenant la diaspora comme modèle de diffusion des savoirs. Trois jours pour une polyphonie de voix, considérant la distance non comme une séparation entre deux espaces, mais comme un espace en soi. Achille Mbembe donnera une conférence publique à propos du dispositif politique de la diaspora. Bouchra Khalili et Abdellali Hajjat proposeront une réflection sur les archives sonores comme élément central de mémoire pour les descendants de la diaspora maghrébine. Otobong Nkanga et Sandrine Honlassio partageront les enrichissements qu'elles retirent d'Ikọ, leur nouvelle plateforme créée pour l'occasion. Certaines de ces conversations seront le point final d'un cheminement qui aura parcouru tout le mois d'octobre. Yael Bartana présentera la classe qu'elle aura ouverte et tenue, empruntant la pratique du shofar à la tradition Juive pour repenser les rituels par-delà leurs codes très normatifs. Chrstian Nyampeta partagera les résultats d'École du soir : une réécriture collective de l'histoire du Rwanda par sa diaspora. Le programme public se terminera par une soirée centrée autour du travail du jeune écrivain et réalisateur philippin Miko Revereza. Ayant grandi à Los Angeles, Revereza travaille sur la relation entre le cinéma et la diaspora. Pour le Kunstenfestivaldesarts il élabore une soirée faite de lectures de ses propres textes et de projections en ligne (et en exclusivité) de certains de ses travaux où le langage cinématographique devient une métaphore de la notion de distance. Le programme public est l'acte final de The Diasporic Schools : un mois de réflexion sur l'histoire, sur les politiques et sur l'avenir des conversations à distance.

30.10

18:00 – 19:00 CET
Samah Hijawi et Reem Shilleh, The Ramallah Club Network - Épidode 5

Samah Hijawi et Reem Shilleh prennent le Ramallah Clubs Network (de la diaspora palestinienne aux États-Unis) comme point de départ à une réflexion sur les particularités et les complexités de la diaspora palestinienne et de ses manifestations. Elles font l’expérience de l’exil et de la reconfiguration des rapports entre pays d'origine et lieu de vie qui l’accompagne. Bien souvent les membres des communautés diasporiques retissent des liens par le biais de centres communautaires, de festivals et d'événements qui leur permettent de perpétuer leurs pratiques culturelles et de garder la communauté soudée. Mais au-delà de partager un repas, une danse ou une conversation, quels éléments intangibles ces rassemblements véhiculent-ils ? Quelles sont les autres formes et les autres outils qui permettent de comprendre la relation complexe qui s'établit entre l’ici et le là-bas ? Au regard de la réalité coloniale en Palestine, comment ces dispositifs contribuent-ils aux formes directes et indirectes de résistance, à la formation de nouveaux récits et aux actes de mémoire ? À travers une série de conversations diffusée en ligne sur Radio Al-Hara chaque jeudi du mois d’octobre, Samah Hijawi et Reem Shilleh s’entretiennent avec des collègues, des artistes, des réalisateurs, des militants et des amis, venus de tous horizons, entretenant un lien avec leur expérience de la diaspora et de l’exil, mais aussi avec leur désir de reconnexion. Vendredi 30.10, l'épisode 5 de The Ramallah Club Network sera diffusé en live sur notre page Facebook.

19:30 — 20:30 CET
Denise Ferreira da Silva en conversation avec Natasha Ginwala

Dr. Denise Ferreira da Silva est académicienne et artiste. Son travail questionne les enjeux éthiques et politiques de notre monde globalisé. Elle est l’autrice de Toward a Global Idea of Race (University of Minnesota Press, 2007), A Dívida Impagavel (Oficina da Imaginaçāo Política and Living Commons, 2019), Unpayable Debt (Stenberg/MIT Press, forthcoming) et coéditrice (avec Paula Chakravartty) de Race, Empire, and the Crisis of the Subprime (Johns Hopkins University Press, 2013). Ses nombreux articles ont été publiés dans des revues spécialisées un peu partout dans le monde, comme par exemple Social Text, Theory, Culture & Society, Social Identities, PhiloSOPHIA, Griffith Law Review, Theory & Event, The Black Scholar, pour n’en citer que quelques unes. Son travail artistique inclut les films Serpent Rain (2016) et 4Waters-Deep Implicancy (2018), réalisées en collaboration avec Arjuna Neuman ; et les œuvres d’“art relationnel” Poethical Readings et Sensing Salon, créées avec Valentina Desideri. Elle a été exposé et a donné des conférences dans de nombreux centres d’art prestigieux, comme le Pompidou Center (Paris), la Whitechapel Gallery (London), le MASP (Sāo Paulo), le Guggenheim (New York), et le MoMa (New York). Elle a aussi écrit pour des publications de grands événements artistiques (Liverpool Biennale, 2017 ; Sao Paulo Biennale, 2016 ; Venice Biennale, 2017 ; et documenta 14) et publié dans des revues d’art, comme Canadian Art, Texte Zur Kunst et E-Flux.  

Denise Ferreira da Silva est membre de plusieurs comités d’administration : à l’Haus de Kulturen de Welt (Berlin), l’International Consortium for Critical Theory Programs, mais aussi des journaux Postmodern Culture, Social Identities et Dark Matter.

31.10

16:00 — 17:30 CET
Christian Nyampeta, École du soir
Public talk modéré par Eric Cyuzuzo

Une fois par semaine, tout le long du mois d'octobre, Christian Nyampeta a animé École du soir, un programme d'étude sur l'écriture et la visualisation d'histoires intellectuelles directement inspiré par les récits de l'avant et de l'après Empire colonial belge au Rwanda. Par le biais d'un appel à participation, il a constitué un groupe de personnes basées dans différentes régions du monde pour repenser ensemble, via une plateforme de discussion en ligne, l'écriture de l'Histoire du Rwanda et sa relation avec la colonisation. Durant les sessions de travail, le groupe a réactualisé et subjectivé cette mémoire en réalisant une chronologie de leur propre vie et en reliant ces événements sociologiques à une histoire complète du pays, incluant la partie écrite au lendemain du génocide des Tutsis de 1994. Cette dernière écriture a été établie au moment où la recherche de la paix et de la réconciliation rendait primordial le besoin d'un récit prônant l'unité. À travers ce travail de réécriture littéraire, musical, théâtral et cinématographique, ce nouvel opus d'École du soir fait appel à des formes artistiques pour honorer et respecter ce besoin social impératif et pour aborder l'histoire, non seulement en tant que moyen de fixer le passé, mais aussi en tant que processus social de mise en commun. Cette présentation publique est une occasion de partager ce processus de travail qui a eu lieu dans le cadre de The Diasporic Schools et de repenser les plateformes pédagogiques ainsi que les pratiques artistiques dans leurs habilités à mettre en question et redimensionner les formes canoniques de l'écriture de l'Histoire.

18:00 — 19:00 CET
Achille Mbembe en conversation avec Ogutu Muraya

Achille Mbembe est professeur d’histoire et de sciences politiques. Né au Cameroun, il enseigne aujourd’hui à l’Université de Witwatersrand à Johannesbourg. Il est considéré comme l’un des penseurs contemporain les plus créatifs et influents. Son travail lui a permis d’élaborer une critique originale de la notion de race, du colonialisme et de l’universalisme. Ses recherches les plus récentes l’ont amené à se concentrer sur l’avenir du vivant et l'émergence de nouvelles consciences planétaires. Sommes-nous condamnés à être de plus en plus détachés et éloignés les uns des autres ? L’humanité peut-elle continuer à vanter sa supériorité sur le vivant, à soumettre et à dominer la “nature” et l’”autre” ? Pour cette conférence en ligne, donnée dans le cadre du Programme public de The Diasporic Schools, Achille Mbembe se concentrera sur la notion de mondialité réparatrice et sur la possibilité de penser un monde commun à l’ère de l'anthropogenèse.

19:30 — 20:30 CET
Bouchra Khalili, An Audio Family Album
Public talk modéré par Joachim Ben Yakoub

Spécialement conçu pour The Diasporic Schools, An Audio Family Album part de l'héritage d'Al Assifa, une troupe de théâtre active entre 1972 et 1978, composée d'un groupe d'ouvriers nord-africains – tous nés colonisés – et de leurs allié·e·s étudiant·e·s français·es, et dont les spectacles ont été principalement joués dans des usines en grève et des espaces communautaires. Al Assifa a également publié un journal, Al Assifa: The Voice of Arab Workers. Dans ces années-là, les membres du groupe avaient l'habitude de faire la lecture du journal dans des cafés arabes à Paris pour permettre aux membres illettrés de la communauté d'accéder à l'information ; des cassettes audio étaient également utilisées pour faire circuler ce contenu parmi les communautés d'origine maghrébine dans plusieurs villes françaises, réaffirmant ainsi que la narration orale est une pratique puissante de résistance au discours officiel et au savoir dominant. Durant les dix derniers jours d’octobre Bouchra Khalili, en collaboration avec une jeune génération de membres des mêmes communautés vivant aujourd'hui en Europe, construit une archive de voix, accessible sur le site web du festival, relatant les histoires d'émancipations qui ont contribué à façonner les mémoires de la diaspora et les stratégies contemporaines de lutte qu’elle a mis en place. À travers les géographies et les générations, ces histoires forment un album de famille collectif, où, comme dans la tradition d'Al-Halqa, les voix incarnent la mémoire vivante et nomade des luttes pour l'émancipation. Pour son intervention dans le cadre du Programme public qui vient clore The Diasporic Schools, Bouchra Khalili s'entretient avec Abdellali Hajjat à propos de cette archive sonore, initiée à l'occasion des The Diasporic Schools, et qui se prolongera par la suite.

01.11

16:00 — 17:30 CET
Yael Bartana, The Shofar Schools
Public talk modéré par David Bernstein

Une fois par semaine, tout le long du mois d'octobre, Yael Bartana a supervisé les cours de The Shofar school. Fabriqué à partir d'une corne de bélier, le shofar est un instrument joué à différents moments du calendrier juif, et presque un élément iconique du judaïsme et de ses communautés diasporiques. L'histoire même du shofar est liée à la nécessité de communiquer à distance. Il était en effet utilisé comme outil de transmission entre les villages de montagne éloignés pour annoncer l'observation de la nouvelle lune et du début du nouveau mois. Son bruit puissant est également étroitement lié à l'histoire de la diaspora, et au fait que, dans diverses circonstances et pendant des siècles, les Juifs ont risqué leur vie pour échapper à l'obligation d'écouter l'appel du shofar. La personne qui est capable de sonner le shofar est considérée comme l'un des membres les plus honorables de la communauté. De nos jours comme par le passé, l'apprentissage du shofar est cependant circonscrit par des critères très normatifs et, bien qu’il ne soit pas interdit aux femmes d’en jouer, c'est un honneur réservé aux hommes. A travers sa démarche artistique, Yael Bartana explore l'imagerie de l'identité, sonde la complexité de la diaspora juive et confronte souvent son public à des questions politiques et féministes à travers l'exploration de rituels. Pour The Diasporic Schools, Yael Bartana a créé une école rassemblant sur une plateforme de discussion en ligne via un appel à participants, des personnes de la diaspora juive, basées un peu partout dans le monde et quel que soit leur sexe, pour apprendre collectivement à sonner le shofar, partager des histoires, pour débattre autour des thèmes de la diaspora, de l’indentité, du bien-être animal et de la sexualité avec pour point de départ la pratique du shofar. Mais surtout, durant ce mois de travail et d’apprentissage, un groupe de personnes de différentes régions du monde a soufflé simultanément le cor, comme un appel collectif à remettre en question et à réimaginer de nouvelles formes d'identité. Yael Bartana expliquera, au cours de sa présentation publique, ce processus de travail et partagera le matériel qui a été produit.

18:00 — 19:00 CET
Otobong Nkanga and Sandrine Honliasso, Ikọ
Public talk modéré par Diana Campbell Betancourt

Pour leur participation au Programme public qui marque la fin de The Diasporic Schools, l’artiste Otobong Nkanga et la curatrice Sandrine Honliasso s'entretiennent toutes les deux à propos d’Ikọ. Initiée dans le cadre de The Diasporic Schools, Ikọ est une série de podcasts conçue par Otobong Nkanga et Sandrine Honliasso. Cette série fait écho au projet en évolution perpétuelle d’Otobong Nkanga Carved to flow, débuté en 2017. Carved to flow fonctionne comme une structure de soutien pour des projets engagés dans le développement d'activités  sociales, économiques et culturelles de régions isolées géographiquement. Ikọ est pensé comme un espace à géométrie variable qui vise à réunir différentes zones géographiques, à assembler des champs d’études distincts et à mettre en relation des pratiques hétérogènes pour susciter de nouvelles lectures du monde, construire de nouveaux moyens pour établir des relations et créer des biens. Unissant une grande variété de voix réagissant à différentes propositions sonores, Ikọ cherche à élargir nos approches des démarches artistiques et des champs culturels, en plus de permettre à une multiplicité de voix d’être entendues. Un épisode en podcast d’Ikọ est publié chaque mercredi du mois d’octobre, assemblant un large éventail de voix et de styles sous la forme de paysages sonores et de conversations, de poésie, d’interviews et de musique. Épisode après épisode Ikọ entraîne l’auditeur·ice dans le flux des idées, des peuples et des biens, et surtout dans une réflexion sur les formes de circulation, de connexion et d'attention à son prochain. Le son devient ici un outil pour creuser les complexités inhérentes aux matériaux et à leur valeur marchande, mais aussi pour mettre à jour combien les espaces et leurs ressources naturelles sont intimement liés aux émotions, à la mémoire et au savoir.

19:30 — 21:00 CET
Miko Revereza, A Relational Here and There: Towards a Stateless Cinema
Projection de films et conversations avec Daniel Blanga Gubbay

Voix émergente du cinéma expérimental contemporain, Miko Revereza est né à Manille et a grandi à Los Angeles. Il révèle, dans ses courts métrages, les topographies complexes de l’expérience diasporique, non seulement par le choix de son sujet mais aussi à travers un travail et une réflexion sur le langage cinématographique pris comme une métaphore de la distance (un infranchissable fossé entre sa propre position et l’envie d’être ailleurs). Il établit, dans son récent manifeste A Relational Here and There: Toward a Stateless Cinema, une corrélation intrinsèque entre le cinéma et la migration : tous deux étant une manifestation du mouvement humain lui-même. Il y décrit également comment l’utilisation du zoom constitue l’équivalent d’un geste réunificateur et, plus largement, comment les images en mouvement permettent de faire une médiation et de diminuer le sentiment d’éloignement dans la conscience de la diaspora philippine aux États-Unis. Le manifeste montre aussi comment la propagation des images électroniques des États-Unis vers les Philippines a encouragé plusieurs vagues d’immigration, dont sa famille a fait partie. Miko Revereza sera l’hôte de la dernière soirée du Programme public de The Diasporic Schools. Il présentera à cette occasion, en ligne, une sélection de ses courts métrages, lira quelque-uns de ses textes et nous parlera du cinéma et de la notion de distance. “Une conscience diasporique se définit moins par la question du pays d’origine que par la réalité vécue de la distance qui l’en sépare.”

Dia Spore

Par Cecilia Vicuña 

Pour celles et ceux parmi nous qui sommes diasporés, à la suite de coups militaires, de guerres, de famines, ou par choix personnel, cet éloignement nous apparaît comme une extraction, comme si nous avions été arrachés à l'étreinte d'un tout (ou d'un trou), à partir duquel, imaginaire, nous retissons pourtant notre être. 

Ce tissage s'appuie uniquement sur une envie, un besoin de plénitude, le désir d'appartenance qui nous anime tous, depuis les bactéries jusqu'aux mammifères. Nous sommes tou·te·s suspendu·e·s à un téton géant, une mère appelée le « pis » dans les anciens védas : « La pensée jaillit du pis de sa mère ; telle un large fleuve, elle tête la courbe de son cours. » (RigVeda 9e Hymne). Les Shipibo d'Amazonie l'appellent « Ronin », le serpent cosmique, la mère Anaconda. Dans les Andes, on l'appelle Mayu, la rivière des étoiles : la voie lactée. Telle une toile vivante, qui se cramponne et vibre d'enchevêtrements, de communication et de transmission, à l'instar de l'éducation. Non pas une structure imposée, créée par un gouvernement ou un pouvoir dominant, mais une émergence : tous les processus auto-apprennent à se perpétuer et à s'adapter. Ce potentiel est inscrit dans le mot éducation lui-même, dans sa signification première.  En latin, il signifiait mener au dehors, le 'e' signifiant la sortie et 'duc', la racine de ductile, la fluidité de la transmission qui peut mener à une con-duite (se diriger ensemble). Ce double potentiel peut servir à opprimer comme à émanciper, en fonction de l'intention, de la direction choisie et de l'équité de l'échange. 

L'éducation diasporique rêve comme le fait le myxomycète. C'est une réaction des esseulés, séparés par la violence ou la maladie.    

Lorsque j'ai reçu votre invitation, je vous répondais : « Nous sommes tou·te·s originaires d'Afrique, l'humanité est une diaspora, un spore d'elle-même qui cherche à survivre ». Face au réel danger d'extinction qui nous guette, le mot spore m'a sauté aux yeux. La diaspora nous parle en termes fongiques. Elle nous indique que nous pouvons apprendre de nos douleurs afin de se comporter en champignons et myxomycètes, les premiers colons des terres nouvelles. 

En termes myxomycétiens, nous sommes le plasmode qui émet des spores pour fertiliser la terre, ou peut-être sommes-nous les spores, qui rêvent que la vie se poursuivra malgré la menace qui plane sur les corps, la terre et les spores eux-mêmes. Lorsque tout semble perdu, les myxomycètes adoptent une stratégie précise. Ils se regroupent et s'entassent pour former un bois mort, sur lequel le dernier se hisse et se jette dans l'inconnu, pour la perpétuation de l'espèce. Ce qui importe au myxomycète, c'est le sacrifice d'amour, la diaspora qui le disperse de par les mondes. 

Je me demande si les diverses formes d'écoles diasporiques que nous voyons émerger aujourd’hui ont existé depuis le début, il y a 6 milliards d'années, lorsque les myxomycètes ont commencé leur œuvre. Je me souviens qu'enfant, lorsque nous jouions dans la forêt, nous créions nos propres écoles, loin des adultes. Une petite école avec mes ami·e·s, qui disparaissait lorsqu'on nous rappelait à la maison.  

Cecilia Vicuña New York, 27 octobre 2020

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Yael Bartana, The Shofar School

Yael Bartana est une artiste visuelle née en Israël en 1970. Ses films, installations et photographies explorent l'imagerie de l'identité à travers l'imagination politique. Prenant comme point de départ la conscience et les traditions nationales, elle se concentre dans son travail sur les cérémonies, les rituels publics et les divertissements sociaux qui visent à réaffirmer l'identité collective de l'État-nation. Bartana les étudie à travers la réalisation de "pré-mises en scène" qui commentent notre réalité en suggérant des présents alternatifs et des futurs possibles, en juxtaposant la vie réelle et la fiction, et en confrontant ses spectateurs à leurs responsabilités personnelles et collectives. Bartana a représenté la Pologne à la 54e exposition internationale d'art à Venise (2011) avec la trilogie And Europe Will Be Stunned. La trilogie a été suivie d'importantes commandes réalisées dans le monde entier, telles que Inferno (2013), True Finn (2014) et Tashlikh (cast off, 2017). Ces dernières années, Bartana a élargi sa pratique artistique et expérimenté diverses formes telles que le son, la sculpture et le théâtre. Son dernier travail est le projet en cours What If Women Ruled the World (2016-) qui combine des décors fictifs et des participants réels, mettant en place un forum d'action particulier tout en explorant des alternatives possibles à un monde dominé par les hommes et la perception traditionnelle du pouvoir. The Undertaker (2019) et Two Minutes to Midnight (2020) sont tous deux issus de cette enquête.

Samah Hijawi et Reem Shilleh, The Ramallah Club Network

Samah Hijawi est artiste et chercheuse. Elle prépare actuellement un doctorat en pratique artistique à l'Université Libre de Bruxelles et à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, en Belgique. Dans ses œuvres multimédias, elle explore l'esthétique de la représentation dans des œuvres d'art qui font allusion à l'histoire de la Palestine. Ses travaux ont été exposés aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, au Musée M, à la Hayward Gallery, à BOZAR, au Beurscchouwburg, au Bureau Europa, au MoMa, à Apex Art, à Darat al Funun, entre autres. Elle a précédemment collaboré avec Ola El-Khalidi et Diala Khasawneh à la direction de Makan Art Space (2003-2016), un espace indépendant d'art contemporain à Amman. Avec Shuruq Harb et Toleen Touq, elle a assuré la codirection artistique de la plateforme The River has Two Banks (2012-2017), lancée pour répondre à la distance croissante entre la Jordanie et la Palestine.

Reem Shilleh est chercheuse, curatrice, éditrice et, à l'occasion, écrivaine. Elle vit et travaille à Bruxelles et à Ramallah. La pratique de Reem Shilleh s'appuie sur un long projet de recherche sur les pratiques d'image militantes et révolutionnaires en Palestine, sa diaspora et son réseau de solidarité. Parmi ses projets récents, on peut citer le programme de cinéma The Space Between : The Invocation (Fondation MMAG, Amman, 2019), la série d'expositions de recherche Desires into Fossils : Monuments Without a State (Khalil Sakakini Cultural Center, Ramallah, 2017), et le collage filmique commandé par la Fondation A. M. Qattan, Perpetual Recurrences (Qalandiya International, Ramallah, 2016). Elle est également co-fondatrice de Subversive Film, un collectif de conservation et de recherche formé en 2011 qui jette un nouvel éclairage sur les œuvres historiques liées à la Palestine et à la région, initie un soutien à la préservation des films et étudie les pratiques archivistiques, ses effets sur les imaginaires et les réverbérations qu’elles suscitent. Reem Shilleh est lauréate de la bourse BAK pour 2019-2020.

Bouchra Khalili, An Audio Family Album

Bouchra Khalili est une artiste née au Maroc (1975, Casablanca) et basée à Berlin. Elle a étudié l'histoire du cinéma à la Sorbonne Nouvelle et les arts visuels à l'École Nationale Supérieure d'Arts de Paris. La pratique de Bouchra Khalili, qui englobe le cinéma, la vidéo, l'installation, la photographie, la gravure et l'édition, explore les continuums impériaux et coloniaux tels qu'ils sont incarnés par les migrations illégales et forcées contemporaines, ainsi que par les politiques de mémoire des luttes anticoloniales et de solidarité internationale. À l'intersection de l'histoire et des micro-narrations, son travail combine les stratégies documentaires et la pratique conceptuelle pour enquêter sur les questions de l'auto-représentation, de l'agentivité autonome et des formes de résistance des communautés opprimées. Profondément influencée par l'héritage des avant-gardes de la post-indépendance et les traditions vernaculaires de son Maroc natal, l'approche de Khalili combine des stratégies performatives de narration et l'ancienne tradition de la narration en Afrique du Nord pour développer des plateformes civiques pour les récits à la première personne, formant finalement des histoires collectives de résistance et d'émancipation. Le travail de Khalili a fait l'objet de nombreuses expositions personnelles, notamment au Museum of Fine Arts (Boston), au Museum Folkwang (Essen), au Jeu de Paume (Paris), au MAXXI Museum (Rome), au Museum of Modern Art (New York). Elle a également participé à plusieurs expositions internationales comme à la 12e Biennale de Bamako, la BienalSur (Buenos Aires), la documenta 14 (Kassel), la 55e Biennale de Venise, et bien d’autres. En tant qu'activiste culturelle, elle est co-fondatrice de la Cinémathèque de Tanger, le premier centre culturel du Nord du Maroc dédié à la préservation et à la promotion de la culture cinématographique dans la région.

Otobong Nkanga et Sandrine Honliasso, Ikọ

Otobong Nkanga (*1974, Kano, Nigéria) entame ses études artistiques à l'Université Obafemi Awolowo à Ile-Ife au Nigéria, avant de les poursuivre à Paris à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Entre 2002 et 2004, elle est artiste en résidence à la Rijksakademie van beeldende kunsten à Amsterdam et achève ensuite  un Masters in the Performing Arts à Dasarts, Advanced Research in Theatre and Dance studies à Amsterdam (2005-2008). Elle a par deux fois été artiste en résidence à Berlin, au DAAD (2014) et au Martin Gropius Bau (2019). La pratique d'Otobang Nkanga crée des rencontres multisensorielles en mêlant installations, textile, performances, peinture, dessin, texte et récits. Son travail est le fruit de recherches poussées au cours desquelles elle expérimente les multiples entrecroisements entre les objets et les actions, et la relation entre le soin et la réparation. Elle envisage le pays comme un lieu de non-appartenance, conférant ainsi une nouvelle signification aux concepts sociaux de l'identité. Elle révèle de manière paradoxale la mémoire et les impacts historiques provoqués à la fois par l'homme et la nature. Elle expose les complexités inhérentes aux ressources telles que le sol et la terre et leur valeur potentielle, et fait ainsi surgir des récits et histoires liés à la Terre. Les œuvres d'Otobong Nkanga ont été présentées dans le monde entier, notamment à Documenta 14 (Grèce et Allemagne), à la Biennale de Venise en Italie, à la Biennale de Sharjah (EAU). Son travail a également fait l’objet de plusieurs expositions individuelles, entre autres au Museum of Contemporary Art, Chicago (USA), à la Tate Modern (Royaume-Uni), et plus récemment à  Zeitz Mocaa, au Cap en Afrique du Sud et à la Tate St. Ives en Angleterre. Cette dernière exposition,  From Where I Stand, est actuellement présentée au Middlesbrough Institute of Modern Art. Lors de sa résidence au Gropius Bau à Berlin en 2019, l’artiste a travaillé sur Carved to Flow, projet qui a donné naissance à son exposition actuelle There's No Such Thing as Solid Ground. En 2019, Otobong Nkanga s'est vu décerner l'Inaugural Lise Wilhelmsen Art Award ainsi qu'une Mention Spéciale à la 58e édition de la Biennale de Venise, elle a remporté le Prix de la Biennale Sharjah, ainsi que le prestigieux Peter-Weiss-Preis. Elle est également lauréate du prix pour la culture flamand Ultimas. En 2017, elle s'est vu attribuer le Belgian Art Prize  et en 2015, le Yanghyun Prize.

Sandrine Honliasso est com­mis­saire d’expo­si­tion indé­pen­dante et cri­ti­que. Elle a tra­vaillé comme assis­tante en pro­duc­tion et média­tion à la Fondation Kadist (Paris), char­gée de com­mu­ni­ca­tion à l’Institut d’art contemporain/Villeurbanne. Elle est l’auteure des Monologues, espace numé­ri­que dédié à la créa­tion artis­ti­que actuelle. Elle a été co-com­mis­saire des expo­si­tions Partout, mais pas pour très long­temps (2018, Lyon) ; Germination (2018, Dakar) ; Tongue on tongue, nos sali­ves dans ton oreille (2019, Paris) et com­mis­saire de l’expo­si­tion Baptiste Fertillet, Cutting/Slasher (2020, Nantes). Elle a été deux fois rési­dente au sein du pro­gramme de recher­che RAW Académie (Germination, 2018 ; CURA, 2019) au centre d’art RAW Material Company (Dakar). Elle col­la­bore actuelle­ment avec Ariane Leblanc sur l’expo­si­tion D’ailleurs je viens d’ici qui sera pré­sen­tée au printemps 2021 à La Comédie de Caen.

Christian Nyampeta, École du soir

L'artiste Christian Nyampeta (né en 1981) articule un corpus d'expositions, de projections, de performances, d’expériences pédagogiques et de publications qu'il conçoit comme des structures d’accueil pour l’expression de sentiments collectifs, de réflexions participatives et d’actions communes. Son travail s'appuie, est rendu possible et est montré grâce à des artistes, des institutions et des réseaux qui lui sont fidèles. Ses activités récentes comprennent les différentes occurrences collectives d’École du soir au SculptureCenter de New York, à e-flux Film & Video et à la Keleketla! Library, en parallèle d’autres lieux de savoir, de réflexion et d’apprentissage à Johannesbourg. Nyampeta a été récompensé par l’Art Prize Future of Europe 2019 au Museum of Contemporary Art GfZK à Leipzig, et l’European Union Prize à la 12th Bamako Encounters—African Biennial of Photography.

Natasha Ginwala

Natasha Ginwala est curatrice et écrivaine. Elle est codirectrice de la 13e Biennale de Gwangju (2020), curatrice associée à Gropius Bau (Berlin) et directrice artistique de COLOMBOSCOPE (Colombo). Natasha Ginwala a composé le programme de Contour Biennale 8, Polyphonic Worlds: Justice as Medium, et a fait partie de l’équipe curatoriale de la documenta14 en 2017. Ses autres projets récents comprennent Arrival, Incision. Indian Modernism as Peripatetic Itinerary en 2018, dans le cadre de l’exposition Hello World. Revising a Collection à l’Hamburger Bahnhof – Museum für Gegenwart de Berlin ; Riots: Slow Cancellation of the Future exposition à l’ifa Gallery de Berlin et de Stuttgart en 2018 ; My East is Your West pour la  56e Biennale de Venice en 2015 ; et en 2015, Corruption: Everybody Knows… en collaboration avec e-flux (New York). Natasha Ginwala a été membre de l’équipe artistique de la 8e Biennale de Berlin pour l’Art Contemporain en 2014, et a été co-commissaire de The Museum of Rhythm pour la Biennale de Taipei en 2012 et pour le Muzeum Sztuki de Łódź en 2016–2017. De 2013 à 2015, en collaboration avec Vivian Ziherl, elle a dirigé le projet curatorial Landings présenté dans différentes institutions partenaires. Ginwala écrit sur l’Art Contemporain et la culture visuelle dans plusieurs publications périodiques. Elle a reçu en 2018 la bourse de recherche pour les arts visuels attribuée par le Département pour la Culture et l’Europe du Sénat de Berlin.

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