Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère

    07/09  | 20:00
    08/09  | 20:00

€ 18 / € 15
1h30

À première vue, la performance-installation de l'artiste française Phia Ménard développe une métaphore scénique directe de l'effondrement des fondations de notre civilisation occidentale.  Durant plus d'une heure, et de manière totalement solitaire, elle construit un objet presque grandeur nature, qui finira par être identifié comme un temple antique. Dans Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère, Ménard donne corps à une version de science-fiction de la déesse Athéna. Ses tentatives résolues d'édifier un nouveau Parthénon ne peuvent être contrecarrées que par un déluge dans cette performance hautement physique et sans paroles. À l'aide de papier collant et de poteaux, l'héroïque bâtisseuse assemble minutieusement un tas de carton, stabilise la structure branlante et la façonne à la scie à chaîne jusqu'à ce qu'un point de repère européen émerge. Mais dès que le temple est terminé, un nuage de mauvais augure se dessine à l'horizon, nous laissant avec des images de création et de destruction, une métaphore de la reconstruction sans fin de l'Europe. Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère est une image forte et poétique avec laquelle Ménard évoque la crise financière grecque et les changements tumultueux qui se sont produits dans toute l'Europe. Tout en montrant la rapidité avec laquelle quelque chose peut s'effondrer, elle ouvre une vision d'une société en ruine. La réponse de l'Europe à la crise financière de 2008 a été d'imposer davantage d'austérité et d'inégalités. Trouverons-nous ensemble d'autres réponses à cette nouvelle crise ?

Présentation : Kunstenfestivaldesarts-Les Halles de Schaerbeek

Écriture et mise en scène : Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault
Scénographie : Phia Ménard
Interprétation : Phia Ménard
Composition sonore : Ivan Roussel
Régie son (en alternance) : Ivan Roussel et Mateo Provost
Régie plateau (en alternance) : Jean-Luc Beaujault, Pierre Blanchet, Rodolphe Thibaud, Angela Kornie et David Leblanc
Costumes et accessoires : Fabrice Ilia Leroy
Photographies : Jean-Luc Beaujault
Co-directrice, administratrice et chargée de diffusion : Claire Massonnet
Régisseur général : Olivier Gicquiaud
Chargée de production : Clarisse Mérot
Chargé de communication : Adrien Poulard
Attachée à la diffusion : Lara Cortesi 

Production : Compagnie Non Nova
Coproduction : documenta 14 (Kassel) et Le Carré, Scène nationale et Centre d’Art contemporain de Château-Gontier

La présentation de la performance dans le cadre de la documenta 14 en juillet 2017 a été possible grâce au soutien de l’Institut Français et de la Ville de Nantes.

Les Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère a reçu le Grand Prix du Jury au 53BITEF19 - Belgrade International Theatre Festival 2019.

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est conventionnée et soutenue par l’État – Préfet de la région des Pays de la Loire - direction régionale des affaires culturelles, la Ville de Nantes, le Conseil Régional des Pays de la Loire et le Conseil Départemental de Loire-Atlantique. Elle reçoit le soutien de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas. 

La Compagnie Non Nova – Phia Ménard est artiste associée à Malraux scène nationale Chambéry Savoie et au TNB, Centre Européen Théâtral et Chorégraphique de Rennes. 

Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère sera présenté le 28 octobre au Théâtre le Manège (Mons).

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Je ne sais pas oublier

Je ne suis pas une spécialiste de la géopolitique mais une observatrice du monde par pratique. Les tournées, les résidences, les rencontres, et aussi un désir d’immersion, ont généré en moi un goût pour découvrir des sociétés, des mythes, des pratiques, des identités, des corps. Comme beaucoup d’artistes, je ne me sens pas détentrice d’un savoir, je cherche à comprendre ce qui me pousse à m’arrêter sur certains sujets et à y revenir sans cesse. Dans ce cheminement personnel et d’équipe, arrivent parfois des évènements qui transforment votre trajectoire.        

L’invitation à créer à la Quinquennale d’Art Contemporain documenta 14 de Kassel en 2017 en fait partie. La commande d’une œuvre performative ou d’une installation en réponse aux questions posées « Apprendre d’Athènes » et « Pour un Parlement des Corps ». Tel est le point de départ de la trilogie des « Contes Immoraux ».        

À ces questions qui me furent posées comme aux cent autres artistes du monde entier invités, c’est ma situation d’identité géographique qui m’est tout de suite apparue comme point de vue obligé : Kassel / Athènes / Paris, ou plus largement Allemagne / Grèce / France, un regard sur la construction européenne… en pleine crise !        

C’est ainsi qu’après avoir visité Kassel et Athènes, j’ai cherché à comprendre quel regard apporter aux sujets demandés… Athènes, est-ce le berceau d’une Europe mythifiée ? Kassel, berceau d’une Europe monstrueuse ?        

Dans l’une la mémoire reconstruite, préservée, vampirisée par le commerce et dans l’autre le travail de la mémoire d’une haine collective qui trouva corps dans le nazisme.        

À Kassel, l’art et l’éducation ont été institués pour prévenir et soigner la possible rechute de cette infection. Kassel fut le lieu de naissance et de vie de la famille Grimm. C’est ce qui a orienté mon inspiration vers une série de performances en forme de contes. Dans ces Contes, je questionne l’imaginaire de la République d’Athènes, des mythes et de la construction philosophique de l’idée d’une Europe, mais aussi l’échec de sa construction vers une Europe des Nations.

Pour des raisons budgétaires, seul le premier conte Maison Mère, a été présenté à Kassel en juillet 2017.

Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère   

Bâtir sans fondement, faire parler une ruine, convoquer une déesse, s’apprêter pour des oracles, batailler pour le résultat, enfreindre l’apparente paix du marbre par le crissement du carton, construire une maison pour l’Europe avec pour modèle celle d’Athènes.        

Cet endroit n’est pas le mien et pourtant je ne me sens pas étrangère, mais passagère. À l’échelle du réel, je suis un individu, une artiste confortablement installée, du type bourgeoise bohème française par construction. Une femme. Et hormis mon certificat de naissance rien ne trahit ma migration de corps. Je suis de celles qui se sont autorisées à perdre les pleins pouvoirs pour continuer à vivre. J’ai pris le rôle du faible alors que j’héritais des chromosomes des rois. J’ai choisi d’assumer le rôle de l’opiniâtre qui cherche à faire comprendre la nécessité de repenser le corps comme une matière meuble. Je migre d’un corps à l’autre sans rien oublier. Apprendre est moins conflictuel que désapprendre, je le sens. J’ai été forcée de coller mes gestes à mon apparence pendant une adolescence sans fin. C’est la femme que j’ai gardée secrète qui m’a rendue adulte. Apprendre à être son sexe n’est rien, c’est juste une méthode pour être conforme à une case. J’ai rompu la chaîne, j’ai repoussé la berge de mon pied, j’aime les sols mous parce qu’au moins ce n’est pas le corps qui épouse la forme mais la matière qui s’adapte au corps. Je suis une Athéna Punk !

Sur cette scène, une figure symbolique qui a pour mission de bâtir une première maison. La Maison Mère pour protéger les vivants. Pour cela l’épreuve, celle de la solitude et de l’effort. Construire par l’équilibre, suivre le chemin pour arriver à l’objet et être finalement rattrapée par les éléments. Tel est le conte de la Maison Mère, celui d’une bâtisse et de sa génitrice ne pouvant rien contre le rappel des éléments.       

Il y a dans ce premier conte et la figure symbolique, bien plus que l’histoire d’un mythe, d’une construction et d’un collapse mais bien une vision de l’Humanité et de son déclin.       

Comment ne pas voir dans l’acte de réalisation de cette maison, la naissance laborieuse et périlleuse d’une Humanité depuis l’apparition des premiers signaux des hominidés pour aujourd’hui envisager non pas sa suite mais sa fin s’accélérer ?

C’est un conte et comme tous les contes, il flirte avec le réel de façon à nous toucher.

Phia Ménard, décembre 2019.

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Phia Ménard (née en 1971 à Nantes) est une artiste dont la pratique mêle arts du cirque et théâtre contemporain. C'est en découvrant le spectacle Extraballe de Jérôme Thomas en 1991 que naît chez Phia Ménard le désir de se former aux arts et en particulier à la jonglerie. Elle suit des formations en danse contemporaine, en mime, en jeu d’acteur et en jonglerie. Dès 1994, elle étudie auprès du maître Jérôme Thomas les techniques de jonglerie et de composition et intègre peu après sa compagnie en tant qu’interprète pour la création Hic Hoc (1995), mais aussi comme compositrice : elle y crée, jusqu’en 2003, plusieurs spectacles (Le socle, le Banquet, Hioc, 4, qu'on en finisse une bonne fois pour toutes…). En 1998, elle fonde la Compagnie Non Nova et crée Le Grain. C’est trois an plus tard, avec le solo Ascenseur, fantasmagorie pour élever les gens et les fardeaux (2001), qu’elle est enfin reconnue comme autrice. En 2008, son parcours artistique prend une nouvelle direction avec le projet I.C.E. (Injonglabilité Complémentaire des Eléments), ayant pour objet l’étude des imaginaires de la transformation et de l’érosion au travers de matériaux naturels. Sa démarche singulière, un travail scénique où l’image spectaculaire de la jonglerie est remise en cause au bénéfice d’une nouvelle relation avec le public, est soutenue par un grand nombre d’institutions, qui l’invitent comme artiste associée (notamment Scène nationale Le Carré à Château-Gontier, Espace Malraux Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie) ou lui commandent de nouvelles créations (Festival d’Avignon, CIFAS, documenta 14, Théâtre National de Chaillot, entre autres). Ses pièces récentes comprennent L’après-midi d’un foehn, VORTEX (2011), Les Os Noirs  (2017), Saison Sèche (2018), Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère (2017) et No Way (2018).

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