3ird5 @ w9rk

    04/09  | 21:00
    05/09  | 19:30
    05/09  | 21:00
    06/09  | 21:00

€ 18 / € 15
45 min

En plein air
Performance debout

Un jardin est un lieu pour l’être. C'est un endroit où planter et faire pousser les choses, un endroit où l'on peut réfléchir, observer et parler. À terme, le jardin deviendra espace de fécondité.

Pour cette nouvelle création, le jardin de la Maison des Arts devient le lieu de rencontre des chorégraphes Anne Teresa De Keersmaeker et Radouan Mriziga. Dans ce jardin de centre urbain, un lieu où se rappelle à nous la nature au milieu du béton, les deux artistes ont aussi cultivé, l’un pour l’autre, leur jardin intime. En observant les traces du passé, les deux artistes se sont laissé emporter dans un espace-temps très particulier, là où les abstractions trouvent à s’incarner. Dans l’œuvre qui résulte de leur rencontre, on repère aisément leur passion commune pour la géométrie, ainsi que la touche joueuse et intuitive qui a accompagné leur travail. Une relation a été cultivée entre la danse – organisation des corps dans l'espace – et le jardin – organisation des plantes, des formes, de l'eau et de la lumière. Deux pratiques parallèles ont cheminé côte à côte, convergeant sans hâte. Inspiré·es par le jardin comme espace de contemplation, Anne Teresa et Radouan ont travaillé sur le mode de la conversation, les menant d'une idée à l'autre. La culture constante de pensées, dans un environnement ouvert et riche en stimulations spatiales, a fait se déployer un monde.

3ird5 @ w9rk examine ce qu’est être au travail et en travail. L'horloge interne et la boussole interne nous dirigent vers l'eau, source de la vie, et vers la nature, point d'origine.

It's like a jungle sometimes, it makes me wonder what I keep from going under.

Voir aussi : Discursive moments

Présentation : Kunstenfestivaldesarts-Maison des Arts

Par : Anne Teresa De Keersmaeker & Radouan Mriziga 
Musique : Ashley Morgan, Jalil El Yazidi
Texte : Grandmaster Flash, The Message
Lumières : Radouan Mriziga  
Costumes :  Lila John  
Coordination : Tessa Hall  
Techniciens :  Gaspar Schelck, Angela Massoni  

Production : Rosas, A7LA5   
Coproduction : Kunstenfestivaldesarts   

Remerciements : Clock-o-matic, Koninklijke Sint-Mariakerk / Église Royale Sainte-Marie

Rosas est soutenu par la Communauté Flamande  

Première Mondiale : 04.09.2020 Maison des Arts, Kunstenfestivaldesarts

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Dans les salles de la Maison des Arts, Anne Teresa de Keersmaeker et Radouan Mriziga tombent sur des photos du vieux Schaerbeek… Et voilà qu’en observant ces traces du passé, les deux artistes sont emportés dans un espace-temps très particulier, là où les abstractions trouvent à s’incarner. Dans l’œuvre qui résulte de leur rencontre, on repère aisément leur passion commune pour la géométrie, ainsi que la touche joueuse et intuitive qui a accompagné leur travail.

Jardin
 1. Un jardin est un lieu pour l’être. C’est un endroit où planter et faire pousser les choses, un endroit où l’on peut réfléchir, observer et parler. À terme, le jardin deviendra espace de fécondité.
 2. Cette pièce a été réalisée pour le jardin de la Maison des Arts, mais Anne Teresa et Radouan ont aussi cultivé, l’un pour l’autre, leur jardin intime.    

3. Le partage des idées : comme un entrelacement de vignes ; la prolifération des plantes : d’un jardin à l’autre.
4. Un temps pour penser, pour regarder, pour parler, pour danser. 
5. Et leur jardin devient espace de fécondité.
6. Dans la culture islamique, la fonction du jardin est sa beauté, et la frontière entre ce qui est dédié à l’utile ou dédié au plaisir n’existe pas.    
7. Prenez le concept d’harmonie : nous envisageons l’harmonie comme relevant du domaine du beau, mais l’étymologie « harmos » désigne quelque chose comme la jointure d’une porte, ou l’articulation qui relie le bras à l’épaule, par exemple. Toutes choses fonctionnelles.
8. Si l’une des définitions possibles de la chorégraphie est : « l’organisation du mouvement dans le temps et l’espace », alors la géométrie peut assumer une fonction et devenir un outil.
9. « Le mot géométrie signifie : “mesure de la terre”. Dans l’Égypte ancienne, de qui la Grèce a hérité cette discipline, le Nil débordait chaque année de ses rives, recouvrant la terre et effaçant le tracé des parcelles et des zones agricoles. Cette crue annuelle signifiait pour l’Égyptien le retour cyclique du chaos aquatique primitif. Lorsque les eaux se retiraient, commençaient alors le travail de redéfinition et de rétablissement des frontières. Ce travail s’appelait géométrie ; il était considéré comme un retour au principe de l’ordre et à la loi sur terre. » — Robert Lawlor.

Eau
1. Nous sommes ici dans un jardin de centre urbain qui génère les motifs d’un lieu autre ; un endroit où se rappelle à nous la nature, au milieu du béton. Et aujourd’hui, il s’y mêle de la danse, là où on attendrait de l’eau pour patauger.
 2. Les jardins islamiques sont « … construits autour de l’eau vive, qui seule rend possibles ses autres beautés. » — Emma Clark.
3. Nous ne pouvons pas vivre sans eau ; elle est essentielle à l’existence de la vie.
4. « En dehors du concept de temps, le cercle a toujours été considéré comme un symbole d’éternité, sans début et sans fin, seulement l’Être. » — Keith Critchlow.
5. Dans ce cas précis, pourtant, il y a une fin. L’eau sera notre destin.
6. S’il peut y avoir mort par l’eau, il peut aussi y avoir mort par manque d’eau. Dans un monde que relie l’eau, celle-ci est la clé du durable. L’eau, le milieu vital au travers duquel nous ressentirons le plus certainement les effets du changement climatique – écologiquement, socialement, politiquement, spirituellement et spatialement –, l’eau est troublée par sa propre précarité.
7. Tel jour, le travail s’est desséché dans le gazon du jardin, pour ensuite se retrouver noyé sous une pluie torrentielle. Le lendemain, il y eut mariage de loups *.
8. Peut-être ne devrions-nous pas penser à la nature en dehors de nous-mêmes : si nous n’acceptons pas l’harmonie avec la Nature, celle-ci cherchera et trouvera sa propre solution, quelle qu’elle soit, aussi extrême soit-elle.
9. C’est peut-être ce qui nous pousse inconsciemment… Car nous savons que la Nature fera le tri, qu’il y aura une limite à la croissance. Et nous nous donnons à l’avidité, nous abdiquons. Un arbre malade produit une énorme quantité de graines.

Géométrie
1. Pourtant, l’eau demeure la source, le point d’origine.
2. « La manifestation de toute action, chose ou pensée (pour autant qu’on puisse la définir) nécessite un point d’origine ou de départ, en relation avec sa manifestation tout autant qu’avec le témoin de son émergence. » — Keith Critchlow.
3. « Le point d’émergence ne révèle pas nécessairement sa causalité, ni dans le champ de son émergence, ni dans l’esprit du témoin. » — Keith Critchlow.
4. « Une ligne, soit le déplacement d’un point qui s’éloigne de sa position initiale, symbolise la bi-polarité de l’existence, malgré qu’elle soit en fait constituée de trois éléments – deux extrémités, et une relation entre elles. » — Keith Critchlow.
5. Il y a quelque chose de parallèle dans les pratiques d’Anne Teresa et de Radouan, parallèle dans la mesure où leurs similitudes les font se correspondre, chacun tenant pourtant sa voie propre. Cela posé, il y a bien eu convegence.
6. Toute la résistance de la pièce tient à des lignes parallèles.
7. L’impulsion est donnée par la sculpture des cercles.
8. Ses chiffres : le 5 et le 9.
9. Dans l’essence du Cinq, le binaire et le ternaire fonctionnent comme une horlogerie interne.

Son
1. Une attention particulière a été accordée à la polarité, qu’il s’agisse de la polarité entre deux points d’une ligne, ou le contraste entre la petitesse du corps au repos et la hauteur des cloches de l’église Sainte-Marie.
2. Un·e danseur·euse a la capacité intuitive de sentir les durées, mais les cloches de l’église continuent de frapper le temps, comme elles l’ont fait pour leur communauté depuis le milieu du XIXe siècle. Et les trois cloches de l’église – baptisées Joseph, Marie et Salvator – n’ont même pas l’air au courant qu’elles sont interprètes de cette pièce.
3. Les vieilles cloches se combinent avec les musiques des jeunes humains, traditionnelles et urbaines.
4. Le chant de son qanun… les battements de son laptop… tout a fonctionné tout de suite ; la rencontre a eu lieu et les cieux se sont ouverts, angels and angles.
5. S’il est vrai que la danseuse est attirée par l’ultime défi lancé à la gravité, soit le désir de voler, d’être emportée à la verticale, alors ses bras font fonction d’ailes. Des ailes qui poussent, tirent, dessinent – et parlent, aussi.
6. Les oiseaux – à l’horizontale au sommet de leur verticale.
7. Dans un jardin de centre urbain, la présence du chant des oiseaux, même dans les crépuscules civils, nautiques, astronomiques **, est très faible. Ici, dans un jardin de centre urbain, nous sommes enfermés, protégés du vent.
8. Pendant que vous regardez, les voisins vous regardent à leur tour des fenêtres éclairées, à l’arrière des maisons. Il y a comme une touche de Magritte, chapeau, pomme, colombe.     
9. Blackbird singing in the dead of night, take these broken wings and learn to fly, all your life you were only waiting for this moment to arrive.    

We imagine a new polis
A cyclical return to the circle
The shape of democracy
Everyone will be equidistant from the center
And the center will be empty
For none but the waters that nurture us at the circumference
The river’s edge
Birds fly across the diameter
Their wings will draw polygons

En travail, au travail
1. Dans un jardin, la nature est au travail ; dans ce jardin, ces artistes furent en travail.
2. Une relation a été cultivée entre la danse – organisation des corps dans l’espace – et le jardin – organisation des plantes, des formes, de l’eau et de la lumière.
3. De la chorégraphie à l’artisanat, de l’artisanat au jardinage, du jardinage à la chorégraphie.
4. Peut-être inspiré·es par le jardin comme espace de contemplation, Anne Teresa et Radouan ont travaillé sur le mode de la conversation, les menant d’une idée à l’autre. La culture constante de pensées, dans un environnement ouvert et riche en stimulations spatiales, a fait se déployer un monde.
5. Tout comme la géométrie traite du déploiement d’une forme sur une autre.
6. Cette pièce a été guidée par la boussole et le papier, et tout aussi bien par une sorte de boussole intérieure.    
7. It’s like a jungle sometimes, it makes me wonder how I keep from going under.     
8. Plutôt que de perdre la tête dans la nature, il nous revient d’apprendre à la hocher avec humilité et le sens du commun.
9. L’eau pousse vers le haut au travers des corps vivants, des racines à la corolle. En prenant le temps qu’il faut, avec l’eau et la lumière, les soins et la persévérance, les fleurs s’épanouissent. 

Tessa Hall

* Expression arabe rapportée par Radouan Mriziga : pluie et soleil mêlés.
** Les trois divisions du crépuscule selon les astronomes.

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En 1980, après des études de danse à l'école Mudra de Bruxelles, puis à la Tisch School of the Arts de New York, Anne Teresa De Keersmaeker (née en1960) crée Asch, sa première chorégraphie. Deux ans plus tard, elle marque les esprits en présentant Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich. En 1983, De Keersmaeker chorégraphie Rosas danst Rosas et établit à Bruxelles sa compagnie de danse Rosas. A partir de ces oeuvres fondatrices, Anne Teresa De Keersmaeker a continué d’explorer, avec exigence et prolixité, les relations entre danse et musique. Elle a constitué avec Rosas un vaste corpus de spectacles qui s’affrontent aux structures musicales et aux partitions de toutes les époques, de la musique ancienne à la musique contemporaine en passant par les expressions populaires. Sa pratique chorégraphique est basée sur les principes formels de la géométrie et les modèles mathématiques, l'étude du monde naturel et des structures sociales — ouvrant de singulières perspectives sur le déploiement du corps dans l’espace et le temps. En 1995, Anne Teresa De Keersmaeker fondait l'école P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) à Bruxelles en association avec La Monnaie/De Munt.

Radouan Mriziga (1985) est un chorégraphe et un danseur originaire de Marrakech basé à Bruxelles. Après avoir étudié la danse au Maroc, en Tunisie et en France, Radouan Mriziga obtient un diplôme à P.A.R.T.S., à Bruxelles. Assez rapidement, il développe un travail personnel qu’il présente un peu partout dans le monde. Ses spectacles explorent la relation entre le mouvement, la construction et la composition. Se concentrant sur les êtres humains en tant que créateurs de leur environnement, les chorégraphies de Mriziga établissent des liens entre le corps en mouvement et l’expression de la forme dans les matériaux de tous les jours et dans l’architecture de notre environnement construit. Mriziga est artiste en résidence au Centre d’Art Nomade Moussem et, de 2017 à 2021, au Kaaitheater à Bruxelles.

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