20 — 22.05.2022

Rossella Biscotti Molfetta / Rotterdam/Bruxelles

The Journey

performance sonore — premiere

Bozar

Accessible pour des personnes en chaise roulante accompagnées | ⧖ 2h | €16 / €13

La performance The Journey nous emmène dans une expérience sonore au cœur d’une salle de Bozar, devenue la coque d’un navire en mouvement. Le projet trouve son origine en 2010, lorsque Rossella Biscotti reçoit un bloc de marbre de 20 tonnes en récompense de son travail. Ce bloc – offert en vue d’être sculpté  – était resté intact jusqu’à la dernière édition du Kunstenfestivaldesarts, lors de laquelle il a été chargé sur un bateau, naviguant sur un itinéraire entre l’Italie, Malte, la Tunisie et la Libye, pour être immergé en mer Méditerranée. Biscotti se servait ainsi de l’action comme d’un mécanisme visant à examiner les strates politiques, économiques et environnementales de cet ensemble marin complexe. Le son enregistré au milieu de la mer est le point de départ de cette nouvelle performance sonore et immersive : le bruit des moteurs, celui de la mer ; l’interaction avec « Alarm Phone », les chants des pêcheurs ; le son du bloc de marbre disparaissant dans les flots. Nous pénétrons métaphoriquement dans une boîte noire qui a enregistré les échos d’un voyage unique, auquel se joignent chaque jour des invité·es qui enrichissent ce voyage de réflexions et interventions poétiques. The Journey nous emmène dans une expédition acoustique à travers les eaux internationales de la Méditerranée, ponctuée de rencontres qui rendent audible ce qui est normalement invisible.

Vous pouvez revoir les photos de la performance The Journey, écouter l'archive sonore The Sonic Diary et lire l'interview de Rossella Biscotti (en anglais).

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The Journey

En 2010, on m’a donné un bloc de marbre de vingt tonnes provenant de la carrière Michelangelo à Carrare, en Italie. Il y a tout juste un an, le bloc était extrait et transporté jusqu’à la côte pour être chargé à bord d’un bateau. Au bout d’un voyage symbolique de trois jours, pendant lequel le bateau a rallié Malte, la Tunisie et la Lybie, les vingt tonnes de marbre ont été larguées en un point précis de la mer Méditerranée. La route, soigneusement tracée et suivie par GPS, était destinée à mettre en lumière et identifier plusieurs points marquants en Méditerranée : une faille géologique de 1 710 mètres de profondeur, des frontières maritimes arbitraires délimitant des concessions pétrolières et gazières, des zones d’opérations militaires et même la route migratoire d’une tortue marine qui croise celles des patrouilles de FRONTEX, l’agence des frontières européennes. Cette performance sans public constituait ma contribution à l’édition du Kunstenfestivaldesarts de l’année dernière. 

Au cours de la navigation, je me suis mise à imaginer le bateau comme une oreille capable de capter la réalité, autant au-dessus que sous de la surface de la mer. Une oreille capable de percevoir des fréquences sonores s’étendant jusqu’aux côtes tunisiennes et libyennes, et en mesure de traverser le temps et de connecter différents points par des ondes sonores. La composition sonore à huit canaux présentée ici est issue des captations faites durant ce voyage, en commençant par l’extraction du marbre puis par le passage le long des côtes maltaises et tunisiennes, pour finir au beau milieu de la mer. Elle reprend le bourdonnement du moteur, le murmure incessant de la mer, le chant des marins, des pêcheurs, la matrice rythmique unique et les résonances d’antiques amphores. Après avoir réenregistré d’anciens signaux de détresse maritimes avec une percussion, nous les avons arrangés pour accompagner les paroles de Chamseddine Marzoug, qui décrivent les dépouilles trouvées en mer ou échouées sur la plage. Nous avions enregistré Chamseddine Marzoug dans le paysage morne et désertique de la décharge où il a enterré tous les corps trouvés. En arrière-plan, une barrière battait au vent, fortuitement au même rythme que les pulsations des signaux de détresse que nous avions enregistrés. Les deux signaux viennent se fondre indistinctement.  

The Journey est une amplification de cette dimension d’écoute, d’enregistrement et de composition.

Tous les soirs, plusieurs artistes invité·es pénètrent dans une boîte noire métaphorique, et contribuent à l’environnement sonore par des réflexions, de la poésie, des interventions artistiques. Chacun·e constitue une rencontre qui confère au paysage acoustique immersif une dimension intime : une voix, un enregistrement et une recherche subjective sur les politiques du visible et de l’invisible.

  • Rossella Biscotti, avril 2022

Sinthujan Varatharajah

L’eau reflète le ciel à sa surface. Mais elle témoigne aussi des terres qui l’entourent, des atrocités qui s’y déroulent, de la violence qui ne s’arrête pas là où la terre se noie. L’eau est le lieu où la violence humaine apprend à couler, à naviguer, à nager et à se noyer, à souiller les plans d’eau de déchets humains. En reliant les différentes histoires des mouvements humains sur l’eau et des mouvements humains de l’eau, Sinthujan Varatharajah explore comment les masses d’eau à travers le monde témoignent de la violence humaine.

Attila Faravelli

Depuis plusieurs années Attila Faravelli s’intéresse aux enregistrements de terrain réalisés en mono avec un enregistreur à bobines Nagra III. Les enregistrements mono aplatissent l’espace, permettant de montrer l’acte d’enregistrement comme une série de choix positionnés et relatifs. Dans sa performance pour The Journey, certains des matériaux collectés pour l’installation sont joués dans leur forme originale, de la manière dont ils ont été collectés (c’est-à-dire isolés de leur contexte), avant d’être arrangés dans une composition de plusieurs sons.

Joëlle Sambi

Peut-être que certains corps sont les rouages d’une grande machine. Peut-être que c’est l’usine macabre de l’humanité parcellaire. Peut-être qu’il faut mourir la peau bouffée par le sel de la mer pour se voir accorder une certaine humanité. Peut-être… peut-être que les questions ne suffisent pas. Peut-être qu’on n’arrêtera pas de les poser. Les poser là. Avec ou sans fracas. Aussi ostentatoire qu’un zodiaque orange perdu sur un radar en panne.  

Joëlle Sambi est poétesse, autrice et performeuse. Avec le créateur sonore Nicolas Pommier, elle propose un slam sonore et interroge nos humanités qui s’étiolent au rythme de la politique migratoire inhumaine de l’Europe.

Juan Pablo Pacheco Bejarano

L’aptitude à ressentir à distance la présence d’autrui et du monde correspond aujourd’hui à ce que nous pourrions appeler « télépathie », une expérience que l’Internet a rendue de plus en plus palpable pour l’homme moderne. Mais la technologie numérique est-elle la seule forme de télépathie existante ? Quels autres réseaux, humains et non humains, soutiennent le réseau sensoriel du monde ? La lecture performative when technology becomes a ruin on the ocean de Juan Pablo Pacheco Bejarano propose une série d’associations spéculatives reliant internet, le colonialisme, les minéraux et l’eau dans une tentative d’élargir le rôle contraint qui a été réservé à l’océan tout au long de l’histoire des réseaux d’infrastructure.

Conception sonore de Juan Pablo Pacheco Bejarano et Rodrigo Pacheco Bejarano

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Bozar 
Project by Rossella Biscotti
Field recordings: Attila Faravelli  | Sound editing: Giuseppe IelasiAudio recordings: Ravaccione and Michelangelo quarry in Carrara (Italy); Valletta harbour and on the Gozo coastline (Malta); in the middle of the Mediterranean Sea while navigating with the merchant vessel Diligence for the performance The Journey (20 — 24.05.2021); on the shores of El Haouaria, Kelibia, Beni Khiar, Gabes and Zarzis (Tunisia)  | In order of appearance: mariners on board of the Diligence and radio ship, Rico Gevez (mariner), Timmy Gambin (associate professor of Archeology, University of Malta) Enrico Malatesta (percussionist), Kais El Rais (former fisherman, El Haouaria), Ines Ben Cheikh (Co-founder and CEO Samaka, Beni Khiar), Chemseddine Marzoug (fisherman, activist and founder of Cemetery of the Unknown, Zarzis), Moez Goubaa (ethnomusicologist, percussionist), Khayreddine Debaya (activist / part of Stop Pollution Gabes)  | Guests: Sinthujan Varatharajah, Attila Faravelli, Joëlle Sambi, Juan Pablo Pacheco Bejarano

Production: Rossella Biscotti, Kunstenfestivaldesarts | In collaboration with 8th edition of Dream City Festival within the framework of the project Between Land and Sea, and Bozar
Performance at sea has been produced in collaboration with Blitz Valletta
Project supported by Mondriaan Fonds

Ancient amphorae on loan from The Archeological Museum of Tournai
AIS and TUNA vessel tracking devices, Elman Srl

Special thanks to: Daniel Blanga Gubbay and KFDA team; Blitz’s curator Sara Dolfi Agostini; Kristina Borg and Emna Lakhoua for research in Malta and Tunisia; Catalogtree for the GIS route; PLO operations’ manager Lewis Baldacchino; marine geologist Aaron Micallef; Anthony Gruppetta and Nature Trust Malta; Alarm Phone’s activist Simeon Leisch; master mariner Ramon Espiritusanto, mate Vladimir Daniel Dalit, and mariners Javy Jones Torilla, Rico Gerez, Rene Bilal, Dennis Alcances, and Cesar Tayo; Youssef Ettourjoumene and l’Art Rue team; David Chaloiti for Tunisian-English translation; TBA21–Academy’s curator Barbara Casavecchia; Studi d’Arte Cave Michelangelo CarraraPhotograph by Alexandra Pace

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