19 — 21.05.2022

Samira Elagoz Amsterdam-Berlin

Seek Bromance

film performance

Zinnema

Accessible pour des personnes en chaise roulante | Anglais → NL, FR | ⧖ 4h | €18 / €15 | Contient de la nudité

Seek Bromance, la nouvelle création de Samira Elagoz (connu pour son spectacle Cock, Cock,… Who’s There?), est une romance transgenre située aux confins du monde, quelque part entre l'insta-réalité et la dystopie de science-fiction. Elle montre une relation entre deux transmasculins qui se sont rencontrés au début de la pandémie, qui ont l'habitude d'interpréter des personnages extrêmement féminins mais qui ont des attitudes très différentes quant à ce que peut être la masculinité. Les images que Samira Elagoz capture avec son collaborateur, l'artiste brésilien Cade Moga, documentent leur relation, de leur première rencontre à leur séparation. Mais Seek Bromance montre aussi le profond éloignement d'Elagoz avec son identité féminine et décrit un monde douloureusement beau et désert, comme si un virus avait tout effacé, et que ses protagonistes ne pouvaient être infectés que l'un·e par l'autre. Avec seulement une voiture, de l'argent et une réserve de testostérone, iels exposent la dynamique intégrale de la masculinité et de la féminité.

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« Et qu’il s’agisse d’inconnus à filmer, de garçons à embrasser ou de camaraderie à long terme, il y a cette recherche constante.»

Samira Elagoz a tourné cinq années non-stop avec son spectacle Cock, Cock… Who’s There? (SRING 2017) qui traitait des violences sexuelles. Après tant d’années de tournée aux quatres coins du monde Sam a réalisé que ce spectacle, qui avait débuté comme une véritable ode à son identité féminine, s’est en fait révélé être le geste pour lui dire adieu. Dans Seek Bromance, présenté sous la forme d’une performance cinématographique, le public est invité à suivre une relation transformatrice entre deux personnes qui ont appris à se connaître dans un moment extrême, la pandémie mondiale. Karlien Vanhoonacker, conseillère artistique de SPRING, s’est entretenue avec Samira Elagoz au sujet de sa nouvelle œuvre.

Vous avez choisi Seek Bromance comme titre de votre nouvelle œuvre. Pourquoi ?

Il semble que je cherche quelque chose dans toutes mes œuvres. Qu’il s’agisse d’inconnus à filmer, de garçons à embrasser ou de camaraderie à long terme, il y a cette quête constante. Mes travaux précédents portaient sur les premières rencontres, cette fois je voulais trouver quelque chose de plus durable. Un autre sujet récurrent pour moi est la masculinité et les hommes. J’ai l’impression que dans mes projets précédents, j’étais à la recherche de la masculinité en tant qu’outsider, alors que je m’identifiais encore comme une femme. Et maintenant, c’est moi qui la vois comme un camarade en m’identifiant comme un homme transgenre.

Seek Bromance est à l’origine une chanson d’Avicii de 2010 avec un clip filmant deux frères qui partent en road trip avec une fille en guise de troisième roue à la bicyclette. J’ai l’impression que cela pourrait être le slogan de mon travail.

Le terme « bromance » est utilisé pour la première fois dans les années 1990 par l’auteur David Carnie pour décrire les amitiés intimes entre hommes dans le milieu du skate. Que signifie-t-il pour vous aujourd’hui ? Comment souhaiteriez-vous l’utiliser dans les années 2020 ?

J’ai vu la bromance utilisée principalement dans un contexte d’hommes cis hétéros [« cis » décrit une personne dont l’identité de genre correspond à son sexe assigné à la naissance, ndlr]. Personnellement, j’aime l’appliquer à la solidarité masculine trans. Il y a une compréhension que j’ai éprouvée avec les hommes trans que je n’ai pas ressentie avec les autres genres. Pour ce travail, j’ai fantasmé sur certains aspects situationnels, où l’alchimie entre les personnages se développerait naturellement et de manière crédible alors qu’ils traversent ensemble des situations de vie ou de mort, en se protégeant l’un l’autre, sans jugement et avec une grande affection. Ajoutez à cela le fait de s’administrer mutuellement des hormones masculinisantes et vous obtenez une tension homoérotique. J’ai imaginé que la notion « bromantique » du « Us Versus The World » semblerait très réelle au milieu de la crise du Covid. Mais les choses ne se sont pas déroulées ainsi.

Comment la pandémie et ses conséquences ont-elles affecté cette création ?

Totalement et irrévocablement. Les plans que j’avais faits pour collaborer avec plusieurs artistes à travers le monde se sont effondrés. Et le projet a épousé une forme complètement différente lorsque je suis arrivé à Los Angeles pour filmer l’un·e de mes premier·ères collaborateur·ices. Nous nous sommes rencontré·es au début du lockdown, et avons passé les mois suivants ensemble, à filmer et à conduire, à nous enivrer l’un·e de l’autre, de diverses façons, merveilleuses et confrontantes.

S’agit-il d’un portrait de la vie pendant la pandémie ?

Pas vraiment. Je ne voulais pas faire une « œuvre Covid », mais la toile de fond est bien sûr inévitable. Et son impact sur notre interaction, sur ma transition et ainsi de suite, ont tous considérablement façonné l’œuvre.

Vous étiez au SPRING avec Cock, Cock… Who’s There? une pièce dans laquelle vous avez soulevé plusieurs questions. L’une d’entre elles vous a amené à vous pencher non seulement sur le regard et le comportement des hommes, mais également sur la manière dont la société impose un certain comportement aux femmes, sur la façon dont elles se perçoivent et sur la manière dont elles ont intériorisé cette perception. Le mouvement Me Too a commencé juste après la sortie de votre pièce. Beaucoup des questions abordées sont à l’ordre du jour. Voyez-vous de réels changements se produire ?

La prise de conscience, tout d’abord. Mais je pense qu’il est faux de croire que mentionner quelque chose revient à le changer. Les véritables changements viendront à la prochaine génération qui aura grandi avec ces termes et ces concepts. Changer l’esprit des individus est toujours une bataille perdue d’avance. Mais si les gens grandissent avec la bonne rhétorique, celle de l’égalité et du respect, de la conscience et de la responsabilité, c’est ce qui changera le tissu de notre société. Nous sommes trop proches pour remarquer le changement réel, trop de choses sont négligeables ou semblent temporaires lorsqu’on est dans le feu de l’action. Mais quand je vois des jeunes qui adoptent ces valeurs, des camarades qui s’interpellent sur des comportements inacceptables, cela me donne l’espoir que nous pouvons vraiment devenir meilleur·es.

Vous avez fait une tournée mondiale de Cock, Cock… Who’s There? Les réactions ont été assez intenses dans de nombreux endroits. Quel effet cette tournée a-t-elle eu sur vous ? Comment a-t-elle influencé votre point de vue sur les sujets que vous abordez dans la pièce ?

J’ai souvent été placé dans une position où je devais défendre non seulement mes sujets mais également mes propres actions. Justifier un comportement post-traumatique peut sembler un peu redondant, mais cela m’a permis de mieux me connaître et de mieux connaître les personnes que j’ai rencontrées. Chaque séance de questions-réponses, chaque table ronde ou chaque interview dans un magazine m’a donné une nouvelle occasion de revoir mes réponses. Celles-ci ont finalement été affinées en une compréhension assez unique de mon statut. Une transparence totale, en quelque sorte. J’étais loin de me douter que le processus de ce travail me mènerait finalement à réaliser que je voulais entreprendre une transition.

Dans Cock, Cock… Who’s There?, les expériences personnelles ont fortement influencé le contenu de votre travail et la manière dont vous l’avez développé. Travaillez-vous de la même manière cette fois-ci ?

Ce travail était davantage axé sur les événements, alors que dans celui-ci, il s’agit de transformation. Cock, Cock… Who’s There? présentait 68 hommes, Seek Bromance n’en présente qu’un seul. Les sujets de mon dernier travail allaient et venaient assez rapidement, ici, j’ai passé trois mois avec quelqu’un. Une autre différence est que ce travail porte beaucoup sur le développement des personnages, et sur le fait de voir le changement. Dans ma dernière œuvre, les personnages étaient plus statiques.

Vous avez commencé votre transition, à utiliser un traitement hormonal pendant le processus de ce travail, cela a-t-il affecté la réalisation de la pièce Seek Bromance ?

Complètement, on peut dire que c’est un élément fondamental du projet.

  • Un entretien réalisé par Karlien Vanhoonacker, pour SPRING Performing Arts Festival te Utrecht

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Zinnema
Concept et mise en scène : Samira Elagoz | En collaboration avec : Cade Moga | Monté par : Samira Elagoz | Conseils : Bruno Listopad, Antonia Steffens | Conseils additionnels : Otto Rissanen, Tiana Hemlock-Yensen, Richard Sand, Valerie Cole, Jessie Jeffrey Dunn Rovinelli, Michael Scerbo | Conseils durant le tournage : Jeanette Groenendaal | Management et distribution : Something Great | Surtitrage et traductions : Babel Subtitling
Production : SPRING Performing Arts Festival | Coproduction : Frascati, KWP Kunstenwerkplaats, Black Box Teater, BIT Teatergarasjen, Finish Cultural Institute Benelux, Arsenic
Avec le soutien de : Fonds Podiumkunsten, Koneen Koneen Säätiö, Prins Bernhard Cultuurfonds, Ammodo

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