Yo escribo. Vos dibujás.

    10/05  | 20:30
    11/05  | 15:00
    11/05  | 20:30
    12/05  | 15:00
    12/05  | 19:00
    13/05  | 20:30

€ 20/16
1h15
ES > FR/NL

Le hasard n’existe pas. Il n’y a que des phénomènes synchrones qui attendent d’être interprétés. Après le génie créateur de Las Ideas (2015), c’est cette perception d’un monde sans ordre apparent que Federico León vient mettre au défi avec Yo escribo. Vos dibujás. Dans cette nouvelle création, le réalisateur et metteur en scène argentin nous livre à l’effervescence d’un théâtre devenu kermesse ou foire, un espace dans lequel déambuler au gré des stands, des jeux et des rencontres. Mais voilà qu’un dépliant glissé dans la main nous indique d’autres lectures possibles. Les évènements qu’on pensait jusque-là déconnectés les uns des autres obéissent en réalité à des règles secrètes. L’organisation est d’un autre ordre, on se découvre faire partie d’une communauté ésotérique ou clandestine. Le tout s’active dans ce qui se révèle être une supra-structure, un écosystème dont le chaos n’existe qu’à la surface des choses. Yo escribo. Vos dibujás. nous invite à rejouer notre propre apprentissage du monde. Un parcours labyrinthique à pratiquer, encore et encore.

À voir aussi: Talk: Argentina: Fiction & Reality
12/05 – 20:30 (après le spectacle)
EN/ES, gratuit
Avec: Federico León, Benoît Hennaut
En collaboration avec: Alternatives théâtrales

Concept et réalisation : Federico León
Performance : Silvina Sabater, Felipe Boucau, Annette Felix, Zoë Segelstein, Flora Mosleh, François Van Merris, Jahangir Rheghabi Gholami, Aboubacar Koita, Aleksander Boski, Peter Kirschen, Juan Mendez y Blaya, Franco Rossi, Anthony Forrat, Benoit Finschi, Kevin Dupont, Mehdi Delanoeije, Benoit Dassy, Tomas da Fonseca, Jaime de Mendoza, Bruno Hardt, Radek Kaliski, Issam Ouertani, Amine Mokhtari, Mustafa Abulkhir, Lucas Trouillard, Colin Vanandruel, Mustafa Aboulkhir
Scénographie : Ariel Vaccaro
Assistante scénographie : Valentina Remenik
Musique et création sonore : Diego Vainer
Création lumières : David Seldes
Costumes : Paola Delgado
Directrice technique : Laura Copertino
Réalisation mannequins : Cecilia Polidoro
Casting : María Laura Berch et Mariana Berch
Coordinateur de production : Rodrigo Manuel Pérez
Productrice executive : Melisa Santoro Aguirre
Assistante de production : Tamara Belenky
Production déléguée en Espagne : Carlota Guivernau
Communication internationale et productrice déléguée en France : Julie Le Gall / Cokot
Assistant réalisation : Juan Francisco Reato 
Production Kunstenfestivaldesarts : Arnaud de Schaetzen, Safa El Alami, Elise Vermuyten

Le matériel imprimé est une adaptation libre des études des vocations humaines écrites par Bernardo Nante
Le numéro The nurse a été écrit par Claudia Schijman et mis en scène en 1989
La conférence contient du matériel autobiographique de Claudia Schijman 
Surtitrage : Babel Subtitling

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Les Halles de Schaerbeek
Production : ZELAYA
Coproduction : Kunstenfestivaldesarts, Teatro Nacional Argentino – Teatro Cervantes (Buenos Aires), Wiener Festwochen (Vienne), FITEI (Porto), Teatro do Bairro Alto (Lisbonne)
Avec le soutien de : Iberescena et Mecenazgo
Merci à : Grand Studio    
La première mondiale a eu lieu au Teatro Nacional Argentino – Teatro Cervantes (Buenos Aires, Argentine)

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L’astrologie au zénith

On a dû enterrer ma chatte. Nous avions sauvé Simona des hauteurs d’un toit il y a dix-sept ans, et depuis, elle nous avait accompagné avec fidélité dans toutes nos aventures, comme tout être cher. Nous étions préparé·e·s à ce moment, mais la seule philosophie possible reste celle de l’endurance. Ce fut terrible. J’ai filé de chez le vétérinaire pour l’enterrer dans le jardin avant que les enfants ne voient le corps sans vie de celle qui nous avait apporté tant de bonheur. J’ai orné sa tombe de quelques plantes qui fleurissent l’hiver, mon fils lui a écrit un mot sur une stèle en carton, ma fille de trois ans m’a demandé quand nous la reverrions. Le soir même, j’ai dû faire un virement bancaire par internet ; j’avais choisi comme code d’accès le nom de ma chatte, et sans avertissement, ma banque m’a informé que « ma clé avait expiré ». Cette synchronicité est toujours présente, mais il semble qu’on la remarque seulement lorsque quelque chose d’inattendu perturbe la perception habituelle de notre environnement, et que nous éprouvons une plus grande sensibilité vis-à-vis du monde qui nous entoure. Puis nous commençons à interpréter les coïncidences comme des présages, le hasard comme un message et une suite de signes forme un horoscope qui vient élucider le passé récent.

Comme à son habitude, cette nouvelle création de Federico León est une invitation inconfortable à sortir de la certitude. Yo escribo. Vos dibujàs. (J’écris. Tu dessines), au Teatro Cervantes, ne fait pas exception. Poussée par la voluptuosité d’un courage qu’il est bien rare de rencontrer, la pièce est indescriptible, elle est un exemple vivant de l’angoisse qui palpite dans la synchronicité. 

Un groupe de personnes s’attèle à diverses activités sans lien entre elles. Un champion d’échecs affronte trois novices. Les pièces sont en chocolat, c’est pourquoi ses adversaires – quand ce n’est pas le public – commencent à dévorer les figurines (littéralement) et le champion fait alors ce qu’il peut. Et il perd. Quelques joueur·se·s de ping-pong font flotter les petites balles à l’aide d’aspirateurs avant de les laisser tomber dans des coupes et des flûtes. Sur ces balles sont inscrites différentes lettres : A, M, R et T, comme si l’idée était de nous écrire un message. Finalement, on peut y lire «trama», mais aussi « Marta », « amar », « rata », « amar a Marta », « matarrata » (1) ou presque à chaque fois, simplement rien. Quelques marqueur·se·s de basketball, un frigo ouvert et une fille qui y vole du fromage : tous ces éléments nous sont présentés comme dans un rêve, mais ici nous sommes éveillé·e·s, et alors l’intrigue, qui reste fluide dans les rêves, nous résiste. Le public est désespéré. Les personnes qui se croient très modernes veulent interagir. Mais toute interaction est reçue avec stupeur.

Nous sommes ensuite invité·e·s à nous rendre en coulisses où l’astrologue nous explique de manière didactique ce que nous avons vu. Le monde comme un terrain fertile de signes, notre existence à la dérive, essayant de maudire la synchronicité afin de découvrir notre destin et éviter de nous dissoudre seulement dans le hasard. Il existe de multiples façons d’interpréter les signes du monde. Je pense que les méthodes les plus scientifiques sont celles développées par la psychanalyse, mais pour une raison ou une autre, tout le monde n’est pas prêt à investir de longues heures dans l’écoute de discours scientifiques lorsque ces derniers s’efforcent de tisser des liens entre des choses apparemment déconnectées entre elles et trouver des réponses là où il n’y a pas de questions clairement formulées. Ceci explique le regain d’intérêt pour l’astrologie, par exemple, l’excuse millénaire de l’équilibre des étoiles, ou la lecture magique dans le marc de café, des cartes de tarot, des runes ou du Yi Jing : la qualité de la poésie dépend de notre inclination personnelle vers une interprétation plausible ou une autre. 

Ce qui est certain, c’est que la raison gouverne nos actions. Et comme la raison n’explique pas la finitude – la plus finale de ces actions – la philosophie est apparue, un mécanisme intermédiaire pour passer à d’autres formes irrationnelles de la raison : la poésie, l’art, la contemplation méditative. C’est également l’éternel sujet que l’on retrouve dans la littérature de Paul Aster : la fiction comporte-t-elle une part de hasard ? Derrière chaque phrase se trouve un·e auteur·rice qui la choisit. Tout ce qui apparaît dans un livre à un sens. Mais quel·le écrivain·e choisit ce qui nous arrive dans la vie ? Pouvonsnous raconter l’histoire de notre vie comme nous le ferions par l’écriture ? Comment ma banque a-t-elle su que ma chatte venait de nous quitter pour toujours ?

Mon fils de sept ans nous a donné la véritable explication : Simona venait de la galaxie féline, et elle avait pour mission de rendre notre famille heureuse pendant quelques temps. Comme nous sommes une famille très heureuse maintenant, elle est retournée à son étoile pour y attendre une nouvelle mission. Ainsi soit-il. 

Rafael Spregelburd
Texte publié sur perfil.com

(1) « intrigue », « aimer », « rat », « aimer MARTA », « mort-aux-rats ».

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Federico León est né à Buenos Aires en 1975. Il a écrit et réalisé Cachetazo de campo, Museo Miguel Ángel Boezzio, Mil quinientos metros sobre el nivel de Jack, El adolescente, Yo en el Futuro, Las Multitudes et Las ideas. Il a écrit, réalisé et joué dans son premier film, Todo juntos. En 2007, il écrit et réalise avec Marcos Martinez, son deuxième film : Estrellas. En 2009, il a écrit et réalisé Entrenamiento elemental para actores avec Martín Rejtman. En 2014, il réalise La última película, une série d'interventions dans d'anciens cinémas, aujourd'hui transformés en parkings. Il a remporté plusieurs prix pour son travail, dont le premier prix d'écriture dramatique de l'Institut national du théâtre d’Argentine, le prix Konex de littérature 2004 pour la production du Quinquennium, le Fonds national des arts et le premier prix national d'écriture dramatique 1996-1999 du gouvernement argentin. Ses pièces de théâtre et ses films ont été présentés dans des théâtres et festivals en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Autriche, en Italie, au Danemark, en Écosse, au Canada, en Belgique, en Espagne, au Brésil, aux États-Unis, au Japon, en Australie et au Liban. En tant que professeur de théâtre, il a donné des ateliers en Espagne, en France, en Belgique, au Costa Rica, en Bolivie et en Argentine. Certaines de ses pièces et le scénario de Todo Juntos, ainsi que des critiques, des interviews et des textes sur ses processus créatifs ont été publiés dans le livre Registros.

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