(Un)official Language

Théâtre 140
  • 15/05 | 20:30
  • 16/05 | 15:00
  • 17/05 | 20:30
  • 18/05 | 20:30

€ 16 / € 13
1h 15min
PT > NL / FR

Rencontrez les artistes après la représentation du 16/05

En 2012, Panaibra Gabriel Canda a conquis le cœur du public avec The Marrabenta Solos, une œuvre sincère sur la crise identitaire au Mozambique. Dans ses spectacles, le chorégraphe remet en question les représentations culturelles du continent africain et explore les traces laissées par un passé complexe sur les corps postcoloniaux. Avec (Un)official Language, il se concentre sur la langue, et plus précisément sur l’importation du portugais en Afrique. Dans des pays comme le Mozambique, le conflit entre la langue officielle et celle parlée à la maison est un héritage colonial qui construit la façon dont les individus sentent et pensent le monde. Sur scène, deux danseurs, une chanteuse et un musicien explorent les processus d’uniformisation et de créolisation linguistiques. Que reste-t-il de la langue des envahisseurs longtemps après qu’ils sont partis ? En convoquant le langage de la danse et de la musique, (Un)official Language tente de faire ressurgir par le corps ce que l’esprit a oublié.

Direction artistique & chorégraphie
Panaibra Gabriel Canda

Direction musicale
Maria João

Performeurs
Panaibra Gabriel Canda (danse), Leia Mabasso (danse), Maria João (chant) & João Farinha (musique)

Lumières
Jan Yoshi Goettgens

Scénographie & accessoires
Jan Yoshi Goettgens en collaboration avec Panaibra Gabriel Canda

Costumes
Andrea Ramirez en collaboration avec Jan Yoshi Goettgens & Panaibra Gabriel Canda

Productrice exécutive & diffusion
Florence Francisco (Les Productions de la Seine)

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre 140

Production
CulturArte (Maputo)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, La Villette (Paris), Zürcher Theater Spektakel (Zurich)

Avec le soutien de
Fundação Calouste Gulbenkian, Institut français (Paris), Centre Culturel Franco-Mozambicain, PAMOJA / ACP Cultures +

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(Un)official Language

La chanteuse portugaise Maria João a une belle carrière à son actif. Elle a collaboré avec les plus grandes stars et peut remplir les plus grandes salles. Elle s’est produite sur les scènes du monde entier et est une grande vedette dans ce qu’on appelle la lusophonie, l’ensemble des pays dont la langue véhiculaire est le portugais et qui forment conjointement le CPLP, la Communauté des pays de langue portugaise, dont font partie, entre autres, les PALOP – les pays africains de langue officielle portugaise… Toutes des structures profondément ancrées dans le passé colonial du Portugal.

Cependant, chaque fois qu’elle part en tournée au Mozambique, quelque chose de spécial l’habite, un désir d’être là, un sentiment d’appartenance. Ses racines sont là : elle est la fille d’une mère mozambicaine et d’un père portugais. Mais elle n’y a jamais habité et n’a pas tant de contact avec sa famille lointaine. C’est un lien de sang qu’elle entretient avec ce pays, non pas une histoire vécue, une expérience tangible, des images, des odeurs, des sons. Le pays vit à l’intérieur de Maria João.

Et quand elle chante, elle le fait dans la langue – même s’il s’agit souvent d’une collection de syllabes incompréhensibles quand elle pratique le scat – qui exprime son expérience de l’amour et de la vie. Mais cette langue est toujours en lien avec cette part de Mozambique en elle… À l’occasion de chaque séjour au Mozambique, elle a voulu approfondir ce lien et a cherché des manières de le faire. Dans la pratique d’une artiste de scène comme Maria João, cet approfondissement pourrait parfaitement aller de pair avec celui d’un artiste mozambicain, qui se produit également sur scène et avec lequel elle pourrait « namorar » sur les planches, un verbe qui n’a pas de réel pendant en français et pourrait plus ou moins se traduire par « être romantiquement ensemble ». Les barrières de la langue…

Maria João a contacté Panaibra Gabriel Canda et lui a demandé s’il voulait « namorar » avec elle sur scène et il a dit oui. Le récit de Maria João s’emboîte comme une pièce de puzzle dans le projet de Panaibra. Il crée des spectacles depuis une bonne quinzaine d’années. Lui aussi a fait des tournées dans le monde entier. D’anciens spectacles, comme Dentro de Mim Outra Ilha (En moi, une autre île) ou Mafalala 2, intitulé d’après un quartier populaire de Maputo, tentaient de mettre en lumière les conditions de vie quotidienne des Maputais, d’y trouver une poésie et de mettre en valeur la force « de l’homme et de la femme ordinaire » de cette ville. Ces pièces incluaient aussi beaucoup d’eau, de seaux, de sable et divers objets quotidiens liés à la survie de tous les jours.

À partir de Time and Spaces : The Marrabenta Solos, il passe pour la première fois et de façon radicale d’un commentaire sur la condition des Mozambicains à un questionnement plus approfondi sur l’origine de cette condition. Peut-être que sa collaboration avec Boyzie Cekwana dans Inkomati Discord, une pièce beaucoup plus explicitement politique que les précédentes, a constitué une amorce dans cette direction. Panaibra considère (Un)official Language à tous égards comme une suite directe des Marrabenta Solos, une sorte de deuxième partie. Il y poursuit sa quête de son identité complexe et de la manière dont il lui faut l’aborder en tant que Mozambicain conscient du fait que son pays a souffert sous le colonialisme et qui s’exprime néanmoins en portugais au quotidien. Aujourd’hui, cette langue est aussi la sienne et il ne peut faire autrement que de l’aimer malgré l’histoire, qui n’a pas toujours été rose, dont elle est porteuse.

Panaibra aime la diversité, la vraie diversité. Le Mozambique comptait 48 langues, mais la seule langue « non mozambicaine » est aujourd’hui l’officielle. Et lorsqu’il voyage, il voit d’autant plus à quel point tout se réduit à une uniformité… Le portugais subit à son tour l’hégémonie de l’anglais qui le relègue au second plan. Partout dans le monde, on trouve les mêmes produits, on mange les mêmes hamburgers, on boit les mêmes boissons rafraîchissantes, on écoute le même R&B et on tapote sur les mêmes appareils. Que signifie la révolution informatique pour cette riche diversité, dans quelle mesure n’a-t-elle pas franchi un pas de plus que le colonialisme ? Il perd sans cesse un peu plus de son origine, il se rapproche chaque fois un peu plus d’une situation dans laquelle le lien avec son pays devient insignifiant. Il n’y a plus qu’au fond de lui que subsiste quelque chose de profond.

En ce sens, Panaibra touche à l’universel avec (Un)official Language. Il a beau parler spécifiquement du Mozambique, il ne peut que constater que tout ce qui s’y passe est lié à une évolution globale. En cela, le spectacle s’oriente vers une vision internationale, après la réflexion approfondie sur son identité dans The Marrabenta Solos. Pour cette nouvelle dimension, il recherche une esthétique différente. Une esthétique qui ne serait pas imposée par les influences occidentales, mais qui peut s’en inspirer, à condition de sauvegarder une spécificité. Aux yeux et aux oreilles d’Occidentaux, cela peut paraître quelque peu naïf, mais ce n’est pas nécessairement le cas. C’est la particularité d’un jeune État avec une histoire néanmoins séculaire. Une histoire qui coule dans les veines de sa population et de ceux qui n’y vivent plus depuis longtemps, comme Maria João. Une histoire marquée par une riche spiritualité, une représentation d’un monde à travers les yeux de ceux qui y ont précédemment vécu. En se façonnant une identité sur mesure par le biais d’un masque, Panaibra peut se positionner de manière à observer et à commenter la situation actuelle ; et provoquer ainsi une rencontre entre une personne ordinaire de la vie quotidienne et un être spirituel qui peut faire référence à des origines diverses et à l’histoire qui se cache dans les veines de l’homme et de la femme de la rue…

Pour ses spectacles précédents, Panaibra a collaboré avec des artistes et des musiciens chevronnés comme Orlando de Conceição, Chico António, Jorge Domingos, ainsi que Walter Verdin ; toutes des personnes qui portent en elles toute une histoire, un parcours, et apportent une stratification foisonnante au récit qui nous est donné à voir. Avant de se pencher sur les accessoires, la musique ou les textes, Panaibra réfléchit au champ de tension entre lui et les personnes avec lesquelles il partage la scène et opère des choix très conscients. Il fait de son travail un répertoire généreux et très nourri qui peut ainsi faire appel aux nombreuses histoires personnelles de ses partenaires…

Dans (Un)official Language, la scène est jonchée d’une multitude de boîtes. Et des jupes métalliques. Ce sont les symboles d’une perte de liberté. Nous voulons comprendre tout ce que nous percevons dans ce monde numérique internationalisé et uniformisé. Tout doit avoir sa petite boîte. En voulant à tout prix créer une codification uniforme de tout ce qui nous entoure, nous nous comprenons paradoxalement moins bien… Panaibra suggère que nous bâtissons une sorte de tour de Babel de l’harmonie, non pas de la diversité. Lui-même aspire à un monde de curiosité envers l’inconnu. Un monde qui conserve la diversité comme un principe anticolonial.

« Ne provoquons-nous pas le courroux des dieux en envahissant leur espace avec une pléthore de satellites de communication là-haut, très loin au-dessus de notre tête ? » Il se pose la question…

Jasper Walgrave
Mai 2016

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Panaibra Gabriel Canda (1975) est né à Maputo, où il a suivi une formation de théâtre, de musique et de danse, avant de compléter ses études de danse contemporaine à Lisbonne. Dès 1993, il commence à realiser ses propres projets artistiques. En 1998, il crée CulturArte et met sur pied de nombreux projets artistiques, y compris des créations, des présentations et des programmes de formation afin d’encourager le développement de la scène chorégraphique locale. Il développe des collaborations avec des artistes en Afrique australe et en Europe, collaborant avec des artistes d’autres disciplines. Ses œuvres sont présentées en Afrique, en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine. En 2006, il remporte un prix aux Rencontres chorégraphiques de l’Afrique et de l’Océan indien à Paris ; en 2008, il obtient le prix du ZKB Patronage à Zurich ; et en 2009, il se voit décerner le Sylt Quelle Cultural Award for Southern Africa, un prix culturel allemand pour le soutien à la création en Afrique australe. En 2012, Panaibra Gabriel Canda était à l’affiche du Kunstenfestivaldesarts avec sa production Time and Spaces: The Marrabenta Solos.

Panaibra Gabriel Canda au Kunstenfestivaldesarts
2012 : Time and Spaces: The Marrabenta Solos

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