Twelve Seasons

Théâtre Les Tanneurs

11. 12. 13. 17. 18. 19. 20 / 05 > 20:30
16 / 05 > 19:30
Théâtre Les Tanneurs
1:30

« L’imagination est la faculté de déformer les images fournies par notre perception, non de les former. » Ainsi pense le philosophe Bachelard. Ainsi rêve Michèle Noiret. Après In Between, la chorégraphe explore plus avant les ressources poétiques de la technologie. Twelve Seasons la ramène, 25 ans après leur première rencontre, à la musique de son mentor, Karlheinz Stockhausen. Son Tierkreis (Signes du zodiaque) pour piano, clarinette, flûte et trompette en est le coeur. Les musiciens seront sur scène. Réceptacles de songes d’eau, de terre, d’air et de feu, du passage des saisons, écrans et miroirs, baffles et amplis seront aussi habités et ‘activés’ par les danseurs. Leur mouvement ‘déclenchera’ images, sons, reflets et résonances... Métamorphoses sur une partition musicale.

Concept: Michèle Noiret, Paolo Atzori, Todor Todoroff

Chorégraphie / Choreografie / Choreography: Michèle Noiret

Assistant à la chorégraphie / Choreografie-assistent / Assistant Choreography:

Fred Vaillant

Créé et interprété par / Gecreëerd en gedanst door / Created and interpreted by:

Caroline Cornelis, Joëlle Demulder, Stéphane Hisler, Mélanie Munt, Claire O’Neil, Jordi L. Vidal

Musique / Muziek / Music: Karlheinz Stockhausen, Tierkreis

Interprétation / Uitvoering / Interpreted by: Trio European Wind, Barre Bouman (Clarinette / Klarinet / Clarinet), Gillian Lampater (Flûte & piccolo/ Fluit & piccolo / Flute & piccolo), Achim Gorsch (Trompette et piano / Trompet en piano / Trumpet en piano)

Composition électroacoustique originale et interactions / Originele electroakoestische compositie en interacties / Original electronic-acoustic composition and interactions: Todor Todoroff

Scénographie et images / Scenografie en beelden / Scenography and images:

Paolo Atzori

Eclairages / Belichting / Lighting: Xavier Lauwers

Costumes / Kostuums / Costumes: Azniv Asfar

Programmation interactions vidéo / Programmatie interacties video / Programmation interactions video: Guy Van Belle

Coordination construction du décor / Coordinatie decorbouw / Coordination set

construction: Wim Vermeylen

Directeur technique / Technisch directeur / Technical manager: Thomas Kazakos

Coordinateur technique / Technisch coördinator / Technical coordinator:

Philippe Warrand

Photographie / Fotografie / Photography: Sergine Laloux

Promotion et production / Promotie en productie / Promotion and production:

Alexandra de Laminne

Administration et production / Administratie en productie / Administration and

production: Cathy Zanté

Production / Productie / Production:

La Cie Michèle Noiret / Tandem asbl (Bruxelles / Brussel)

Coproduction / Coproductie / Coproduction: Théâtre Les Tanneurs (Bruxelles / Brussel), KunstenFESTIVALdesArts, La Monnaie / De Munt (Bruxelles / Brussel), Bruxelles / Brussel 2000, Charleroi / Danses - Centre choréographique de la Communauté française de Belgique, les Iles de Danses (Ile de France), le Festival Danse à Aix

Partenariat / Partenariaat / Partnership:

La Ferme du Buisson / Scène Nationale (Marne-la-Vallée)

Avec la collaboration de / In samenwerking met / In collaboration with:

The Academy of Media Arts (Köln, KHM)

Présentation / Presentatie / Presentation:

Théâtre Les Tanneurs, La Monnaie / De Munt, KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de / Met de steun van / Supported by:

Ministère de la Communauté française de Belgique – Service de la Danse, C.G.R.I.

La Cie Michèle Noiret est en résidence au / Cie Michèle Noiret is in residentie in /

The Cie Michèle Noiret is in residence in Théâtre Les Tanneurs

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On veut toujours que l’imagination soit la faculté de ‘former’ des images. Or elle est plutôt la faculté de ‘déformer’ les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de ‘changer’ les images.

Gaston Bachelard, L’air et les songes, Essai sur l’imagination du mouvement,
Librairie José Corti, Paris, 1943

Chorégraphe, Michèle Noiret crée Twelve Seasons, une folle expérience, l’aboutissement d’un long parcours. Certes, il ne s’agit pas d’y conclure le chemin qui s’ouvrit en 1976, quand la jeune danseuse de 16 ans rencontra le compositeur Karlheinz Stockhausen (1928), venu à Mudra, l’école de Maurice Béjart : il y cherchait une interprète capable de donner à lire le mouvement de sa musique sur un corps, soudain partition de chair et d’os. Non, si Michèle Noiret s’attache une nouvelle fois à voyager dans la musique du maître avec qui elle collabora pendant treize ans, c’est que cette musique lui paraît encore propice à ouvrir toutes grandes les fenêtres de la rêverie. Tierkreis, l’œuvre choisie (littéralement, le cercle des animaux) fut inspirée au compositeur par les caractères des douze signes du zodiaque, eux-mêmes reliés à la position des planètes ou des astres et associés aux quatre éléments : l’eau, la terre, l’air et le feu, fantastiques hormones de l’imagination, selon Bachelard.

" J’ai de plus en plus de mal à concevoir un spectacle obligatoirement limité par les dimensions de la boîte noire scénique et que seules les lumières pourraient transformer. Il existe aujourd’hui des trésors de technologie, capables d’activer en images ou en sons de vertigineuses virtualités qui sommeillent dans le réel. J’aime le basculement, le déséquilibre, le dédoublement, le mystère des reflets, semer le trouble dans les perceptions visuelles et sonores. " Ce trouble, la chorégraphe le cultive depuis longtemps dans sa danse, bien avant que la technologie ne la séduise. Elle l’explorait à fleur de peau, à fil de muscle et d’articulation, et posait le corps en scène comme une étrange apparition, soumis à l’ondulation d’infinis frémissements. " Ces années avec Stockhausen se sont profondément inscrites dans ma mémoire corporelle. Ces pliages des doigts jusqu’au poignet, partant du coude ou de l’épaule, me sont passés dans le sang, dans les veines. La musique et l’espace, j’aime les sentir jusque dans les extrémités. Dans les créations, sur scène avec ses musiciens, je percevais, tout à côté, leur instrument, le son qu’ils produisaient, leur respiration. Ils induisaient exactement ce que faisaient mes mains et mes jambes comme si, par tous les pores de ma peau, je captais l’écriture de la musique et son jaillissement. "

Qu’était-ce exactement, ce travail avec Stockhausen venu chercher une étudiante dans les classes de Mudra ? " Formé à l’école de Messiaen et de Milhaud, Stockhausen avait beaucoup voyagé et fut très influencé par les cultures japonaises, balinaises, indiennes, ce qui l’amena à rêver d’un spectacle total où le corps pourrait se mouvoir, codifié par la musique. Il inventa donc un système pour visualiser en chair et en os ses polyphonies musicales : le corps était divisé verticalement en trois octaves partant du sol (les pieds) et remontant jusqu’au point le plus haut (les bras tendus au-dessus de la tête). Fortissimo, les membres s’étiraient vers l’extérieur, pianissimo, ils revenaient au corps. L’espace scénique était divisé en 12 sections, les 12 demi-tons de l’octave. Fortissimo à l’avant-scène, pianissimo à l’arrière. Je travaillais des heures pour que ma main droite exécute enfin toutes les hauteurs, les tempi et intensités de la portée musicale dédiée à un instrument. Puis il fallait travailler la main gauche, reliée à une autre portée instrumentale. Il fallait ensuite inventer les déplacements des pieds, agissant pour la troisième portée musicale, y ajouter sa rythmique propre. Au final : arriver à la combinaison simultanée de ces instruments différenciés, sans que cela fasse pantomime ! Contraignant carcan. Souvent, mon corps se rebellait. J’avais l’impression de n’être plus qu’un bout de bois divisé. C’était un apprentissage riche mais difficile. Après plusieurs années, il devint vital de m’en émanciper. "

C’est ce que fait la danseuse devenue chorégraphe qui commence par composer dans le silence. " Me mettre à l’écoute de la musique intérieure du corps, chercher mon propre langage dans l’espace, ne plus être esclave du rythme ou de la musique... S’ouvrait le champ vierge de vastes explorations... " Ses inspirations se multiplient, courtisant souvent la lisière du palpable : poèmes surréels de son père, Joseph Noiret, cofondateur du groupe Cobra ; découverte mystérieuse à Tollund d’un corps humain, venu du fond des âges, préservé intact par la tourbe, figé dans l’intranquillité d’une mort atroce ; gravure hallucinée du belge Maurice Pasternak. Revient la musique, créée, cette fois, en dialogue continuel avec ce qui s’ébauche dans le studio de danse. En 1997, la chorégraphe retourne au solo et se réattelle à une musique préexistante. Vingt ans ont passé, son vocabulaire s’est développé, son sens de la composition, affiné : elle veut danser, à sa manière libre, fluide et respectueuse, sur la musique harmonique du géant radical chez qui elle fit ses premières gammes passionnantes et douloureuses. Solo Stockhausen funambule sur une version pour piano et clarinette de Tierkreis, ronde différenciée des signes astrologiques que le compositeur développera dans la composition d’œuvres ultérieures comme Musik im Bauch et Sirius.

Il existe de Tierkreis plusieurs partitions vocales et instrumentales. Michèle Noiret caresse alors le projet d’un nouveau rendez-vous avec le compositeur. Elle choisit le Tierkreis pour trois instruments à vent et un piano. Elle le revisitera avec 6 danseurs, un jeune trio acoustique (clarinette, trompette, flûte), le Trio European Wind, qui travailla avec Stockhausen pendant l’été 1998. Les musiciens seront en scène avec les danseurs. Mais elle veut ici que les danseurs provoquent les métamorphoses de la représentation. Pour Twelve Seasons, elle travaille en parallèle avec eux sur l’imaginaire des douze caractères du zodiaque, leurs humeurs changeantes, leurs matières, couleurs et lumières, et sur les lignes mélodiques et rythmiques de la partition. In Between, son précédent spectacle, lui avait donné l’occasion d’expérimenter les ressources d’une technologie interactive qui ne soit pas tape-à-l’oeil, mais moyen poétique pour altérer l’espace et en réfracter de nouvelles surfaces, des profondeurs nouvelles. Elle veut pousser plus loin cette exploration.

La musique de Stockhausen sera inchangée mais Todor Todoroff, ingénieur et compositeur électro-acoustique, la prolongera d’obsédantes réminiscences. Paolo Atzori, architecte converti à la scénographie digitale, aura engrangé de fluides images abstraites, métaphores des quatre éléments, des saisons et du passage du temps. Le décor : une aire circulaire, des écrans incurvés sur son contour et un jeu de miroirs ronds au sol. Sans l’intervention des danseurs, ces éléments existants épouseraient la danse et se régleraient... comme du papier à musique. Mais la chorégraphe veut les danseurs également ‘musiciens’ et ‘cinéastes’, déclencheurs d’images et de sons. Munis de micros ‘contacts’, de discrets capteurs et de minuscules caméras reliés à des ordinateurs, leurs chocs, respirations et frottements seront partitions sonores ; leur passage dans un faisceau d’ultra-sons enclenchera les réminiscences musicales ou le surgissement d’univers visuels ; leur caméra renverra au public les détails de leurs mouvements, les reflets de leurs ensembles, voire l’image de spectateurs ‘regardant’, ravie à l’obscurité pour miroiter en scène.

Par l’imagination, nous abandonnons le cours ordinaire des choses, dit encore Bachelard.Percevoir et imaginer sont aussi antithétiques que présence et absence. Imaginer, c’est s’absenter, c’est s’élancer vers une vie nouvelle...

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