Tú amarás

    18/05  | 20:30
    19/05  | 18:00
    20/05  | 20:30
    21/05  | 20:30
    22/05  | 20:30

€ 16 / € 13
1h15
ES > FR/NL

Tú amarás (Tu aimeras) de la jeune compagnie chilienne Bonobo nous tend un miroir perspicace. Qu'est-ce qu'un ennemi ? Comment le crée-t-on ? Comment se lie-t-on à l’autre ? Telles sont les questions prégnantes qu’un groupe de médecins chiliens se posent pendant qu’ils préparent une conférence internationale sur les préjugés dans la médecine. Un sujet pertinent, devenu toujours plus complexe depuis l’arrivée récente des Aménites, une population extra-terrestre. Cette arrivée constitue l’occasion idéale de réfléchir à la haine, à l’amour et à la violence implicite envers « l’autre ». Avec humour et ironie, des dialogues percutants, incisifs et implacables nous dévoilent l’absurdité du quotidien. Attendez-vous à une leçon de vie intelligente et humoristique sur l’ignorance de l’être humain et sa peur de l’étranger, cadré avec fraîcheur dans un contexte latino-américain.

À voir aussi: représentation scolaire

Mise en scène : Andreina Olivari, Pablo Manzi
Textes : Pablo Manzi
Avec : Gabriel Cañas, Carlos Donoso, Paulina Giglio, Guilherme Sepúlveda, Franco Toledo
Scénographie, création costumes et lumières : Juan Andrés Rivera, Felipe Olivares (Los Contadores Auditores)
Direction technique : Raúl Donoso
Musique : Camilo Catepillan
Producteur : Horacio Pérez
Surtitrage : Marie Trincaretto

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Les Tanneurs
Coproduction : Fundación Teatro a Mil, Espacio Checoeslovaquia  
Tú Amarás  a été en partie développé au cours d'une résidence au Baryshnikov Arts Center (New York)

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« Nous sommes intéressés par la manière dont la violence apparaît dans un processus démocratique. »

La compagnie Bonobo présente sa nouvelle pièce Tú amarás (Tu aimeras), où elle continue à explorer la notion d’altérité et la perception de l’ennemi·e. Ces deux concepts, qui hantent leurs créations, induisent des enquêtes liées à cette violence implicite de la démocratie et à la manière dont nous y sommes associé·e·s.

Suite à une résidence au Baryshnikov Arts Center de New York, nous avons interviewé Pablo Manzi et Andreina Olivari (directeur·rice·s de la compagnie), moins d’un mois avant la première de leur nouveau spectacle. Assis·e·s dans le parc Bustamante, il et elle ont débattu leurs points de vue et fait preuve d’une grande complicité dans l’évocation de leur travail de création.

Bien que Manzi soit le responsable de la dramaturgie et de l’écriture, il insiste sur le fait que c’est plutôt un processus collectif : « La dramaturgie fonctionne en symbiose avec l’écriture dans le sens où tous les membres de la compagnie sont, en quelque sorte, le jeu. Le collectif est l’auteur·e. C’est le résultat de milliers de créations prises en considération. Bien qu’étant celui qui écrit, un grand nombre d’idées proviennent des discussions que nous avons avec Andreina ou de problèmes qui se posent ; c’est en relation avec le fait que toutes les disciplines font partie d’un groupe de dialogue. »

Cette fois, le prétexte est une réunion de médecins qui préparent une présentation pour une nouvelle convention d’assistance humanitaire. Des problèmes et des tensions émergent pendant la pièce qui remettent en question des concepts comme la diversité et la violence. Pour l’auteur cependant, il ne s’agit pas de proposer une réflexion sur la médecine mais bien plutôt sur la notion d’ennemi·e.

« Nous trouvons des motifs de débat. Nous ne sommes pas en train d’essayer d’imiter une quelconque forme de réalité. Vous pourriez penser : mais pourquoi utilisent-ils des docteur·e·s alors ? Nous voulions trouver une place où la relation à l’altérité était très explicite. La profession de médecin représente toujours une opposition entre “je suis quelqu’un·e qui va faire quelque chose de bien pour vous et un·e autre qui est en attente de quelque chose”. Pour nous, c’est seulement un énorme prétexte pour les faire parler de la construction de l’adversaire. » commente Olivari.

Tú amarás − une co-production entre la fondation Teatro a Mil et Espacio Checoeslovaquia − suit la même ligne directrice que Donde viven los barbaros (Où vivent les barbares). Bien qu’il s’agisse de deux installations très différentes, elles poursuivent les mêmes objectifs dans des lieux où les préjudices sont moins évidents. « L’autre » et « l’ennemi·e » sont les concepts abordés pour donner vie à cette nouvelle installation de Bonobo. Selon Olivari « C’est une question que nous n’avons pas résolue, un problème très complexe qui n’offre pas de réponse au sujet de l’altérité ou de la manière dont nous sommes supposé·e·s vivre dans un processus démocratique. Je pense que nous ne trouverons jamais de solution définitive, mais nous allons toujours essayer de nous contredire et nous serons obligé·e·s d’y réfléchir encore et encore. C’est notre exercice de prédilection. »

Et Manzi d’ajouter « “quelqu’un·e d’autre” est-il synonyme d’“ennemi·e” est l’une des questions que l’on peut se poser dans cette performance. »

La pièce continue avec, ici et là, les pointes d’humour et d’ironie qui définissent la compagnie. Comme il s’agit d’un travail collectif, les textes se nourrissent d’eux-mêmes, grâce à cette ironie que les personnages recherchent et que les directeur·trice créent.

En même temps, il s’agit d’un instrument qu’ils utilisent pour redéfinir les choses et les regarder sous un autre angle. Pablo Manzi en a une vision très claire : « Nous pensons toujours que l’humour au théâtre, est un outil pour resignifier les choses. »

Pablo, comment le texte s’impose-t-il ? Comment est-il en lien avec la co-gestion que vous réalisez avec Andreina ?

P Cela nécessite quelques étapes et le texte est la dernière. Il y a un travail bien plus important en amont, de conversation, de recherche et Andreina joue un rôle fondamental dans toute la partie théorique et conceptuelle. Ensuite vient une autre étape faite d’improvisation et d’échanges avec le groupe, les scénographes, les acteur·rice·s et les producteur·rice·s.

A Et c’est précisément l’étape la plus vaste dans laquelle on se perd. C’est aussi la plus terrifiante, car imaginez, tout ce qui est proposé alors qu’on n’a toujours pas de texte. Puis vient le moment où Pablo réalise un travail très dur qui consiste à tout rassembler et à en faire un texte qui nous inclut tou·te·s.

P Oui, c’est pour cette raison, je crois, que dans un travail collectif, la dramaturgie fonctionne en symbiose avec l’écriture. C’est le résultat de milliers de créations prises en considération.

Pourquoi la pièce a-t-elle changé de nom pendant la création, de Huésped (Invité) à Tú amarás (Tu aimeras) ?

P Certaines choses sont très bureaucratiques. Quand on commence un projet, il doit présenter beaucoup de contenu, même s’il n’est parfois qu’une façade à ce stade. Quand vous êtes à la recherche d’une salle de concert ou de n’importe quoi d’autre, on commence à vous demander beaucoup d’information sur la pièce que parfois nous n’avons pas. C’est pourquoi le résultat est finalement différent de l’étape préliminaire et c’est aussi pourquoi, en cours de route, nous avons réalisé que le concept d’invité ne convenait pas.

A Au départ nous l’avions choisi parce que nous aimions le double sens qu’il véhicule : d’un côté c’est « je vous reçois chez moi » et de l’autre cela signifie « ennemi·e », c’est pourquoi nous pensions que c’était un bon titre. Tú amarás contient une considération plus puissante : l’obligation d’aimer autrui ou l’obligation d’amour. De là vient le titre, qui est une injonction et la pièce est précisément en relation avec cela.

P Nous sommes intéressé·e·s par la manière dont la violence apparaît dans un processus démocratique. Nous sentons aussi qu’il est dangereux d’envisager l’amour d’autrui comme un devoir. Nous essayons de réfléchir sur le fait que nous avons été éduqué·e·s, dès l’enfance, à voir les autres comme des adversaires. C’est pourquoi, l’amour est plus perçu comme un problème qu’une connaissance.

Qu’est ce que Tú amarás cherche à générer chez le spectateur ?

P Selon moi, la sensation la plus satisfaisante se produit quand l’audience sort du spectacle en se posant plein de questions ou ressent la nécessité de juger. Par conséquent, nous ne voulons pas une suspension de la connaissance, que nous pensons inébranlable, nous voulons simplement une resignification. Ce qui se passe ici, dans ce conflit social, c’est que le théâtre devient un lieu depuis lequel on peut repenser ces concepts ; en le quittant vous avez l’opportunité de poser un regard différent sur ces expériences ou au moins de les repenser.

Propros recueillis par Fundación Teatro a Mil (2018)

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Bonobo est une compagnie de théâtre fondée en 2012 par Pablo Manzi et Andreina Olivari dans le but d’amener sur scène de nouvelles œuvres qui stimulent la réflexion critique du spectateur. Grâce à une méthodologie de création collective axée sur la recherche et l’improvisation, ils sont devenus l’un des plus célèbres groupes du théâtre chilien. À ce jour ils ont présenté Amansadura (2012), Donde viven los bárbaros (2015) et Tu amarás (2018), qui ont tous connu un succès certain, participant à des festivals dans divers pays : Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Mexique, Brésil, Pérou et Chili. 

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