TREMOR

Es ist immer Krieg.

Flagey
  • 21/05 | 19:30
  • 23/05 | 19:30
  • 25/05 | 17:30
  • 26/05 | 21:30

€ 8 / € 6
92 min
IT, DE, NL, EN, IS, FR, Lomongo > FR / NL

Rencontrez la réalisatrice après la projection du film le 23/05

Entre imaginaire et réel, les installations et films méditatifs d’Annik Leroy explorent les zones obscures de l’histoire européenne. Cette année, l’artiste présente au festival la première de son nouveau film, une œuvre très personnelle empreinte de références à l’histoire et à l’histoire de l’art. TREMOR se développe sous l’impulsion des voix qui le traversent – celles des poètes et des fous, d’une mère ou d’un enfant. De la pensée réflexive au récit spontané, du témoignage à la fiction, chacun prend la parole pour dire son expérience de la violence et de la guerre. Nous les écoutons tandis que notre regard plonge dans des lieux impossibles à situer, des paysages marqués de cicatrices. Des bruits venus d’ailleurs s’infiltrent. L’image se déforme, devient poreuse. La musique survient. Le film se resserre sur la présence d’un pianiste, avant de se diffracter à nouveau… TREMOR est un voyage sensible entre souvenir et cauchemar. Un acte de résistance.

Un film écrit & réalisé par
Annik Leroy

Avec
Johan Bossers, Séraphina De Breucker, Guy Wouete

Caméra, son & montage image
Julie Morel & Annik Leroy

Caméra additionnelle
Els van Riel

Montage son
Julie Morel & Frédéric Furnelle

Mixage
Frédéric Furnelle, A Sound studio

Bruitage
Philippe Van Leer

Étalonnage & titrage
Michaël Cinquin, Charbon studio

Sous-titrage
Sublimages & Boris Belay

Musique
Giacinto Scelsi, Suite N°11 pour piano, interprétée par Johan Bossers ; Jupiter & Okwess International, Djwende Talelaka

Textes
Pier Paolo Pasolini, Profezia ; Ingeborg Bachmann, Malina ; Fernando Nannetti ; Barbara Suckfüll

Avec les voix de
Maurizio Guerandi, Rúnar Bogason, Pungu Aaron, Ingeborg Bachmann, Alberto Moravia, Pier Paolo Pasolini, Sigmund & Anna Freud, Friedrich Zawrel, Herbert Fritsch

Remerciements
Sven Augustijnen, Christophe Slagmuylder, Corinne Diserens, Stoffel Debuysere, Jean-Pierre Rehm, Eva Houdova, Michela Alessandrini, Isabelle Rey, Patrick Taliercio, Hans Martens, Félix Blume, Véronique Du Moulin, Jana Renate Illge, Rúnar Bogason, Simona Denicolai, Giulia Angrisani, Barbara Schild, Ruben Diwantessa, Vera Schlusmans, Marie Vermeiren, Alain Marchal, Fredji Hayebin, Alain Pinpin, Jana Coorevits, Sophie Gayerie

Assurances
www.circlesgroup.com

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, CINEMATEK, Flagey

Production
Cobra Films (Daniel De Valck & Anne Deligne), Auguste Orts (Marie Logie & Anne Goossens)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Centre de l’Audiovisuel à Bruxelles

Avec l’aide de
Vlaams Audiovisueel Fonds, Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Vlaamse Gemeenschapscommissie

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TREMOR
Es ist immer Krieg.

Au départ de TREMOR, il y a la rencontre avec la beauté rude et sauvage de l’Islande vécue comme une immersion physique très intense. Ces lieux désertés, parfois même dévastés sont des lieux de résonance pour certaines voix du film. Ils renvoient à l’expérience subjective de la violence, de la destruction et du conflit. Des sons étranges et puissants font irruption de tous côtés. Grésillements, souffles, jets, craquements… Ces bruits terrestres suscitent l’intranquillité et la fascination.

Le tremor désigne d’une part les vibrations imperceptibles qui signalent l’imminence d’une éruption volcanique et d’autre part les tremblements involontaires du corps humain. La caméra devient un objet terrestre et sensible capable de capter ces deux dimensions externe et interne de la vibration. Le corps-caméra est déséquilibré, il perd son centre de gravité, se colle sur les surfaces ou s’enfonce dans des espaces dont on perd les contours. La pellicule réagit physiquement aux innombrables variations de la lumière et permet de saisir avec une grande subtilité la profondeur des lieux et des corps. Le noir et blanc nous plonge dans une dimension qui n’est pas celle du réalisme. Tourner un film en noir et blanc, c’est basculer dans une autre dimension et ouvrir une vision au sens artistique.

TREMOR est animé par le désir de faire entendre des voix singulières, issues de milieux sociaux et culturels divers, chacune ayant sa force poétique propre. Elles ont été choisies au gré de rencontres littéraires, artistiques ou intimes qui ont marqué la création du film. Parole spontanée, analyse socio-politique élaborée ou vision littéraire, chaque voix tente de se faire une place dans le monde.

Es ist immer Krieg apparaît comme un sous-titre de TREMOR. Ces quatre mots, cette phrase si courte extraite de Malina d’Ingeborg Bachmann convoquent de nombreuses interprétations. Elle dit le conflit intérieur et la non-réconciliation face aux guerres du passé et du présent. Ici, il n’y a pas d’images prises à l’intérieur des conflits, car il faut créer ses propres images.

« Malina : Donc tu ne diras plus : guerre et paix.
Moi : Jamais plus.
Ici, c’est toujours la guerre.
Ici, c’est toujours la violence.
Toujours le combat.
C’est la guerre éternelle. »
Ingeborg Bachmann

Dans le film, les voix se déclinent en cinq langues. Certaines sont célèbres, comme celles de Pier Paolo Pasolini, Ingeborg Bachmann, Sigmund Freud et sa fille Anna. D’autres le sont moins, comme celle de Fernando Nannetti et Barbara Suckfüll, artistes fous dont les œuvres ont été révélées depuis peu dans le champ de l’art brut. Certaines sont des voix de fiction comme celle de l’héroïne du roman Malina ou celle d’Ali, deux personnages littéraires. D’autres sont les voix de témoins inconnus comme Friedrich Zawrel, persécuté par les nazis ou Runar, habitant des îles Vestmann ravagées par l’éruption d’un volcan. Il y a aussi une voix de l’intime, celle de Séraphina, dont les récits oscillent entre cauchemar et souvenir. Parfois, leur appel passe par des notes gribouillées, lettres ou inscriptions gravées. Signes fragiles de leur lutte quotidienne pour la vie.

« Je crois réellement à quelque chose que je nommerais “un jour viendra”… Cela ne viendra point et malgré tout j’y crois, car si je ne puis y croire, je ne puis continuer à écrire ».
Ingeborg Bachmann

Et puis, il y a la musique.

Le pianiste Johan Bossers est un personnage à part entière du film. Il apparaît à l’image pour jouer dans leur intégralité quelques mouvements de la Suite N° 11 pour piano du compositeur et pianiste italien Giacinto Scelsi (1905-1988).

Johan Bossers écrit : « Au milieu du XXe siècle, Giacinto Scelsi se rend compte qu’il se heurte à un mur. Selon lui, notre tradition occidentale tente de maîtriser de manière toujours plus rationnelle notre façon de faire de la musique. Elle la fige dans des mots et des significations, des images et des notations musicales, avec comme summum le contrôle de l’exécutant sur l’expression et la technique. Scelsi n’a jamais osé admettre que souvent ses compositions ne sont “que” des improvisations libres, intuitives et jouées purement d’oreille. En cela, Scelsi s’apparente à un sculpteur qui burine un bloc de marbre de tous les côtés, le martèle et le taille, afin de parvenir à travers d’infinis mouvements obsessionnels et répétitifs à avoir prise sur son matériau pour ainsi dire. Il procède comme un alchimiste ou un magicien oriental qui métamorphose une matière en une autre, comme la cristallisation de l’air en pierre… On voit des chorégraphies obstinées de mains et de bras, on entend des méditations ensorcelantes qui répondent aux résonances de sons sensuels. Néanmoins Scelsi sait que son oreille n’aura jamais entièrement prise sur l’univers qui se déploie en permanence au sein d’un son. Il ne cherche donc pas le contrôle (de soi), mais une expérience d’extase physique irremplaçable, exclusive, qui ne peut être réitérée. Il la trouve dans ce moment où il transcende les limites physiques du musicien, de l’imagination, des oreilles, du son et de l’instrument, du temps et de l’espace… Son instrument devient son prolongement, il l’incorpore… Scelsi nous fait prendre conscience du fait que nul ne possède – ou ne doit posséder – de langage musical par nature. Et fort heureusement d’ailleurs. Si l’on ose mettre le corps et les sens en mouvement, chacun peut vivre et ressentir, tout en “dansant” avec les choses, un monde sonore insaisissable et illimité. »

« L’acte de parole ou de musique est une lutte : il doit être économe et rare, infiniment patient, pour s’imposer à ce qui lui résiste, mais extrêmement violent pour être lui-même une résistance, un acte de résistance. »
Gilles Deleuze

Nous écoutons ces voix tandis que notre regard plonge dans des lieux impossibles à situer de manière fixe. Des bruits venus d’ailleurs interfèrent et les transfigurent. Poreuse et instable, la matière s’empare de l’image. Survient la musique. Tout se resserre sur la présence du pianiste avant de se diffracter à nouveau.

Annik Leroy & Julie Morel
Avril 2017

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Annik Leroy (1953) est cinéaste, photographe, professeur à l’ERG, elle vit et travaille à Bruxelles. Elle réalise d’abord plusieurs court-métrages : Le paradis terrestre, Undermost #1, NBC, Ekho. En 1981, elle filme In der Dämmerstunde Berlin de l’aube à la nuit. Ce film est présenté au Festival international de Berlin et diffusé à la télévision allemande ZDF. En 1999, son long-métrage Vers la mer est présenté au Festival international de Berlin et il obtient divers prix internationaux. En 2000, elle réalise le court-métrage fffff+ppppp avec la musique de Galina Ustvolskaya dans le cadre de Muziek in beeld avec l’ensemble de musique contemporaine Q-O2. En 2006, la vidéo Cellule 719 est présentée aux Festivals de Rotterdam et Amsterdam. En 2002, son livre de photographies et de textes Danube-Hölderlin est publié aux Éditions La Part de l’œil. Des expositions de photographies et des installations audiovisuelles s’ajoutent à sa filmographie : Isolés, Ici (2003-2004, Galerie Balthazart, Tournai, Librairie Quartiers Latins, Bruxelles), (Psycho) Zerreisswolf (2005, Versus III, Oudenaarde – 2006, exposition Fractions lentes, Bruxelles, avec Marcel Berlanger et Julie Morel), Lieber wütend als traurig (2006, De Markten, Bruxelles), Unheimlich schwer/politisch (2007, Kunstraum Kreuzberg/Bethanien, Berlin), Meinhof. (2007, M HKHA, Anvers – 2008, Kunstenfestivaldesarts), et l’installation/performance Regarding avec Isabelle Dumont et Virginie Thirion (2008, Kunstenfestivaldesarts).

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