The March, The Burden, The Desert, The Boredom, The Anger

Différents lieux dans la ville

UGC de Brouckère
Première : 3/05 > 20:00

Beursschouwburg
7.9.10.11/05 > 20:30

75’
FR > Subtitles : NL

« Bahman n'avait pu faire qu'une seule fois son récit : devant les fonctionnaires désabusés de l'Office des Etrangers. C'est pour cela et avec lui que je réalise ce film. » Les autres acteurs d'Els Dietvorst sont aujourd'hui trente et un, tous Belges et d'origines diverses, habitant le quartier Anneessens, l'un des plus précaires de Bruxelles. Depuis cinq ans, « pour cela et avec elle », ils font exister leurs récits à la scène ou à l'écran : un grand projet multimédia nommé Le Retour des Hirondelles. En voici la dernière étape artistique : The March, The Burden..., l'ultime long-métrage, avec Rimbaud pour guide, lui qui erra jadis dans ces mêmes rues, avant de fuir vers l'Afrique...

Documentaire expérimental
Le film a été tourné à Bruxelles (B) et à Erfoud (Maroc),
DV cam, 76 min., couleur.
Production: Firefly 2004

Een film van/Un film de/A film by: Bahman Homa, David Godon, Emma Puigi de la Bellacassa, Flora Zoda, Guiliane Mansard, Helena Coppejans, Ismail Dahabi, Kito Isimba, Kokou Zokli, Lara Aniela Radzki, Marie-Louise Jacobs, Michel Puissant, Miguel Delvaux, Rachid Ajerrar, Reda Chebchoubi, Sarah Lefevre, Sylvie Van Molle, Yacine Bakdach, Vincent Mercenier...
Scenario/Scénario/Script: Els Dietvorst, Orla Barry and the actors above.
Regie/Mise en scène/Director: Els Dietvorst
Regie assistent/Assistant mise en scène/Assistant to the director: An Van Dienderen, Jan Dietvorst

Acteursregie/mise en scène des acteurs/performers director: Caroline Donnely
Camera/caméra: Rémon Fromont
Scenario/Scénario/Script: Eva Houdova
Geluid/Son/Sound: Thomas Gastinel, Marc Engels, Frederic Fontaine
Tweede camera/Deuxième caméra/Second camera: Steven Schoukens
Geluid tweede camera/son deuxième caméra/Sound second camera: Patrick Giets
Cameramachinerie/Machiniste/Grip: Björn Maroten
Belichting/Eclairage/Lighting: François Zeegers
Kostuums/Costumière/Seamstress: Sofie Lehman
Een productie van/Une production de/A production of: FIREFLY VZW
Producent/Pruducteur/Line producer: Bavo Bostoen
Productieleiding /Directeur de la production/ Production manager: Dries Phlypo
Productie assistentie/Assistants de production/ Production assistants: Liesbet Vaes, Bindu Stuyck, Djo Moembo, Thomas Sennesael

Setfotografie/Photographie set/ SetPhotography: Norma Prendergast

Acteurs/Actors:
Lara Aniela Radzki - Justina

Kokou Zokli - Kokou Zokli

Bahman Homa - Bahman Homa

Yacine Bakdach - Nico

Rachid Ajerrar - the nightman

Sarah Lefevre - Rosa

David Godon - Victor

Reda Chebchoubi - Camel

Kito Isimba - the interviewer

Marie-Louise Jacobs - Nico’s mother

Guilianne Mansard - the servant & soothsayer

Miguel Devaux - the police officer

Sylvie Van Molle - the pigeonwoman

Vincent Mercenier - the presenter of Playbacknight

Ismail Dahabi & family Dahabi - Nico’s friends

Calogera Genova - the man in the car

Michel Puissant - the transvestite

Flora Zoda - the woman dancing on Place Anneessens

Emma Puigi de la Bellacassa - the cut out barmaid

Helena Coppejans - the cut out angel

Anna Luyten - the tv-reporter

Fouad Dabachi - the pittaman

Michel Jurowicz - the office-worker

Bernard Boudru - the angry man in the car crash scene

Pierre Tshiabuta Ntoka Munda - Happy

Olivier Caudron - the co-presenter of Playbacknight

Ouafae Miouf - Ismail’s sister

Luigi Constanza - the shepherd

Met de medewerking van/Avec la collaboration de/ In collaboration with:

Vlaams Audiovisueel Fonds, Centre du Cinéma et de l’audiovisuel, GSARA, BSBbis, Het Fonds Alain De Pauw (Koning Boudewijnstichting), Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap/SAP, Ministerie van Vlaamse Gemeeschap, Afdeling Volksontwikkeling en Bibliotheekwerk, Vlaamse Gemeenschapscommisie/SIF, Kunstenfestivaldesarts.
Presentatie/Présentation/Presentation: Beursschouwburg, KunstenFESTIVALdesArts, UGC de Brouckère.

Back to top

Bruxelles, avril 2004

1. La préhistoire du long projet global : Le Retour des hirondelles

Le projet Le Retour des hirondelles peut être considéré comme un processus de création individuelle et collective qui a duré quatre ans. Les thèmes en sont l’identité, la métamorphose et la fuite.

Le projet Le Retour des hirondelles fut lancé en 1999 dans le quartier Anneessens à Bruxelles.

Par pure curiosité envers les personnes qui y vivent et envers l’origine des tensions qui y règnent, je suis partie à la recherche des racines du quartier, de ses vagues de migration, de son contexte historique, et à la rencontre de ses habitants. Derrière la tête, l’envie de construire un projet artistique. Quotidiennement, pendant des mois, j’ai été discuter avec des habitants et des organisations de quartier et je me suis efforcée de mieux comprendre là où ça coinçait, là où les mots restaient dans les gorges. De toutes ces conversations, de ces réflexions entendues comme de mes propres pensées, j’ai gardé des traces. Notées, photographiées ou enregistrées avec une caméra vidéo, elles forment le matériel de la mise en œuvre du Retour des hirondelles et la nourriture de son développement futur.

A mesure qu’avançait Le Retour…, plusieurs vidéos de courte ou moyenne durée furent tournées qui témoignent du chemin en train de se parcourir. Retravaillées, elles ont servi pendant cinq ans à partager publiquement en sons et en images le processus évolutif de ce projet aux multiples visages.

2. Le processus de travail du film

The March, The Burden, The Desert, The Boredom, The Anger

autobiographie/fiction

Vingt-deux protagonistes, sans aucune expérience artistique, cinématographique ou théâtrale, sont le ferment de ce projet. Tous ont leur vie propre, leurs histoires, des rêves et des désirs. C’est en catalysant leurs paroles que le projet s’est développé : ils sont eux-mêmes auteurs du scénario et concepteurs des rôles qu’ils portent à l’écran. The March, the Burden, the Desert, the Boredom, the Anger représente le stade final d’un long processus : un film nouveau, un film à part entière qui peut être vu partout, par le large public des salles. Pour y arriver, ils n’ont eu de cesse de tester ce qu’est écrire pour le cinéma, répéter et jouer pour la caméra, réaliser des prises de vue et tourner en extérieur dans le quartier…

méthode de travail

Fiction has the same function as games have. In playing, children learn to live, because they simulate situations in which they may find themselves as adults. And it is through fiction that we adults train our ability to structure our past and present experience (Umberto Eco)

Le processus de travail du Retour des hirondelles repose sur un dialogue intense entre ses protagonistes et la réalisatrice. Il a été charpenté par une méthode bien spécifique. En premier, celle-ci se concentrait sur la conversation individuelle afin de cerner le thème que chaque protagoniste voulait traiter. En second, beaucoup de répétitions et d’improvisations nous ont aidés à donner corps aux idées. Quête graduelle d’une mise en forme.

Toutes ces étapes ont été précieuses par la suite. Les acteurs étaient très attachés à cette façon de travailler. Ces répétitions élaborées pas à pas leur donnaient le sentiment d’une implication totale dans la mise en œuvre du film. Ensemble, nous cherchions le rôle qu’il leur collait le mieux à la peau, proche ou éloigné de leur vie. Certains rôles sont issus directement de leur quotidien, d’autres transcendent complètement toute forme de réalité. Procéder ainsi avec des amateurs et envisager ainsi la construction d’une fiction – par le biais d’entretiens individuels, d’improvisations et de répétitions collectives – porta ses fruits dans le résultat des deux films Na de zondvloed (Après le déluge) et de De laatste nacht van de nachtman (La dernière nuit de l’homme nocturne). Non seulement notre traitement de la fiction s’avérait juste, mais certains acteurs se sont révélés capables d’étonnantes prestations.

3. Les acteurs comme auteurs et acteurs de l’histoire de leur vie

Un film qui soit l’aboutissement de ce projet mis en œuvre dans le quartier pendant plusieurs années : tous étaient enthousiastes, les grands comme les petits. Par auditions et répétitions, nous avons alors constitué un groupe de 22 personnes prêtes à travailler avec nous pendant trois ans. Avec ces personnes, nous avons réalisé sur support digital Après le déluge et La dernière nuit de l’homme nocturne. Ce choix de la fiction s’inscrivait naturellement dans la ligne du projet global : traiter et transcender sa propre réalité, transformer le vécu de cette réalité en ressource poétique et la rendre accessible au spectateur. Le choix de tourner avec la légèreté de l’outil vidéo permettait en outre d’accroître considérablement la participation créative de chacun.

La plupart des séquences du nouveau film, The March, The Burden, The Desert, The Boredom, The Anger ont été tournées dans le quartier Anneessens. Mais d’ici, nous nous sommes aussi envolés vers le Maroc pour une série d’autres plans. Vers le désert marocain, à Erfoud.

Bruxelles (quartier Anneessens), notre point de départ. La ville comme réserve humaine. Le désert marocain, notre point final. Fi des frontières et des toits.

Dans un trajet du récit, on voit l’un des acteurs quitter l’Europe et rejoindre son Afrique, à la recherche de ses racines et de lui-même. Dans d’autres, le chemin des existences est inverse : il suit ceux qui quittent leur Afrique (le Togo) ou leur Asie et aboutissent en Belgique.

4. Le synopsis du film

Juillet 2000. Il faisait très chaud quand j’ai rencontré Bahman de l’autre côté de la rue. Il arrivait d’Iran et parlait persan. Il avait les joues encore brûlées par le soleil de ses montagnes. Mohammed était avec lui, venu lui aussi d’Iran. « Je n’ai vu Mohammed que deux fois, après il est allé voir les femmes et jouer au casino », dit Bahman. « Il a rejoint l’Angleterre dans un conteneur. » Bahman, lui, est resté. Nous avons beaucoup dessiné cette année-là : son voyage de 22 jours vers la Belgique, son frère, son pays. Il est devenu une « hirondelle » et un ami. Aujourd’hui, après deux ans de pâle soleil belge, le feu de ses joues s’en est allé. Il attend, attend, attend encore et toujours de pouvoir travailler, obtenir ses papiers, être reconnu. Il suit des cours de français et d’informatique et joue de la musique. Mais il en a assez d’attendre. Il lorgne le conteneur. La pulsion de partir est grande.

Bahman n’a pu raconter son histoire que deux fois : pour l’Office des Etrangers. Bahman est une de ces personnes pour qui et avec qui je réalise ce film.

Depuis que j’ai mis en route le projet, Le Retour des hirondelles, le vol des hirondelles compte jusqu’à 22 migrateurs. Bahman et 21 Belges. Presque tous ont leurs racines au Maroc ou en Italie, à la Réunion, en Colombie, au Togo, au Congo, en Egypte, en Russie, en Iran et en Belgique. Ils habitent tous en Belgique. Chacun de leur visage a un nom, un caractère, un rire qui leur est propre. Chacun a son histoire. Fragmentées, leurs histoires et toutes les émotions qui les traversent servent de base au film. Nous sommes volontiers des hirondelles. Parce que cela nous lie, nous donne quelque chose à faire, nous permet de nous exprimer, nous fait rêver.

Bruxelles est le lieu de gestation de ce film, et plus particulièrement le quartier Anneessens. Tout comme moi, ces hirondelles ont d’une manière ou d’une autre atterri à Bruxelles. La ville comme un filet d’oiseleur pour des oiseaux quittant le nid ou volant à la dérive.

Nous aimons être des hirondelles. Parce que cela nous montre qu’il existe une unité, une commune mesure, dans la diversité d’êtres aux histoires, sentiments et intérêts singuliers.

Parce cela va à l’encontre des préjugés et que l’être humain est regardé comme un être humain, sans connerie. Avec respect.

Ce film traite de l’homme, de l’humain et de la « condition humaine », avec ses qualités et ses failles, ses angoisses et ses rêves.

Vingt-deux protagonistes ont été choisis au sein du « melting pot » bruxellois. Leur nid se situe dans le quartier Anneessens au cœur de Bruxelles.

Dans la première phase du projet, ils expriment leurs émotions et l’histoire de leur vie de manière très directe.

Dans les phases suivantes, les « hirondelles » utilisent ces diverses émotions pour transcender la réalité, développer, écrire et jouer des personnages qui sont leur propre « alter ego ». Ensemble, nous avons écrit le script et déployé les ailes de leur rôle, portés parfois par le vent de leur vie, parfois par le courant de leurs expériences et de leurs émotions, portés enfin par leurs rêves et leurs désirs.

Avec les hirondelles, ils ont volé vers leurs racines, guidés par une étoile qui s’appelle poésie.

Depuis le début du projet, il y a quelques années, nous suivons les empreintes vitales du jeune Arthur Rimbaud. Sa vie et ses poésies ont profondément influencé le contenu des vidéos tournées, des récits contés le soir, et des ateliers. En 2001, les fragments d’Une saison en enfer, écrit peu avant que Rimbaud quitte l’Europe pour l’Afrique, nous ont beaucoup accompagnés.

Pour ce nouveau film, l’inspiration est plus directe : sa « fuite » en devient l’essentiel fil rouge :

Allons! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère

(Arthur Rimbaud, Une saison en enfer)

La fuite et la métamorphose, nommément être quelqu’un d’autre, ou commencer ailleurs une autre vie, sont les thèmes principaux de The March… Une manière de donner corps à leur « struggle for life » quotidien.

Le film tresse leurs « traces de vie » et en restitue surtout les fragments émotionnels. Le film suit cinq personnages. Cinq protagonistes devenus les archétypes du reste du groupe. Ils en offrent les allées et les venues, l’incessant transit dans le quartier.

Voici une brève description des personnages principaux :

« L’homme nocturne » (Rachid Ajerrar). C’est l’homme qui a choisi de vivre la nuit. Il transcende carrément la réalité et relie les différents personnages par sa voix et ses textes.

« Nico » (Yassin Bakdah). Né d’un mariage mixte belgo-marocain, il exploite une boutique de fax. En Belgique, il ne se sent pas chez lui et s’envole au Maroc à la recherche de ses racines.

« Kokou » (Kokou Zokli) a fui son pays, le Togo. Il cherche à se construire une nouvelle vie à Bruxelles. Impossible pour lui d’oublier les « événements » de son pays. En Belgique, il est confronté aux absurdités typiquement occidentales.

« Bahman » (Bahman Homa) est un réfugié iranien. Il attend depuis trois ans son permis de séjour. Il est invité par une télévision locale à venir parler de sa vie.

« Justina » (Lara Aniela Radzki) est arrivée de sa Pologne natale à Bruxelles. Elle tente de survivre dans cette métropole mais elle reste très attachée à ses racines.


Els Dietvorst


Back to top