Schubladen

Zinnema

11, 13/05 – 20:30

12/05 – 15:00

DE > FR / NL

2h


Depuis quelques années, le collectif berlinois largement féminin She She Pop s’est imposé internationalement avec un théâtre qui, partant du vécu pour accoster à l’universel, tient du moment de vie partagé. Dans leur dernière création, Schubladen (« tiroirs »), les performeuses interrogent une page encore agissante de l’histoire européenne : la division de l’Allemagne d’après-guerre. Sur scène se tiennent six femmes nées de part et d’autre du Mur. Elles sortent des souvenirs de leurs tiroirs : des lettres, des journaux intimes, des photos, des disques… Tissant un récit profondément humain, ce matériel autobiographique met à nu le fossé idéologique entre les deux Allemagnes. Avec sincérité et justesse, les femmes cherchent à comprendre qui elles étaient alors et ce qu’elles sont devenues. La réunification a-telle étouffé la diversité ? Plus qu’une manifestation d’ « Ostalgie », Schubladen est la narration polyphonique et subjective d’une nation au coeur de l’Europe. Un spectacle qui fait tomber les murs !

Concept
She She Pop

De & avec
Sebastian Bark, Johanna Freiburg, Barbara Gronau, Annett Gröschner, Fanni Halmburger, Alexandra Lachmann, Katharina Lorenz, Lisa Lucassen, Mieke Matzke, Peggy Mädler, Ilia Papatheodorou, Wenke Seemann, Berit Stumpf & Nina Tecklenburg

Interprétation à Bruxelles
Peggy Mädler & Ilia Papatheodorou, Alexandra Lachmann & Mieke Matzke, Katharina Lorenz & Lisa Lucassen

Conseil dramaturgique
Kaja Jakstat

Coordination & assistance
Veronika Steininger

Scénographie
Sandra Fox

Costumes
Lea Søvsø

Lumières
Sven Nichterlein

Sons
Florian Fischer

Vidéo
Sandra Fox, Branka Pavlovic

Assistance
Eilika Leibold, Anja Predeick

Traduction & sous-titres
KITA/David Maß & Erik Borgman

Production & R.P.
ehrliche arbeit

Management tournée
Xenia Leydel

Management compagnie
Elke Weber

Merci à
Anja Dürrschmidt & Marion Müller-Roth

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Zinnema

Production
She She Pop (Berlin)

Coproduction
Hebbel am Ufer/HAU (Berlin), Kampnagel (Hambourg), FFT (Düsseldorf), brut Wien


Avec le soutien financier de
City of Berlin, City of Hamburg, Fonds Darstellende Künste

La performance à Bruxelles est soutenue par
Goethe-Institut Brüssel

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Dans Schubladen (« Tiroirs »), les She She Pop - des femmes de l'ex-RFA - rencontrent des femmes de l'ex-RDA, du même âge, qui vont finir par les embrasser dans un grand élan d'amitié. Vingt ans après la réunification, elles décident de tenter un nouveau rapprochement. Elles montrent ainsi que la « réunification » est aussi un travail relationnel qui se doit se faire a posteriori et, dans le cas présent, en direct sur scène ! L'idée est d'envisager sa propre biographie comme faisant partie de mouvements historiques. Il s'agit de retracer de quelle manière la famille, le système politique, l'idéologie et l'expérience individuelle nous ont forgés. Comment suis-je devenu l'homme/la femme que je suis ? Mais cela signifie aussi mieux comprendre la part de nous-mêmes qui a façonné notre devenir. Quelles ont été les décisions les plus importantes de ma vie ?

Pour cela, les performeuses vont puiser dans le matériel autobiographique rangé dans leurs « tiroirs ». Lettres, extraits de journal intime et autres documents écrits sont triés suivant un ordre plus ou moins chronologique, de même que les archives personnelles de chacune, constellées d'images et de musiques. Une chronique polyphonique et subjective de l'histoire des deux Allemagnes est ici racontée en direct, sur base de documents privés ou publics, de souvenirs qui font écho ou s'opposent aux grandes idéologies. La scène devient le lieu d'un dialogue utopique.

« Un jour du mois d'août 1961, une jeune femme se présente au guichet de la gare centrale de Magdeburg. Elle veut se rendre à Leverkusen pour rejoindre ses amies, des ouvrières qualifiées en chimie comme elle. Il faut passer les frontières entre les secteurs de Berlin. Le train part dans cinq minutes. Au dernier moment, un jeune homme entre dans le hall. À la main, 25 roses dont l'achat lui a coûté sept poulets surgelés provenant des chambres froides de son institut de recherche. Il dit : « Je t'en prie, reste, je veux t'épouser. » La jeune femme se sent mal à l'aise, d'autant que tout le monde la regarde. Elle prend les roses et demande un délai de réflexion. Le train pour Berlin quitte la gare sans elle. Le lendemain, le jeune homme obtient une aide inespérée de l'État. À Berlin, les frontières entre les secteurs sont fermées, on pose des fils de fer barbelés et on finit par construire le Mur. En septembre de cette année, mes parents vont fêter leur noces d'or. Je peux me tromper, Johanna, mais je crois que mon existence je la dois aussi au Mur. »
Annett Gröschner, membre de l'équipe Schubladen, pendant les répétitions, janvier 2012

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She She Pop est un collectif de spectacle, fondé à la fin des années 90 par des étudiants diplômés du programme de l’Institut für Angewandte Theaterwissenschaft (Institut des Études appliquées du Théâtre) à Giessen. Le collectif réunit Sebastian Bark, Johanna Freiburg, Fanni Halmburger, Lisa Lucassen, Mieke Matzke, Ilia Papatheodorou et Berit Stumpf. Elke Weber dirige le bureau de la compagnie, situé à la Mariannenplatz à Berlin. Pour She She Pop, la scène est un espace où des décisions sont prises, où des formes différentes de dialogue et de système social sont testées, et où de grands gestes et des rituels sociaux sont étudiés ou rejetés. She She Pop considère comme sa mission d’explorer les limites sociales de la communication – et de les transgresser de manière ciblée et artistique dans l’espace protégé du théâtre. Le collectif affiche un profil esthétique et idéologique spécifique. Elles élaborent collectivement leurs spectacles, sans metteure en scène, mais aussi sans auteure ni actrices. Textes et concepts sont développés conjointement. Leur conception du spectacle se focalise simultanément sur la responsabilité artistique de chaque performeuse individuelle. Elles n’envisagent pas tant la paternité de la création comme un accomplissement individuel que comme une réponse à une question : qui peut assumer sur scène, en ce moment, la responsabilité de ce texte, de cette action ? À partir de cette toile de fond, elles espérèrent que les décisions individuelles prises sur scène, ainsi que l’éclat ou l’échec du spectacle, deviennent plus compréhensibles et pertinentes pour le public. Au-delà des spectacles individuels – mais également dans les meilleures parties de chaque production – elles définissent l’œuvre artistique collective comme leur plus grand et plus fatal défi. Elles ne sontpas des interprètes. Elles s’attribuent plutôt, à elles-mêmes et réciproquement, des tâches intéressantes à accomplir et à résoudre sur scène et en public. Chaque performeuse répond différemment à une question, et développe sa propre perspective à partir de son champ d’expériences personnelles. Cela est parfois considéré comme du théâtre autobiographique. De fait, les références à leurs existences personnelles ne sont qu’une méthode, non pas le thème de leurs réalisations. Elles condensent leur matériau personnel en une stratégie artistique reconnaissable et une position stylisée exemplaire. Ce qui est familier devient étranger, monstrueux. Depuis peu, cela fonctionne également de manière inverse : dans certains de leurs spectacles récents, elles ont adapté des textes monstrueux connus, issus des canons de la littérature, en se servant de cette même méthode autobiographique. She She Pop est un collectif de femmes. La participation de membres ou de collaborateurs masculins n’y change pas grand-chose. C’est peut-être pour cette raison que des questions comme la capacité ou l’incapacité d’agir, les constellations du regard et les structures de pouvoir sont inextricablement liées à leur œuvre. Le fait de se présenter à un public précisément en tant que groupe de femmes (avant tout) est l’éternel sujet de leur réflexion et observation, à la fois sur scène et en dehors. Leur forme de théâtre est expérimentale. En d’autres mots, elle explore les principes de base de la communication théâtrale. À chaque spectacle, le public et les performeuses concluent de nouveaux accords – et c’est précisément ce qu’elles considèrent comme leur art. Pour l’obtenir, She She Pop reconstitue souvent des scénarios du quotidien, où divertissement et éclaircissement se côtoient souvent de manière inquiétante. Le public les rencontre, par exemple, dans le cercle intensément illuminé d’un groupe de rencontre, d’une salle de bal, d’un feu de camp, d’un rendez-vous aux chandelles avec un(e) inconnu(e), d’un podium de défilé, ou d’une arène de sport improvisée. Le jeu de ping-pong entre participation et retrait, contrôle et escalade incontrôlée, refus et dévouement donne souvent forme à la dramaturgie d’une soirée avec She She Pop. Toutefois, l’interaction individuelle avec des membres du public ne joue plus de rôle dans les pièces récentes ; ce qui ne veut pas dire que le public n’occupe pas un rôle concret dans le spectacle et qu’une fonction spécifique ne lui soit pas attribuée. Toutes les pièces de She She Pop sont expérimentales à leur façon et relèvent de l’argumentation : sans témoins, elles seraient de toute évidence sans intérêt.

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