Sanctuary

    24/05  | 20:30
    25/05  | 20:30
    26/05  | 19:00
    26/05  | 22:00

€ 16 / € 13 (-25/65+)
1h

Rencontrez l’artiste après la représentation du 25/05
Une projection supplémentaire a été ajoutée le 26/05 à 19:00

Avec Sanctuary, Carlos Casas nous plonge dans l’obscurité de la jungle, sur la route d’un cimetière des éléphants où se rendent ceux qui sentent la fin de leur vie approcher. Un lieu de refuge pour une espèce en voie de disparition, et peut-être un passage vers la réincarnation… Fasciné depuis toujours par la figure de Tarzan, les récits d’exploration et les paysages retirés, Casas crée une oeuvre cinématographique immersive qui part à la découverte de territoires naturels autrement impénétrables. Entre cinéma élargi, documentaire et installation sonore, Sanctuary compose un environnement à partir des images et des (infra-)sons que Carlos Casas et Chris Watson, une référence en matière de field recording, ont enregistrés sur le terrain. Ce dispositif « de pointe » nous invite à dépasser nos propres limites cognitives et sensorielles jusqu’à se laisser aller à une expérience bouleversante. Sanctuary est une exhortation à quitter nos points de vue d’humains toujours en conquête et à imaginer nos propres espaces sanctuaires. Visionnaire.

À voir aussi
Workshop pour les écoles le 24/05
Du 21 au 31 mai, CINEMATEK présente une rétrospective du travail de Carlos Casas avec une carte blanche sur Sanctuary le 27/05. Plus d'infos sur www.cinematek.be

Un projet de
Carlos Casas

Son
Chris Watson

Ingénieur du son & spatialisation sonore
Tony Myatt

Cinématographie
Benjamin Echazarreta

Montage
Felipe Guerrero

Preneur de son & mixage
Marc Parazon

Avec
Sinharaja, S.A Senevirathne, Warna Sandeeya, Wayne Bamford, Tony Lourds, Yashodha Suriyapperuma

Bioacousticienne & conseillère éléphants
Joyce Poole

VFX
Francesco Meneghini

Musique (Requiem)
Sebastian Escofet

Musique (Epilogue)
Ariel Guzik

Remerciements
Andrea Lissoni (Tate Modern), Krzysztof Dabrowski & Katy Payne (Elephant Listening Project), Peter Wrege, Liz Rowland, Tony Herrington & Dereck Walmsley (The Wire), Mirko Rizzi (Marsèlleria), Jean Pierre Rehm (FID), Fabienne Morris & Rebecca De Pas (FIDlab), Olivier Marboeuf (Spectre Productions), Maximiliano Cruz, Sandra Gómez & Michel Lipkes (RMFF), Vimukthi Jayasundara & Iranthi Abeyasinghe (Film Island), Tine Fisher, Mette Bjerregaard & Paulina Witte (CPHdox), Elena Hill, Filipa Ramos & Xavier Garcia Bardon (BOZAR), Joyce Poole & Petter Granli (Elephant voices), Nico Vascellari, Lorenzo Bravi, Daniele Gasparinetti & Silvia Fanti (Netmage & Xing Bologna), Ted Levin & Michael Casey (Dartmouth College), Cheryl Sim (DHC/ART, PHI Canada), Batman Zavareze (Multiplicidade), Carly Whitefield (Tate Modern) Johnny Weissmuller, Michael Snow

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Les Brigittines

Producteurs
Olivier Marboeuf (Spectre Productions), La Fabrique Phantom (France), Elena Hill, Soda Film + Art (Royaume Uni), Krzysztof Dabrowski, Kimnes/Bersch (Pologne), Saodat Ismailova (Map Productions, France & Ouzbékistan)

Producteurs exécutifs
Cedric Walter (Spectre Productions), Iranthi Abeyasinghe (Film Island, Sri Lanka)

Avec le soutien de
CNAP (France), DICREAM (France), Wellcome Trust (Royaume Uni, Small Arts Awards Fund), OUTSET SW

Sanctuary a reçu le FIDLAB Award (Franceet le Special Jury award du Riviera Maya Film Festival (Mexique)

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Sanctuary de Carlos Casas est un environnement cinématographique sous forme d’immersion sonore et visuelle hypnotisante qui nous plonge dans les sons, les clameurs et les textures de la jungle. Avec une spatialisation sonore ambisonique en 3D et en direct et des enregistrements d’infrasons qui suscitent un profond sens de proximité physique avec un éléphant, Sanctuary propose une expérience sensorielle unique qui supprime les frontières entre art, documentaire sur la nature et film d’aventures. Revisitant le site légendaire du cimetière des éléphants, le projet aborde de manière nouvelle des préoccupations concernant la fragilité environnementale et la dévastation écologique, en produisant des modes de communication physique entre espèces. Dans cette interview, Carlos Casas s’entretient avec Filipa Ramos de la façon dont sa fascination de longue date pour les films d’aventures dans la nature et son désir de favoriser de nouvelles relations interespèces ont ouvert la voie à la réalisation de ce projet envoûtant.

Commençons par ce que nous ne pouvons pas voir. L’obscurité est un protagoniste majeur de Sanctuary. Il y a plusieurs moments lors desquels les spectateurs doivent deviner ce qu’ils peuvent à peine voir, parce que les images projetées ne sont que très peu ou pas du tout éclairées. Ce cinéma de l’obscurité offre une sensation exclusive de se retrouver réellement dans la jungle, où la lumière ne pénètre pas, mais provoque aussi le sentiment d’être égaré, à la fois dans l’environnement inconnu de la forêt tropicale et dans l’espace de projection, puisque les spectateurs font face à quelque chose qu’ils ne peuvent pas discerner. L’obscurité vous intéresse-t-elle depuis toujours et de manière continue ? Pourquoi est-elle aussi présente dans Sanctuary ?
L’obscurité est très liée aux idées qui ont émergé de ma recherche sur  l’image du cimetière des éléphants et ses dimensions spatiales et spirituelles. J’étais fasciné par l’idée d’un écran intouché par la lumière et d’images scintillantes que les spectateurs projettent dans leurs esprits – l’esprit devient le projecteur et le public se fait son propre film. À un moment donné, l’image disparaît et le film devient noir comme un four. Alors que le son en stéréo cède la place à l’ambisonie (une technique sonore entièrement sphérique qui émet des sons au niveau horizontal et couvre aussi les sources au-dessus et en dessous des auditeurs), la lumière devient ombre. Ainsi, on atteint le cimetière des éléphants uniquement à travers le son, qui est le moyen le plus efficace d’obtenir une certaine dimension que des images ne peuvent transmettre, aussi parce que le cimetière des éléphants est hors de notre portée, à nous, humains. Il faudrait s’y rendre les yeux bandés. J’ai voulu que les spectateurs voyagent grâce à leur propre imagination et en cela, l’obscurité est un élément fondamental de la construction et de l’appareil de l’œuvre. 

Vous venez de mentionner le cimetière à deux reprises. Cemetery (Cimetière) est le titre initial que vous comptiez donner à ce film que vous élaborez depuis quelques années déjà. Quels étaient les thèmes originaux de ce projet, et comment ont-ils évolué ou changé ?
Cemetery est le titre du film en salle et Sanctuary est celui de l’installation dans l’espace avec l’ambisonie et tout le dispositif de hautparleurs à infrasons. Le projet est né de ma fascination pour le mythe du cimetière des éléphants, inspiré des films d’aventures comme Tarzan, qui m’a profondément marqué quand je l’ai vu pour la première fois, très jeune encore. À mi-chemin de ma recherche, j’ai compris que le film traitait aussi du cinéma, de ses débuts et de sa disparition : le film se focalise sur une quête humaine et sur le parcours mené pour devenir une autre espèce, pour nous transcender en tant qu’espèce. Les membres du public incarnent cette transition ; ils passent de l’état de spectateurs à celui de protagonistes actifs.

L’ensemble du projet vise à étendre nos facultés affectives : j’ai tenté de produire une oeuvre qui repousse les limites de la communication interespèce en créant un faisceau d’affects susceptible d’établir un lien plus fort avec les éléphants, l’une des espèces animales les plus passionnantes qui soient, si proche de nous par tant d’aspects. Le système de communication des éléphants joue aussi un rôle important dans ce projet, dans la mesure où j’ai essayé de le capter, de lui répondre et d’étendre notre domaine sensoriel humain. J’espère que le projet nous permettra d’établir un nouveau lien avec une autre espèce et avec nous-mêmes en tant que créatures sensibles. Les thèmes de transversalité entre espèces et de genèse apparaissent dans la bande sonore de la partie centrale du film. Quand on arrive au cimetière en tant que spectateurs actifs (omni-auditeurs), une certaine dimension mythique surgit, incluant des traditions et des mythes millénaires bouddhiques et hindouistes. La forme, le dispositif du film devient son message et l’incarne. Mais la disparition d’espèces et la nature constituent aussi un des thèmes majeurs de ce film à côté d’une réflexion sur notre incapacité d’humains à comprendre pleinement le monde et à véritablement nous y positionner.

Notre entrée dans l’anthropocène marque l’ère des temps les plus radicaux : au cours des années à venir, la plupart des espèces et des environnements que nous connaissons vont disparaître. Notre rapport à la nature a atteint un sommet. Alors que la population augmente et va ensuite stagner, les avancées civilisationnelles et technologiques reconfigurent la nature ; l’idée, le mythe du cimetière devient toujours plus fascinant et plus pertinent parce qu’il permet de jeter un nouvel éclairage sur la nature et sur notre situation au sein de notre environnement. En travaillant sur le film, je me suis posé des tas de questions qui resteront sans réponse, mais qui habitent le film comme des fantômes : la nature telle que nous la connaissions est-elle morte ? Sommes-nous l’espèce prééminente ? Sommes-nous destinés à mener le monde dans une nouvelle ère géologique ou sommes-nous juste une autre espèce condamnée à disparaître ? Formons-nous une unité avec la nature ? Ou sommes-nous simplement un fléau biologique ? Avons-nous finalement déchiffré la nature et l’objet de notre présence en son sein ? Sommes nous destinés à migrer vers d’autres planètes ?  

Pourquoi avez-vous choisi l’éléphant pour faire face à ces questions ? Quel est l’intérêt spécifique que vous portez à cet animal ?
Ma passion pour les éléphants porte sur leur richesse en tant qu’êtres vivants, qui va de leur incroyable univers émotionnel et de leur vie sociale complexe à leur ample langage sonore et leur formidable sagesse. Je pense que dans leur mémoire, les éléphants sont détenteurs de clés secrètes en tant qu’espèce. En même temps, ce film est aussi une manière de remodeler le documentaire animalier traditionnel en le rapprochant d’une quête spirituelle, quasi mystique ; d’où la collaboration avec Chris Watson et Ariel Guzik, deux éminents interlocuteurs de la nature et des animaux.  

Comment le film est-il structuré ?
Le film suit quatre pistes. La première correspond à un scénario historique ou à une recherche. Il s’agit d’une chasse au fantôme sur les traces de l’origine et de la dissémination dans la culture occidentale de l’histoire de Sinbad, et de son voyage vers le cimetière des éléphants, qui a été intégrée dans la version canonique des Mille et une Nuits de Richard Burton (1885). Lors de son septième voyage sur l’île de Serendib, Sinbad raconte qu’il a été fait prisonnier sur le chemin du retour, qu’on l’a attaché à un arbre dans la jungle et qu’on lui a ordonné de tuer autant d’éléphants que possible à l’aide d’un arc et de flèches. Le roi des éléphants lui a alors indiqué le cimetière des éléphants afin d’éviter qu’il ne tue encore plus de ses congénères. Sinbad a exigé sa liberté en échange de la révélation du secret de l’emplacement du cimetière. Cette histoire a constitué une source d’inspiration pour des auteurs qui l’ont ensuite revisitée, comme Edgar Rice, William Burroughs, Rudyard Kipling et d’autres aventuriers qui l’ont exploré dans leurs contes et récits de chasse, comme George Peress Sanderson ou James Emerson Tennent. La deuxième piste est la ligne scénaristique, une chasse à l’éléphant, un road movie sur le dos d’un éléphant où les braconniers provoquent le suspense du film en cherchant un éléphant, le dernier spécimen qui les mènera au cimetière et finalement à leur mort. La troisième piste offre une indication formelle et structurelle – le livre de la mort, son processus, ses signes et ses cycles ; une narration sensorielle qui a contribué à façonner le film tant sur le plan formel que structurel, et à en définir le son et la conclusion avec la renaissance. La quatrième piste est le rythme qui s’appuie sur le cycle de sommeil circadien et son déroulement. Le film s’accorde avec certains ratios et certaines fréquences dans le but d’entraîner le spectateur dans un état hypnagogique. 

Sanctuary engage le dialogue avec une tradition de représentation de la jungle qui connaît des précédents cinématographiques très marquants, à la fois dans le domaine du cinéma narratif et dans celui du documentaire. Outre Tarzan, quels sont les autres films qui ont exercé une influence sur vous ?
Sur le plan formel et esthétique, le film cherche à rompre avec certaines lois de l’expérience cinématographique – il a pour ambition de devenir un rite de passage pour le spectateur, un voyage initiatique cinématographique allant des premières aventures du septième art aux classiques expérimentaux du cinéma. Le film est aussi une sorte de cimetière pour tous ces films, tous condensés dans la partie rythmique – en tant que squelettes, ils nous fourniront un trésor d’ivoire, peut-être la découverte d’une nouvelle expérience audiovisuelle entre le film de fiction, le documentaire de science-fiction et la session d’hypnose. Il s’agit en fait d’un croisement entre faits réels et fiction, avec des données historiques pour point de départ. En fouillant les origines du mythe et ses lieux légendaires, il offre une sorte de collusion conceptuelle de Tarzan, des Hurlements en faveur de Sade de Guy Debord et de La Région Centrale de Michael Snow.

Il y a une intense proximité physique, aussi bien auditive que visuelle, avec l’animal. Le film nous permet d’entendre et de voir davantage un éléphant que d’habitude, ce qui établit une nouvelle relation extraordinaire entre humains, technologie et animaux. Qu’est-ce qui vous a incité à vouloir examiner la peau d’un éléphant de manière si détaillée ?
Je voulais garantir une interaction hautement sensorielle entre les spectateurs et l’éléphant afin de réaliser une sorte de documentaire étendu. J’ai toujours été fasciné par les documentaires animaliers, car ils génèrent un lien tellement incroyable avec les animaux, mais dans un sens, j’ai l’impression qu’ils transmettent toujours la même distance et c’est que j’ai souhaité rompre, j’ai eu envie que les spectateurs ressentent un lien épidermique avec l’éléphant, un lien intensément sensoriel qui, par la suite, a également nécessité l’introduction dans le film du son dans toute sa splendeur.  

Comment avez-vous élaboré l’oeuvre à la fois par rapport à la dimension auditive du film et à la grande pièce sonore que constitue Sanctuary ?
Plus important que l’image, le son permet au public de découvrir la dimension auditive de manière nouvelle et de communiquer avec l’éléphant, d’être ému et de voyager vers son propre cimetière intérieur des éléphants, le sanctuaire naturel caché que chacun porte en soi. La notion de sanctuaire public était très importante pour permettre aux spectateurs de pénétrer dans les lieux auditifs les plus secrets de la nature, d’entendre un récit sonore et d’effectuer un voyage auditif. Pour ce faire, il nous a fallu accroître les capacités auditives et étendre les frontières sonores physiques. C’est pour cette raison qu’avec Chris Watson et Tony Myatt, nous avons développé un haut-parleur et une narration à infrason aussi proche que possible de la réalité, en tentant d’utiliser des techniques sonores qui suscitent de l’émotion pour déclencher de nouvelles réactions dans le public. Pour développer de nouvelles expériences, il faut étendre les perception.

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Carlos Casas, Barcelona 1974, vit et travaille à Paris. Réalisateur de films et artiste visuel, ses oeuvres marient le film documentaire, le cinéma et les arts visuels et sonores contemporains. Ses trois derniers films ont remporté des prix dans des festivals du monde entier – à Turin, Madrid, Buenos Aires, Mexico – et certaines de ces réalisations en vidéo ont fait l’objet de présentations dans des expositions personnelles ou collectives. Casas a réalisé une trilogie filmique consacrée aux environnements les plus extrêmes de la planète: la Patagonie, la Mer d’Aral et la Sibérie. Avalanche, un projet en cours, a été présenté dans plusieurs musées et galeries en Europe. Il est le co-fondateur de Map Productions et du Label musical et vidéo Von Archives. Il a été directeur artistique de Colors Music and Films où il a développé des projets audiovisuels et de la recherche musicale dans diverses régions du monde. Il est professeur invité au Dartmouth College USA et ECAM Madrid. Ses œuvres ont été présentées dans des musées et des espaces tels que La Tate Modern, Londres,  le Palais de Tokyo a Paris, Hangar Bicocca a Milano, le BOZAR à Bruxelles, l’Oi Futuro Rio de Janeiro, le MIS Sao Paolo, le Centre Pompidou, la Fondation Cartier, Paris, le Centre Cultura Contemporanea, Barcelone, Malba Buenos Aires, le GAM, Turin. Ses films ont été présentés dans des festivals comme le Festival du Film de Venise, le Festival du Film de Rotterdam, le FID Marseille, le BAFICI Buenos Aires, le Festival de Jeonju, la Corée du Sud, Documenta Madrid, FICCO Mexique et autres. En Mars 2017 il  a presentee la Tate Modern son installation Sanctuary, part de sa recherche pour le film Cemetery.

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