Ricardo III

Les Brigittines

17/05 > 20:30
18.20/05 > 18:00
19/05 > 15:00 & 20:30

Pour sauver sa peau, au beau milieu de la bataille qui clôt la tragédie, Richard III est prêt à abdiquer d’un pouvoir qu’il a patiemment et savamment usurpé pendant cinq actes :

Mon royaume pour un cheval !

Mapa Teatro, en démultipliant le rôle principal — littéralement, Richard III , ce sont trois Richards au lieu d’un seul — rend visible trois aspects du hideux crapaud. Une tragédie qui jette un pont entre les successions sanglantes, la perte des valeurs de la noblesse dans l’ancienne Europe, et la problématique des conflits actuels. " En tant que Colombiens, nous vivons, jour après jour, les conséquences d’une situation extrême de guerre, d’horreur, de vengeance et de mort." La question que pose ce Richard III colombien est la suivante : comment vivre avec le mal que chacun porte en soi?


D’apres : Richard III, Shakespeare

Traduction : Heidi & Rolf Abderhalden Cortés

Dramaturgie & mise en scène : Heidi Abderhalden

Assistante à la mise en scène : Nadia Ávila

Conception visuelle : Rolf Abderhalden

Scénographie & accessoires : Christian Probst

Music : Santiago Zuluaga

Lighting : Alejandro Moreno

Acteurs : Rolf Abderhalden, Jaime Barbini, Blas Jaramillo, Carlos Serrato, Gabrielle Quin, José Ignacio Rincón

Costume : Elizabeth Abderhalden

Production : Mapa Teatro

Avec le soutien de : Ministerio de Relaciones Exteriores-Dirección de Asuntos Culturales, Ministerio de Cultura de Colombia, Embajada de Colombia en Bélgica, Universidad Nacional de Colombia

Présentation : Les Brigittines-Bruxelles, KunstenFESTIVALdesArts

Back to top

Al Pacino, en 1996, et plus tôt, Sir Laurence Olivier, en 1951, – pour ne citer que quelques " monstrueux " – se sont tous deux frottés à my kingdom for a horse, l’une des plus célèbres répliques, avecto be or not to be, que Shakespeare ait jamais écrite. Pour sauver sa peau, au beau milieu de la bataille de Bosworth qui clôt la tragédie, Richard III est prêt à abdiquer d’un pouvoir qu’il a, patiemment et savamment, usurpé pendant cinq actes.

SIR WILLIAM CATESBY. –Le roi a tenu tête à tous les dangers ! Son cheval est tué, et lui, à pied, combat toujours… Du secours, noble lord, ou la journée est perdue…
RICHARD III. – Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! (Acte V, scène IV)

Dans la tragédie qu'il écrit en 1592, Shakespeare (1564-1616) met en scène l’ascension, le couronnement et puis la chute de Gloucester, récit à peine modifié du règne de Richard, Duc de Gloucester. La fratrie du Mapa Teatro (un frère et deux sœurs) propose une réécriture ouverte truffée de signes locaux. Par exemple, quand Richard de Gloucester décide d’assassiner Lady Anne, son épouse, il la tue comme dans un fait divers colombien.

[Repère :

Lady Anne a épousé Edouard, Prince de Galles, frère de Richard, Duc d’York. Et Richard a assassiné frère et père avant de séduire sa belle-sœur qu’il finira par tuer également.]

Il y a quelques années, à Bogota capitale de la Colombie, quelques délinquants avaient séquestré une femme ; " ce n’est qu’au paiement de la rançon – avaient-ils déclaré – que nous désamorcerons le collier-bombe que la dame, posée en un lieu public, porte autour du cou… ". Si les signes locaux ne seront pas lisibles à ceux qui ne connaissent pas l’actualité de la Colombie, l’aspect universel de l’œuvre n’échappera à personne. " Le point de départ de nos travaux a toujours été, en premier lieu, une intuition, une œuvre, une information, une image, un type de théâtre, un mythe. "

À travers la démesure d’un Gloucester (alias Richard) cruel, traître, fourbe, sanglier sanguinaire, âme vile qui ne pouvait prendre place que dans un corps repoussant, Shakespeare rend l’humain intelligible. Et Mapa Teatro, en démultipliant le rôle principal – littéralement Richard III, ce sont trois Richard au lieu d’un seul – rend visible trois aspects de l’ hideux crapaud. La démesure d’un personnage qui sait enjôler avec des discours savants, feindre l’amitié autant que l’amour, met à nu un mécanisme humain complexe, celui du grand mal. Comme dit Georges Steiner – philosophe et écrivain –, " on tue avec les yeux grand ouverts et on continue à agir ainsi parce que le mal est là et qu’on s’y complaît ". Et le grand mal, en Colombie, s’appelle violence, corruption, drogue, lutte pour le pouvoir, prostitution, assassinats… " Ceci dit, au travers de pareilles analogies, il ne faut pas que l’œuvre se convertisse en une illustration du présent. Il convient de mettre quelques signes sous tension pour maintenir le spectateur entre le très proche et le très lointain. "

Le très lointain,

c’est cette pièce du début de la carrière de Shakespeare, bien plus rigide et sévère, dans sa structure et dans sa langue, que les chefs-d’œuvre tardifs.Richard III suivait de près les trois pièces intitulées Henry VI (part 1, part 2, part 3), qui mettaient en scène les événements du règne de Henry VI (entre 1422 et 1471). Ces quatre pièces forment un tout, et sont parfois réunies sous l'appellation de " première tétralogie ". Des années plus tard, Shakespeare allait écrire quatre autres pièces historiques, " seconde tétralogie " achevant ainsi une fresque qui couvre pratiquement l'intégralité du XVe siècle. D’aucuns se souviendront peut-être, à partir du même matériau, des 72 ans de guerres, de meurtres et de perte (de sens) que Martine Wijckaert en 1998 avait mis en scène en quatre heures. Richard III peut être appréciée comme une pièce indépendante, mais le poids de l'histoire se fait sentir constamment et les allusions aux événements antérieurs, qui justifient haines et vengeances présentes, peuvent constituer un obstacle pour le spectateur d'aujourd'hui. Alors, comme le lien avec le passé persiste, l’adaptation remet à l’honneur la tradition élisabéthaine exigeant que les rôles féminins soient interprétés par des hommes.

Le très proche :

Rolf et Heidi Abderhalden – traducteurs, dramaturges d’origine suisse – se sont attaqués à l’œuvre complète et sont arrivés à quelques hypothèses pour acteurs. Cette tragédie jette un pont entre, d’une part, les successions sanglantes et la perte des valeurs de la noblesse dans l’ancienne Europe et, d’autre part, la problématique et les conflits actuels. D’après Rolf Abderhalden – frère de Heidi et Elisabeth qui se charge des costumes et de l’imaginaire des personnages créés par son frère et sa sœur, les trois constituant la compagnie du Mapa Teatro – " Richard III nous parle de notre situation actuelle en tant que Colombiens, nous vivons jour après jour les conséquences d’une situation extrême de guerre, d’horreur, de vengeance et de mort ". Dans la traduction des dialogues, la première chose qui a été faite était d’interpréter leur propre sensation d’étrangeté et de l’utiliser comme matériel. Le travail a consisté à découvrir les couches que l’œuvre renferme (couches de l’histoire, de l’interprétation et du langage) et comme il s’agit d’un texte très formel, d’en éliminer les adjectifs et les expressions. Quelques dialogues, scènes et personnages supprimés amènent vers un point de vue plus contemporain de la pièce. Une version qui laisse tomber les connotations moralisatrices propres à l’œuvre où le bien l’emporte sur le mal et où le mal est puni. " Notre processus ne consiste pas à monter une œuvre en suivant une succession de constructions logiques, mais bien le processus inverse : démolir, encore et encore, les découvertes, jusqu’à trouver le centre de peur comme le dit Heiner Müller. C’est le chemin opposé à la construction logique d’une narration linéaire. "

[Repère :

Heiner Müller, un auteur que le Mapa Teatro a lu et relu et travaillé en 1994 avec des résidents de la prison La Picota. " Ce projet était lié à la liberté. Après avoir obtenu des centaines de permis, nous avons représenté la pièce hors des murs de la prison. Il était important de monter la pièce dans un véritable théâtre, car les prisonniers devaient être reconnus en tant qu’êtres humains et acteurs. " Heiner Müller est le contemporain qui leur apprend que tout a déjà été inventé et que la seule chose que l’on puisse faire est de revisiter les classiques.]

" Ce qui nous intéresse le plus, c’est la métaphore visuelle qui condense en une image tout le contenu symbolique de l’œuvre. " Le travail humain est montré à travers une perspective esthétique bien définie et même s’ils déclarent ne pas faire du théâtre d’image, l’image joue un rôle important dans le produit final. " Ce que nous savons à coup sûr, et que nous pouvons transmettre au groupe de travail, c’est ce que nous ne voulons pas comme type de théâtre. Ce n’est pas facile pour un acteur d’être confronté, dans le processus de création, à tant de zones confuses, de chemins qui se perdent… Ici, il y a une tradition très forte d’acteur-interprète mais notre formation est à l’opposé de l’acteur interprète qui attend des instructions. " Heidi et Rolf ont travaillé avec Lassaad chez Lecoq, avec Ioshi Oida et Sotigui Kouyaté, membres du Centre International de Création théâtrale, dirigé par Peter Brook. " La plus grande influence de notre compagnie est celle de Samuel Beckett, que Rolf a rencontré à Paris en 1989, 100 jours avant sa mort. " L’acteur du Mapa est un créateur qui oublie complètement les conventions, les règles et renonce au réalisme pour faire place aux signes que le spectateur doit essayer de déchiffrer.

Back to top