Quasar, Gravitations-quatuor

Théâtre Les Tanneurs

Quasar

7/05 > 20:30
8/05 > 22:00

Gravitations-quatuor
12.13/05 > 20:30
45’

Ex-danseur chez Rosas, Brice Leroux développe un travail aux antipodes du spectaculaire. Au festival, il présente Quantum, nouvelle pièce introduite par Gravitations qui lui préexiste. Là, le chorégraphe concentre l'oeil et l'ouïe du spectateur sur une nuit étale d'où n'émerge d'abord que le crissement d'une marche étonnamment régulière. La pénombre laisse entrevoir des silhouettes en étrange rotation, qui semblent générer leur propre lueur, laiteuse. Infléchi d'infimes variations, Gravitations nous abîme dans un rituel hypnotique et cosmique dont les astres sont corps. A sa suite, Quantum-quintette (working title) absorbe encore les sens sur une écriture millimétrée, surgie de l'encre de la nuit.

Quasar

Concept, choreografie, licht & kostuums/Conception, chorégraphie, lumières & costumes/Concept, choreography, lighting & costumes : Brice Leroux

Met/Avec/With : Zoë Knights, Dolores Hulan, Wendy Cornu, Aleksandra Janeva

Zakelijke leiding/Administratrice/Administrator: Ilse Vandesande

Productie/Production : vzw Continuum

Coproductie/Coproduction : Théâtre National de Bretagne (Rennes), CCNRB de Rennes(in het kader van een / dans le cadre d'un / in the context of an 'acceuil studio'), Théâtre de la Ville (Paris), KunstenFESTIVALdesArts

Met steun van/Avec le soutien de/Supported by: Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap, Armunia (Castiglioncello)

Gravitations-quatuor

Choreografie, geluid, licht & kostuum/Chorégraphie, son, lumières & costumes/Choreography, sound, lighting & costumes :Brice Leroux

Met/Avec/With : Dolores Hulan, Zoë Knights, Wendy Cornu, Aleksandra Janeva.

Realisatie geluid/Réalisation son/Sound Realisation : Alexandre Fostier

Technische realisatie/Réalisation technique/Technical Realisation : Jan Van Gijsel

Realisatie kostuums/Réalisation costumes/Costumes Realisation : Lies Van Assche, Germana Tack

Zakelijke leiding/Administratrice/Administrator: Ilse Vandesande

Productie/Production : Continuum vzw

Coproductie/Coproduction : Dans in Kortrijk, Stuk (Leuven), Théâtre de la Ville (Paris), KunstenFESTIVALdesArts

Met steun van/Avec le soutien de/Supported by: Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap, APAP (gesticht door/fondé par/founded by E.U.), CCN de Franche-Comte à Belfort, Centre National de la Danse à Paris & VGC

Met dank aan/Remerciements à/Thanks to : Jean-Luc Ducourt

Presentatie/Présentation/Presentation: Théâtre Les Tanneurs, KunstenFESTIVALdesArts

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Rennes, mars 2004

Dans les studios du Centre chorégraphique national de Bretagne,

Brice Leroux répète sa nouvelle création. Raymond Paulet s’en entretient avec lui.

R.P. - Quelle est l’origine, la genèse, de ce travail si singulier que vous développez depuis plusieurs années ?

Il est difficile de pointer un moment précis, où il y aurait eu quelque chose de l’ordre de la révélation. Ce qui m’intéresse depuis longtemps est de donner à voir des composantes du mouvement, en réduisant ou magnifiant différents paramètres. Dans le travail sur les trajectoires, il s’agit presque de matérialiser l’espace, de donner à voir un espace qui bouge, qui tourne. Réduire la composante du mouvement à « du trajet », et essayer de la débarrasser de tout ce qui peut parasiter la perception des forces en jeu. Gravité, vitesse, force centripète… Il s’agit presque d’essayer de donner à voir ces forces plutôt invisibles, et les illusions qu’elles génèrent.

R.P. - Dans quelle mesure cette nouvelle pièce prolonge-t-elle ou se distingue-t-elle de Gravitations ?

C’est la même base de trajectoires circulaires, toujours à quatre personnes. L’expérience de Gravitations est là, dans la complexité et la virtuosité qui y sont éprouvées. Cela part de là, et on cherche des niveaux de complexité physique, d’écriture, de composition, bien supérieurs. Je crois que le résultat sera à la fois très différent et qu’il s’inscrira comme une sorte de suite.

R.P. - Une critique pointe face à ce travail : on pourrait dire que les personnes, en tant que telles, disparaissent dans ce qui apparaît désincarné, déshumanisé…

On peut avoir l’impression de machines qui ne laissent pas place à l’être humain. Mais je travaille le paradoxe, et je crois qu’on peut justement y voir quelque chose de fondamentalement humain, des dimensions dramaturgiques ou poétiques, que je me garderai de définir ou d’exprimer. Propres à la lecture de chacun. Du côté de l’interprète, on peut aussi avoir le sentiment qu’il est une machine à vouloir exécuter ces petites mécaniques parfaites, ou on peut y voir un travail sur la connaissance de ses limites, l’extension et l’affinage de ses perceptions et possibilités, jour après jour. Ces petites mécaniques sont de toute façon conçues en fonction de ce qui est possible, et évoluent en même temps que l’acquisition des compétences pour les exécuter. Jusqu’à présent, j’étais moi-même interprète dans mes pièces, et même si, cette fois, je ne serai pas sur scène, je ne demanderais jamais à un interprète de faire quelque chose dont je n’aurais moi-même l’expérience et la compétence. Cette expérience définit l’écriture.

R.P - Paradoxe encore : vos pièces reposent sur un processus qui produit à la fois de l’identique et de la métamorphose. Est-ce un principe fort dans ce que vous proposez et recherchez ?

Il y a d’abord le fait que je cherche à réduire les paramètres. Pour suivre l’évolution de ce qu’il voit, le spectateur est presque obligé de zoomer. S’il reste dans la distance, ce qu’il voit peut paraître très statique, de l’ordre de la répétition. S’il y regarde de plus près, il se rend compte qu’il y a très peu de répétition et qu’il y a une constante évolution, une transformation graduelle des choses. Et puis, il y a sa propre perception qui se transforme graduellement, ce qui produit de la métamorphose.

R.P. - La lumière y participe également…

La lumière participe grandement à gommer ou accentuer certains paramètres. J’essaie de travailler à ce que toutes les composantes aillent dans le même sens et à ce qu’aucune d’entre elles n’ait seulement une fonction esthétique ou ne soit ajoutée. La lumière évolue en parallèle dans le processus de création et participe pleinement à l’expérience au bout du compte.

Journal d’une création

Dans le cadre d’une formation avec la philosophe et spécialiste de la danse, Laurence Louppe, Isabelle Celer a suivi le travail de Brice Leroux et de ses interprètes sur cette nouvelle création. Elle nous livre quelques extraits de son « journal », rédigé quotidiennement, entre le 24 février et le 2 mars.

Premières impressions : à l’œuvre, à nouveau, dans cette création, le principe de la marche. Mais il ne s’agit plus seulement d’avancer, le pas peut également se porter sur le côté ou sur l’arrière… Grand changement tout de même par rapport à Gravitations : les corps tournent sur eux-mêmes. Du coup, le corps change sans cesse de face. Ce qui donne l’impression d’un corps qui transporte avec lui sa propre face.

[…]

J’apprends que le dessin que les interprètes suivent au sol – repère jadis immuable dans Gravitations – deviendrait ici mouvant.

[…]

Ce qui, dans Gravitations, paraissait déjà repousser les limites, à la fois pour le danseur dans sa partition, et pour le spectateur dans sa perception, serait donc toujours à l’œuvre dans cette nouvelle pièce mais dans le sens d’une complexité encore plus grande.

[…]

Je m’interroge sur le statut du corps dans ce déploiement de géométrie. Je perçois qu’à trop vouloir accorder le corps à la perfection de formes géométriques, il y aurait le risque de lui faire perdre de son humanité, et, en même temps, je reste assez intimement persuadée que se joue là quelque chose d’essentiellement humain. D’ailleurs, dans son ouvrage Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, George Didi-Huberman, évoquant la sculpture américaine minimaliste, parle de ces « sculptures bien trop géométriques pour ne pas cacher comme des entrailles humaines »…

[…]

Les trajets des interprètes s’entremêlent, créant une infinité de croisements. A chaque fois, comme un petit vertige, l’étonnement que ça passe. Je suis marquée par le côté immuable du haut du corps et la vélocité du bas. Tout cela est d’une précision redoutable et semble pourtant évident, facile, naturel…

[…]

Faire et refaire pour rendre la chose toujours plus fluide, sans le moindre petit accrochage… Ça dessine et redessine des cercles. Il y a un retour du « même ». Puis, ce « même » se met à changer, mais de manière si graduelle qu’on ne l’a pas vu arriver. Insensiblement, les écarts entre les corps évoluent, augmentant ou diminuant. Et ainsi se décline au fur et à mesure toute une série de combinaisons.

[…]

Je l’avais perçue avant, mais je prends de plus en plus conscience de l’extrême virtuosité de cette danse… Dans le cadre d’un vocabulaire très réduit, elle demande un vrai travail d’orfèvre dans la gestion de la répartition du poids dans l’ensemble du corps et spécifiquement dans les appuis des pieds…

[…]

A force de voir ces figures se répéter devant moi, je ne vois plus les corps, je ne vois plus que de l’entre-deux, du transitionnel permanent. J’ai l’impression que les corps s’effacent au profit de la visibilité des forces en jeu…

[…]

L’impression de corps suspendus, touchant à peine le sol, est frappante… On pourrait presque croire qu’ils flottent… On a l’impression que ce qui meut les corps ne relève pas d’un mode de locomotion habituel, comme si une force extérieure à eux faisait glisser les corps…

Les pas, les bruissements et les claquements des vêtements dans le mouvement rendent encore plus palpable le rapport à l’air, au déplacement des masses d’air provoqué par les corps en mouvement…Toute une poétique autour de la matière « air » me semble en jeu dans ce travail…


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