Or Press Escape

Kaaistudio's

5.6.8/05 > 20:30
9/05 > 22:00
Duration: 75'
En, Fr, Nl

« Je suis le personnage, un curseur sur écran d’ordinateur. Je réagis en temps réel. Dans un espace virtuel. Ma vie est ordonnée en fichiers. Je les ouvre et je les ferme. Je les jette. Grand nettoyage. Pressez la touche « escape » et je n’ai plus de moi… »

Seule en scène, dos au public, devant l’écran géant de son ordinateur, Edit Kaldor tape sur son clavier. L’écran dévide le fil de ses émotions et réflexions. Il trahit ses pensées solitaires soudain déplacées par des messages extérieurs. Or Press Escape : dans le software vibre le théâtre fragile d’une existence.

Concept, texte, jeu:

Edit Kaldor

Concipié en collaboration avec:

Nicola Unger, Zsolt Mesterhazy, Catherine Henegan

Software:

Marc Boon

Production:

Theater Gasthuis (Amsterdam)

Coproduction:

Künstlerhaus Mousonturm (Frankfurt)

En collaboration avec:

wp Zimmer (Antwerpen)

Remerciéments

à Tim Etchells pour ses conseils pendant le processus de répétitions

Présentation:

Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts

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‘Quand la première équipe d’idiots s’approcha en rythme des lignes latérales, j’ai pressé la touché “Retry” (réessayer). Ils continuèrent à avancer. La touche « Cancel » (annuler) ne fonctionnait pas non plus. Dernier recours, valider le OK. J’hésitai.

Select all. Cut.

Mc Luhan notait que chaque nouvelle technologie ne change pas seulement le monde mais aussi notre corps dans ce monde. Et Tim Etchells (Forced Entertainment, Sheffield) de poursuivre : « Le théâtre doit prendre en compte les manières dont la technologie (du téléphone au walkman, de la télé à la souris) a réécrit et continue à réécrire les comportements, les attitudes, les réflexes mentaux, la pensée des individus, changeant notre appréhension, notre compréhension des lieux et des histoires, changeant notre relation à la culture, changeant notre perception de ce qu’est une ‘présence’. Dans notre temps hybride, on se sent parfois beaucoup plus près d’une personne à distance que quand celle-ci se tient devant nous, physiquement, à portée de nos sens. Cela devrait requérir l’attention des gens de théâtre ... »

« Chère Claire, je t’envoie en pièce jointe, un article 1qui évoque et débat de différents aspects du temps que l’on expérimente quand on est assis face à son ordinateur. Comme je te le racontais, j’ai lu cet article au moment où je commençais à travailler mon projet Or Press Escape. Bien que je n’aie pas du tout essayé de l’appliquer, ses réflexions ont accompagné mon travail. L’article est assez long. Tant pis. Peut-être te sera-t-il utile pour ton texte, ou juste intéressant à lire. Take care. » Edit

Dans le « cybertime », les distinctions entre passé, présent et futur s’estompent et le sens du défilement du temps se distorsionne. Une attente de quelques secondes semble s’étirer en éternité lorsque file le temps passé devant l’ordinateur. Immergé dans de micro-mondes, ce temps paraît plus lent que celui du monde extérieur. (…). Le sens de la dislocation temporelle est une des caractéristiques-clés de l’expérience du « cybertime ». Celle-ci est comparable aux « visions » vécue sous inspiration religieuse, à l’effet hallucinogène de la prise de drogue ou au statut du rêve (Kirk, 1974). C’est dorénavant un lieu commun que de comparer l’expérience des médias audio-visuels à l’action de rêver, mais aucun autre media que l’ordinateur ne nous fournit cette sensation de présence personnelle active, aucun autre ne nous permet de façonner et de rencontrer ainsi d’autres traductions de nous-mêmes : des « moi » rêvés (…).

(Lance Strate: Experiencing Cybertime: Computing as Activity and Event)

Edit Kaldor est seule en scène, dans une semi-pénombre, devant le lumineux écran géant de son ordinateur. Dos au public, elle tape sur son clavier. Cliquetis rapide sur les touches. L’écran affiche l’instant de ses émotions et réflexions, ses hésitations. Il trahit ses pensées solitaires soudain déplacées par des messages extérieurs.Elle est curseur agile sur écran informatique. Réactif en temps réel. Dans un espace virtuel. Sa vie est ordonnée en fichiers. Elle les crée à son gré ou les télécharge au départ d’un stockage collectif. Elle les ouvre et les ferme. Elle les jette. Grand nettoyage.

« J’avais envie de faire un spectacle sur l’état de solitude, mais sans devoir l’adresser frontalement et directement au public. Pour ce faire, il me fallait trouver une juste configuration, je m’imaginais assise face à un ordinateur. C’était une situation privée et un état d’esprit très spécifique. J’ai pensé qu’ils seraient familiers à beaucoup de gens qui viendraient assister au spectacle. Et la mise en place de codes associés à l’usage quotidien de l’ordinateur sont en soi suffisamment complexes que pour pouvoir en jouer d’une façon qui puisse communiquer du sens. Bien sûr, j’étais aussi curieuse de voir si le fléchissement de cette perception du temps qui s’opère pour une personne toute seule devant son ordinateur pouvait également opérer sur un ensemble de personne devant le même ordinateur. J’avais la sensation que la manière dont ce média accommode le temps était la plus théâtrale de ses caractéristiques. Une autre chose m’intéressait en priorité : faire de l’utilisation du texte et de la naissance de sa formulation l’action principale de ma performance. »

Edit Kaldor

Edit Kaldor est née à Budapest. Elle quitte la Hongrie avec sa mère à l’âge de 13 ans et, au terme de plusieurs haltes en chemin, finit par s’installer à New York. Elle y poursuit ses études de théâtre et de littérature. En 1993, elle rejoint la troupe du Love Theatre (ex-Squatt Theatre), basée à New York et dirigée par le Hongrois Peter Halasz. Innovant, expérimentateur, Halasz rejette toute affectation et convention théâtrale, oeuvrant sur le vif et la proximité, au détour d’événements quotidiens. Son travail très visuel en appelle à différents médias, utilise les « news » et fait des embardées dans la vie de tous les jours. Edit Kaldor travaille avec lui comme dramaturge et vidéaste sur plus de trente productions théâtrales en Hongrie, en Belgique, aux Pays-Bas, en France, en Slovénie et aux Etats-Unis. Elle s’installe ensuite en Belgique où elle passe quelques années à travailler la graphique informatique et l’animation avant de reprendre des études à Amsterdam à DasArts. Elle vit désormais entre Amsterdam et Bruxelles.

Or Press Escape s’est développé et affiné au départ d’une première tentative théâtrale réalisée dans le cadre d’un projet individuel de fin d’études à DasArts.

Extraits de presse

Or Press Escape affûte notre regard sur l’intime relation qui existe entre l’homme et l’ordinateur, et nous laisse sidérés devant l’évidence avec laquelle cet appareil s’est niché au coeur de notre vie. (Vrij Nederland)

Edith Kaldor crée l’inattendu : son “théâtre desktop” génère une représentation raffinée à l’efficace dramaturgie. (…) De l’écran sur-dimensionné de son ordinateur émerge un récit intelligent et amusant et simultanément, presque paradoxalement, une présence fascinante et forte, celle de l’actrice… (Frankfurter Rundschau)

Or Press Escape est une performance audacieuse, d’un humour irrésistible et intelligent, une performance étonnamment théâtrale par la tension qu’elle crée entre les larges dimensions de la projection et la présence corporelle, frêle et active, de l’actrice. (Theaterszene Lateinamerika)


1 « Experiencing cybertime : computing as activity and event », publié en 1995 par le Center for Teaching and Technology de l’Université de Georgetown, Washington.

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