my shapes, your words, their grey

    10/05  | 19:00
    11/05  | 19:00
    12/05  | 15:00
    12/05  | 19:00
    13/05  | 19:00

€ 16 / € 13 (-25/65+)
50min
EN

Performance debout / pas de sièges
Rencontrez l’artiste après la représentation du 11/05
L'exposition est accessible du 10 > 13/05 – 11:00 > 18:00

Pourquoi parler une langue que vous seul(e) maitrisez ? Depuis le début de son parcours, le chorégraphe et plasticien Philipp Gehmacher est hanté par l’idée d’une (im)possible forme de communication universelle. Avec les années, il s’est construit un vocabulaire artistique propre, empruntant des éléments au langage parlé, à la danse et aux arts visuels. Avec my shapes, your words, their grey présenté au WIELS, Gehmacher convoque un « espace gris » (grauraum) : une pièce qui échapperait à la fois au white space de l’espace d’exposition et à la black box de la salle de représentation. Le gris n’y est pas le résultat d’un compromis consensuel et neutre, mais une invitation à étendre les relations potentielles qui peuvent naître entre les corps, les objets et les espaces. À travers le mouvement, les mots, les pensées, Gehmacher détache délicatement ses oeuvres de leur matérialité. Les humains et les objets finissent par s’atteindre mutuellement, jusqu’à former des constellations surprenantes. my shapes, your words, their grey nous accueille dans un espace tiers et inclusif, qui contient la promesse d’une expérience encore inconnue.

Concept, installation, objets, performance
Philipp Gehmacher

Assistance installation & objets
Susanne Griem, Stephanie Rauch

Musique
Gérald Kurdian

Production
Stephanie Leonhardt

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, WIELS

Production
Mumbling Fish

Coproduction
Tanzquartier Wien

Avec le soutien de
Kulturabteilung der Stadt Wien

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NOTES À PROPOS DES OBJETS ET DES CORPS DE MY SHAPES, YOUR WORDS, THEIR GREY

my shapes, your words, their grey a connu plusieurs « itérations » jusqu’à présent. Depuis sa présentation initiale en tant que performance et exposition en 2013, elle a été montrée sur des scènes de salles de spectacles, dans des studios de danse et dans les espaces d’exposition de musées d’art contemporain ou de centres d’art régionaux. Philipp Gehmacher utilise plus facilement le terme d’itération que celui de variation pour décrire la présentation de l’oeuvre, dans la mesure où cela indique d’après lui une logique du désir de se rapprocher de la compréhension des questions sous-jacentes de l’oeuvre. Chaque itération intègre de récentes trouvailles et de nouveaux développements et produit de nouveaux objets et de nouvelles pensées pour l’oeuvre. 

my shapes, your words, their grey parle d’une part de questions de lisibilité et d’intangibilité de toute oeuvre d’art et interroge d’autre part le contexte institutionnel de sa présentation autant que sa réalité matérielle. Une réalité que l’on pourrait décrire comme exécutée en public et performative en ce qui concerne le corps de Gehmacher, mais aussi les objets et pièces de l’exposition. Certains objets de plus grande dimension sont disposés de manière autonome, d’autres objets plus petits sont posés, suspendus ou apparaissent sur des panneaux ou des surfaces. Il s’agit toutefois des corps moulés, de vides moulés, d’objets moulés. L’agentivité du monochrome, en tant qu’objectif final quasi romantique, bien que moderniste, rencontre le gris, le blanc et le jaune du moulage sous pression : des corps debout, couchés et suspendus. 

Ces pièces moulées, ces tableaux qui ressemblent à des panneaux, peut-être en partie des peintures (ou « déguisées » en tant que telles pour paraphraser George Baker) sont en partie des objets et peut-être des sculptures. Leur statut produit de l’ambivalence et on pourrait les considérer comme étant en train de devenir autre chose ou sur le départ, comme des indicateurs qu’il y a davantage à venir ou comme nous signifiant avoir été abandonnées. Elles font office, comme l’affirme Gehmacher, de doublures, de remplaçants ou de substituts. La doublure est présentée comme une considération, presque une croyance, toujours incarnée par ses actions physiques dans la performance. L’incarnation de ses « formes », de « vos mots » et des siens – non pas comme un média, mais en doutant en permanence de sa propre agentivité, visibilité et intangibilité, de ses propres mots et actions – constitue peut-être le seul et unique pilier stable de l’oeuvre de Gehmacher. D’où proviennent les formes et les mots, voilà qui demeure toujours la question.

La performance et les objets de Gehmacher, moulés ou réalisés en contreplaqué, soulignent la multiplicité de sens générée par des corps en direct et des objets en performance. Le dilemme de base et la tension productive entre matérialité et événement, apparence et disponibilité sémiotique, sont abordés et restitués de manière formidable dans son simple rêve « d’espace gris » – ce lieu où l’institution et l’école de pensée du white cube et du black box se tiennent la main. 

Certains définiraient toutes les peintures comme des objets dès lors qu’elles ont abandonné les murs de fresque ou ont été vendues sur le marché. D’autres définiraient tous les corps performants comme des doublures au service de la narration et de la signification du spectacle ou comme ses accessoires. Une pensée peut-être au-delà de la question pourtant toujours intéressante et susceptible d’éclairer ou de jeter une ombre sur la performance – puisqu’il s’agit de signification et peut-être de polyvalence, de ces panneaux disposés comme des objets – réside dans ces articulations de gestes et de paroles que Gehmacher rend accessibles quand il se produit face à un public.

Dans une des salles arrière du WIELS, vous pourrez visionner deux oeuvres vidéo, grauraum 1 et grauraum 2, sur deux moniteurs disposés de manière perpendiculaire. Dans l’une d’elles, Gehmacher entre dans un espace angulaire, un proto-espace euclidien gris, qu’il remplit lentement de sa présence et de ses panneaux. Dans l’autre vidéo, son corps semble s’adapter et se réadapter au sein de cette perspective cadrée par la position unique de la caméra où il apparaît comme un personnage négociant en partie ses gestes et son langage tout en se prêtant à la prise de vue. Finalement, on nous présente deux oeuvres vidéo en boucle d’environ 12 minutes qui montrent un corps en quête de sa matière et de son emplacement afin de comprendre son orientation.

C’est aux spectateurs, aux visiteurs, de flâner librement avant et après la performance, entre et parmi les objets qui composent cet espace d’exposition. Invités à prendre conscience de l’espace intermédiaire entre eux et les oeuvres que leurs yeux (et leurs corps) rencontrent, et à suivre leur propre direction parmi toutes les choses dites, présentées et rendues disponibles.

Philipp Gehmacher, mars 2018

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Philipp Gehmacher (°1975) a grandi à Salzbourg et à Vienne. Après avoir passé dix ans à Londres, il retourne à Vienne en 2003. Dès 1999, il réalise les œuvres chorégraphiques in the absenceHoles and Bodiesembroydergood enoughmountains are mountainsincubatordas überkreuzen beyder hände et like there’s no tomorrow avec, entre autres, les performeurs David Subal, Clara Cornil, Rémy Héritier, le compositeur Pedro Gomez-Egana, le pianiste Alexander Lonquich, les théoriciens Peter Stamer et Myriam van Imschoot. En 2007, Gehmacher entame une collaboration avec Meg Stuart. Cela donne lieu au spectacle MAYBE FOREVER, poursuivi en 2010 par l’installation performance the fault lines, avec Vladimir Miller. En 2008, Philipp Gehmacher est le commissaire de la série STILL MOVING,dans le cadre duquel il a présenté la formule de lecture-performance walk+talk. En 2009 et 2010, Philipp Gehmacher et Vladimir Miller réalisent les installations vidéo dead reckoning et at arm’s length.

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