Mencari Mata Candi

Les Brigittines

16.19/05 > 20:30
17.18/05 > 18:00

Mencari Mata Candi, littéralement A la recherche des yeux du temple.

Le chorégraphe indonésien Mugiyono Kasido crée un solo à partir des bas-reliefs traditionnels du Temple de Prambanan, l’un des plus beaux « livres sculptés » de l’art hindou consacré à Shiva. « Ces figures pétrifiées sommeillent en attente d’interprétation nouvelle », pense-t-il. Danseur exceptionnel, Kasido les éveille. En scène, il converse avec ses traditions : gamelan musical et théâtre d’ombre. Du temple javanais à la chapelle bruxelloise, le geste sacré glisse… vers un nouveau langage dansé.

Conception & Mise en scène:

Mugiyono Kasido

Interprétation:

Mugi dance-indonesia

Compositeur:

Antonius Wahyudi Sutrisna

Scénographie, son & lumières:

Iskandar Kama Loedin

Images & multimédia:

Edi Priambudhi

Musiciens:

Antonius Wahyudi Sutrisna, Sunardi, Sri Mulyana

Photographe:

Yanuarius Hari Sinthu

Conception costumes:

Bambang Mbesur Suryono & Mugiyono Kasido

Coordinateur de production:

Honggo Utomo

Production:

KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de:

Ambassade d'Indonésie à Bruxelles

Remerciéments à:

Mie Cornoedus, Joker Toerisme

Présentation:

Les Brigittines-Bruxelles, KunstenFESTIVALdesArts

Back to top

Quel fut le(s) détail(s) vécu(s), lu(s) ou vu(s) qui déclencha(èrent) l’idée de votre création ?

Pour Mencari Mata Candi, je me suis laissé inspirer par ma propre expérience et en particulier celle de la période où je me suis fort impliqué dans un projet mené par des chercheurs universitaires européens et asiatiques1 et le Professeur Edi Sedyawati, de l’université de Jakarta. Leur projet s’étalait sur deux ans et portait sur la reconstruction des mouvements dansés, gravés dans le bois de la balustrade extérieure du Candi Loro Jonggrang, dans le complexe de temple de Pambranan.

Comme danseur et chorégraphe, j’ai pris part en 2000 à ce projet inter-universitaire et j’ai étudié durant presque un an les bas-reliefs du temple sous la direction du Professeur Dr. Edi Sedyawati.

Cet espace du temple, son atmosphère particulière, est devenu mon studio de travail naturel. Je m’y exerçais à la compréhension des reliefs en mettant à l’épreuve la sensibilité de mon propre corps et mon propre bagage acquis pendant cinq ans de processus créatifs suivi et d’entraînement.

L’inspiration de Mencari Mata Candi (A la recherche des yeux du temple) repose pour moi sur une triple expérience : lire, observer et « communiquer ».

Ce processus d’absorption fut étonnamment singulier : il s’agissait de créer et de recréer un nouvel idiome de danse dans le nid de mon propre corps. Un idiome suffisamment souple pour intégrer le présent et le passé, un idiome qui permettait aussi de répondre aux exigences d’un public contemporain, préoccupé par le souhait de tisser des liens constants entre l’hier et l’aujourd’hui.

Pourquoi vous être arrêté plus spécifiquement aux bas-reliefs de la balustrade extérieure du Candi Loro Jonggrang ?

Les bas-reliefs découpés sur la balustrade du temple jouent un rôle important dans l’inspiration de ma chorégraphie ; ils ne racontent rien mais représentent une série de poses de danse. Durant la recherche, j’ai essayé de combiner les postures de ces bas-reliefs comme autant de mots dans une phrase chorégraphique et je les ai transformé en mouvements vivants.

Ils n’ont pas d’histoires mais représentent des mondes que l’architecture du temple visualise dans l’espace. Le temple de Prambanan est subdivisé en trois parties verticales :

1. la base du temple qui décrit « le monde inférieur », celui où l’homme est rongé par les vices
2. la corps du bâtiment qui décrit « le monde-moyen » celui où l’être humain dit adieu à sa vie profane
3. Le sommet du temple qui décrit le « monde supérieur » où demeurent les divinités.

J’ai essayé de visualiser cette conception en imaginant l’histoire du cycle de la vie d’un être humain.

Dans Mencari Mata Candi, vous insérez aussi la tradition indonésienne du théâtre d’ombres. Que représentent ces ombres, quelles figures, quels personnages et pour conter quoi ?

J’utilise en effet le théâtre d’ombres pour développer l’intrigue, cette histoire, mais j’use également de ses codes comme symboles et métaphores. La présence de Gununganau début de mon spectacle en est un exemple. Dans le théâtre d’ombres, le marionnettiste fait toujours d’abord apparaître Gunungan pour commencer l’histoire. Son apparition donne le signal du commencement. J’adapte ce type de concept dans Mencari Mata Candi pour visualiser la première phase de la vie d’une personne : la naissance.

Dans une autre scène, j’introduis le personnage légendaire de Shiva. Dans les spectacles de théâtre des ombres, l’apparition de cette figure provoque toujours la destruction, la misère et la mort de beaucoup d’êtres humains.

Sur quels bas-reliefs se base votre représentation ? Uniquement ceux de Shiva ?

La diversité des mouvements dansés offerts dans Mencari Mata Candi se base en effet sur les bas-reliefs du temple de Shiva de Prambanan, mais ma mise en scène, ses accessoires etc. ont été inspirés par d’autres temples.

Pouvez-vous nous rappeler qui est Shiva, son histoire et son importance dans la culture indonésienne ?

Suivant la doctrine Trimurti de l’hindouisme, le dieu le plus respecté est Brahmâ, le Créateur de l’univers. Vient ensuite Vishnou, le protecteur. En dernier est Shiva, le destructeur de l’univers. Mais en Indonésie, Shiva est le dieu le plus populaire. A Java, sa position est celle du dieu suprême au-dessus des autres dieux. C’est pourquoi certains adorateurs le reconnaissent comme le Mahadewa.
Shiva, le Mahadewa, est caractérisée par plusieurs attributs. Son trône est décoré d’un crâne qui surplombe un croissant de lune. Elle possède un troisième œil sur le front et quatre mains. Elle porte une bandoulière en peau de serpent, symbole de sa caste, et une chemise en peau de tigre. Elle a un trident tandis que ses mains tiennent un éventail, un rosaire, un lotus et un objet circulaire qu’on dit semence de l’univers.

Mencari Mata Candi s’inscrit-il littéralement ou métaphoriquement dans le contexte de société dans lequel vous vivez ?

Les deux.

S’il en est ainsi, de quelle manière ?

Littéralement

Je suis de culture indonésienne et familier depuis toujours de l’ensemble de Pambranan. Mon corps et mon esprit étaient conditionnés pour avaler toute la littérature concernant ses temples et leurs bas-reliefs, ce qui a positivement contribué à faire ré-affleurer mes souvenirs de mouvements. La plupart des mouvements utilisés dans cette œuvre sont l’expression et la « traduction » de ces souvenirs ; il y a donc beaucoup de chances pour que les variations dans les mouvements soient la combinaison naturelle de différents éléments de ma culture indonésienne.

Métaphoriquement

La métaphore est contenue dans le concept de l’intrigue et de l’histoire de Mencari Mata Candi.

Pouvez-vous nous expliquer l’importance du temple de Prambanan dans votre culture ?

Il est clair que l’existence du temple de Prambanan et d’autres temples est un trésor scientifique qui se devrait d’être étudié de manière plus approfondie. Cet héritage historique entretient une relation essentielle avec la culture indonésienne. Malheureusement, aujourd’hui, l’intérêt qu’on lui porte est plus touristique que culturel.

Pourquoi avoir spécifiquement choisi la danse comme moyen d’expression ?

Je suis originaire d’une famille de marionnettistes. Avant d’entrer à l’école supérieure, je faisais partie de la communauté du théâtre d’ombre de mon grand-père. Je pense souvent à combien la vie d’un marionnettiste est difficile et dure. Chaque fois que l’on demandait une représentation de théâtre des ombres à mon grand-père, il devait préparer tout un équipement comme la marionnette gamelan. Présenter ce jeu d’ombres requérait beaucoup d’intervenants et en particulier de musiciens. Ma décision de choisir une autre discipline a été influencée par la conscience de ces difficultés et c’est la danse qui est devenue mon moyen d’expression. Notre instrument principal est notre propre corps, nous pouvons utiliser cet instrument n’importe où et n’importe quand. C’était la pensée simple qui m’occupait au début, sans considérer que nous avons parfois besoin de l’appui d’autres personnes pour visualiser et réaliser notre propre expression.

Quel serait, à votre avis, le rôle idéal de la danse dans la société contemporaine ?

Je pense que la danse doit pouvoir se développer sans que ce développement soit soumis à des limites ou règles quelconques.

Qu’appréciez-vous le plus dans la nature humaine ?

La simplicité.

Que détestez-vous le plus ?

La bureaucratie.

Que considérez-vous comme la plus grande des frustrations ?

Perdre ses droits.

Quelle est votre activité favorite ?

Il s’agit pourtant d’une question très simple mais j’ai besoin de temps pour y répondre.


1 Avec le Dr Alessandra Lopez y Royo Iyer – Maître de conférences de l’université de Surrey, Roehampton, Dr Pinna Indorf de CASA, Université Nationale de Singapour (NUS) et Dr John Miksic du programme en faveur des études du Sud-ouest asiatique au NUS. Récipiendaire d’une bourse, ils oeuvraient en collaboration avec le Dr Edi Sedyawati, Directeur du centre de recherche en sciences sociales et humaines de l’université d’Indonésie, Jakarta

Back to top