Melanie Daniels

Théâtre la Balsamine

14, 15, 16, 17, 18/05 – 20:30
FR > NL

1h 40min


Égarée entre des contraintes de production, des remises en question incessantes et des relations personnelles houleuses, une équipe de tournage ambitionne de réaliser une suite aux Oiseaux d’Alfred Hitchcock. Quand arrive l’actrice américaine pressentie pour reprendre le rôle de Melanie Daniels, les véritables ennuis commencent… Avec ce spectacle, le talentueux metteur en scène bruxellois Claude Schmitz poursuit sa route au Kunstenfestivaldesarts. Faisant preuve d’une puissance d’imagination hors du commun, il campe des personnages archétypaux à la frontière des mondes de l’art et du divertissement. Le plateau de tournage devient un microcosme, un miroir de la réalité où s’exercent d’autres rapports de pouvoir et où la vanité de quelques-uns régit la vie de beaucoup d’autres. Melanie Daniels n’est ni un remake ni une suite du chef-d’oeuvre de Hitchcock. C’est une satire qui interroge la création artistique en temps de crise et la crise en temps de création. Une fiction d’une saisissante actualité !

Conception & mise en scène
Claude Schmitz

Avec
Marc Barbé, Marie Bos, Davis Freeman, Clément Losson, Arié Mandelbaum, Kate Moran, Patchouli

Assistant à la mise en scène
Arthur Egloff

Stagiaire mise en scène
Judith Ribardière

Scénographie
Boris Dambly

Accessoires
Arieh Serge Mandelbaum, Boris Dambly, Judith Ribardière

Lumières
Philippe Orlinski

Stagiaire lumières
Octavie Piéron

Musique & création sonore
Thomas Turine

Direction technique
Fred Op De Beeck

Stagiaire technique
Marion Garaud

Costumes
Marie Guillon Le Masne

Maquillages
Zaza Da Fonseca

Stagiaire production
Clément Dallex Mabille

Administration
Manon Faure

Réalisation
Claude Schmitz

Image
Philippe Orlinski

Assistant caméra
Ryszard Karcz

Montage
Sabrina Calmels

Remerciement particulier à
Julien Sigalas

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre la Balsamine


Production
Paradies (Bruxelles)

Co-production
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre la Balsamine (Bruxelles)


Supported by
Fédération Wallonie-Bruxelles - Service Théâtre, Agence Wallonie-Bruxelles
Théâtre/Danse (WBTD), STEMPEL, EYE-LITE

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Amerika (2006), The Inner Worlds, Le Souterrain / Le Château (2008), Mary Mother of Frankenstein (2010), et récemment la série Salon des Refusés - sans jury, ni récompense (2011-2012) constituent les dernières étapes d'un travail de création pour le théâtre que Claude Schmitz poursuit depuis le début des années 2000. Chacun de ses projets questionne, à sa manière, le rapport conflictuel qu'entretient l'individu avec le monde et sa propre intériorité. Ces spectacles fonctionnent comme des quêtes initiatiques prenant la forme de rêves éveillés, où l'être tente de se définir dans une topographie confondant fantasme et réalité.

Melanie Daniels est la protagoniste du film d'Alfred Hitchcock, Les Oiseaux, réalisé en 1963 et interprété à l'époque par l'actrice américaine Tippi Hedren. L'histoire raconte comment la bourgade de Bodega Bay, située aux États-Unis, se trouve confrontée à des attaques sanglantes d'oiseaux lorsque débarque Melanie Daniels, la jeune et mystérieuse héroïne du film. Les Oiseaux n'est pas uniquement un film de genre, un thriller fantastique, c'est également une œuvre merveilleuse, dans le sens où elle a trait au merveilleux. Comme dans les meilleurs films du maître anglais, elle est empreinte d'un discours ambigu. Quels liens entretiennent les oiseaux avec Melanie ? Sont-ils une incarnation de la peur ou - d'un point de vue psychanalytique - la matérialisation funeste des frustrations de l'héroïne du film ? Ou encore, le thème du film serait-il à aller chercher du côté de notre faculté inconsciente, et sans doute tragique, à anticiper les catastrophes qui nous menacent ? Melanie serait-elle alors une sorte de Cassandre moderne ? Il s'agit d'un peu tout cela à la fois, tant cette œuvre lorgne du côté du conte tout en proposant une métaphore cruelle de la société américaine des années 1960, qui demeure toujours applicable à la nôtre.

Bien qu'il porte le nom du personnage du film, le spectaclecréé aujourd'hui ne propose pourtant ni un remake théâtral, ni une suite imaginaire aux Oiseaux d'Alfred Hitchcock, mais une réflexion fantasmatique autour de la création au sens large. Partant d'une situation de départ concrète - le tournage calamiteux d'une improbable suite au chef-d'œuvre de Hitchcock - le spectacle glisse progressivement vers des zones plus incertaines qui ne cessent d'interroger, puis de confondre, les rapports entre fiction et réalité. Le film d'Hitchcock y tient néanmoins une place centrale et l'héroïne des Oiseaux y est bien présente. À ce titre, la rencontre avec Kate Moran, qui interprète l'actrice censée incarner Melanie Daniels, fut déterminante pour Claude Schmitz, tant la ressemblance entre Kate et le personnage d'Hitchcock est probante.

Ce spectacle, dont le propos est le faire en train de se faire, fait écho à tout un pan de l'histoire du cinéma, et plus précisément aux films dont le sujet est un tournage. À tel point qu'ils constituent presque un genre en soi. Citons, de façon non-exhaustive, L'État des choses de Wim Wenders, The Last Movie de Dennis Hopper, 8 ½ de Federico Fellini, La Nuit américaine de François Truffaut, Prenez garde à la sainte putain de Rainer Werner Fassbinder, Esclave de l'amour de Nikita Mikhalkov, etc. S'il y a bien un thème qui relie chacune de ces réalisations, c'est celui de la crise. Ces productions cathartiques ont représenté pour leurs auteurs, à leurs époques respectives, une façon d'interroger le médium par le médium. À travers un jeu de miroirs allant du cinéma au théâtre, Melanie Daniels procède de façon similaire. En scénarisant une situation de crise, dont la figure du réalisateur interprété par l'acteur-réalisateur Marc Barbé devient le catalyseur, le spectacle aborde de façon frontale et non sans ironie des questions liées à l'inspiration, à l'amour, à l'ego, à l'autorité, aux possibilités matérielles et techniques de réalisation, et au désir. Outre les figures archétypales du réalisateur, de l'interprète et du producteur, on y retrouve le cortège des assistants et techniciens. Ils forment ensemble une cour à la fois touchante et grotesque, cette microsociété hiérarchisée qui constitue en soi une possible métaphore de l'humanité.

Le groupe d'interprètes rassemblés autour de Melanie Daniels est composé d'acteurs professionnels et d'individualités non formées pour la scène. Ce procédé, que Claude Schmitz utilise depuis ses débuts au théâtre et qu'il a récemment poussé à un certain paroxysme avec un projet comme Salon des Refusés - sans jury, ni récompense, vise à accentuer les effets de réel, à questionner la notion d'incarnation et à donner une dimension documentaire aux fictions mises en place. Claude Schmitz écrit pour des personnes en particulier, qui lui sont chères, qui ne sont pas interchangeables et qui sont littéralement les personnages. La limite qui existe entre l'interprète et le personage, dans cette vision du théâtre, tend à être extrêmement mince et ambiguë. Le théâtre auquel Claude Schmitz travaille tend à se situer au bord du gouffre, de l'échec et de la faillite. Car c'est à cet endroit, à la limite entre la forme et l'informe, que se révèle selon lui le vivant, et que le théâtre - activité archaïque s'il en est - trouve dans notre société contemporaine une raison d'être. C'est ici sans doute que se situe le cœur de ce projet. Donner à voir le vivant - la chose en train de se faire - c'est, dans un même temps, donner à voir sa disparition et son absolue fragilité.

À la genèse de chacun des projets de Claude Schmitz, il y a avant tout des intuitions. Ce n'est pas la volonté de raconter une histoire qui prime, mais plutôt celle d'associer des sensations initiales, de comprendre ce qui les lie afin de faire émerger un cadre de sens. Ce serait comme rassembler les pièces d'un puzzle sans savoir ce que la totalité va représenter. C'est en réunissant ces parcelles hétéroclites, en établissant la cartographie de ce territoire hybride en vue de le nommer, qu'on entre de plain-pied dans le récit. Cette manière de faire rejoint des procédés poétiques et plastiques. À ce titre, Claude Schmitz construit régulièrement ses spectacles selon des techniques proches du collage et du cadavre exquis. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles la façon de raconter, dans son travail, épouse la forme et la structure du rêve. D'une manière générale, s'il a bien le sentiment de raconter des histoires, ses récits sont volontairement troués. À l'image de l'espace chaotique et fragmenté de Melanie Daniels, ils possèdent plusieurs facettes, plusieurs angles d'approche. Ils sont complexes, intentionnellement, et poreux. L'imaginaire du spectateur est invité à s'y greffer et à y circuler librement.

Judith Ribardière, avril 2013

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Claude Schmitz (né en 1979) est diplômé de L’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle (INSAS) en section mise en scène. Il a été artiste associé aux Halles de Schaerbeek, et ses dernières créations ont été présentées au Kunstenfestivaldesarts, au Théâtre National, au Palais des Beaux-Arts, aux Halles de Schaerbeek, au Théâtre la Balsamine, à la Filature, au Théâtre de la Place, aux Salzburger Festspiele, etc. Récemment, il a réalisé un premier moyen métrage. Il travaille également comme acteur sous la direction d’autres metteurs en scène.

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