Macaquinhos

    17/05  | 20:30
    18/05  | 22:00
    19/05  | 20:30
    20/05  | 20:30

€ 16 / € 13 (-25/65+)
1h 30min

Adultes seulement / contient de la nudité

Plus qu’un spectacle qui chaque soir est représenté, Macaquinhos est un happening, un événement qui tente de donner corps à une pratique contestataire. Il déploie, dans l’espace et dans le temps, une forme de body art où le corps serait avant tout conçu comme une force politique. Réuni autour d’une réflexion collective à propos des divisions Nord/Sud, un groupe d’artistes brésiliens mène une pratique commune. Ils conçoivent une « danse » où le corps est envisagé comme une métaphore du monde : divisé, hiérarchisé, normalisé, régi par des relations de pouvoir qui circulent du haut vers le bas. La danse de Macaquinhos s’organise à partir du bas du corps et se centralise autour de l’anus, l’orifice le plus démocratique, mais peut-être aussi le plus tabou, du corps humain. Loin des stéréotypes d’une danse libérée et sensuelle, chaque performance de Macaquinhos est une volonté de former un corps collectif et décolonisé. Démarche artistique et politique violemment attaquée au Brésil, elle cherche à abolir toute forme de hiérarchie au sein d’une pratique qui affronte (très) littéralement les tabous. Désorientant…

À voir aussi
Art & Populism – Brazilian arts under attack le 18/05 – 18:30

Avec
Andrez Lean Ghizze, Alessandra Domingues, Caio, Daniel Barra, Fernanda Vinhas, Iaci Kupalua, Luiz Gustavo, Marine Sigaut, Rosangela Sulidade, Teresa Moura Neves, Alessandra Domingues 

Font aussi partie du projet
Ana Carolina Pires, Alzira Incendiaria, Carolina Castanho, Gui Godoy, Serguei Dias, Mavi Veloso, Yang Dallas, Yuri Tripodi 

Merci à
Núcleo do Dirceu, COMO_clube, Fabio Morais, Casa Amarela, Gustavo Saulle, Casa do Povo, Casa da Luz, Lote

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, L’L - Recherche expérimentale en arts de la scène

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L’une des recherches qui a particulièrement animé l’expérience artistique est d’avoir surmonté l’anesthésie de la vulnérabilité envers d’autres personnes, propre à la politique actuelle de subjectivité. Parce que la vulnérabilité est la condition sine qua non pour que quelqu’un d’autre ne soit plus simplement une projection d’images préétablies, mais devienne une présence vivante à partir de laquelle on peut construire nos territoires existentiels ainsi que les frontières changeantes de notre propre subjectivité.
Suely Rolnik  

Macaquinhos (petits singes) s’inspire du livre O povo brasileiro – a formação e o sentido do Brasil (Le peuple brésilien – une formation et une signification du Brésil – non traduit en français) de l’anthropologue Darcy Ribeiro. Le spectacle a vu le jour lors d’une résidence à Núcleo do Dirceu, Teresina (État du Piauí), en 2011. Depuis, le spectacle a servi de lieu collaboratif horizontal entre des artistes de formations distinctes, pour la plupart des chercheurs en danse contemporaine et en art de la performance. Depuis 2015, Macaquinhos a scellé sa distribution avec les performeurs Andrez, Caio, Daniel, Fernanda, Iaci, Luiz, Rosangela et Teresa.  

L’œuvre examine la métaphore de l’anus comme « hémisphère sud » du corps dans une tentative de subvertir l’hégémonie imposée par les épistémologies nordistes qui partent du principe que ce qui est situé au-dessus est plus important que ce qui est situé au-dessous. Cette conception a mené les premiers guérisseurs et dirigeants religieux à envisager la queue humaine comme quelque chose d’importance mineure (…). Il est curieux de constater à quel point une partie de notre corps est ainsi considérée comme sauvage, alors que d’autres parties sont acceptées comme « divines ».  

Le spectacle prend pour point de départ les lignes directrices tracées par le sociologue Boaventura de Sousa Santos dans son ouvrage Épistémologies du Sud : Mouvements citoyens et polémiques sur la science : apprendre à exister, à aller vers, à s’instruire de et avec le Sud/l’anus. En portugais brésilien, il y a dans la langue populaire un mot charmant et explicite pour désigner l’anus : cu (le « cul » en français). Notre identité plurielle, composée d’Africains, de peuples indigènes et d’Européens nous permet de présumer que l’architecture du corps est une entité politique. L’anus devient alors cu : une fabrique/un creuset où se réinvente le corps et se créent des conditions d’horizontalité qui s’ouvrent à d’autres expé riences épistémologiques. Quand l’anus devient cu, nous commençons à faire face à une obscurité inopportune qui précipite des voies, des gestes et des chemins vers d’autres modes d’existence.  

La danse est organisée selon les dispositifs chorégraphiques suivants : flirter, exposer, toucher, tourner en cercle, et explorer la porosité entre l’espace et le public. Les états physiques sont examinés à partir de la relation de l’un à travers l’autre, générant de la sorte une chaîne d’altérité. En quête d’un corps collectif qui échappe à tout leadership, doctrine ou hiérarchie. Nous évitons même de permettre aux mouvements des artistes de devenir le centre et l’autorité, provoquant ainsi le besoin de se réinventer à travers des stratégies, afin de ne pas cristalliser de structure rigide ni de prédéterminer les flux.  

La pensée chorégraphique est introduite par la connaissance périphérique et la résistance à la production de formes disciplinaires, de sorte que les contradictions ne cessent de produire de nouveaux accords et paradigmes. Notre défi est de construire un corps collectif d’intérêt commun : l’équilibre entre les forces sans perdre les tensions paradoxales, un environnement accueillant et porteur, le respect des singularités, les leçons tirées de fragilités pour renforcer le collectif, la promotion de l’horizontalité des rôles, l’apprentissage avec l’autre, la reconnaissance de l’autre comme soi-même, et ainsi de suite.  

L’anus, qui s’élève avec le processus de fragmentation du corps hétérosexuel comme l’un des premiers organes à être privatisés et placés en dehors du champ social, est à présent exprimé et promu par la transition entre les contradictions et les tensions d’une formation culturelle impérieuse, postcoloniale et contemporaine. « Ici, l’anus est présenté comme une analogie évidente d’un mécanisme de lutte, disponible aux épistémologies du Sud et faisant face à l’hégémonie des épistémologies du Nord, visant à une société plus juste, plus équitable et donc meilleure. » (Pedro Paulo Gomes Pereira).  

Macaquinhos

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Macaquinhos a été conçu par Caio, Mavi Veloso et Yang Dallas lors d’une résidence d’artistes en 2011 à Núcleo do Dirceu, à Teresina, comme intervention au Musée de Piauí. En 2013, le projet a poursuivi son développement lors de la résidence Jardim Equatorial (jardin équatorial) au COMO_clube, à São Paulo. Le spectacle a été présenté en 2014 à l’intérieur de l’installation Modelo, dans le cadre de la 10e édition du festival de la performance VERBO et, la même année, lors de la 22e édition du Festival Mix Brasil de Cultura da Diversidade à São Paulo, où il a battu le record d’affluence des 22 éditions du festival. L’œuvre a gagné en notoriété et a connu des retombées médiatiques inattendues à la suite de son partage en ligne (http://themacaquinhos.tumblr.c...), devenu viral. En 2015, Macaquinhos était au programme de la Mostra Sesc Cariri de Culturas à Juazeiro do Norte (État du Ceará), ce qui a généré une deuxième vague de discussions en ligne, mais cette fois dans le but de dénoncer l’oeuvre, remettant en question la légitimité de subventions de la culture par des deniers publics. À leur tour, ces commentaires indignés ont engendré, outre des manifestations de soutien de la part de différents profils médiatiques, des discussions autour de tabous archaïques liés à la nudité, au corps, à la productivité culturelle, etc. Le spectacle a aussi été présenté en Allemagne, à Vienne et à São Paulo.

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