La Festa

Les Brigittines

19, 22, 23/05 > 20:00
20/05 > 18:00
24/05 > 22:00
Language: Italian
Subtitles: Nl & Fr
Duration : 50'

Dans une cuisine, la madre et le padre, le jour de leurs trente ans de mariage, avec leur fils unique, Gianni. Un lieu unique dont les mots condamnent portes et fenêtres. Ils fusent sec, plutôt fiel, ressassant d’insupportables broutilles. Parfois miel, ils collent pour mieux asphyxier. Chaque dialogue remue l’air saturé qui se raréfie. Ça se répète, avec un tel entêtement, que le pire suscite le rire et l’oppressant, l’absurde. Spiro Scimone et Francesco Sframeli sont acteurs : le jeu, leur feu sacré. Ils fondent ensemble leur compagnie en 1990, après avoir travaillé avec Carlo Cecchi à Palermo. La Festa est la troisième pièce écrite par Spiro, la première en italien. Nunzio (1993) et Bar (1997) étaient parlés en sicilien. L’écriture ? Une partition à jouer. L’acteur ? Le corps et la voix de sa musique, le non-dit.

Texte / Tekst / Text: Spiro Scimone

Mise en scène / Regie / Direction: Gianfelice Imparato

Assistant à la mise en scène / Regie-assistent / Assistant to the director:

Leonardo Pischedda

Avec / Met / With: Francesco Sframeli, Nicola Rignanese, Spiro Scimone

Scénographie / Scenografie / Scenography: Sergio Tramonti

Musique / Muziek / Music: Patrizio Trampetti

Régisseur de scène / Toneelmeester / Stage manager: Santo Pinizzotto

Son / Klank / Sound: Giovanni Famulari

Construction du décor / Decorbouw / Set building: Mekane s.r.l.

Organisation / Organisatie / Organisation: Giovanni Scimone diffusé par / verspreid door / distributed by Associazone cadmo / le vie dei festival,

Natalia Di Iorio & Paola Ermenegildo

Production / Productie / Production: Comagnia Scimone Sframeli (Roma)

en collaboration avec / in samenwerking met / in collaboration with

Fondazione Orestiadi di Gibellina

Présentation / Presentatie / Presentation: Bellone-Brigittines,

KunstenFESTIVALdesArts

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" Selon nous, le problème du théâtre, ce n’est pas de ne pas savoir parler, c’est avant tout de ne pas savoir écouter. Si tu ne sais pas écouter, tu ne sais pas parler. "

Tout est là. Spiro Scimone et Francesco Sframeli sont acteurs, avant toute chose. Nés tous deux en 1964, à Messine, ville portuaire et industrielle du nord-ouest de la Sicile, ils ont étudié ensemble l’art dramatique à Milan avant de rencontrer Carlo Cecchi, metteur en scène inspiré, qui œuvre dans les ruines magiques du Teatro Garibaldi à Palerme où les rumeurs de la rue se mêlent aux clameurs du théâtre. Spiro et Francesco jouaient tous deux dans sa trilogie ‘Shakespeare al Teatro Garibaldi’ composée de Amleto, Sogno di una notte di... et Misura per Misura, qu’on vit au Festival d’Automne à Paris et à Strasbourg. En 1990, ils fondent ensemble la compagnie qui porte leur nom, soucieux d’intensifier ces ressources qui gisent dans l’art de l’acteur, leur raison de vivre. Spiro Scimone se met à écrire " non parce que j’avais besoin d’écrire ", dit-il, " mais pour imaginer une partition à jouer, un matériau dont se saisissent le corps, l’âme et la voix afin de la transformer en langue de théâtre. "

Nunzio s’écrit en 1993, partition pour deux ‘caractères’ en un seul acte. Il y a Nunzio employé dans une usine chimique, et Pino, son ami tueur à gages. Tous deux ont migré du sud de l’Italie vers une petite ville du nord. Ils partagent un modeste flat et veillent l’un sur l’autre. Entre deux contrats, entre deux avions, Pino rentre à la maison où Nunzio traîne en pyjama, sérieusement malade. Dialogue d’intérieur entre l’affaibli attentiste, rétif à se soigner, et son héros nomade, dur au cœur tendre : seuls au monde et complices d’infortune. Conversation pudique et crue, bercée de petits rituels et de couplets de rêves. Spiro et Francesco interprètent les deux amis sous la direction de Carlo Cecchi, immédiatement conquis par l’écriture théâtrale acérée et agissante de ces dialogues qui empruntent leur couleur au dialecte sicilien de Messine.

Bar naît à la scène trois ans plus tard, mis en scène par l’assistant de Cecchi, Valerio Binasco, nouvelle partition nerveuse pour deux ‘caractères’ en un acte. Elle parcourt quatre jours cruciaux de la vie de Nino et Petru. Cachés dans l’arrière-salle d’un bar, l’un rêve de gérer son propre café, l’autre au chômage fricote avec la petite mafia. L’argent sale de l’un pourrait servir le rêve de l’autre mais leurs motivations sont bien différentes. En commun, ils ont leur ignorance et un manque total d’efficacité. Nuit après nuit, leurs palabres : un jeu théâtral non-prévisible, rapide et sans pitié. Spiro et Francesco l’interprètent en dialecte de Messine.

La critique italienne s’enthousiasme : elle évoque la cruauté d’Harold Pinter, le comique absurde et métaphysique de Beckett et la rudesse poétique de Fassbinder. Elle souligne surtout la singularité puissante de ‘cette langue à jouer’ qui aspire le naturalisme vers le surréalisme. Ces deux premières pièces reçoivent les plus belles distinctions tant pour l’écriture que pour l’interprétation. Franco Quadri, éminent critique à La Repubblica et directeur des éditions théâtrales Ubu Libri, encourage Spiro Scimone à écrire un nouveau texte. La Festanaît l’été 1999 aux Orestiades de Gibellina, festival important de théâtre en Sicile qui se déroule chaque année en surplomp d’un suffocant linceul blanc de béton, celui que le peintre-sculpteur Alberto Burri coula en 1985 sur le tracé béant des fondations et rues de Gibellina l’ancienne, anéantie par un tremblement de terre en 1968.

Spiro Scimone choisit d’écrire cette fois en italien : " Je ressentais le besoin d’éprouver la musicalité d’une autre langue. Le son du sicilien est profond, grave, fermé, percussif et métallique. La langue italienne est moins heurtée mais permet le même genre de rythmique. " "Nunzio, Bar et La Festa ne forment pas une trilogie ", complète Francesco. " Au théâtre, il est important de ne jamais s’arrêter car on ne peut jamais prétendre que l’on est arrivé. On va de l’avant, c’est un voyage, un long voyage, traversé de douleurs, d’allegria parfois, et porté par un grand amour, notre nécessité. "

La Festa est nouvelle partition, à trois voix cette fois : la Madre, il Padre et Gianni, leur fils unique. Cette partition se love par endroits dans les musiques de Patrizio Trampetti, l’un des fondateurs de la Nuova compagnia di canto popolare et l’auteur des premières chansons du célèbre Napolitain Edoardo Bennato. Mais elle n’autorise les conversations qu’en duo puisque les figures du père et du fils, trop semblables, ne supportent pas de partager leur espace. Premier pas du travail : la musicalité. " Pour moi, les mots sont des notes et leur ensemble forme un son qui doit être harmonieux et agréable à l’écoute ", précise Spiro. " C’est la musicalité qui induit l’atmosphère juste de ce qui est représenté. Et j’aime utiliser la répétition pour créer des états d’âme obsessionnels. Même si les mots sont très réalistes, leurs constructions répétitives, courtes et fantaisistes les arrachent au quotidien naturaliste et les aimantent vers une dimension paradoxale souvent ironique. Une fois écrit, mon texte est incomplet : il attend l’acteur. "

" Quand commencent les répétitions, nous partons de rien ", poursuit Francesco. " Le scénographe et le metteur en scène sont là, près de nous. Petit à petit, nous explorons cette partition textuelle à travers notre corps et notre voix. Puis tout se dépouille lentement vers l’essentiel. On voulait arriver à un texte ‘au tapis’, des acteurs qui se regardent vraiment et qui s’écoutent vraiment. Alors, il se passe quelque chose. " Spiro continue : " Nous avons travaillé cette fois avec Sergio Tramonti, scénographe de Carlo Cecchi, car il a mentalement le même sens du théâtre que nous. Normalement, La Festa se passe dans l’intérieur d’une petite cuisine populaire. Au fil des répétitions, elle est devenue espace de simplicité où tout peut s’engouffrer. Donne une boîte en carton à un enfant, elle sera pour lui château-fort, embarcation ou caverne. " Panneaux d’un beige très vague, le décor forme une pointe de triangle, le sol s’en évase vers le public. Immobiles, les acteurs retiennent la pression, acculés au fond de cet entonnoir, leur impasse. Le relief, lui, est dans la syncope de la phrase, les attaques, les envolées, les chutes, les pizzicati et les silences.

Spiro ajoute. " Certains moments sont hilarants, même si dans le fond, ils sont très crus. Ce n’est pas une pièce sur les travers étouffants de la famille sicilienne. Bien sûr, à la base, on s’inspire toujours de ce que l’on connaît le mieux mais Francesco et moi, nous avons surtout besoin de creuser tout ce qui concerne les rapports entre les personnes. De ces rapports naît le conflit et du conflit naît le théâtre. La situation revêt une dimension beaucoup plus universelle. C’est une espèce de rituel irrationnel sur la difficulté de se tolérer. "

Ce rituel aiguise plus fort la claustrophobie avec ses dialogues laconiques, impossibles à décrire. Phrases ultra-courtes empoisonnées d’habitude, miel qui devient fiel, broutilles entêtées : chacun sait tout de l’autre et s’applique à le coincer. La mauvaise foi règne en maître, la surveillance aliénante aussi. Les deux pôles masculins s’évitent consciencieusement, père déclassé par fils gâté qui ramène plus que lui l’oseille à la maison. Indécrottables réflexes tellement désolants qu’on ne sait plus si l’on doit s’esclaffer ou se scandaliser. Une chose est sûre, ceux-là ne savent plus s’écouter et s’obstinent jusqu’à l’absurde pour avoir le dernier mot. Discutaillant – c’est plus fort qu’eux –, ils sont incapables de ‘se’ parler. En ce jour anniversaire de trente ans de mariage, c’est La Festa !

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