La donna è mobile

Et s'il fallait un rituel débridé pour réveiller la chaleur vitale de la voix humaine à jamais étouffée ? Fantasque chorégraphe italienne établie en France, Francesca Lattuada invente un solo vocal, La donna è mobile. Elle s'amuse à ressusciter la joie et la souffrance, la valse des sentiments ardents dans les chants traditionnels méditerranéens et non-européens. Comme une mystérieuse aïeule venue de la nuit des temps, elle invite le spectateur à célébrer des retrouvailles festives avec le chant de l'être.

Concept en uitvoering/Concept et interprétation/Concept and interpretation: Francesca Lattuada

in samenwerking met/avec la complicité de/with the complicity of : François Chattot
Muziek/Mu¬sique/Music: Jean-Marc Zelwer
Licht/Eclairage/Lighting: Eric Lousteau-Carrer
Lichtregie/Régie lumières/Light director: Emmanuel Bassibé
Scenografie/Scénographie/Scenography: Philippe Meynard, Francesca Lattuada
Kostuums/Costumes: Odile Hautemulle
Technisch directeur/Régisseur général/Technical director: Emmanuel Abate
Geluidsregie/Régisseur son/Sound: Pablo Bergel
Productieleiding/Direction de production/Production management: Irina Petrescu
Productie/Production: Compagnie Festina Lente (Paris)
Coproductie/Coproduction: Le Moulin du Roc - scène nationale de Niort, Théâtre de la Ville (Paris), Le Phenix - scène nationale de Valenciennes, l'ADAMI (F), KunstenFESTIVALdesArts
Presentatie/Présentation/Presentation: Théâtre Les Tanneurs, KunstenFESTIVALdesArts

Festina Lente wordt gesubsidieerd door/est subventionnée par/is funded by: Ministère de la Culture-Direction Régionale des Affaires Culturelles en Ile de France


Tonni Italiaans-Grieks wiegelied/Berceuse italo-grecque/Greek-Italian lullaby
Cine iubeste si lasa Roemense vloek/Malédiction roumaine/Rumanian curse
Oyuma Mongools liefdeslied/Chant d'amour mongol/Mongolian love song
• Kerta mangae dae Macedonisch zigeunerlied/Chant tsigane-macédonien/Tzigane-Macedonian
song
Ipne pupe Macedonisch wiegelied/Berceuse macédonienne/Macedonian lullaby
Aman, aman, momce bre Obsceen lied uit de Balkan/Chant obscène des balcans/Obscene song from
the Balkans
Triste lo ceu Lied uit de Béarnstreek/Chant béarnais/Song from the Béarn
Tamurriata Napolitaans lied/Chant napolitain/Song from Naples
La Donna è mobile Uit Rigoletto van Verdi/Extrait de Rigoletto de Verdi/Excerpt from Verdi's
Rigoletto
Padrone mio Italiaans werklied van/Chant de travail italien de/Italian work song by
Matteo Salvatore, naar/d'après/based on Daniel Sepe

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« Où est l'aube de la voix humaine et dans quelle nuit va-t-elle expirer pour rejoindre le silence ? Le chant de l'os est le plus infime des sons chantés que l'on puisse émettre. Il est intérieur et fait vibrer l'os. Si tu ressens la naissance et l'extinction de ce chant, le seuil de son apparition et de sa disparition, tu pourras jouer de ce qui est le début et de ce qui est la fin. J'aime cette disponibilité à vibrer. En fait, le corps est un violon, il faut qu'il soit vide, dégagé de toute tension, pour qu'en sorte une plénitude de son. Le chant trahit tout l'être : certaines femmes qui ne veulent pas grandir refusent le registre des graves pour conserver leur voix de petite fille. La voix a toujours été liée à notre existence intime : premier cri vital, voix qui apaise, qui épouvante, qui exhorte, qui libère la joie ou la tristesse... Et si le chant était le dernier élément humain dans une humanité en désolation ? Et si seule la voix était encore humaine ? »

Et voilà dessinée la fable de la nouvelle création de Francesca Lattuada. « Un passage plus qu'un spectacle » qui, presque naturellement, vient déposer sur le rivage de la scène les alluvions de dix années de travail en compagnie. Depuis longtemps, la chorégraphe travaille la voix, sa voix en digérant et s'appropriant les musicalités qui la fascinent. Complice de Jean-Marc Zelwer, compositeur et fondateur de la Kumpania Zelwer, elle l'accompagne dans ses recherches sur les musiques de traditions imaginaires et les instruments rares. Aujourd'hui, la chorégraphe nous convie à un solo vocal, un solo où le chant la transforme et la met en mouvement : La donna è mobile. Clin d'oeil à Verdi. « C'est une fable cosmogonique : dans une solitude de cristal, dans un univers en ruine, une femme seule se met à chanter. Les autres, qui jadis furent auprès d'elle, ont été dévorés. Sa voix est celle des corps qu'elle a engloutis. Elle chante des langues vivantes qui ont la beauté du signe. »

En douze chants d'un imaginaire rose des vents, Francesca s'est inventé un voyage musical au coeur des rites et des temps. Elle navigue sur une mémoire nourrie de berceuse italo-grecque, de malédiction roumaine, de chants mongol, tzigane, yougoslave, béarnais, sud-américain, yéménite, napolitain... Autant d'incantations douces ou violentes qui content le fond des coeurs depuis les nuits du sentiment. Ces chants traditionnels voguent sur un paysage musical étrange et désolé, arrangements composés par Jean-Marc Zelwer pour que s'y reflète le cristal de l'humaine solitude. La voix grave et mélodieuse, la présence chaude de Francesca convoque les silences, les objets simples qui font sens ou les poupées qui dansent. Sa fable erre sur les rives de l'oubli. Le chant en est l'amulette, fétiche qui protège des maléfices de la disparition.

« Dans ce solo, je me raconte des histoires à la manière d'une machine célibataire, cette machine inventée par les surréalistes : ne servant à rien, elle existait pour le seul plaisir de se laisser étonner par la succession de ses réactions en chaîne. Je trouve poétiquement intéressant de faire cohabiter plusieurs registres : le lyrique, le conte, les détails réalistes de la vie... En Inde, en pleine danse sacrée, le danseur se gratte si quelque chose le chatouille. Ça, c'est la vie ! Le sérieux, c'est bien. Le grotesque aussi. L'objet le plus simple peut avoir une valeur, comme dans les contes où n'existe plus de différence entre le végétal, l'humain, l'animal et le minéral... »

« Festina Lente » (Hâte-toi lentement), c'est le nom que Francesca, la Milanaise, a donné à sa compagnie de danse : « Un oxymore, une figure de style qui marie des mondes apparemment contradictoires. Comme on dit : ‘Cette obscure clarté des étoiles'. » La devise s'accompagne d'un dessin : un crabe agrippe entre ses pinces un papillon en vol. « Le crabe, c'est l'apparente solidité, le squelette extérieur, une carapace ; le papillon, la volatile fluidité, l'éphémère légèreté. » La chorégraphe aime les dualités et les rapprochements hybrides, à l'instar de ces contes où se mêlent naturellement l'anodin et l'assassin. Elle se donne ici le temps d'une escale en solo pour mieux revenir ensuite à son travail de compagnie, son port d'attache.

Son parcours atypique la rend d'ailleurs inclassable. Plus que chorégraphe, elle est esprit nomade, prompte à réanimer le naturel et l'irrationnel, l'instinct et le rituel. Polyvalente, elle dessine et crée des costumes. Elle chante. Elle chorégraphie. Elle danse. Elle ressuscite carnavals et processions nuptiales avec la population locale des rues de Metz, d'Annecy et de Strasbourg, une manière de redonner chair aux rites jubilatoires qui - abolissant jadis les règles établies - libéraient les angoisses collectives dans une exubérante parade. De retour du Japon, elle vient de mettre en scène à Strasbourg un opéra de Benjamin Britten inspiré du théâtre Nô.

Etablie en France, Francesca Lattuada se sent de plus en plus italienne. « L'âge avançant (rires), je revendique de plus en plus l'organisation du chaos et de la brisure, la beauté du bricolage, du bordel et de la mosaïque. C'est culturel et propre, sans doute, aux pays qui ne sont soi-disant pas aussi organisés que les autres. Ceux-ci fondent leur art sur la ruine ou la misère, dans le sens noble. J'aime l'art mexicain, l'art brut, ces arts où l'imaginaire a force de poésie. J'aime aussi le summum de stylisation que parviennent à atteindre les Japonais et leur sagesse à regarder chaque détail familier comme une nouvelle révélation. »

« L'élémentaire est si poétique », constate-t-elle, rêveuse.

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