Intervalo

Beursschouwburg

6.7.8/05 > 23:00
17’
Portuguese > Subtitles : NL & FR

Un seul territoire - scène, sierra brésilienne ou Avenida Central de Rio - convoité dans le même temps par des forces différentes. S'annexer leur temps et leur espace en s'y implantant, comme un corps étranger. Frederico Paredes danse et chorégraphie à Rio de Janeiro. Intervalo est un essai fantaisiste et léger sur le principe de domination et de colonisation. Par le texte et par le geste, le jeune homme décrit et esquisse avec saveur ce qu'envahir veut dire, et, en filigrane, vivre ensemble. De la difficulté de faire coexister le multiple et le singulier...

Choreografie, tekst & performance/Chorégraphie, texte & performance/Choreography, Text & Performance: Frederico Paredes

Muziek/Musique/Music: Cantos das Aves do Brasil van/de/by Johan Dalgas Frisch

Lichtontwerp/Conception lumières/Lighting Design: José Geraldo Furtado

Toneelmeester/Régisseur plateau/Stage Manager: Thereza Rocha

Met dank aan/Remerciements/Acknowledgements : Regina Miranda & Laban Center of Rio de Janeiro, Paulo Caldas & Staccato Dança Contemporânea, Carmen Luz & José Bonif·cio Cultural Center, Lia Rodrigues & Panorama RioArte de Dança 2003 staff, Francisco Arruda, Thomas Lehmen, Gustavo Ciríaco, Luciana Fróes, Maria Alice Poppe.

Presentatie/Présentation/Presentation: Beursschouwburg, KunstenFESTIVALdesArts

Back to top

Rio de Janeiro, mars 2004,

Comme partout ailleurs dans le monde, le moineau cohabite à Rio avec les oiseaux « autochtones ». Sa nature est agressive et son sens du territoire aigu. Dans les villes brésiliennes, il a progressivement repoussé le Tico Tico, internationalement connu, qui, jour après jour, s’est vu rogner son espace originel. Même si cela semble être un processus naturel, un petit coup d’œil sur l’histoire nous instruit du contraire : en 1903, le maire de Rio de Janeiro importa de Paris les premiers moineaux dans le but sincère de doter la cité merveilleuse d’une allure « plus moderne ».

On peut pareillement extirper les causes historiques des forces qui produisent aujourd’hui les énormes différences existantes au sein de la société brésilienne. Même si ces causes n’éclairent personne sur ce qu’il faudrait faire aujourd’hui. Pratiquer l’alternative si courante d’une ignorance naïve voire cynique est pourtant stérile : la fracture des liens sociaux et le spectacle quotidien de la violence dans les espaces publics permettent difficilement au citoyen d’évoquer encore la gentillesse naturelle « des cariocas » (habitants de Rio) ou de masquer sa propre responsabilité dans cette détérioration. Dans une ville où s’enlacent mer et montagnes, l’espace entre les bidonvilles et les quartiers riches est trop étroit pour que puisse se dissimuler la lutte pour la domination économique et sociale.

Quand tombe ce voile, le combat n’est plus longtemps circonscrit à cette terrible zone de guerre. Il ne le fut d’ailleurs jamais. Peut-être son processus ne fait-il simplement que se répéter, ici et maintenant. Dans mon solo, Intervalo, j’ai opéré des choix très spécifiques de mouvements et de thèmes afin de débroussailler pour le public un chemin au travers d’imperceptibles champs d’invasion. Les mouvements de danse sont tissés de paroles et d’attitudes qui intervertissent souvent leur place et leur fonction. J’invite ainsi le public à examiner mes sources dramaturgiques : un contenu.

Au cours de ce voyage léger qui ne figure sur aucune carte, j’aborde graduellement le spectateur de différentes manières et je l’invite ainsi à quitter son statut de spectateur et à se positionner lui-même vis-à-vis des sujets et situations présentés sur scène. Le public est libre de détecter toute familiarité avec ce qu’il connaît dans mes descriptions d’oiseaux et de paysages brésiliens, libre de découvrir que mes anecdotes à propos de l’urbanisation de Rio de Janeiro ne lui sont pas tellement étrangères, et libre de percevoir dans mon exposé de performer que certaines manières de créer et de structurer la danse aujourd’hui peuvent receler un état de fait silencieux de domination culturelle, alors qu’en apparence, il ne s’agit que d’une transmission anodine « des tendances » en vogue dans la danse contemporaine.

Intervalo tente de rendre visibles les conditions qui favorisent la domination, qu’elles soient posées au cœur d’une ville, dans un corps ou sur une scène.

Frederico Paredes
Back to top