Iliade

Théâtre 140

7.8.10/05 > 20:30
9.11/05 > 15:00
Italian - Subtitles: NL & FR - Creation -

L’année dernière, Hedda Gabler, vue en gros plan vidéo et arrière-champ théâtral, avait positivement séduit le public. Cette année, la jeune troupe italienne revient avec Iliade, un texte du VIIIe siècle avant notre ère. Agamemnon a capturé la belle aimée d’Achille, alors Achille, le héros au talon fragile, se met en colère. L’Iliade commence par cette colère et se termine, 24 épisodes de guerres et de conflits plus loin, par les funérailles d’Hector. Pour les Teatrino, il n’est pas question de choisir " un texte pour le violer dans ses traits essentiels ". Si on y pervertit les rapports qui existent entre l’acteur, le personnage, sa voix et son image, c’est pour rester dans le genre " tradition orale " : évoquer L’Iliade d’hier avec les traditions et moyens d’aujourd’hui.

Metteur en scène : Pietro Babina

Acteurs : Marco Valerio Amico, Alessandro Cafiso, Massimiliano Martines, Mauro Milone, Andrea Mochi Sismondi, Manfredi Siragusa

Capocomicato : Fiorenza Menni

Technique : Giovanni Brunetto (plateau)

Création sonore : Studio Arkì

Scénographie : Pietro Babina (concept), Giovanni Brunetto (réalisation)

Promotion & organisation : Marcella Montanari

Logistique : Chiara Fava

Administration : Francesca Leonelli

En collaboration avec : Riccione TTV & ETI, Xing, Studio Arkì

Production : Teatrino Clandestino (Bologna)

Coproduction : Le-Maillon Théâtre de Strasbourg, Santarcangelo dei Teatri (Santarcangelo di Romagna), KunstenFESTIVALdesArts

Présentation : Théâtre 140, KunstenFESTIVALdesArts

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Spectateur, tu viens de recevoir une croix rouge.

Teatrino Clandestino: " La croix rouge est l’essence esthétique de notre Teatrino. Chaque fois qu’une ambulance passe, nous voilà en besoin d’histoires. On se demande qui est dans l’ambulance ? S’il va mourir, s’il a de la famille dans les environs ? "

" … La croix rouge entre tes doigts est le signe de cet appel au récit, à l’histoire, ainsi prépare-toi… "

Teatrino Clandestino ou " petit théâtre clandestin " est le nom du premier espace des répétitions…

Teatrino: " C’était pas très grand, l’usine était abandonnée de ses ouvriers et désertée par le public. À peine avions-nous placé la petite pancarte " Teatrino " sur la porte qu’une excavatrice a rasé le bâtiment. "

Au festival 2001, on n’avait évidemment pas rasé l’ancienne usine à la périphérie de Bruxelles (devenue Le Bulex) dans laquelle ils étaient venus présenter leur scandinave Hedda Gabler. Même qu’une ville faite de maisons inspirées des silhouettes du cinéma expressionniste allemand avait été reconstruite pour l’occasion. (Les Inrocks.com, 11.05.01)

Teatrino: " Hedda s’ennuyait autant avec son mari qu’avec la forme dramaturgique dans laquelle elle était obligée de se mouvoir. "

Les Clandestino (Pietro Babina et Fiorenza Menni) croient à l’anarchie…

Teatrino: " Dans le sens que nous ne cherchons pas à ce que tout le monde soit d’accord avec tout le monde. Chacun a un rôle clairement défini, Fiorenza s’occupe du jeu de l’acteur, Pietro de la dramaturgie et de la mise en scène et s’y tient. "

Lors du festival 2001, la relecture très imagée de Hedda Gabler d’après Ibsen – jouée par Fiorenza Menni – avait été accueillie avec enthousiasme par les festivaliers. Cette année, dès avant sa conception, nous avons tenu à accompagner leur nouvelle création. DepuisSi prega di non discutere di Casa di Bambola, d’après Maison de poupée d’Ibsen (1999), jusqu’à Otello (2000), Hedda Gabler (2001) et maintenant l’Iliade, chaque production a toujours été imprégnée de vidéo.

Teatrino: " C’est vrai, mais il n’a jamais été question de répéter une esthétique. A chaque fois, la vidéo était et est une nécessité. Dans Si prega di non discutere di Casa di Bambola, en filmant l’expression des visages on a cherché à entrer dans l’intimité du dialogue. Dans Otello, la vidéo reprenait différents lieux de la cité des personnages et jouait un rôle d’amplificateur scénographique. Dans Hedda Gabler, on a travaillé le dialogue et la scénographie. "

" Si par le passé, la vidéo renforçait la structure narrative, en pervertissant les rapports qui existent entre l’acteur, le personnage, sa voix et son image, aujourd’hui, elle permet de souligner la force évocatrice du poème épique del’Iliade. Tout sera divisé, la voix d’un côté (voix réelles et/ou bandes son préenregistrées), le personnage de l’autre (image vidéo), celui qui l’évoque (l’acteur sur le plateau). Ce n’est pas performance technologique que nous cherchons, nous ne nous sentons pas obligés d’utiliser des nouvelles technologies. Ce n’est pas un moyen d’être moderne. Mais pourquoi ne pas les utiliser ? Ici, il s’agit de rompre les liens pour permettre au spectateur de les recoudre à sa façon. "

C’est au VIIIe siècle avant notre ère, pendant la " Renaissance grecque ", que commencent à circuler, partout en Grèce, des versions différentes de l'Iliade. L'aède, poète chanteur, puise dans un répertoire ancien et improvise de manière plus ou moins créative sur des formules figées. Homère fut-il l'un d'eux ?

Teatrino: " La manière de raconter a changé. On ne construit plus les maisons aujourd’hui comme hier, c’est la même chose avec le texte. Ce qui nous importe dansl’Iliade, c’est l’essence du texte. "

Un texte qui parle de guerres et de conflits en vingt-quatre " rhapsodies "… mais depuis le " onze septembre ", la guerre, il n’y en a que pour elle !

Teatrino: " Après la chute de l’Empire romain, après la Révolution française, après la Révolution russe, après la Première et la Seconde Guerre mondiale, on a toujours fait du théâtre. Il est la seule forme d’art où des gens présentent à d’autres gens une œuvre écrite par des gens. Si nous ne pensions pas qu’il était sensé et nécessaire de faire du théâtre, pourquoi lui accorder tant de temps ? Parce que nous sommes fous ? Alors, peut-être le sommes-nous, et c’est tant mieux. "

L'Iliade, en dépit de son nom Ilion (Troie), est loin de contenir tous les épisodes les plus fameux de la guerre de Troie : enlèvement d'Hélène, mort d'Achille, cheval de Troie, destruction de la ville, fuite d'Enée et d'Anchise, etc.

Teatrino: " Notre désir est de respecter la valeur poétique de l’œuvre, sans l’actualiser ou la mettre en parallèle avec une guerre existante, c’est trop réducteur. La guerre est un des prétextes du poème, c’est vrai. Mais sur un ton plus poétique que philosophique, l’Iliade parle d’abord de l’Homme, du genre humain. "

Agamemnon, un Achéen, a capturé la belle dont Achille était amoureux. L’Iliadecommence avec la colère d’Achille, héros au fragile talon, et se termine par les funérailles d’Hector. Après lui avoir troué les chevilles pour y passer une lanière de cuir, Achille attacha le corps à son char et fit plusieurs fois le tour des murailles de Troie. Violent !

Teatrino: " Mise en sourdine des voies intellectuelles et déploiement des chemins viscéraux. Ne pas changer les noms des héros pour garder intact l’ensemble paradigmatique. On ne choisit pas un texte comme celui-là pour le violer ensuite dans ses traits essentiels. "

La composition del'Iliade est, dit-on, plus élaborée que n'importe quel autre poème transmis par la tradition orale. Les différents niveaux temporels de l’écriture expliquent sans doute pourquoi il est malaisé de percevoir la véritable intention de l'Iliade.

Teatrino: " Pour nous, il n’est pas question de la rendre lyrique ou mélodramatique, l’Iliade est déjà une partition qui suggère ses sonorités et ses instruments. "

" Pendant un an, nous avons fait des ateliers (quatre exactement) avec des acteurs sélectionnés sur tout le territoire national. Durant ces phases de préparation, chapitre après chapitre, nous avons questionné le processus technologique en même temps que le champ narratif et poétique. "

Réécrire une œuvre existante n’est-elle pas une façon d’éviter d’en écrire une neuve ?

Teatrino: " Utiliser un nom illustre ne facilite pas les choses, au contraire, cela nous place devant le filtre de la comparaison et celui, encore plus dur, du conservatisme. Notre intérêt va à la forme théâtrale et ce travail est plus évident et plus fort lorsqu’on l’opère sur un texte ancien, issu de la tradition. Le déplacement formel apparaît plus clairement. "

L’Iliade n’est pas le point de départ d’une religion, même si l’on connaît un culte d’Homère et ce n’est pas non plus le début d’un mouvement politique même si l’on est tenté d’en extraire quelques leçons de politique. (…) Le génie d’Homère se situe exactement, au passage de la tradition poétique orale à l’organisation d’un texte écrit.

Pierre Vidal-Naquet,L’Iliade sans travesti, Gallimard, 1975.

Teatrino: " En d’autres mots, il est question de chercher comment raconter l’Iliadeaujourd’hui. Raconter sans jouer, évoquer sans l’interpréter, en un mot rester dans le genre " tradition orale " tout en le renouvelant. Lors d’un des ateliers, nous avons expérimenté la possibilité de traduire une action physique en sons ou en paroles. Nous sommes arrivés à créer un programme (software) qui permet de décomposer le plateau filmé en différents champs. Chacun des champs, indépendant l’un de l’autre, peut émettre un son en liaison (ou non) avec le mouvement de l’acteur, le morceau de corps ou d’espace cadré. Et ça, c’est notre façon de raconter aujourd’hui. "

D’après un entretien avec Fiorenza Menni et Pietro Babina, novembre 2001

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