I...Cognitive Maps – Chapter 1

€ 16 / € 13
1h
Arabic/FR or Arabic/EN

Quel souvenir garde-t-on d’une pièce, d’une chambre ou d’un appartement jadis habités, mais où l’on n’est jamais retourné ou qui n’existe plus? Dans I...Cognitive Maps – Chapter 1, l’artiste Ely Daou, né à Beyrouth en 1986, voyage à travers sa mémoire – et l’histoire – en tentant d’esquisser les divers appartements et lieux de vie qu’il a occupés pendant et juste après la guerre civile au Liban. Il se sert de détails architecturaux – tels que sa mémoire les a enregistrés, ou peut-être transformés – pour reconstruire à la fois les espaces et le passé. I...Cognitive Maps – Chapter 1 est un récit qui explore deux aspects fondamentaux de nos expériences physiques et mentales : où nous sommes, et qui nous sommes.

29/05 — CIVA/Kanal – Centre Pompidou
15:00, FR
18:00, EN

30/05 — CIVA/Kanal – Centre Pompidou
19:00, EN
21:00, FR

31/05 — La Raffinerie
19:00, EN
21:00, FR

01/06 — La Raffinerie
17:00, FR
19:00, EN

De : Ely Daou
Merci à : Joseph Daou
Surtitrage : Marie Trincaretto

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Kanal – Centre Pompidou, CIVA, Charleroi danse
Résidences et soutient : Centrale Fies, Live works (Dro, Italie), Baden-Württemberg (Catalunya Grant), Goethe-Institut Barcelona, Hangar, Württembergischer Kunstverein Stuttgart et Kunststiftung Stuttgart

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Ely Daou, I...Cognitive Maps-Chapter 1

J’ai rencontré Ely Daou il y a quelques années à Barcelone, à l’école d’art où j’enseignais. Je me souviens de nos longues conversations dans la petite cour où nous roulions des cigarettes et buvions du mauvais café. Alors que les étudiants passaient, allant d’un cours à un autre, nous savourions le soleil hivernal assis sur des chaises en bois inconfortables, nous parlions d’art et de la vie. Par la suite, nous avons poursuivi ces conversations dans d’autres lieux et à d’autres moments, faisant évoluer cette relation à long terme que peuvent entretenir un artiste et un commissaire d’expositions et qui débouche parfois sur une amitié.

Je me souviens que la première fois que nous avons parlé de sa pratique, une observation a émergé par-dessus toutes les autres : il parlait de la vie. Avec Ely, ni rhétorique ni bavardage superflu autour de la pratique artistique, mais une conversation honnête à propos de choses inhérentes à la condition humaine. Sa vie et ses expériences personnelles constituent le matériau dont il se sert en particulier pour développer ses projets : il a apposé à des milliers de reprises sa signature ou écrit son numéro de NIE (identifiant fiscal attribué aux étrangers établis en Espagne) sur de grandes feuilles de papier ; 30 jours d’affilée, il a documenté les espaces où il s’est rendu, du réveil au coucher, en inscrivant l’heure précise ; il a noté le nom de 1172 personnes qu’il connaît ou a connues au cours de sa vie entre la fin de l’amnésie enfantine et avril 2018 et a décrit ses souvenirs personnels à propos de chaque individu ; il a traduit en paroles ses pensées, ses émotions et ses souvenirs de moments et de lieux spécifiques et les a notés mot à mot sur de petits papiers blancs, six heures durant ; il a compté les personnes qu’il croise lors de déplacements ordinaires, tapotant le micro à chaque personne rencontrée sur son chemin.

Mémoire, temps et espace sont les aspects fondamentaux de l’œuvre d’Ely Daou. Comprendre la façon dont nos souvenirs sont reliés à ce que nous sommes et là où nous sommes fait partie intégrante de notre processus mental ancré dans l’action et la perception. I…Cognitive Maps-Chapter 1 est une performance narrative qui explore la relation entre le lieu et l’identité à travers la mémoire. Le processus cognitif de cartographie est une représentation mentale de l’information spatiale et consiste à acquérir, mémoriser, récupérer et décoder de l’information environnementale. Ely, qui est né à Beyrouth Est en 1986, en pleine guerre civile, dans une famille de la classe moyenne aux revenus très modestes et joignant difficilement les deux bouts, nous raconte son enfance et son adolescence. Tentant de se souvenir des plans des différents lieux où il a habité, il les esquisse et nous les projette sur le mur à l’aide d’un rétroprojecteur. Les détails architectoniques tels qu’il se les remémore, peut-être transformés par sa mémoire, deviennent les points de départ pour retourner à la fois dans le temps et dans l’espace. Ses mots sincères nous font prendre conscience à quel point la notion de chez-soi lui a toujours paru floue, difficile à définir et à atteindre en raison de circonstances politiques, économiques, sociales et de santé. Ely est là, assis, il dessine et nous raconte sa vie, certains souvenirs personnels et les liens de cette narration avec les lieux précis où elle a été formulée. Avec ses mots, il nous permet d’entrevoir la culture et les traditions dans lesquelles il a grandi et la difficulté qu’il éprouve à s’identifier à elles dans le présent, soulignant ainsi l’évolution de sa personnalité. Une pratique qui construit des appartements reposant sur des convictions et des souvenirs.

L’identité spatiale provient de croyances, de significations, d’émotions, d’idées et d’attitudes attribuées à un lieu. Les maisons où l’on a grandi, les sols sur lesquels on a joué, les lits dans lesquels on a dormi, les chaises sur lesquelles on s’est assis, les tables où l’on a mangé, les fenêtres par lesquelles on a regardé… Tout cela est entièrement lié au contexte socio-politique de son pays et aux particularités de sa famille. Mais, se souvient-on de ces lieux ? Les images qu’on en garde à l’esprit sont-elles réelles ? De quels événements se souvient-on ? Lesquels oublie-t-on et lesquels a-t-on inventés ?

Les différences entre la représentation mentale et les caractéristiques physiques d’un lieu peuvent révéler ce que des êtres humains considèrent comme important. Des membres de la famille confirment parfois les souvenirs qu’on garde de certaines situations, tandis que d’autres souvenirs ne présentent pas de preuve concrète, donnant ainsi aux récits de la latitude où réalité et fiction peuvent se fondre. Ici, la frise chronologique de la carte cognitive est confirmée par la voix du père d’Ely : des extraits de conversations enregistrées via Skype orientent le cadre chronologique des récits et de leurs transitions. Les souvenirs d’enfance se confrontent à ceux des adultes, répondant à une narration particulière dans laquelle on peut tous reconnaître – malgré les spécificités et les difficultés dues au fait d’avoir grandi dans un contexte de guerre – différents aspects de la vie d’un enfant et d’un adolescent : des frères qui jouent et se battent, les relations avec d’autres membres de la famille et avec des amis, les fêtes et les rires, les peurs et le manque d’assurance, la première cigarette et les premières expériences sexuelles.

Peut-être s’agit-il uniquement de notre condition d’être humain, de choses que nous avons tous en commun au-delà de nos différences, de sentiments et d’émotions que nous partageons tous, au-delà des frontières. Oui, au bout du compte, Ely Daou parle toujours de la vie…

Juan Canella

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Ely Daou est né et a grandi à Beyrouth, au Liban, en 1986. Il a achevé son Master en Architecture à la Faculté des Beaux-Arts et d’Architecture de l’Université libanaise en 2010. Depuis 2012, il vit et travaille à Berlin et à Barcelone. Son œuvre interroge de nombreux conflits dans le monde et analyse la nature humaine. En tant qu’artiste interdisciplinaire, Daou immerge son corps et son esprit dans des situations particulières, qu'il donne à voir au spectateur, et créer des environnements physiques où ce dernier peut se promener, regarder et s’étonner. Le temps, la répétition et les chiffres sont des indicateurs clés du procédé et font souvent office de moyen de compréhension, d’exploration et d’observation de sa pratique qui se caractérise par des processus de longue durée et la forte présence de documentation. Daou travaille dans le domaine politique, social et intime et de manière à ce que le spectateur ait de la latitude pour réfléchir. Son œuvre n’est pas déclarative, elle n’est pas juste ou fausse, mais expose simplement des situations que Daou invite et incite à considérer.

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