Grands travaux

Beursschouwburg
  • 24/05 | 20:30
  • 25/05 | 17:00
  • 26/05 | 21:00
  • 27/05 | 19:00
  • 28/05 | 21:00

€ 8 / € 6
1h 41min
NL / FR

Rencontrez les artistes après la projection du film le 25/05

Jeunes réalisateurs formés à l’Académie royale des beaux-arts de Gand, Olivia Rochette et Gerard-Jan Claes se sont distingués par leurs premiers films documentaires, Because We Are Visual (2010), réalisé à la fin de leurs études, et Rain (2012), commandé par la compagnie Rosas. Leur engagement s’exprime aussi à travers la fondation de Zéro de conduite, une plateforme de production-distribution, et Sabzian, un site web de réflexion sur le cinéma. Leur nouveau film Grands travaux situe son action dans l’Institut Anneessens-Funck, une école professionnelle néerlandophone à Bruxelles où des jeunes issus de milieux très variés, souvent précarisés, viennent apprendre un métier à exercer au plus vite. Grands travaux documente et met en scène les différents aspects de leur vie : les cours et les exercices à l’école, le football, leurs tribulations sentimentales ainsi que la recherche d’un logement et d’un emploi. En relatant le quotidien dans l’espace confiné d’une école, c’est une image de Bruxelles aujourd’hui que tente de construire Grands travaux. Avec la jeunesse au centre.

Un film de
Olivia Rochette & Gerard-Jan Claes


Avec
Mustafa Abbas, Mohamud Mohamed Abdi, Yunus Emre Ak, Ahmadou Oury Barry, Mamadou Diallo, Daniel Mampaxi Kiaku, Reza Gharibzadeh, Hamza Iqbal, Ilhan Izci, Achmed Xussein


Image
Olivia Rochette


Son
Gerard-Jan Claes


Montage
Dieter Diependaele

Montage son
Ingrid Simon, Sabrina Calmels

Mixage
Thomas Gauder


Coloriste
Raphaëlle Dufosset

Enregistrement images additionelles
Ruben Desiere

Enregistrement sons additionels
Lennert De Taeye, Nina de Vroome


Conseils
Elias Grootaers

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Beursschouwburg


Production
Savage Film/Bart Van Langendonck

Coproduction
Zéro de conduite, Beursschouwburg (Bruxelles)

Avec le soutien de
Vlaams Audiovisueel Fonds (VAF), Le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Vlaamse Gemeenschapscommissie, Creative Europe Programme of The European Union, de Belgische Tax Shelter voor filmfinanciering

En association avec
Eyeworks (Belgium), Scio Productions, VRT / Canvas

Avec le soutien de
Kunstenfestivaldesarts

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Connexion sans fil !?
À propos de Grands travaux

Vivons-nous aujourd’hui dans un monde sans fil ? Connectés en permanence, mais jamais reliés ? Qui y prête attention aperçoit des câbles partout, ou peut du moins en suspecter la présence. Savamment dissimulés dans des sols et des plafonds, posés sur le fond des océans tandis qu’une infinité de zéros et de uns filent à travers eux à toute vitesse, ils transportent nos désirs les plus ardents ou nos données les plus froides. Leur existence est dérobée à la vue par des professionnels dont le travail est « tous les jours un peu plus déshumanisé » selon David Simon, le coscénariste de la série américaine de fiction The Wire.

Saison après saison, la série montre à quel point chacun – petits délinquants de la rue, agents de police, dealers de drogue, journalistes, dockers, enseignants, écoliers, etc. – est broyé sur son territoire de la ville de Baltimore par des machinations institutionnelles. De façon récurrente, le professionnalisme et les qualités individuelles n’obtiennent pas la considération méritée, entre autres, parce que la transmission de connaissances et d’aptitudes se heurte invariablement à un chaos maintenu en place par la corruption, l’indifférence et le sous-financement. Cette sous-estimation est systématique : « Une des choses à laquelle aspire incontestablement le capital est la réduction du travail, parce que le travail est un coût. Sur le plan humain, la réduction du travail signifie que les gens ont moins de valeur », a déclaré David Simon au festival des « Idées dangereuses » en 2013.

Face à cette destructivité chronique, The Wire met en scène des individus qui cherchent leur chemin dans une vie déstructurée. Le mérite de la série, dont la fiction se greffe sur la réalité, réside dans une stratégie partiellement documentaire. Les personnages ne sont pas des symboles, mais à travers la spécificité de leur usage de la langue et de leurs gestes, des macrostructures transparaissent en filigrane. Les regarder et les écouter, c’est voir le monde en pleine évolution.

Baltimore n’est pas Bruxelles, et les jeunes de la série de fiction The Wire ne suivent pas les cours de l’école professionnelle Anneessens-Funck du documentaire Grands travaux. Toutefois, dans les deux cas, la question résolument posée est celle de la place des gens dans le monde aujourd’hui, de leur relation au travail, à la formation et aux perspectives d’avenir. Là où The Wire relie le parcours de vie de ses personnages dans une analyse socio-économique aux multiples ramifications (It’s All Connected est le titre d’un documentaire sur la série), Grands travaux s’attache avec minutie au microcosme d’Anneessens-Funck. Les regards, les mouvements et les paroles filmés appartiennent aux élèves Ahmadou Barry, Mamadou Diallo, Achmed Xussein et Mohamed Abdi. Ils apprennent un métier et parlent de leurs difficultés quotidiennes. Les documentaristes, Gerard-Jan Claes et Olivia Rochette, les laissent reproduire ces gestes devant la caméra, ce qui permet à ces garçons de brièvement se situer dans l’espace cinématographique, dans un jeu de couleurs, de sons et de formes.

Dans leurs cabines en bois à l’école, les garçons apprennent à raccorder des câbles électriques. Ils les dénudent avec agilité pendant qu’ils discutent sur la composition de l’équipe du FC Barcelone et du Real Madrid. Le travail et le plaisir se superposent, avec leurs regards – accentués par l’enchaînement champ-contrechamp – comme axe autour duquel tourne la conversation. Les yeux des garçons glissent de leurs mains à leur interlocuteur et vice versa. Ce regard déplace l’attention, même des spectateurs. Regarder signifie investir et estimer à leur juste valeur les constructions formées.

Le cinéma documentaire emprunte ces formes de la réalité et trouve des motifs dans sa rencontre avec la réalité. Grands travaux ne rattachera jamais définitivement les fils épars de la scène d’ouverture, mais en construit quand même une image documentaire. Quand les élèves installent une caméra de surveillance, un mur violet fait office de toile de fond pour un jeu de fils non raccordés, d’ombres et de mains qui apparaissent et disparaissent de l’image. À l’aide d’une oreillette blanche, Barry appelle une fille alors que ses camarades de classe rient sous cape et s’affairent avec des câbles et du ruban adhésif. De même que les spectateurs, ils n’entendent que ce qui résonne à l’intérieur des murs de l’école. Grands travaux entretient sans cesse les tensions entre ce qui déroule à l’image et en dehors d’elle. Par le biais de petits films sur YouTube présentés lors d’élocutions et d’images d’un vidéophone et d’une caméra de surveillance, d’autres types d’espaces s’insinuent dans le film et rappellent l’essai audiovisuel Because We Are Visual, le travail de fin d’études de Claes et Rochette. Ces images, avec leur esthétique spécifique, créent un monde à l’intérieur du monde qui diverge des autres prises de vue, assez classiques. Néanmoins, le monde extérieur virtuel et le monde scolaire intérieur ne constituent pas des réalités opposées. Les deux font partie du monde de ces garçons. Il s’agit de leur réalité, structurée par un film.

Grands travaux interroge la relation entre le monde et le monde dans le monde qu’est le cinéma. Au début des années 90, le cinéphile et critique français Serge Daney a décrit le rapport entre le cinéma et le monde de proximité comme la métaphore d’un fil qui va de son appartement parisien aux cinémas où il va voir des films. Il déplorait que les jeunes de banlieue fussent privés de ce fil en raison d’une panne d’imagination qui fait que leur monde n’est jamais montré sur les écrans de cinéma. Et ce, alors que beaucoup de cinémas avaient déjà disparu à Paris. Peu de temps avant sa mort en 1992, Daney disait encore : « J’aimerais beaucoup voir ce film [sur les jeunes de banlieue d’aujourd’hui] et j’aimerais bien que les gens considèrent que c’est leur travail presque élémentaire de le faire. (…) Il faut le construire [ce film], on ne l’a jamais vu. » Daney avait conscience que ce ne serait pas une tâche facile, car « qui est-ce qui jouerait le rôle principal ? Avec quoi on nourrirait son dialogue ? »

Avec Grands travaux, Gerard-Jan Claes et Olivia Rochette présentent leur réponse à ces questions. Non pas en réalisant un film sur des personnes comme Barry, Mamadou, Achmed ou Abdi, mais en travaillant avec ces jeunes gens à un jeu de formes, à un film. Leurs dialogues traitent de l’école, de travail, de filles et de foot. Et le fil rompu et l’absence d’imagination que déplorait tant Daney ? Trouver des images et des sons pour le temps présent requiert du travail. Du travail qui arrache en douceur la dévalorisation humaine à son lien existant.

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Les documentaristes Olivia Rochette (1987) et Gerard-Jan Claes (1987) ont obtenu en 2010 leur diplôme de L’Académie royale des Beaux-Arts à Gand en présentant Because We Are Visual, un film documentaire qui initie le spectateur au phénomène des vidéoblogues publics. Ce film a été à l’affiche de festivals en Belgique et à l’étranger, tels que le Festival international du film de Rotterdam, le Festival international du Documentaire à Amsterdam et Videoex. Il a également été présenté dans des musées comme le S.M.A.K. et le MAC’s. Depuis 2009, ils travaillent pour la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker et sa compagnie de danse Rosas. En 2012 ils réalisent Rain, un long-métrage documentaire qui montre le travail de transmission de Rain, une chorégraphie de De Keersmaeker, aux danseurs classiques du Ballet de l’Opéra national de Paris. Après la première nationale au Festival du film de Gand, le documentaire a été montré dans des festivals internationaux, comme Cinéma du Réel au Centre Pompidou, le Festival international du Documentaire à Amsterdam, au Festival du film à Los Angeles, etc. En 2013, ils fondent la plateforme de production et de distribution Zéro de conduite, avec le documentariste Elias Grootaers. La même année, ils cofondent Sabzian, une plateforme digitale qui propose une réflexion sur le cinéma et des événements cinéphiliques en Belgique et ailleurs. La première de leur nouveau film, Grands travaux, aura lieu dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts au Beursschouwburg, où Claes et Rochette sont artistes associés depuis 2013.

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