Fishing for documents: Case Studies from the Atlas Archive / The Dead Weight of a Quarrel Hangs

Différents lieux dans la ville

Lecture

Fishing for Documents: Case Studies from the Atlas Archive
5, 26/05 > 12:00
b-space.be
16/05 > 20:30
Palais des Beaux-Arts/Paleis voor Schone Kunsten
24/05 > 12:00
Bibliothèque Solvay Bibliotheek
Language: EN
[klokje]: 1:00

Installation

The Dead Weight of a Quarrel Hangs
4/05 > 20:00
5-26/05 > du mercredi au samedi/van woensdag tot zondag/Wednesday to Sunday > 13:00-19:00
b-space.be

Le présent peut-il se bâtir sur l’amnésie ? En 1991, les forces conflictuelles qui avaient mis le Liban à feu et à sang pendant 15 ans déposent les armes. Tribut de la guerre civile : des centaines de milliers de morts, plus encore de blessés, un tiers de la population en exil, villes, ports et campagnes saccagés. Mais l’heure doit être à la paix et à la prospérité. Table rase. Comment pourtant construire une paix durable en refoulant le trauma du passé ? L’Atlas Group archive les mystérieux documents ‘hystériques’ de la guerre : des symptômes. Représentant du Groupe libanais à New York, Walid Ra’ad vient présenter ces singulières séries de photos et vidéos sous la forme d’une installation et d’une lecture qui les met en contexte.

Lecture/Lezing/Lecture

Concept: The Atlas Group

Texte/Tekst/Text: Maha Traboulsi, Fadl Fakhouri, Walid Ra’ad

De/Van/By: Walid Ra’ad

Production/Productie/Production: The Atlas Group

Avec le soutien partiel de/Deels gesteund door/Partially funded by: C-hundred Film Corp. (New York City), Jerome Foundation (New York City), The Massachussets Humanities Council (Boston), The Boston Film and Video Foundation, The Beirut Video Foundation, Truth and Reconciliation Commission of Lebanon, The VideoNoise and Culture Institute of Beirut, Ayloul Festival (Beirut), Ashkal Alwan (Beirut), KunstenFESTIVALdesArts

Présentation/Presentatie/Presentation: KunstenFESTIVALdesArts, Société des Expositions du Palais des Beaux-Arts/Vereniging voor Tentoonstellingen van het Paleis voor Schone Kunsten (Bruxelles/Brussel)

Installation/Installatie/Installation

Concept: The Atlas Group

Production/Productie/Production: The Atlas Group (Beirut/New York City), Fakhouri Fund for Historical Research (Beirut), Société des Expositions du Palais des Beaux-Arts/Vereniging voor Tentoonstellingen van het Paleis voor Schone Kunsten (Bruxelles/Brussel), KunstenFESTIVALdesArts

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De 1975 à 1990, près de quinze années – plus de 5.000 jours – , un pays tout entier n’a pour quotidien que les tirs, les bombes, les massacres : une interminable guerre. Les armes déposées, le Liban coule la chape sur ses plaies ouvertes, amnistie les têtes agissantes du conflit. La guerre est affaire close. On rase les ruines pour édifier au plus vite les façades de la paix et construire l’image d’une identité nationale. Le centre de Beyrouth, centre des affaires, fait l’objet d’un spectaculaire projet architectural et urbanistique. Les intellectuels s’interrogent : le présent peut-il se bâtir sur l’amnésie ?

Walid Ra’ad est né en 1967 dans une famille de Chbanieh, village du Djebel Liban, dans les montagnes de l’est. Quand le travail vient à manquer, le père part en Sierra Leone : de 1967 à 1969, la famille vit à Freetown, puis retourne au pays. Walid a 8 ans à Beyrouth quand s’enflamme la guerre civile entre Phalangistes chrétiens et militants palestiniens, musulmans et druzes. Exil vers Paris pendant un an, retour à Beyrouth pendant une autre année, à la faveur d’une brève accalmie, redépart précipité pour Paris. Beyrouth à nouveau que la famille ne se résoudra plus à quitter. Walid, lui, doit s’éloigner en 1983 pour pouvoir poursuivre ses études, après l’invasion israélienne du général Sharon et l’évacuation forcée de 14.398 Palestiniens et de leur leader, Yasser Arafat, après l’assassinat par les Syriens du futur président chrétien, Bechir Gemayel, et les massacres phalangistes dans les camps palestiniens de Sabra et Chatilla. Pendant ces années de feu et de sang, la ville, chaque jour plus meurtrie, est investie par les télévisions et les reporters du monde entier. Elle est ultra-médiatisée.

Arrivé à New York pour étudier la médecine, Walid Ra’ad se réoriente vers la photographie : après 4 ans au Rochester Institute of Technology, dans l’État de New York, et 6 autres années à l’Université, il sort avec un doctorat en Visual and Cultural Studies. Loin de Beyrouth, il n’en reconnaît aucune des représentations diffusées par les médias. Il mesure aussi son ignorance sur l’Histoire de ce Moyen-Orient lacéré, le sien, sur l’histoire de ses proches, son père chrétien, sa mère palestinienne, ses grands-parents, expulsés de Galilée en 1948, installés à Beyrouth jusqu’en 1975, avant de fuir vers la Jordanie. Dès lors, Walid Ra’ad n’a de cesse d’interroger les représentations oblitérées de la guerre, non pour s’y complaire, mais pour comprendre. Une question l’obsède : " Comment susciter l’accès au contenu refoulé de la mémoire ? ".

Il retourne à Beyrouth en 1992 avec Jayce Salloum, pour filmer et interviewer pendant un an les détenus des prisons du Sud Liban (Up to the South). Fasciné par le travail d’Eugène Atget et de Marville à Paris, il photographie la reconstruction de sa capitale : un mur photographié la veille n’est plus là le lendemain : chaque nouveau cliché invalide le précédent. Il lit Walter Benjamin (Sur certains motifs baudelairiens) et celui-ci le conduit à Bergson (l’être humain choisit consciemment l’objet qui l’ouvre à son passé), puis le guide vers Proust, A la Recherche du temps perdu (le recouvrement de la mémoire est suscité par la confrontation accidentelle avec un objet inanimé, comme la banale madeleine). Benjamin l’oriente en outre vers Freud et sa méthode pour décrypter dans l’inconscient ce que refoule obstinément la logique du conscient.

La même année, Walid Ra’ad rencontre à Beyrouth Maha Traboulsi, artiste libanaise éprise de vérité, qui fonda en 1976 l’Atlas Group que Walid représente aujourd’hui. Maha prête un corps à sa recherche : " Le Liban est tuméfié, son organisme est encore enflé des séquelles du conflit. La ‘médecine traditionnelle’ (entendez historiens, journalistes et politiques) s’attache à éradiquer les symptômes, mais pas l’origine du mal. Il faut que surgisse le lien entre le symptôme et le trauma initial. Si cet événement ne s’intègre pas dans la chaîne associative de l’esprit et du langage, il n’existe pas. La guérison n’adviendra donc jamais ! " Pour Maha, il faut dès lors s’attacher à produire les preuves oculaires qui renseignent sur les troubles psychiques et fonctionnels suscités par l’expérience traumatique : en archiver les indices, les actes manqués, les glissements symboliques, les transferts... Son ‘analyse’ est géopolitique et sa recherche se traduit sous une forme artistique : " la production de véritables ‘documents hystériques’ suscités par la guerre et leur confrontation avec le public, sans assurer cependant la garantie d’un quelconque apaisement... ".

Ainsi naît l’Atlas Group. Sa tâche de l’ombre – assemblage de preuves d’archives, photos ou vidéo – se nomme The Dead Weight of a Quarrel Hangs (Le Poids mort des querelles suspendues). L’Atlas Group leur donne une forme artistique et les agence en ‘installations’ du même nom. La lecture-performance qui les commente et les met en perspective porte le titre générique de Fishing for Documents: Case Studies from the Atlas Archive. Le projet de Maha Traboulsi ne pouvant plus se développer à Beyrouth, Walid Ra’ad en assume depuis 1992 la direction exécutive. Trois ‘sources’ alimentent les archives actuelles : Fadl Fakhouri, " historien faisant autorité sur l’histoire du Moyen-Orient ", Souleil Bachar, ex-otage du Hesbollah, " seul Arabe détenu à Beyrouth avec des Occidentaux, dont on ne retrouva jamais la trace ", et un anonyme cameraman, planqué dans une buvette-camionnette pour surveiller, après la guerre, les rassemblements et rendez-vous suspects sur la grande corniche de Beyrouth, face à la mer. Chaque soir, il ne pouvait s’empêcher de détourner son objectif vers le flamboyant coucher de soleil.

La veuve de l’historien, Zainab Fakhouri, fournit les multiples carnets de notes de son mari, dont l’Atlas Group agrandit aujourd’hui les documents par ‘séries’. Missing Lebanese Wars : pourquoi, dans les courses de chevaux, prisées par les historiens de tous bords, le photographe était-il autorisé à ne prendre qu’un seul cliché qui manquait de quelques secondes l’arrivée sur la ligne du cheval gagnant ? Ou " Comment être présent au passage du présent ? " Already Been in a Lake of Fire : pourquoi ces modèles de voitures si méticuleusement répertoriés ? " On développe dans la rue une attention extrême aux marques de voitures quand on sait que chacune d’elles peut receler une bombe prête à exploser. La presse passait son temps à décrire les caractéristiques de la voiture piégée, et non plus l’acte qui venait de tuer. Le fétichisme de l’objet finissait par remplacer l’événement. " Secrets in the Open Sea : que révèle à l’analyse chimique le bord de ces superbes clichés inondés de bleus profonds ? De minuscules photos de civils tranquilles, " tous disparus dans l’océan ", posant là ensemble, " dans un temps où la ville ne connaissait qu’un type de groupe : les milices ". Quand l’esthétique prime sur l’événement... No, Illness Is Neither Here Nor There...

" Les images durables du réel ne sont toujours que des négatifs : conditionnés en positifs par une machine, révélés par un bain, fixés par un autre. Au départ du positif, il faudrait toujours arriver à interroger le négatif... "

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