Fantazja

    30/05  | 19:00
    31/05  | 20:30
    01/06  | 20:30

€ 16 / € 13
1h
Polish > FR/NL

Une femme dont personne ne comprend les sentiments, une personne qui a emballé votre boîte de raisins secs dans un pays lointain dont vous ignorez le nom, un voyageur qui attend l’autobus en face de vous, un homme qui plonge dans une rivière… Tous des personnages de Fantazja, et pourtant, on ne les voit pas sur scène. Ils n’existent que dans notre imagination. Dans ce spectacle, l'autrice dramatique polonaise Anna Karasińska analyse le théâtre comme un lieu où la fiction devient réalité. Quel contrat signent le public et les artistes pour faire émerger un monde sur le plateau qui annule provisoirement notre incrédulité ? Notre imagination a-t-elle des limites ? Existe-t-il des phénomènes ou des choses que nous ne pouvons pas représenter au théâtre ? Par le biais d’une voix off live, Karasińska dirige les comédiens dans une succession rapide de scènes minimalistes et humoristiques dans lesquelles l’improvisation joue un rôle majeur.

À voir aussi : Talk: Warsaw: resisting and rewriting Polish theatre today
30/05 - 20:00 (après la performance)
EN, gratuit
Avec : Anna Karasińska, Marta Keil, Jonas Vanderschueren
En collaboration avec : Etcetera

Mise en scène : Anna Karasińska
Dramaturgie : Magdalena Ryszewska, Jacek Telenga
Comédiens : Agata Buzek, Dobromir Dymecki, Maria Maj, Adam Woronowicz, Paweł Smagała, Zofia Wichłacz
Scénorgaphie et costumes : Paula Grocholska
Chorégraphie : Magdalena Ptasznik
Création lumières : Szymon Kluz
Régisseuse général, assistante mise en scène : Malwina Szumacher
Manager de production: Katarzyna Białach
Traductions : Cécile Bocianowski, Kris Van Heuckelom
Surtitrage : Marie Trincaretto

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, Zinnema
Production : TR Warszawa
Avec la coopération de l'Institut Polonais-Service Culturel de l'Ambassade de la République de Pologne à Bruxelles
Avec le soutien de l'Adam Mickiewicz Institute

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Pendant le processus de création de Fantazja, nous nous sommes concentré·e·s sur l’activité de l’imagination. Ce qui nous permet de comprendre comment les autres se sentent, de nous sentir plus connecté·e·s avec elles·eux et de voir leurs situations sans les juger. On pourrait dire que dans l’espace théâtral nous avons organisé une rencontre entre un certain nombre de personnes qui ne se seraient jamais rencontrées dans d’autres circonstances ; et si elles s’étaient rencontrées, elles ne l’auraient pas remarqué. Il est difficile de dire d’elles qu’elles sont des personnages de théâtre ou des person-nes fictives. Ces personnes apparaissent là où l’imagination des spectateur·trice·s et des acteur·trice·s se rencontrent, inter-agissent, s’accompagnent et disparaissent. Nous observons également le mécanisme de prise en charge du rôle des acteur·trice·s. Nous espérons que cette rencontre suscitera un sentiment d’intimité et de joie, et que le mécanisme de la perception désintéressée de l’autre pourra être emmenée « hors des théâtres ».

Les créateur·trice·s de Fantazja

On peut essayer d’imaginer ceci (extraits)

[…] Quand il s’agit du théâtre d’Anna Karasińska, on peut poser des questions simples comme « C’était quoi au juste ? », « Que recherchiez-vous quand vous êtes venu·e ici, ce soir ? » ou « Que vouliez-vous voir ? ». Les critiques ont décrit son travail − et plus spécialement sa première production, Ewelina płacze [Les pleurs d’Ewelina, 2015] avec la compagnie TR Warszawa − comme un antidote à l’ennui au théâtre : drôle, remarquable, excentrique, « simple tout en étant sophistiqué (1) ». Ils ont également reconnu son apport de fraîcheur et d’originalité sur scène − surtout en raison de son expérience professionnelle antérieure qui n’a rien avoir avec les planches : étudiante en philosophie, elle a ensuite complété sa formation avec un diplôme de mise en scène de film et de télévision à l’école de cinéma de Lodz.

Mais réduire Karasińska au rôle d’une auto-didacte qui vient de faire ses débuts au théâtre ne rend pas complètement le contexte intellectuel de son travail. Ainsi que le démontrent les cinq productions qu’elle a réalisées jusqu’à présent − Les pleurs d’Ewelina, Drugi spektakl [Deuxième Performance, 2016], Urodziny [Anniversaire, 2016], Fantazja [Imagination, 2017], Twórcy [Tout n’est qu’invention, 2017] − on se trouve plutôt en présence d’un projet global dont la conception est éminemment cohérente dès le départ. En fait, c’est un système complexe de réflexions qui détermine la situation sur scène bien plus que l’action simpliste de tendre un miroir au public. Et le système complexe en question fait partie d’une quête à long terme.

Les œuvres de Karasińska n’existent pas dans le vide ; elles évoquent, sous bien des aspects, les créations d’autres artistes opérant dans le champ des arts performatifs, parmi lesquel·le·s le collectif Forced Entertainment, la chorégraphe et écrivaine Ivana Müller ainsi que le chorégraphe germano-britannique Tino Sehgal. L’identification de ces points de contact ou de ces espaces communs vise à élargir la spéculation qui sous-tend les stratégies théâtrales de Karasińska. […] J’étais intéressée par les paradoxes qui semblent faire partie inhérente de son travail, par la récurrence ou l’abandon de gestes, par les mystérieux angles morts où un type particulier d’interdépendance se met en place entre les acteur·rice·s, la production et l’audience.

[…]

À bien des égards, les pièces de Karasińska sont des perles de métathéâtre. […] De toute évidence, son travail partage les caractéristiques de la critique institutionnelle qui démasque les mécanismes de production artistique. Bien que cette critique ait été présente dans le monde de l’art depuis les années 1960, elle a seulement acquis de l’importance récemment dans le théâtre polonais. Néanmoins, elle est rapidement devenue un terrain d’entente pour les metteurs en scène associés à l’« auto-théâtre ». Selon la critique Joanna Krakowska, à qui l’on doit le terme « auto-théâtre », prendre la parole sur scène en son nom propre plutôt que de le faire par le biais d’un personnage est au cœur de cette pratique. […]

L’approche de Karasińska a de nombreux points communs avec la stratégie de Tino Sehgal : le chorégraphe recourt aux plaisanteries et à l’humour pour déranger les rigides structures institutionnelles en mettant littéralement en mouvement, par l’action chorégraphique, les caractéristiques d’un musée ou d’une galerie qui échappent au regard du visiteur. […] Dans le travail de Karasińska la situation est simple, dépouillée de la théâtralité des costumes, des décors ou des accessoires ; et si un objet apparaît, comme par exemple le yaourt dans Fantazja, c’est plus une exception qui confirme la règle. Jouer avec les extrapolations et les fantasmes d’extrapolations remplace le jeu avec les conventions de la scène.

Fantazja se base sur tout ce qu’on peut imaginer, tout ce qu’on peut essayer ou qu’on est même incapable de concevoir. C’est un processus de conception d’une performance dans lequel un·e spectateur·rice est un·e co-auteur·e fictif·ve. Comme nous l’apprenons des remarques liminaires que Karasińska donne depuis le balcon − « vous ne pouvez pas voir ceci, mais cela peut être imaginé » − nous allons assister à un spectacle qui va se réaliser sous nos yeux à l’exception de quelques extraits auxquels les participant·e·s se sont habitué·e·s pendant les répétitions. Les interprètes n’ont pas de rôle assigné. Karasińska − car c’est bien elle, à n’en pas douter, qui s’adresse directement aux spectateur·rice·s et aux artistes − insiste sur le fait qu’elle va réagir aux situations qui ont lieu sur la scène et déterminer le cours que la performance va prendre. Pour cette raison, il n’y a pas une suite logique d’événements. Car, plutôt que de « jouer en play-back », Karasińska est là en direct et il est possible qu’elle rie ou commette une erreur, ou encore ne sache que faire ensuite. […] Les réactions des acteur·rice·s aux instructions sont pour le moins inhabituelles car il·elle·s jouent et ne jouent pas, tout à la fois, ce qui leur est suggéré. […] Dans Fantazja les artistes jouent aussi des membres de l’audience, des intervenant·e·s apparaissent, des comé-dien·ne·s espèrent ne pas avoir à interpréter certaines choses. […] L’imagination du titre, c’est la passerelle offerte à l’implication du public qui peut remplir les vides du spectacle et en assumer une forme de parentalité.

Karasińska a déclaré dans une interview : « Il faut d’abord que vous désarmiez la situation : public-production-théâtre ; et ensuite que vous créiez une communauté, un espace d’échange. » Son théâtre est minimaliste, conceptuel et fondé sur les paradoxes. Il est impératif de maintenir des choses non exprimées ainsi que la fluidité de l’identité de l’artiste et du public, tout en entretenant une tension dans la communication entre les acteur·trice·s et leur audience pour que la rencontre se réalise vraiment.

Iga Gańczarczyk
Publié par l’Institut de Théâtre et l’Académie de Théâtre de Varsovie

(1) Mrozek Witold, Abstrakcyjna ‘Fantazja’w TR Warszawa, Gazeta Wyborcza, 16 avril 2017.

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Anna Karasińska, metteuse en scène, a fréquenté différentes institutions de Lodz (Pologne) : l’académie des beaux-arts Władysław Strzemiński, la faculté de philosophie de l’université et la faculté de mise en scène de l’école nationale supérieure Leon Schiller de cinéma, télévision et théâtre dont elle est diplômée. Ses documentaires et films d’étudiante (courts et longs métrages) ont été présentés dans de nombreux festivals de par le monde et plusieurs d’entre eux ont gagné des prix internationaux. Elle a débuté au théâtre avec une de ses productions originales of Ewelina’s Crying (des pleurs d’Ewelina), mise en scène en 2015 dans le cadre du projet Territoire (Teren TR) au TR Warszawa ; c’est avec ce spectacle qu’elle gagna le prix promotionnel Kazimierz Krzanowski, en 2016, au 51è festival des petites formes théâtrales Kontrapunkt. En 2016, Anna Karasińska mit en scène The Second Performance (la deuxième performance) au théâtre Polski de Poznań, puis enchaîna la même année avec Birthday (Anniversaire), dans le cadre du micro-théâtre au Komuna//Warszawa. En 2017, elle dirigea à nouveau une de ses pièces originales, Fantasia (Imagination) au TR Warszawa, qui fut présentée au festival de théâtre de Dublin, en 2018. Karasińska au théâtre Nowy de Varsovie. Elle fut nominée pour le prix Paszporty Polityki de théâtre en 2018.

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