Ergens Hier

La Raffinerie

10, 11/05 – 19:00
12/05 – 15:00

NL / FR / ARAB / ES

45 min


Ergens Hier est le point d’orgue d’une collaboration de longue haleine entre le Kunstenfestivaldesarts, l’artiste Inne Goris et l’école fondamentale Vier Winden à Molenbeek-Saint-Jean. Depuis plusieurs années, un groupe d’élèves y a la chance de découvrir les coulisses du monde artistique. En 2011, ils étaient membres du jury des Children’s Choice Awards. En 2012, ils ont pu observer le processus de création du spectacle Hoog Gras d’Inne Goris. Cette année, ce sont eux qui deviennent auteurs ! Pour développer un autre regard sur leur propre quartier, les élèves ont pris comme point de départ leur trajet quotidien vers et depuis l’école. Bâti sur leurs récits, leurs impressions et leurs découvertes, Ergens Hier est un spectacle entre rêve et réalité, écrit et mis en scène en collaboration avec des enfants pour un public de tout âge. Une artiste confirmée fait le choix conscient de déplacer sa pratique dans un environnement scolaire. Un engagement !

Concept
Inne Goris

De & avec
Meriam Bel Mustapha, Imane Daaouag, Thibo De Bruyne, Roba Eissa, Anas El Alaoui, Zora El Jylaly, Amine El Rhifari, Wacila Lamsadja, Shawn Perlado Calacapa, Anissa Sakali, Wanis Sebbar, Jonas Soete, Yousra Zemouri


Merci à
Dirk Letens, Joeri Zelck, Bilal Laaborchi, Ilse Van Coillie, Raquel Arrebola Da Silva, Karlien Tiebout, An Vandevelde, Samantha Van Wissen, Thomas Smetryns, Charo Calvo, Joke 
Laureyns, Kaat Vrancken, Koenraad Tinel, Angelique Wilkie, Sara Van Der Zande, Luke Jessop, e.a.


Scénographie
Ruimtevaarders


Costumes
Lieve Meeusen


Photos
Lieven Soete

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Charleroi Danses / La Raffinerie


Production
Kunstenfestivaldesarts

En collaboration avec
Vier Winden Basisschool, La Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale de Molenbeek-Saint-Jean / Het Huis van Culturen en Sociale Samenhang van Sint-Jans-Molenbeek, Festival Kanal, Charleroi Danses / La Raffinerie, Ultima Vez


Avec le soutien de
Vlaamse Overheid, Vlaamse Gemeenschapscommissie, KBC

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Ergens hier. Une tentative de rencontre.

À la fin de l'année scolaire passée, la créatrice de théâtre Inne Goris s'est rendue à l'école primaire de Vier Winden pour préparer avec les élèves de dernière année un spectacle autour de leur quartier : Molenbeek. Treize enfants d'origines diverses ont parcouru un trajet avec Inne Goris, d'abord à travers leur quartier et ensuite au-delà. Pour se rencontrer, lentement, pas à pas. Ergens hier montre le point de convergence de ces treize trajets, quelque part sur une place publique. Le Kunstenfestivaldesarts a une longue histoire avec l'école Vier Winden. Il y a trois ans, l'école a participé au Children's Choice Awards. Ensuite, les élèves ont pu observer, en toute sécurité à partir du banc de touche, Inne Goris à l'œuvre tout au long du processus de création du spectacle Hoog gras. Cette fois, ils montent sur les planches !

Carapace

« Nous voulions franchir un pas de plus. Pour un projet unique, une organisation débarque à l'école, le met en place, et une fois le projet achevé, elle disparaît. Mais ce type d'expérience requiert du temps pour être absorbé et exercer un effet. C'est pour cela que nous avons entamé au mois de juin passé un projet à long terme avec Vier Winden, par coïncidence l'école où j'ai accompagné mon dernier projet du temps où j'étais collaboratrice éducative à BRONKS. Molenbeek ne jouit pas vraiment d'une très bonne réputation. Les enfants trouvent aussi que le quartier est sale et dangereux. Quand on leur demande s'ils souhaitent rester y habiter quand ils seront grands, la majorité répond non. C'est leur quartier, mais ils aimeraient le quitter. »

« En tant que créatrice, je suis en quête de grande sensibilité. On imagine la trouver plus facilement chez les enfants. Erreur. Certains d'entre eux ont treize ans entre-temps, bref des adolescents. La pression du groupe est immense. Du genre, "on ne va pas se ridiculiser". Faire du théâtre exige de la fragilité, on ne peut pas jouer tout en étant protégé par une carapace. Et c'est précisément ce qu'ils sont : carapacés. Qui plus est, ils n'ont pas activement choisi ce projet. Il faut donc véritablement les convaincre, ce qui s'est avéré bien plus compliqué que je ne l'avais imaginé. Malgré mes années d'expérience, je me sentais chaque jour une débutante. Les tentatives entreprises pour me rapprocher d'eux m'ont renvoyée à des questions fondamentales sur moi-même, sur mon activité de créatrice, sur le théâtre qu'il me faudrait réaliser à l'avenir, sur l'enseignement, sur la religion, sur notre société multiculturelle. Pour les attirer hors de leur zone confort, il m'a fallu quitter la mienne aussi. »

La dame aux drôles de questions

« J'ai commencé, comme je le fais toujours, par poser des questions. Du coup, ils m'ont surnommée "la dame aux drôles de questions". Je leur ai par exemple demandé de peindre un autoportrait, mais sous forme de maison. Quelle maison voient-ils quand ils se regardent dans le miroir ? Un immeuble d'appartements ? Un château ? Je les ai emmenés au spectacle et leur ai expliqué pourquoi j'ai trouvé certaines choses belles. Je leur ai demandé de ne pas balayer un spectacle d'un revers de main, mais d'argumenter. Néanmoins, au bout de quelques mois, il m'a fallu changer mon fusil d'épaule. Neutraliser la dynamique de groupe et dénouer les impasses réciproques se sont révélées des tâches bien plus complexes que je ne l'avais pensé. Dès le mois de décembre, j'ai donc choisi de tracer un trajet individuel pour chaque enfant. J'ai demandé à treize amis artistes s'ils étaient d'accord de venir travailler une journée avec un des enfants. En les délivrant les enfants de la pression du groupe, ils se sont ouverts petit à petit. »

La place de l'oiseau triste

« Sitôt dit, sitôt fait. J'embarque Kevin et je roule de Molenbeek à Vollezele, où se situe la ferme du dessinateur et plasticien Koenraad Tinel. De l'agitation de la ville vers le silence de la campagne. La rencontre se déroule comme sur de roulettes. "Salut p'tit gars", une franche poignée de main, et puis d'emblée un tour dans le tracteur de Koenraad pour aller nourrir les animaux. Et l'après-midi, des dessins à l'encre. Ou Jonas, le garçon qui joue au violon et suit des cours de danse. Jonas avait écrit une histoire sur un gamin assis tout seul sur une place publique sous la pluie. Il n'y a qu'un seul arbre sur la place, dans lequel chante un oiseau solitaire. Un chant triste. Jonas a travaillé avec le compositeur Thomas Smetryns. Celui-ci lui a fait écouter des bruits d'oiseaux et expérimenter des manières peu orthodoxes de reproduire ces sons sur son violon. »

« Au départ, nous avions l'idée de travailler autour de leur commune et de leur quartier. Peut-être est-ce typique de mon "milieu", le secteur socio-culturel, de vouloir à tout prix porter "un regard différent" sur les enfants et leur quartier. Pourquoi, au fond ? Pour démontrer que le quartier n'est pas si terrible, qu'ils s'y passent aussi de belles choses, que tout n'est pas si noir ? À présent, je me dis qu'il faut sortir les enfants de là et les installer provisoirement ailleurs. Il faut leur accorder cette table rase temporaire. Afin qu'ils puissent se réinventer pour un temps. Voilà qui est bien plus excitant. »

Plus de mots

« Ces derniers temps, je m'entends souvent dire que je n'ai plus de mots pour parler des choses. Par choses, je veux dire la réalité complexe à laquelle nous faisons face. Tant de tabous reposent sur les mots. Je voudrais oser dire : non, je ne trouve pas que ton néerlandais soit assez bon. Oui, je trouve problématique que quarante pour cent des jeunes soient au chômage. Bien sûr, nous le savons tous, mais il y a une grande différence entre savoir quelque chose et l'apprendre à ses dépens. La fille de mon partenaire est, comment dire, la seule petite "blanche" dans une classe bruxelloise "bigarrée". Elle dit que les enfants de sa classe sont "carrés". Quand je lui ai demandé ce qu'elle entend par là, elle m'a répondu : "Leurs tartines sont autrement garnies. Je suis habillée différemment. En week-end, nous avons d'autres activités. Ils me trouvent bizarre et se moquent de moi". Dans la classe, j'ai ressenti le malaise face à la différence, à la nouveauté. Si on veut faire du théâtre et pratiquer de l'art, la curiosité est précisément un élément crucial. Avoir l'audace de regarder par-dessus le mur, voilà ce dont nous avons besoin. »

« Je refuse d'admettre que quelqu'un ne puisse pas faire preuve de curiosité envers l'autre. Même si je sens bien d'où vient cette absence de curiosité. Pour le Festival Kanal, j'ai parcouru tous les trajets que les enfants effectuent entre la maison et l'école. Je comprends pourquoi Zora dit habiter "rue du Bruit". Certains enfants ont déjà dû affronter du haut de leurs onze ans ou douze ans plus de problèmes que moi durant toute mon existence. Et même si leur milieu familial ou social n'est pas problématique, ils vivent néanmoins souvent dans une réalité complexe. Ils regardent Twilight et chantent This girl is on fire à tue-tête quand passe la chanson d'Alicia Keys, à l'école coranique, ils apprennent le Coran et à l'école, on leur enseigne la religion catholique. Et il leur faut assimiler tout cela. Il n'est donc peut-être pas si étonnant qu'ils paraissent parfois "carrés", qu'ils se replient sur ce qu'ils connaissent le mieux. Cela prend du temps d'étendre, millimètre par millimètre, leur regard et le nôtre sur le monde. »

Respect

« Il s'agit fondamentalement de respect. Respecter le fait que quelqu'un soit différent. Mais aussi, se respecter soi-même. Lorsque je leur avais donné un exercice autour de la manière dont on s'occupe d'un défunt, j'ai entendu deux garçons marmonner. Quand j'ai demandé à Amin ce qu'il murmurait, il s'est avéré que c'était une prière. Sa première réaction était défensive : ce n'est pas un sujet à plaisanterie. Ils sont terrifiés à l'idée qu'on puisse les ridiculiser. Je comprends donc pourquoi ils sont allergiques à tout ce qui est différent. Dès lors qu'on ressent toute forme de diversité comme une remise en question de son identité, cela en dit long sur la fragilité, la précarité de cette identité. »

« Parallèlement, je me demande tous les jours qui je suis pour imposer mon système de valeurs. N'est-ce pas partir de l'idée de ma propre supériorité morale ? Comment dire en même temps : "je te respecte, mais je voudrais quand même que tu changes" ? En ce moment, j'ai beaucoup de questions et peu de réponses. Je sens seulement que l'art peut aider à élargir l'esprit de chacun. Peut-être même à affiner le respect pour autrui. Porte-t-on ainsi préjudice à leur singularité ? J'espère que non. Je souhaite vivement démontrer qu'il existe plusieurs manières d'appréhender le monde. »

« Il faut donc chercher la zone frontalière, ce no man's land où l'on peut se rencontrer et se comprendre. Une place publique par exemple, comme dans Ergens hier. Un espace imaginaire où ils peuvent se rencontrer. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, vouloir aller à la rencontre de l'autre. Sur une place publique, un carré où ils ont le droit, voire le devoir, de sortir des sentiers battus. »

Wannes Gyselinck, avril 2013
Traduit par Isabelle Grynberg

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Après sa formation à l’académie de Maastricht Inne Goris crée ses premiers spectacles: Niet in staat tot slechte dingen et Zigzag Zigzag (BRONKS, 1996-1998) Ensuite elle devient dramaturge chez Ultima Vez/Wim Vandekeybus. En 2001, Inne Goris présente Zeven et elle collabore avec Bart Moeyaert en 2003 pour Drie Zusters. Cette même année, sort Pride and Prejudice (Toneelhuis, 2003-2004). Ces trois pièces sont toutes nommées pour le 1000 Watt Prijs et Drie Zusters remporte le prix. Après Hersenkronkels(Villanella, 2004), elle crée successivement De Dood en Het Meisje(2005), La petite fille qui aimait trop les allumettes (2006), Droesem(2007) et Naar Medeia (2008) au sein de sa propre maison de production ZEVEN. Depuis 2009 la maison de production LOD produit différents projets d’Inne Goris. Dans La Passion selon Judas(2009), une œuvre de Dominique Pauwels basée sur un texte de Pieter De Buysser, elle signe la mise en scène. En novembre 2009, elle présente Équinoxe (LOD & ZEVEN), le second volet du diptyque sur la pièce classique Médée. Pour Muur (2010), Inne Goris puisse à nouveau son inspiration dans un texte de Pieter De Buysser. La musique est écrite par Dominique Pauwels. En 2011 suivent 2 projets pour lesquelles elle collabore à nouveau avec Dominique Pauwels: Rêveries, une installation musicale et le spectacle jeune public Papa, Maman, Moi et Nous (LOD & HETPALEIS) avec Dominique Pauwels et Kurt d’Haeseleer.

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