Endless medication

PLATEAU (nadine)

7.8.9/05 > 20:30
10/05 > 22:00
Duration: 55’ – Fr

« Les hommes sont dans les mains de Dieu, les animaux dans son génital et les plantes sont les poils sur ses jambes. »

Deux jeunes actrices allumées ouvrent la vanne de leur imagination organique et « fakirisent » l’immaculée conception. Marijs Boulogne sort du Rits, Manah Depauw du Conservatoire de Liège. Elles écrivent et personnifient avec une saveur plus qu’épicée les disputes de la Réalité et du Fantasme. Sur les planches, elles enfoncent joyeusement les clous du blasphème trivial et de l’extase mystique. Delirium…

De & par:

Marijs Boulogne, Manah Depauw

Technique:

Tom De Roy

Communication:

Bart Capelle

Production:

Rits, Buelens Paulina vzw

Avec le soutien de:

KunstenFESTIVALdesArts

Présentation:

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Mystique, life-art et une autre voix

Endless Medication, c’est une histoire de femmes, racontée et jouée par deux femmes en quête de leur propre langue, de leur propre folie et de leur propre vérité au sein d’une société patriarcale.

Dans ce spectacle, Marijs Boulogne et Manah Depauw cherchent leur propre voix : une manière autre de parler des femmes, un angle d’incidence artistique qui dépasse l’éternelle discussion entre le « féminin » et la « féminité ». Elles balaient les possibilités d’un art qui donne audience à la naissance bruyante de cette autre voix. Une voix qui a souvent été opprimée et qui veut explorer sa propre langue et son passé. Un son artistique qui est fondamentalement différent de celui des normes dominantes. Un art qui s’oppose directement à tout ce qui est logique et à tous les dogmes qui existent sur la « soi-disante » réalité. Une voix qui part d’une recherche intellectuelle et intuitive de « qu’est ce qui est véritable ? », « qu’est-ce qui est vrai ? » d’après « mon » expérience, à la base une conception chaotique de la réalité, un non-comprendre.

Pour Endless Medication, Marijs et Manah cherchaient d’autres manifestations de cette nouvelle voix, et sont arrivées à la mystique corporelle des béguines et au « performance art » féminin contemporain. Ces deux formes d’art féminin sont, chacun à leur propre manière, des tentatives pour exprimer l’indicible, pour l’explorer et le provoquer afin de mettre le corps dans une situation physique extrême. Life-art ou performance essaie d’incorporer l’indicible, le chaos de la réalité dans une confrontation ultime de l’idée et du corps, une immobilité.
La mystique corporelle médiévale cherche l’indicible ultime, Dieu comme le grand rien, par la privation de soi-même par la mortification et par l’ascèse. A la base des deux est la dynamique de la fantaisie d’innocence, un penchant suprême d’harmonie, accompagné par des actes de pénitence, mis en scène de façon fantasmatique et entrepris pour intercepter les émotions peu conscientes de culpabilité, de malaise et d’irrésolution.

L’histoire de Endless Medication est inspirée par la vie d’une de ces femmes mystiques, sainte Rosa de Lima (1586-1617). Cette religieuse qui avait parfois des visions extatiques et qui était insensible aux douleurs extrêmes, vivait en pénitence, en prière et en carême dans une cellule du jardin de ses parents, injuriée par son entourage et soumise à une maladie douloureuse. Avec ce personnage derrière la tête, Marijs et Manah ont commencé à écrire et improviser, et ainsi l’histoire de Rosa (avant une artiste de performance, plus tard un fakir) s’est réalisée, plongée dans notre bocal à poissons belge avec son passé catholique, et nourri de fantaisies infantiles-abominables érotiques et de musique mélancolique à l’accordéon.

Endless Medication

Dans l’atmosphère d’un vieux petit théâtre de variété, Endless Medication raconte l’histoire de Rosa, une fille étrange à la « fantaisie d’innocence ». Personne n’a jamais vu Rosa pleurer, ni sa mère, ni sa grande-mère. Dès son enfance Rosa développe des occupations étranges : elle compose des couronnes de fleurs dans lesquelles elle tresse une bande de fer avec des petits clous qui lui incisent la chair. Rosa veut devenir fakir. Elle cueille de laides fleurs en plastique dans les cimetières ; au supermarché, elle se couvre de poudre à lessiver puis elle saute dans l’eau du canal ; elle tricote des couvertures d’insectes sous lesquelles elle essaie de s’endormir.

Un jour Dieu lui rend visite, il lui raconte qu’elle peut venir au ciel, mais pas avant qu’elle ait donné naissance au nouveau messie, qui grandit dans son gros intestin. Puisqu’un enfant de Dieu ne peut pas naître dans la merde, elle doit cesser de manger et ne peut aspirer que de l’air, avec une machine que Dieu lui a spécialement envoyée.

Chaque jour Rosa aspire avec enthousiasme sa portion d’air, et, au début, tout va bien. Mais la faim commence à la ronger, et elle sent qu’elle mourra si le nouveau Jésus reste dans son ventre. Elle supplie Dieu de l’aider, mais il ne l’entend pas. Rosa décide de déloger l’enfant par un accouchement prématuré. Cela se gâte naturellement, et Rosa doit appeler le docteur, qui essaie de la convaincre que Dieu n’existe pas et que la vie est laide. Après sa visite chez le docteur, Dieu lui parle à nouveau, fâché parce qu’elle a échoué.

Elle lui demande si elle peut couver un œuf, et elle en reçoit un, la nuit, dans un rêve. Mais l’épisode de l’œuf tourne mal lui aussi. Rosa se réveille de son rêve avec une marre de sang entre les jambes et, pour la deuxième fois, elle doit recourir à l’aide du docteur, qui pense qu’elle s’est mutilée. Après que le docteur ait recousu la plaie, celle-ci commence à gonfler. Elle enfle jusqu’à ce que les fils se cassent et qu’un petit pied en sorte : le nouveau Jésus est né. C’est un messie en plastique, donc immortel, qui ne pleure jamais, exactement comme sa mère.

Et l’enfant-Jésus commence ses oracles, et se met à promulguer des lois. A ce moment-là, le docteur intervient à nouveau : Rosa est internée dans un hôpital psychiatrique et l’enfant-Jésus est jeté par la fenêtre. Rosa est appelée à comparaître devant un tribunal qui la condamne à une médication perpétuelle, la prison temporelle ou une délivrance éternelle.


Endless Medication a été créé dans le cadre du RITS à Bruxelles. Après une première série de représentations au Stokerij (KVS/De Bottelarij), le spectacle a été joué entre autres au festival de théâtre Voix Gras du centre des arts scénique de Louvain le STUK, au festival Theater aan Zee à Ostende, où il a été primé du prix Stad Oostende/STUK, au festival BRONKS du Palais Des Beaux Arts de Bruxelles, au festival Porn Around The World au KC nona de Mechelen et au Nieuwpoorttheater à Gand.

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