Encyclopedia - DOCUMENT 3

Théâtre Varia

11.12.13.14/05 > 20:30

15/05 > 19:30

Est-ce parce qu'elle a vu son père accumuler les encyclopédies que Lynda Gaudreau, invitée pour la seconde fois au festival, s'est mise à rassembler connaissances, désirs et affections chorégraphiques ?

Quoiqu'il en soit, Encyclopœdia, petite encyclopédie personnelle du mouvement, du mystère et de la magie, en est à son troisième chapitre : Document 1 étudiait la question du motif, Document 2,celle du temps et de l'espace. Document invite à comprendre le déclencheur du corps et de la pensée. Qu'est-ce qui se passe juste avant et juste après la mise en mouvement ? Un travail que la chorégraphe définit comme " minimaliste, maximaliste, formaliste, conceptuel, sensuel, cérébral, froid, chaud, américain, européen, banal, artificiel, sensoriel, théâtral, non-théatral, dansant, anti-dansant... ".

Direction artistique & chorégraphie:

Lynda Gaudreau

Dansers:

Mark Eden-Towle, Sarah Doucet, Tanya White,

Sophie Lavigne, Guy Trifiro

Matériel chorégraphique développé avec les danseurs:

Mark Eden-Towle, Sarah Doucet, Tanya White, Sophie Lavigne, Guy Trifiro

Fragments chorégraphiques intégrés de:

Vera Mantero (section avec les balles)

Extrait vidéographique d'une oeuvre chorégraphiée et interprétée par:

Akram Khan

Monologues:

Lynda Gaudreau, Mark Eden-Towle

Équipe de conception sonore et scénographique:

Alexandre St-Onge, Christof Migone, Annie Lebel (Atelier in situ), Lynda Gaudreau

Conception sonore développée par:

Alexandre St-Onge, Christof Migone

Conception scénographique développée par :

Annie Lebel (Atelier in situ), Lynda Gaudreau

Collaboration à la lumière:

Isabelle Lapointe

Kostuums / Costumes:

Carmen Alie

Conception vidéographique:

Lynda Gaudreau (Lynda Gaudreau et Vera Mantero au parc, Vera Mantero, Akram Khan)

Équipe de tournage vidéographique:

Marlene Millar

Direction photographique et caméra:

Michael Weiss

Son:

Alain Tremblay

Répétitrices:

France Roy, France Bruyère, Isabelle Laporte

Assistants de production:

Michel Antoine Castonguay, Mark Eden-Towle

Atelier de décor:

Manoeuvre Montréal

Direction générale:

Paul Dumoulin, Monique Corbeil

Équipe de tournée:

Isabelle Laporte, Isabelle Lapointe, Michel Antoine Castonguay, France Bruyère

Remerciements à:

Farooq Chaudry, Fu Kuen Tang

Production:

Compagnie De Brune

Coproduction:

Kunstencentrum Vooruit (Gent),

luzerntanz-centre chorégraphique am luzernertheater (Lucerne),

Théâtre de la Ville (Paris),

Festival international de nouvelle danse (Montréal), KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de:

le Conseil des arts et des lettres du Québec,

le Conseil des Arts du Canada,

le ministère de la Culture et des communications du Québec,

le Fonds de stabilisation et de consolidation des arts et de la culture du Québec,

Délégation générale du Québec à Bruxelles,

Ambassade du Canada

Présentation:

KunstenFESTIVALdesArts

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Il était si passionné de culture qu'il imagina synthétiser toutes les connaissances de son siècle. Sans ménagement ou exception, il a donc tout examiné, remué et rassemblé en un grand dictionnaire raisonné sur les sciences, les arts et les métiers.

Publiée en 1772, L'Encyclopédie Diderot et d'Alembert fut mise en ordre et rédigée par Denis Diderot ainsi que 150 de ses contemporains (parmi lesquels Voltaire, Montesquieu, J.-J. Rousseau, Duclos, Marmontel, Condillac, Quesnay, Turgot...), tous " grandes pointures " du temps des Lumières. Trois siècles plus tard... " Ce que j'aime dans ce travail qui visait à rassembler les connaissances et en exposer les systèmes généraux aux familles, c'est l'idée d'accessibilité et de démocratisation du savoir, mise en relation d'auteurs, engagement qui transparaît au détour de chaque page, manière de concevoir les renvois, foisonnement des illustrations ". Formée à l'histoire et à la philosophie, la chorégraphe Lynda Gaudreau va imprégner cet esprit d'ouverture et d'accessibilité à ses chorégraphies. " Tout en essayant de garder le mystère et la magie, je trouve important de démystifier cette " difficulté " de la danse contemporaine auprès du public ".

Est-ce parce qu'elle a vu son père accumuler les encyclopédies en tous genre, se délectant, probablement, de classement, de connaissance, d'abstraction, de raison, d'archivage qu'elle est aujourd'hui une inconditionnelle des bibliothèques ? " Chaque fois que je me rends dans une nouvelle ville, je ne manque pas de visiter une bibliothèque, comme d'autres visitent des églises. " Est-ce de là que lui vient le surnom d'intellec... ? " Je ne suis pas une intellectuelle de la danse. Mais ma curiosité intellectuelle est grande. " Pour la fondatrice de la Compagnie De Brune, la pensée n'est pas un concept, mais une pratique qui s'incarne dans le mouvement. " En studio, je ne pense pas à ce que je vais faire, je le fais. Et ce que le corps a produit, soit j'y ai déjà réfléchi, soit je me laisse le temps d'y réfléchir, après. "

Lynda Gaudreau a tellement travaillé en Belgique qu'elle dit parfois que c'est sa seconde patrie : " Cela s'est fait par hasard. Le Klapstuk de Louvain appréciait mon travail et (de 1992 à 1997) est devenu mon principal soutien. J'ai pu m'installer en résidence en Belgique et travailler dans une ambiance laboratoire. " Et si elle n'a pas élu domicile dans un pays qu'elle fréquente parfois 5 mois par an, c'est qu'elle aime particulièrement l'ambiance de Montréal pour sa liberté et sa diversité. Mais que ce soit la Belgique ou le Canada, sa véritable appartenance est ailleurs : " Dès que je mets les pieds dans un studio, où qu'il soit, je suis chez moi ".

Ainsi, fin des années '90, Lynda Gaudreau, formée à la danse classique et moderne, a entamé sa petite encyclopédie personnelle du mouvement. Encyclopœdia est constituée d'une collection de mouvements, de motifs, de bribes de vie, de fragments d'œuvres d'autres artistes fascinés par le mouvement. " Je fais un Document à la fois, chacun est un projet au centre duquel il y a une question. Cela crée une dynamique particulière, de nouvelles questions surgissent et le travail consiste à intégrer celles-ci en relation au projet. Alors, si les choses reviennent, s'imposent, elles ont une place dans le spectacle, sinon il s'agit d'un autre projet. Je ne sais pas où tout cela me mènera. Je me suis donnée une période d'essai jusqu'au Document 4, après, on verra. "

À travers l'assemblage de ces " morceaux choisis ", Lynda Gaudreau explore le mouvement dans une perspective axée sur la déclinaison, l'énumération, la classification. Mais n'allez pas vous imaginer un alphabet comme dans les vraies encyclopédies. " Je procède par partie du corps ou par sujet. Le public ne suit pas un ordre. On entre dans un tome, mais dans le désordre, les sujets sont présentés tel un livre que l'on feuillette. " Si le projet d'encyclopédie est aussi un projet d'archivage, le seul accès, pour l'instant, ce sont les spectacles. Toutefois une partie des projets se trouve sous forme de photos, vidéos. " Éventuellement, j'aimerais archiver les projets pour que le public y ait accès sous différentes formes. " Mais ceci n'est encore qu'une éventualité, pour l'heure, son souhait est que le public " ressente le mouvement vu, et comprenne ce qu'il a à comprendre, après. "

Depuis toujours, la chorégraphe travaille sur l'origine du mouvement, sa décomposition quasi mathématique et ses répercussions dans le corps et bien au-delà. Des répercussions que l'on voit, que l'on entend, que l'on ressent, que l'on reconnaît. Document 1 - présenté au KunstenFESTIVALdesArts en 2000 - et Document 2 étaient respectivement circonscrits à l'étude des membres (essentiellement les pieds, puis les mains). Document 1 étudiait la question du motif, Document 2, celle du temps et de l'espace. Document 3, la nouvelle création, travaille sur la notion de " shift ", l'instant de passage d'un mouvement à un autre. Qu'est-ce qui se passe exactement avant la mise en mouvement et après elle ? Le passage de " on " à " off ", de l'invisible au visible, du fini à l'infini... " Ce mouvement primordial, déclencheur du corps et de la pensée est mon point d'intérêt pour ce projet. Mais au départ de Document 3, je voulais intégrer plusieurs artistes. Le projet s'est orienté d'une telle façon que je vais en être la chorégraphe principale. Mais on y retrouvera du matériel chorégraphique d'autres artistes, en bonne partie sous forme vidéographique. "

Au fil des ans, Lynda Gaudreau a rencontré plusieurs artistes avec lesquels elle a ou aurait aimé échanger le travail, la démarche, la façon de voir la danse, l'art et la vie. " Lorsque je travaille sur un nouveau projet, je me demande toujours comment d'autres aborderaient les questions que je me pose. C'est assez difficile d'impliquer des artistes qui ont une pratique qui prend déjà tout leur temps et leur énergie, c'est pourquoi je dois me résoudre à en intégrer un petit nombre par projet. Mais je rêve de pouvoir faire un projet avec vraiment beaucoup d'artistes. " La rencontre avec un artiste laisse beaucoup plus que du matériel, l'échange, la confrontation... " Vera Matero (chorégraphe portugaise) a participé au projet. Elle a développé du matériel avec les danseurs. Au moment où l'on se parle je ne connais pas encore complètement la façon dont ce matériel sera intégré et la quantité que j'utiliserai, mais ce qui est sûr, c'est que son approche, sa façon de travailler nous a donné, aux danseurs et à moi-même, le courage d'aborder l'évolution de la prochaine création autrement et là, il y a eu une réelle rencontre entre nous, un dialogue. "

" Je travaille en ce moment plus sur l'idée d'une installation sonore. J'utilise très peu de musique, je suis toujours intéressée à intégrer de la musique, mais je crois de plus en plus que ma musique, si je puis dire, dérive du son, d'un travail avec le son qui vient directement du spectacle en cours, des danseurs, de la vidéo, de différentes manipulations, de textes, de conversations, etc. C'est d'ailleurs un des aspects de mon travail qui me stimule le plus en ce moment. "

En apparence, tout le travail de Gaudreau n'est qu'abstraction, juxtaposition de mouvements et de phrases chorégraphiques. " C'est un travail d'abstraction, mais ce travail intègre également, comme matière chorégraphique, du matériel narratif. " Et si on lui pose la question de son travail dans la perspective de l'ensemble des chorégraphes ? Lynda Gaudreau vous répond : " Je crois que mon travail est à la fois minimaliste, maximaliste, formaliste, conceptuel, sensuel, cérébral, froid, chaud, américain, européen, banal, artificiel, sensoriel, théâtral, non-théatral, dansant, anti-dansant... Finalement tout dépend de qui le regarde. "
Elle travaille avec un minimum d'éléments et cherche un maximum d'impact. Le résultat, disait un critique, élève le geste quotidien et la mécanique du corps au rang d'œuvre d'art.

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