Eléments de description non-critique

Différents lieux dans la ville

5, 12, 19/05 > 22:00
9, 16, 23/05 > 19:00
Cosy Media

26/05 > 22:00
Halles de Schaerbeek
Language: FR

Le KunstenFESTIVALdesArts a fait à Monsieur François Hiffler et à Mademoiselle Pascale Murtin une embêtante proposition. Ils seront donc là pendant le mois de mai, à musarder dans la ville et dans le programme du dit Festival. Deux fois par semaine, les mercredis et samedis, Grand Magasin aura rendez-vous avec le public. Son dessein : fournir un reflet infidèle, contingent et nullement sarcastique du mois de mai 2001 à Bruxelles. L’exposé public se tient à un drôle de squelette mais il se modifiera à chaque fois, au hasard des incidents de la semaine, rencontres du jour et spectacles entrevus. Au public de les suivre pour confronter son propre journal festivalier à leur chronique bi-hebdomadaire.

Concept: Grand Magasin

Avec/Met/With: Pascale Murtin & François Hiffler (réceptionnistes/onthaalpersoneel/receptionists), Bettina Atala (correspondant spécial/speciaal correspondent/special correspondent) et quelques autres contemporains/en enkele andere tijdgenoten/and a few other contemporaries

Production/Productie/Production: Grand Magasin (Paris), KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de/Met de steun van/Supported by: l'Association Française d'Action Artistique et le service de coopération et d'action culturelle de l'ambassade de France à Bruxelles

Présentation/Presentatie/Presentation: KunstenFESTIVALdesArts

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Juillet 2000, dans une Provence titillée par le chant des cigales, l’idée naît de demander aux ingénus Grand Magasin de se poser trois semaines à Bruxelles pour y musarder en ville, y butiner dans le programme du Festival, et faire de cette promenade leur miel, offert à la dégustation du spectateur : soit deux rendez-vous par semaine, les mercredis et samedis, et un thème de dissertation vivante : " Comment ressentez-vous la présence d’un ‘festival international des arts de la scène contemporains’, ces quelques semaines de printemps à Bruxelles ? Quels reflets votre fantaisie en renverrait-elle au public ? "

Pourquoi fallait-il que cela tombe sur mademoiselle Pascale Murtin et monsieur François Hiffler qui faisaient tout pour ne pas se faire remarquer ? Parce qu’ils cultivent en secret le talent ‘très cubiste’ de démantibuler les contours du familier, d’isoler ces morceaux épars de leur contexte, avant de les recoller de guingois. Chaque action posée en scène devient ensuite l’objet de leur expérience, puisqu’à défaut de vouloir – et de pouvoir – théoriser le grand Tout, nos deux Hercule Poirot du dimanche s’attachent à capter le délicat miroitement de ses effets de surface, avec l’amour immodéré du travail bien fait et ce détachement grave et amusé qui sied si bien aux grands timides. " Choisir l’ombre plutôt que la proie. Ou bien, peut-être, ne pas distinguer la proie de l’ombre, la chose et le reflet, le solide et l’apparence du solide. Jouir des apparences, jouir des surfaces. Ne pas craindre d’être dupes. Ceux qui se laissent abuser sont plus sages que ceux qui ne se laissent jamais surprendre. " (dixit Gilbert Lascault). Ou l’art consommé de muer le fer-blanc des évidences en pépites d’incongruités. Les Grand Magasin font cependant de leurs armes un usage choisi et parcimonieux : le langage et les objets, " une mine de mots et d’accessoires qui nous sont imposés, un vaste stock commun à tous dans lequel piocher et se mouvoir ".

Septembre 2000. " En ce qui concerne l’embêtante proposition flatteuse du KunstenFESTIVALdesArts, les surnommés Grand Magasin l’ont ruminée le reste de l’été en compagnie des vaches jurassiennes sans parvenir encore à une idée bien nette. Suit un journal de notre digestion. "
- Prônant l’incapacité comme moteur et l’ignorance comme méthode, il nous semble délicat de nous poser en critiques avertis. Nous sommes peu soucieux de paraître intelligemment caustiques ou de jouer les chroniqueurs candides, voire les emmerdeurs rigolos.
- Nous nous méfions de la parodie.
- Nous sommes très mauvais spectateurs et rétifs à l’empathie. Voir plusieurs spectacles en un temps bref nous épuise et nous abrutit.
- Nous aimons beaucoup Bruxelles.
- Pourrait-on trouver un mode de description des spectacles non critique et sans jugement de valeur ? Evoquer la durée du spectacle, le nombre, taille et poids des personnes en jeu, le prix des places, l’aspect des lieux...
- Autre mode de description non critique : compte rendu de ce qui s’est passé ailleurs à la même heure et, plus généralement, méditation sur le nombre d’événements qui se déroulent simultanément à celui inscrit dans le programme du Festival.
- Un objectif intéressant : une forme de représentation constamment modulée et remodelée en fonction du contexte.
- Un pari pour nous : s’adapter rapidement à la situation, tout en sachant que nous sommes très lents à la répartie, à la réaction et, plus généralement, à la confection de nos chefs-d’œuvre.

Octobre. Dans l’ancien petit bar-hôtel banlieusard d’Alfortville, leur habitation, les Grand Magasin se préparent à présenter leur récent dyptique, L’art du remplissage (ou 2 tentatives d’occuper le temps et l’espace), composé de Je meurs de seuf, ‘ballet’ qu’il ont créé pour un seul ‘danseur’, Christophe Salengro, " une vingtaine de gesticulations fort simples, combinées au hasard, selon un tirage au sort qui détermine pour chaque représentation le fatras du jour " et du Meilleur moment sous-titré (mélancolie), 60 miniatures pour lutter contre les secondes qui passent, " présentées dans un désordre divertissant ". Parallèlement, ils mettent en vente une nouveauté : la carte géographique de leurs brouillards journaliers.

A Bruxelles, en mai, pour la première fois, ils ne fixeront pas au préalable le menu détail des faits et gestes de leur intervention.
Pascale : Le mois de mai 2001 sera, pour nous, comme pour les spectateurs, une découverte.
François : Elément de description non-critique en fournira un reflet infidèle, contingent et nullement sarcastique.
Pascale : Contrairement à d’habitude, nous n’aurons pas tout préparé à l’avance. Nous nous serons bornés à mettre au point des pistes, des outils, pour décrire les événements à notre manière...
François : des codes et un alphabet personnels, arbitraires et pas du tout universels, qui seront exposés au public.
Pascale : Laisser entrer les aléas du monde extérieur, ouvrir grand portes et fenêtres, c’est pour nous un nouvel enjeu.
François : Nous serons anxieux de ce qui se trame ailleurs qu’à l’endroit où nous sommes.
Pascale : Ce qui se produit au loin change-t-il quelque chose à ce qui se passe ici ? Ce souci peut friser la paranoïa.
François : Cela peut être un plaisir...
Pascale : une évasion.
François : Il existe d’autres maisons que celle dans laquelle on est...
Pascale : et ce n’est pas parce qu’on passe une heure ensemble que le monde ne continue pas à tourner.

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