Confessions

Kaaitheater

14.15.16.17/05 > 20:30

EN - Subtitles: NL & FR - 85'

Pour la critique internationale, William Kentridge, Sud-Africain, est " une valeur sûre ", pour le festival, un fidèle parmi les fidèles. À chaque fois, et c'est la cinquième fois, par la simplicité d'un trait ou la générosité d'un mouvement, il dévoile sa part poétique et critique à l'égard du monde et des gens. Après Zeno at 4 am, d'après La Conscience de Zeno de Svevo, voici Confessions of Zeno. Cet opéra peu conventionnel mêle le film créé en direct au chant ; la musique live de Kevin Volans au jeu de l'acteur et des manipulateurs de marionnettes aux sonorités d'un quatuor. Si Zeno était enfermé dans sa relation au père, il vient de quitter sa chambre des insomnies et erre dans les rues de Trieste : Kentridge et le Handspring Puppet ne le lâchent pas d'une semelle.

D'après:

Italo Svevo, La Coscienza di Zeno

Mise en scène, concept, animation:

William Kentridge

Livret:

Jane Taylor

Musique:

Kevin Volans

Strijkkwartet:

The Sontonga Quartet

Acteur:

Dawid Minnaar

Chanteurs:

Otto Maidi (bass), Lwazi Ncube (soprano), Phumeza Matshikiza (soprano)

Conception des marionnettes:

William Kentridge

Créateur des marionnettes:

Adrian Kohler

Manipulateurs:

Busi Zokufa, Tau Qwelane, Fourie Nyamande, Adrian Kohler, Basil Jones

Costumes :

Mathilda Engelbrecht

Création sonore:

Simon Mahoney

Régisseur de scène:

Leigh Colombick

Directeur de la compagnie:

Wesley France

Production:

Handspring Puppet Company (Johannesburg), Schauspiel Frankfurt, Art Bureau München

Coproduction:

Berliner Festspiele, Documenta11 (Kassel), Festival d'Automne à Paris, Théâtre d'Angoulême Scène nationale, Kampnagel (Hamburg), Festival RomaEuropa, Salamanca 2002-Ciudad Europea de la Cultura, Ministero per i bene e le attivitá culturali / Direzione generale per l'architettura e le arti contemporanee / Centro nazionale per le arti contemporanee, KunstenFESTIVALdesArts

Présentation:

Kaaitheater,

KunstenFESTIVALdesArtsf

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William Kentridge, Sud-Africain, est né dans un monde déchiré par la ségrégation raciale. Comme le père était avocat anti-apartheid, presque naturellement, le fils s'est dirigé vers les sciences politiques. Pourtant, à la fin du cycle universitaire (en 1976), il prend une autre direction : l'art. Refusant les spécialisations artistiques, Kentridge sera l'homme des mélanges. De l'art visuel à l'art des mots, de la gravure à la peinture, du jeu de scène à l'opéra, ce poète, peintre, plasticien, cinéaste, metteur en scène, auteur, acteur, graveur, scénographe... s'est fait (re)connaître par ses transgressions et croisements de genres.

Pour la critique internationale, William Kentridge est " une valeur sûre ", pour le KunstenFESTIVALdesArts, il est un fidèle parmi les fidèles. À chaque fois qu'il est venu, c'était pour nous montrer une autre facette de la simplicité, de la force poétique et de la générosité. Quelques traits au fusain, un coup de gomme, quand le dessin gardait les traces de " l'erreur ", c'était pour laisser une place à l'humour et à l'humanité. Jamais pathétique ou lourdement politique, il est capable de décrire les petitesses de l'homme avec distance et justesse, jamais avec arrogance. Depuis 1994 - date de la première édition du festival, année du triomphe de Nelson Mandela, premier président noir de l'histoire sud-africaine -, c'est la cinquième fois que le KunstenFESTIVALdesArts convie William Kentridge. Depuis le début, nous l'avons toujours vu en présence de la Handspring Puppet Company (Basil Jones et Adrian Kohler), compagnie de Cape Town, spécialisée dans la fabrication et la manipulation de poupées de taille humaine, en bois sculpté. Cette fois-ci, c'est encore le cas, mais sans les poupées en bois.

Nombre de ses créations avaient un lien direct ou indirect avec l'histoire douloureuse du pays - on pense à Ubu and the Truth Commission (1997) qui faisait directement référence à la commission de Vérité et Réconciliation, fondée par Mandela pour auditionner victimes et tortionnaires de l'ancien régime -, mais l'artiste insiste : " je ne suis pas le porte-parole de l'Afrique du Sud ".

Mon cher Zeno, je suis l'homme le plus intelligent de Trieste. Vous êtes le cinquième. Les positions deux, trois et quatre sont vacantes.

Italo Svevo, La conscience de Zeno, Editions Gallimard, 1986

" Je devais avoir 18 ou 20 ans quand, pour la première fois, j'ai lu La conscience de Zeno d'Italo Svevo... " Italo Svevo (1861-1928) est un surnom, car cet auteur de trois œuvres est né Ettore Schmitz et vivait à Trieste. Après avoir écrit Una vita (1893), Senilità (1897) et La Coscienza di Zeno (1923), Ettore Schmitz, alias Italo Svevo, meurt des suites d'un accident de voiture. " À l'époque, ce qui m'a frappé c'était la similitude qu'il pouvait y avoir entre l'atmosphère désespérante de Trieste et celle de ma ville, Johannesburg, en Afrique du Sud. "

Avant d'être italienne en 1918, la ville de Trieste était le seul débouché maritime de l'empire austro-hongrois. Zone de frontière et de passage où coexistaient nationalisme politique et cosmopolitisme intellectuel. Cette petite ville " mitteleuropéenne " était située au carrefour de trois mondes, l'italien, le slave et le germanique :

En hiver souffle la sibérienne bora, le slovène s'y parle couramment et dans les buffets, où l'on mange debout de la choucroute fumante, se côtoient les trattorie et les cafés viennois.

Antoine de Gaudemar, dans Libération, octobre 2001

" Tout comme Johannesburg, qui se situe en marge de ces centres, Trieste n'est pas le centre d'un empire. Au fil des années, de lectures en relectures, je me suis senti interpellé par d'autres éléments du livre. "

La Conscience de Zeno est le compte rendu d'une vie d'échecs écrit à la première personne par Zeno Cosini, figure centrale du roman. À travers cette auto-analyse, malgré une extrême lucidité, se dégage l'image d'un homme incapable de vivre et d'adhérer à la réalité : au chevet de son père mourant, Zeno oublie d'appeler le médecin. Quand il veut se marier, il épouse, entre les trois sœurs, celle qu'il n'aime pas. Aux funérailles de son meilleur ami, il se trompe de cortège, etc.

" La parfaite connaissance que Zeno a de lui-même ne lui donne pas la force d'agir et parfois l'empêche de s'arrêter. Cette absolue inefficacité résonnait familièrement à mes oreilles. Le roman est construit en trois mouvements : Zeno et son père, Zeno et sa femme, Zeno et sa maîtresse. Mais l'essence du personnage se trouve définie dans sa relation ambiguë avec le père. " C'est ainsi qu'en janvier 2001, Kentridge expliquait le processus qui le menait au premier volet titré Zeno at 4 a.m.

Comme tel, le spectacle demeure encore fragmentaire (...), une accumulation séparée de ses composantes, comme si l'auteur nous livrait ses secrets de fabrication. (...) Le résultat fascine et reste ce qu'il est, l'explication d'un travail en cours. En anglais, cela s'appelle un work in progress.

Serge Martin, dans Le Soir, mai 2001

En ces termes, le critique résume assez bien la démarche de Zeno at 4 a.m..

Ainsi, le théâtre d'ombres et la musique en scène se retrouvent dans Confessions of Zeno, son dernier spectacle inspiré de La Conscience de Zeno d'Italo Svevo. Cette fois, les manipulateurs de la Handspring Puppet Company ne portent plus des poupées en bois sculpté mais des marionnettes à tiges construites à partir d'objets trouvés. Directement projetés sur grand écran, des assemblages de bois, d'aluminium ou de plexi ondulé font des silhouettes, des étendues désertiques, des flaques brillantes, des arbres en mouvement, des " femmes derricks " : tout un univers manipulé à vue par des acteurs blancs et noirs. Musique pour basse, soprano, ténor et quatuor à cordes. Kevin Volans, compositeur sud-africain, irlandais d'adoption, a composé une musique qui évolue comme l'inconscient, avec des répétitions, des collages, des bribes et des éléments épars.

Après les troisième et quatrième chapitres du roman - Fumer et La Mort de mon Père -, voici les chapitres V et VI - Histoire de mon mariage et L'épouse et la maîtresse. Zeno quitte sa chambre des insomnies et erre dans les rues de Trieste. William Kentridge, Kevin Volans et la Handspring Puppet Company ne le lâcheront pas d'une semelle.

" L'année dernière, nous avions voulu composer un oratorio pour un chœur d'ombres. Des chanteurs entre masques et marionnettes, des corps silhouettes. Cet élément est devenu marginal mais l'idée d'un cinéma vivant est devenu centrale. "

Lorsque le quatuor accompagne l'action et la projection, il suit en quelque sorte une tradition qui vient du cinéma muet. Ce qui devient central dans Confessions of Zeno, c'est la construction d'une image vivante : au centre de l'espace, un écran, et sur le côté, en angle oblique, le mouvement des ombres et des silhouettes qui forment l'image cinématographique. Des images qui semblent solides et importantes alors que la source, créée à partir de papiers déchirés, est légère et éphémère. Des formes, des mouvements, des coupes grossières. Un rouleau de dessins, développés sur acétate, qui défile verticalement devant une caméra qui projette au même moment l'image sur écran. Improvisations manipulées toutes inspirées et suggérées par l'œuvre de Svevo. Des personnages " en passe d'implosion ", " en attente d'éruption ", mais inutile d'attendre une transposition du livre de Svevo sur la scène.

" Au départ, on fouille l'œuvre, on taquine les ambiguïtés et les complexités des relations qui s'y racontent. À l'arrivée, à partir de l'œuvre d'un autre, se crée une œuvre qui nous est propre, un spectacle qui mêle le théâtre à la projection, l'animation à la performance. L'œuvre d'Italo Svevo n'est alors plus qu'une balise, un point de vue, un phare. "

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