Close Encounters

    18/05  | 14:00 - 18:00
    25/05  | 14:00 - 18:00

€ 8 / € 6
± 30 min
FR/NL

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Comment les adolescents parlent-ils d’amour ? Une fois par mois, un an durant, les élèves de deux classes d’écoles secondaires différentes se sont rencontrés et sont devenus The Class. Avec Anna Rispoli et dans le prolongement de Your word in my mouth, une recherche qu’elle a lancée l’année passée, The Class a examiné le lien entre autorité, intimité et amour, bien au-delà de la simple association avec les relations sentimentales. Le fruit de cette recherche est une série de conversations réelles que le groupe a sélectionnées, montées et réenregistrées et qui seront finalement partagées avec le public. Guidé par une voix dans l’oreille, chacun.e des spectateurs.trices de Close Encounters reconstitue une conversation en tête à tête avec l’un des jeunes co-auteurs.trices. Il s’agit d’une conversation qui a déjà eu lieu, pourtant cela se déroule dans le moment présent de cette nouvelle rencontre, en toute intimité. En s’infiltrant dans l’architecture labyrinthique de La Monnaie, Close Encounters recrée la constellation d’espaces où nous nous cachons pour parler d’amour.

Une collaboration à long terme avec : Institut Dominique Pire & Atheneum GO! For Business
Étudiants : Asma Abdeslami, Barkat Abdoulwahab, Francesca Ate, Mohamed Ayari, Abdoulaye Bah, Mohammed Belhadj, Hafsa Berrabhi, Soufiane Boutagumant, Demba Diallo, Nesrine El Gharnati, Ouassima El Mashouli, Wassila El Yahyaoui, Paata Gambarashvili, Fatima Guezzari, Türkan Gülal, Nouhaila Bakhat Habibi, Cristian Iolu, Yousra Islane, Abderrahmane Krimel, Aiman L’Ghazouan, Amina Majidi, Fatima Majidi, Mardoché Malaba, Atiyya Merchant, Lina M’Rabet, Ayoub Mouhoua, Mohammed Moussaoui, Victoria Paluka, Fareha Raza Xheme Vogli, Laura Verriez

Workshops : Enrica Camporesi, Paulo Guerreiro, Carolin Herzberg, Anna Rispoli
Vidéo : Luca Mattei
Consultant musical : Massimo Carozzi
Professeurs : Marleen Allaert, Valérie Asselberghs, Florence Hanoset, Stefanie Peeters
Production et œil extérieur : Marine Thévenet
Coordination : Daan Simons, Anne Watthee 

Présentation : Kunstenfestivaldesarts, La Monnaie/De Munt
Coproduction : Kunstenfestivaldesarts, De Veerman
Avec le soutien de : Dynamo 3 (Cultuurkuur, Vlaamse Overheid), La Cellule Culture-Enseignement (FWB) & Sven Gatz, Charleroi danse, Gemeenschapscentrum De Kriekelaar, Hacktiris, Inter-Béton, La Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale de Molenbeek, Maison de repos Anne-Sylvie Mouzon, la Montagne Magique, RITCS Bottelarij, Smart Belgique-La Vallée, Tour & Taxis, Zinnema
Merci à : Atelier L’Ad Hoc, Jeanne Boute, Les Brigittines, Bart Capelle, CIFAS, Common Wallet, Gideon Hakker, Hectolitre, Cécile Hupin, Christophe Meierhans, Chez Prima, An Vandevelde, Lauranne Winant, et à tant d'autres qui ont aidé et soutenu le projet

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Close Encounters

Close Encounters a été créé en 9 rendez-vous d’octobre à mai, entre 30 élèves de 2 écoles, 10 adultes et 1 fœtus. Nous avons enregistré 52 heures de conversations, mangé 43 paquets de biscuits, 10 litres de soupe, 25 madeleines, 41 bananes. Quelqu’un a dit : « C’est gênant tout ça ». Un autre : « Je m’attache très vite ». Nous avons jeté 1 000 pièces de 10 cents en l’air. 420 d’entre elles ne sont jamais revenues. 13 ont été investies dans un sandwich. « Ik, ik hou van basket ». Nous avons parcouru 4 communes, collé 47 Post-it de 6 couleurs différentes dans 3 cartes de la ville, envoyé 73275 textos. « Et comment vas-tu à la rencontre de ton destin, s’il est déjà écrit ? ». Nous avons écouté 3 morceaux de musique ensemble, mais nous en avions rassemblé 38 sur une clé usb. Dessiné 82 portraits instantanés des passants, en 30 secondes chacun, soit un total de 41 minutes. « Pendant 4 ans j’ai mangé dehors. Maintenant ma mère est revenue à la maison ». Serré 3426 mains. Tombés 4 fois dans une crise profonde. Convoqué 3 séances post-traumatiques. Allumé la machine à fumée au moins 74 fois, 15 secondes à chaque fois. « Er zou meer liefde moeten zijn op school ». On a fait 22 pauses toilette. Certain·e·s d’entre nous ne sont jamais revenu·e·s. Nous avons filmé pendant 11 heures. « Chacun peut kiffer son moment, non ? ». Une fois il faisait 7 degrés et chacun de nous portait 2 vestes, une autre fois il faisait 5 degrés de trop. « Ça sera juste pour quelqu’un mais jamais pour tous ». Nous avons travaillé dans 9 lieux et 26 salles différentes, assisté au début de 2 nouveaux amours et à la fin de 3 amitiés. « Elle m’a fait mal, mais elle m’a rempli le cœur ». Nous avons rencontré 6 personnes âgées dans une maison de retraite, 4 canards, 21 spectateurs, nous avons porté 7 masques. « C’est du gagné en donnant-donnant ». Nous avons sélectionné 8 conversations. L’1 d’elles vous attend.

En savoir plus sur la pratique d’Anna Rispoli

[…]

L’étalement urbain, où les fonctions se chevauchent, est un lieu du possible. Il n’y a pas d’images univoques, de phrases sans appel, et les grilles qui assignent un usage aux espaces sont pleines de trous. Tout s’organise par contiguïté, par mise à l’écart, par paradoxe, par hasard. L’impression est que, même à distance, on n’arrive pas à saisir un plan unique et qu’au fond, la ville a plus de sens quand on en fait l’expérience du bas, choisissant parmi les mille points de vue subjectifs et localisés.

Peu importe que les images mentales qui en résultent soient véridiques ou fictives. Elles taraudent d’une façon ou d’une autre l’aliénation, elles construisent du sens, et c’est ce sens, chaleureux, négociable, incarné, qui annonce la société. Nous avons besoin d’introduire plus de sujets, citadins et navetteurs, consommateurs et inventeurs, humains et architectures, insectes et fumées, et la somme de toutes leurs interactions pour construire ensemble une idée d’urbanité qui soit plus régénératrice que le modèle unique proposé par le capital mondial.

Ce qui m’intéresse, ce sont les communautés temporaires, contingentes, spontanées ou, en tout cas, pas autoproclamées. Ce sont des personnes qui se sont trouvées occuper ensemble un même périmètre sans l’avoir décidé, qui tirent dessus comme sur une couverture trop courte, et puis inventent des stratégies de négociation urbaine. Un ordre du jour contradictoire du « que faire » qui tire sa richesse de l’irréconciliable.

[…]

Communiquer, communion, communisme, commun, faire cause commune, faire communauté. Pourquoi la rhétorique officielle doit-elle nécessairement nous inculquer l’histoire de villes en transition qui se coagulent et se repeuplent, et qui, grâce aux miracles de la participation, rattrapent les derniers et récompensent les premiers ? Et pourquoi les artistes sont-ils mis à contribution pour donner forme à cette rhétorique qui prétend se baser sur lesdites communautés, maintenant que le modèle familial est usé ?

[…]

« Communauté : un groupe de personnes partageant les mêmes valeurs, comportements et produits. » S’il fallait prendre cette définition à la lettre, il n’existerait pas vraiment de communauté urbaine. L’urbain est paradoxe, contradiction, coexistence, surexistence, rapport de force, infiltration, sédiment, invasions soudaines, défense du territoire, balkanisation, géofragmentation, découverte.

Je suis bien consciente de ce naufrage précipité du sens qui me prend un instant avant de sonner à la porte d’un inconnu pour lui proposer un projet artistique : « Qu’est-ce que je fais ici ? D’où viennent ces mots ? » Mais, puisque l’inconnu et moi partageons globalement un destin commun – qui est, après tout, bien plus qu’un espace –, ça vaut quand même la peine de formuler le propos d’un contact déplacé. Nous, communauté religieuse ; vous, communauté linguistique. Vous, communauté géographique ; nous, communauté d’intérêt. Mettons un instant entre parenthèses le caractère antagoniste du mot. La communauté urbaine n’existe pas, en réalité ; ce n’est qu’un fétiche, un sujet de réflexion ou une figure de style. Imaginons maintenant de coloniser le mot pour en faire un concept nouveau, flexible, peut-être aussi necessaire pour garder souple notre prédisposition au partage.

[…]

Je veux la penser comme un instrument de micro-politique insolente, cette nouvelle communauté, comme un écosystème désobéissant aux lois naturelles d’inclusion et de différence, comme un paysage mental à cultiver avec des hypothèses transformatives, un instrument qui, au lieu de normaliser les codes de l’humain, tient la porte ouverte sur la capacité à improviser d’autres types de société, à oser le partage des ressources, à jouir d’un imaginaire commun contradictoire.

Une communauté toujours à faire et défaire, en somme, et qui nous tienne toujours in medias res, au cœur des choses.

Extraits de ‘In Medias Res’, in Le temps que nous partageons. Réflexions à travers le spectacle vivant. publié par le Kunstenfestivaldesarts et Fonds Mercator en 2015.

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Anna Rispoli
À travers ses performances, ses pratiques relationnelles et ses interventions urbaines, Anna Rispoli travaille de manière transversale dans l’espace public et avec la société civile, au-delà des frontières de la création artistique. Pour Les marches de la Bourse, elle a réuni des militants politiques des combats des cinquante dernières années pour une métamanifestation revendiquant le droit de manifester. Dans Vorrei tanto tornare a casa, elle a invité des résidents d’un immeuble d’appartements à faire usage de leurs fenêtres de façade pour partager leurs sentiments à propos de la densité urbaine. Dans la série des Water Pieces, Tempus fugit recontextualise les ambitions courtraisiennes de devenir une marque, un label, tandis que Five attempts to speak with an alien proposait de porter un regard différent sur le front de mer d’Abu Dhabi. En 2018, elle a présenté au Kunstenfestivaldesarts le projet de groupe Your word in my mouth. Brussels take autour de la thématique de l'amour.

The Class est un projet pluriannuel mis sur pied par le Kunstenfestivaldesarts. Pendant trois ans, les élèves qui se trouvent actuellement en quatrième secondaire de l’Institut Sainte-Marie et de l’Atheneum Brussel s’engagent à apprendre à se connaître mutuellement, tout en se plongeant dans le monde de l’art contemporain. D’année en année, leur collaboration va s’intensifier pour aboutir à un projet artistique durant l’édition 2021 du festival.

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