Cineastas

Théâtre Les Tanneurs

16, 17, 19/05 – 20:30

18/05 – 18:00

ES > FR / NL

±1h 40min

Le Kunstenfestivaldesarts suit depuis longtemps Mariano Pensotti, aujourd’hui reconnu comme un des auteurs et metteurs en scène essentiels de notre temps. À travers ses productions pour l’espace public comme à travers ses oeuvres scéniques, l’Argentin a développé une « ligne claire » qui emprunte aux procédés du cinéma pour renouveler avec brio la narration théâtrale. Créé au festival, son Cineastas, « drame filmique » virtuose sans projection d’images, est un spectacle sur quatre réalisateurs à Buenos Aires : sur les films qu’ils tournent, sur leur vie, et sur la ville où ces récits prennent place. Cinq acteurs jouent tous les rôles sur deux plateaux superposés comme dans un split screen. L’entrelacement de brefs fragments narratifs fait se brouiller la frontière entre les vies et les oeuvres. Les fictions sont-elles vraiment un miroir du monde ou est-ce l’art qui construit les invididus ? Et la création n’est-elle qu’un moyen pour tromper l’oubli ? Ingmar Bergman déclarait que « seul l’éphémère est permanent »…

Textes & réalisation
Mariano Pensotti

Avec
Horacio Acosta, Elisa Carricajo, Valeria Lois, Javier Lorenzo, Marcelo Subiotto

Décors & costumes
Mariana Tirantte

Musique & son
Diego Vainer

Lumières
Alejandro Le Roux

Chorégraphie
Luciana Acuña

Vidéo
Agustin Mendilaharzu

Assistant production
Gabriel Zayat

Assistant réalisation
Leandro Orellano

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Les Tanneurs

Production
Grupo Marea, Complejo Teatral de Buenos Aires


Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Wiener Festwochen (Vienne), HAU Hebbel am Ufer (Berlin), Holland Festival (Amsterdam), Theaterformen (Hannovre), Festival d'Automne à Paris

Sous-titrage soutenu par
ONDA

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1.

Les œuvres d'art sont-elles des capsules du temps qui capturent nos vies éphémères pour la postérité ? Ou alors les vies sont-elles un moyen pour que les œuvres d'art deviennent éternelles, nous faisant répéter des choses que nous avons vues en elles des centaines de fois auparavant ? Nos fictions reflètent le monde ou le monde est-il une projection déformée de nos fictions ?

Cineastas se penche sur les histoires de quatre cinéastes de Buenos Aires et des quatre films qu'ils réalisent pendant un an dans cette ville. Parallèlement d'un côté sont représentés les vies personnelles des cinéastes, les circonstances dans lesquelles ils se trouvent, et de l'autre les films qu'ils réalisent. Dans certains cas, la vie des cinéastes influence clairement leurs œuvres cinématographiques et dans d'autres, au contraire, c'est la réalisation de ces films, le déroulement de ces fictions, qui transforme leurs vies privées.

L'œuvre est construite sur la tension entre l'éphémère et le durable. Le cinéma prétend capturer l'expérience, piéger le temps, tandis que le théâtre, de même que la vie, est une expérience éphémère où le temps est dilué. Le contraste entre les vies des cinéastes, inconservables, et leurs films, ouvrage qu'ils espèrent voir durer pour toujours, est constamment présent.

Nous voulions explorer un aspect particulier de la relation complexe qui existe entre réalité et fiction : comment la vie, les expériences quotidiennes, influencent les fictions et surtout dans quelle mesure nos vies ont-elles été construites à partir de fictions. Le cinéma, et l'art en général, en tant que formateur de personnalité : nous sommes ce que les films, les livres et la télévision nous ont fait être.

2.

Il y a trois ans j'ai commencé à réaliser une série d'entretiens avec différents cinéastes de Buenos Aires. J'ai voulu explorer le lien entre leurs vies privées et leurs films, en insistant particulièrement sur ce qui leurs arrivait pendant qu'ils tournaient un projet, à quel point leurs circonstances personnelles étaient présentes et qu'est-ce qui dans leur vie se modifiait par le contact avec cette fiction. Quelques temps plus tard j'ai commencé à interviewer plusieurs personnes pour tenter de découvrir à quel point leurs vies avaient été façonnées par les fictions qu'ils avaient consommées au fil des ans. De quelle manière réagissaient-elles aux expériences en suivant un modèle qu'elles avaient vu avant dans des films, par exemple. Ce fut le point de départ de Cineastas. On retrouve peu de chose des entretiens originaux dans l'ouvrage, qui est une fiction à part entière, puisque l'idée n'était pas de développer un travail documentaire mais au contraire d'explorer à l'extrême les possibilités de la fiction dans la construction d'un monde.

À côté de cela l'ouvrage se veut le portrait d'une ville, Buenos Aires, à travers les cas particuliers des histoires de ces cinéastes. La ville, théâtre également du contraste entre l'éphémère (les habitants) et le durable (la ville en soi), comme un espace susceptible d'être raconté à travers la vie réelle de ses habitants mais également à partir des fictions que ces derniers construisent. Buenos Aires, très présente dans les histoires, une ville particulière dans laquelle ses habitants sont souvent reflétés non pas comme ils sont, mais comme ils croient être. Nous ne connaissons jamais les villes pour les histoires de ses habitants, nous les connaissons pour leur production fictionnelle.

3.

Dans Cineastas, un petit casting de cinq acteurs représente et raconte absolument tout, incarnant une multitude de personnages. Sans utiliser de films ou de vidéos ce sont les acteurs qui doivent représenter à la fois les vies et les films sur scène. Existe-t-il une certaine classe de cinéma éphémère ? Est-il possible dans le théâtre de construire quelque chose qui perdure ? Dans un effort épique les acteurs tentent de donner corps à ces questions.

L'espace où se déroule la pièce est un dispositif qui présente deux scénarios simultanés, l'un pour les vies et l'autre pour les fictions, à la manière d'un recours classique du cinéma, le split screen, qui permet de comparer deux événements qui se produisent en même temps. Au cours des dernières années, c'est devenu fréquent que de nombreux films de production internationale soient tournés à Buenos Aires. C'est une ville pas chère et surtout beaucoup de ses rues rappellent les rues d'autres villes, européennes dans leur majorité, comme si la ville en soi était également une reproduction fictionnelle d'autres lieux qui existent déjà, des lieux qui dans de nombreux cas n'existent plus dans leurs villes originales à cause des guerres ou des changements politiques des cents dernières années. Une ville qui préserve des villes disparues, ou une ville qui est une superposition d'autres villes, les unes par dessus les autres. La superposition de deux idées qui en forment une troisième était précisément ce qu'utilisa Einstein dans sa théorie du montage cinématographique. Beaucoup de ses concepts apparaissent dans les idéogrammes japonais où deux images superposées en forment une troisième. Le montage selon lui est : « Une idée qui découle de la collision dialectique entre deux autres ». Les vies et ses fictions se télescopent également pour former un troisième plan.

Dans Cineastas la narration et la représentation sont d'une certaine manière dissociées avec la présence d'un narrateur en direct qui raconte des choses qui ne se voient pas sur scène. Comme la voix off d'un film le narrateur complète la vie des personnages à partir de ce que nous voyons représenté, et en même temps cela rend l'idée, que de raconter quelque chose transforme les événements racontés mais également le narrateur. Si le passé des personnes est construit de récits, le présent est construit de fictions.

4.

Citations de quelques cinéastes :

Dans le cinéma l'humanité a finalement trouvé une façon de préserver le temps. Andrei Tarkovski
C'est seulement l'éphémère qui dure.
Ingmar Bergman
J'ai commencé par la fiction et découvri le réel ; mais derrière le réel il ya aussi la fiction.
Jean-Luc Godard
Nous sommes comme les films nous disent que nous devons être.
Leonardo Fabio

Mariano Pensotti, Buenos Aires 2013

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Mariano Pensotti (°1973, Buenos Aires) est auteur dramatique et metteur en scène de théâtre. Il a étudié le cinéma, les arts plastiques et le théâtre à Buenos Aires, en Espagne et en Italie. Au cours des dix dernières années, il a écrit et créé plus de quinze spectacles de théâtre. Parmi ces dernières créations, on peut citer : El Pasado es un animal grotesco (2010), Sometimes I think I can see you (2010), Encyclopaedia of unlived lives (2010), et La Marea(2005). Il a participé au projet Infinite Jest (2012) de David Foster Wallace au HAU à Berlin. Mariano Pensotti est aujourd’hui l’un des metteurs en scène expérimentaux les plus remarqués du monde. Acclamé comme l’un des talents latino-américains les plus brillants, Pensotti et sa compagnie effectuent des tournées internationales tout au long de l’année. Il développe deux lignes distinctes dans son œuvre : l’une se compose de spectacles scéniques pour lesquels il écrit ses propres textes littéraires et qui s’appuient fortement sur le travail avec les comédiens, et l’autre consiste à produire en parallèle divers spectacles hors les murs, avec pour intention principale de générer un contraste particulier entre fiction et réalité, en situant la fiction dans l’espace public.

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