Ceremony

Koninklijke Vlaamse Schouwburg / De Bottelarij

17.20.21/05 > 20:00
18/05 > 15:00
Chinese > Subtitles: Fr & Nl

«Ne tiendra jamais sa parole celui qui usurpe un titre.»

(Proverbe chinois).

Comment se construit la morale de l’Histoire ? Quel modèle sert-elle ? Et à quelle fin ? Peintre, passé à l’installation et au documentaire en 1989, Wang Jianwei (Pékin) abordait le théâtre avec Ping Feng, créé en 2000 au KunstenFESTIVALdesArts, car il est des sujets brûlants, pour lui intraitables hors la scène. Ceremony se saisit de l’histoire de Ts’ao Ts’ao, premier ministre, qui s’appropria le trône impérial sous la dynastie Han. Au fil des siècles, trois écrits différents relatent cet épisode. A la lumière du présent, Ceremony explore la fabrique historique d’une vérité donnée comme irréfutable, martelée pendant mille ans…

Mise en scène:

Wang Jianwei

Acteurs:

Zhang Ce, Leong You Lian, Fang Jun Ju, Shao Ze Hui, Yeong Chin Chin, Lin Yeow Haw

Texte:

Wang Jian Wei, Meng Xiao Guaug

Musique:

Chen Di Li

Lumières:

Wang Qi

Multimédia:

Fu Yu

Coproduction:

Festival Temps d'Images, Arte, Ferme du Buisson, Les Spectacles vivants Centre Pompidou, Festival d'Automne à Paris, KunstenFESTIVALdesArts

Présentation:

KVS/de bottelarij,
KunstenFESTIVALdesArts

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Une histoire simple. Un conteur-tambourineur à la cour de l’empereur tyrannique Ts’ao Ts’ao bat le rappel du public et insulte ouvertement son chef suprême. Furieux, Ts’ao Ts’ao veut tuer l’insolent. Mais il est trop lâche pour prendre lui-même la direction des opérations et envoie le troubadour chez un de ses subordonnés, très colérique. Avec l’effet escompté : lorsque le joueur de tambour critique l’irascible courtisan, celui-ci le passe aux armes…

Nouvelle création théâtrale de Wang Jian Wei, Ceremony, s’inspire de Roulements de tambour critiquant Ts’ao. Non sans raison.

Qu’est-ce qui met chez vous en mouvement un processus de création ?

J’aime explorer les failles de nos connaissances acquises : ce qu’elles escamotent, les énigmes de l’histoire. J’aime questionner ce qui fonde aux yeux de tous leurs interprétations… J’aime explorer les « zones intermédiaires ». Comment différentes interprétations, perceptions et formes de connaissance peuvent se rapporter les unes aux autres, comment elles se croisent et se chevauchent et comment en surgissent de nouvelles potentialités jusqu’alors ignorées.

Vous vous inspirez pour cela de textes existants. Comment motivez-vous vos choix ?

Je travaille avec des pièces et des fragments de littérature. Tant Ping Feng (n.d.l.r. création KunstenFESTIVALdesArts 2000) que Ceremony trouvent leur origine dans des fleurons reconnus de l’histoire de l’art ou de la littérature chinoise. Ping Feng s’inspirait d’un rouleau de soie peinte vieux de plus de 1000 ans, réalisé par un peintre à la cour impériale, Gu Hong Zhong. Le peintre avait été mandaté par l’empereur pour espionner un haut fonctionnaire sur lequel il portait ses soupçons et lui faire rapport. Ce fit Gu Hong Zong en peignant ce qu’il avait observé : avec le temps, ce tableau, Nuit de banquet chez Han Xizai l’un des chefs d’œuvre incontesté de l’histoire de la peinture chinoise et trône aujourd’hui au Musée de la Cité interdite. A son tour, Ceremony s’inspire de la célèbre accusation publique Roulements de tambour critiquant Ts’ao. Reproduire un récit historique ou porter sur scène une nouvelle expérience esthétique ne m’intéresse pas ; je désire « lire » l’histoire, et comprendre de quelle manière et par quels détails ses différentes interprétations influencent nos expériences de vie et notre attitude envers la vie, notre conscience individuelle et collective.

Qui fut donc ce Ts’ao?

Ts’ao Ts’ao, (155-220 après J-C.) est une figure particulièrement marquante de l’histoire de la Chine. Sous la dynastie Han, une des périodes les plus turbulentes de l’histoire chinoise, plusieurs nobles luttant pour le pouvoir et avaient semé la division dans le pays. Ts’ao Ts’ao réussit à dominer et à unifier les provinces du Nord. Pour ce faire, il abusa de son titre de premier ministre, tout en simulant le respect à l’empereur qui n’était plus qu’une marionnette. Lorsque Ts’ao Ts’ao mourut, son fils suivit ses traces et s’appropria le trône impérial. En ce temps-là déjà, l’opinion chinoise critiqua son caractère et sa manière d’agir en l’épinglant comme l’exemple illustratif du proverbe ancien : « Ne tiendra jamais sa parole celui qui usurpe un titre.»

Roulements de tambour critiquant Ts’ao s’empare du personnage de Ts’ao Ts’ao pour décrire le cas classique d’un courtisan félon. Le récit se base sur trois textes littéraires différents traitant du même sujet et étalés sur 1000 ans: L’histoire de Han, La Romance des trois royaumes, et un texte traditionnel intitulé Kuang Gu Shi Yu Yang San Nong. Les auteurs et les styles en sont fort hétérogènes : le premier texte rend compte des annales d’un chroniqueur de la cour, le deuxième texte est une histoire que le peuple se transmettait oralement de génération en génération, et le troisième est une pièce de théâtre traditionnelle. Trois interprétations, donc…

D’où vient le titre de Ceremony?

Le titre “Cérémonie” est à double sens. D’une part, les sources littéraires que j’utilise se réfèrent toutes trois à un lieu de rencontre collectif : la cérémonie du tambour. Ce lieu inhabituel suggère par avance que nous aurons affaire à un personnage sortant de l’ordinaire. D’autre part, le récit présente un caractère cérémoniel. Il est basé sur des textes historiques faisant état de plus de mille ans d’histoire. Durant cette période, la répétition soutenue de ce récit a eu pour effet de consolider une image historique incontestable. Faisant poids et servant de norme, elle s’est incrustée dans la mémoire collective. Ces deux types de cérémonie se mêlent l’un à l’autre et décrivent ainsi un « événement historique » irréfutable.

Pourquoi avoir choisi le théâtre ? Selon vous, quel rôle doit idéalement jouer le théâtre dans notre société contemporaine ?

Le théâtre me permet d’établir un état de la question, de m’exprimer en direct, en chair et en os. Selon moi, c’est ce que doit être le théâtre : une manière de s’exprimer, l’expression de points de vue différents sur les arrière-plans généraux et intellectuels d’aujourd’hui. Et le théâtre doit simultanément prendre au sérieux son rapport à la société contemporaine et le fonder solidement.

Ceremony prend-il position par rapport à la société dans laquelle vous vivez ?

A l’instar de Ping Feng, cette pièce pose des questions et met en doute. Elle n’est pas simplement le reflet de la réalité, pas plus que son évocation symbolique ou suggestive.Ceremony réfléchit ma façon de penser actuelle dont le point de départ sont les relations sous-jacentes, les zones intermédiaires dont j’ai déjà parlé. Lorsque nous examinons l’Histoire d’un point de vue « relationnel », elle est tout autre chose qu’une succession d’événements passés et sans lien entre eux, elle devient un enregistrement du rapport des événements entre eux et dégage une façon de les comprendre et de les interpréter.

Ceremony s’inspire de trois textes littéraires et de leur processus de création. Il utilise une histoire individuelle afin d’analyser un événement historique. Chacun prend part à la cérémonie, comme orateur et comme acteur. La scène se transforme en un lieu où se mêlent présent et passé, ce qui permet au public de jouer un rôle en renforçant ce lien entre le drame et l’histoire.

Quelle relation souhaitez-vous installer avec ce public ?

Celle du dialogue : pouvoir se poser mutuellement des questions.

Un public occidental a-t-il assez de bagage pour accéder à la fine analyse proposée dans vos pièces ?

Je ne pense pas que le public ait besoin de formation spéciale (en langue chinoise ou en politique) pour comprendre la pièce, il s’agirait plutôt de votre propre lecture des choses, votre propre interprétation. Je pense que, par le biais des dialogues comme par le jeu des questions-réponses qui se déroule sur scène, je peux transmettre au public chaque « enjeu » de cette pièce.

Les circonstances en Chine influencent-elles votre processus de travail ?

Les équipements techniques des lieux où je dois travailler ne sont certainement pas adaptées à des performances multimédia. Je rencontre aussi pas mal d’écueils financiers. Il n’est pas toujours facile de constamment devoir changer de lieu et de transmettre malgré tout mes idées aux acteurs. Pour l’instant, mes répétitions se déroulent dans une salle de réunion d’environ 40 mètres carrés. Je dois tout le temps me rappeler et rappeler à mes acteurs comment se conformera le lieu de la représentation. C’est une expérience très intéressante.

Que voulez-vous ne jamais voir sur une scène ?

Une trame inamovible, une structure prévisible, le manque de liberté…

Et qu’est-ce qui vous attire ?

Ni le blanc, ni le noir, mais le gris. Je veux éprouver simultanément la compréhension et l’incompréhension, balancer entre le doute et la fermeté, être tiraillé par deux extrêmes…

Comment voyez-vous le monde ?

En ce monde nous semblons être soumis à deux forces: la première est difficile à prévoir, c’est une force naturelle ; l’autre se décrit le mieux comme une tentative d’imposer un changement au monde par le biais d’un contrôle. Je ne peux qu’osciller entre les deux : je ne peux pas me plier passivement à un plan général et imposé mais je me sens impuissant face aux forces qui viennent de je ne sais où et qui me contrôlent. Je ne peux comprendre le monde qu’à partir d’un micro-point de vue.
Nous devons donc dès le départ nous efforcer de créer une expérience visuelle, afin d’unifier l’espace où nous nous trouvons et l’espace fictif où nous jouerons ou voulons jouer.

Que détestez-vous le plus dans la nature humaine ?

Le pouvoir et l’indifférence.

Que lui préférez-vous ?

Partir en quête de nouveaux possibles…

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