CARLOS W. SÁENZ (1956 - )

Koninklijke Vlaamse Schouwburg / De Bottelarij
10.13.14/05 > 20:00
11/05 > 15:00
Duration: 60'
Eng, Fr, Nl


“Nous, Argentins, avons-nous encore une identité ? Si oui, sur quoi est-elle construite? Sur l’aveuglement et beaucoup d’amnésie...”

Ancien membre du collectif théâtral El Periférico de Objetos, Alejandro Tantanian vit à Buenos Aires où il est auteur, acteur, metteur en scène et chanteur. Son nouveau projet théâtral propose l’exploration-fiction d’une biographie argentine. Carlos W. Saenz (1956 - ), un anonyme caché dans l’Histoire. Ses proches exhument sa vie en fouillant leur mémoire. Leurs versions diffèrent. Que restituent-ils ? Une réalité ou leurs mythologies ?

Carlos W. Saenz a une adresse e-mail: n'hésitez pas à le contacter. Il a disparu, mais il répond...

cwsaenz@yahoo.com

Conception:

Alejandro Tantanian, Jorge Macchi & Edgardo Rudnitzky

Avec:

Ernesto Berardino, Hendrik De Smedt, Alejandro Tantanian.

Texte & Mise en scène:

Alejandro Tantanian

Traduction:

(Esp > En & D): Silvia Fehrman

Conception sonore & Compositeur sur la scène:

Edgardo Rudnitzky

Conception de l'espace, objets, photos & videos:

Jorge Macchi

Voix préenrégistrées:

Maria Marta Colusi, Luciano Suardi, Galin Stoev

Lumières:

Alejandro Le Roux

Acknowledgements:

KunstenFESTIVALdesArts - Hebbel-Theater team - Mousonturm team - Akademie Schloss Solitude team - Tiziano Manca - Maria Marta Colusi - Silvia Hilario - Ernesto Donegana - Eduardo Gazzotti - Miguel Rothschild - Luciano Suardi - Haiku - Estomba Apartments - Rosetti Apartments - Maza Apartments and Ateliers - Judith Augustinovic - Martina Pickhardt - Christine Meisner - La Nely at Martinez's port - María Elena Portantiero - Klaus Fehling

Coproduction:

Hebbel Theater (Berlin), Künstlerhaus Mousonturm (Frankfurt/Main), KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien amical de:

Akademie Schloss Solitude (Stuttgart)

Présentation:

KVS/de bottelarij, KunstenFESTIVALdesArts

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Carlos W. Sáenz est né à Buenos Aires le 29 mai 1956.

A partir des années ’70, il y poursuit une quantité impressionnante de travaux. Chacun de ces travaux contribue, tel une étape, à l’élaboration d’un grand projet artistique final. Il travaille à la préparation d’une « obra magna », inachevée à ce jour : le Théâtre de la Mélancolie, un bâtiment gigantesque qu’il veut ériger dans la ville de Buenos Aires. Pour y arriver, Sáenz s’exerce à différentes disciplines artistiques: la musique (il écrit un opéra, des chansons et une vaste œuvre instrumentale), la littérature (il écrit les paroles de ses propres chansons, le libretto de son opéra, des essais au sujet de la recherche scientifique, etc.) et l’audiovisuel (entre autres plusieurs œuvres sonores, quelques vidéos, plus de 300 dessins, etc.)

Les éléments de sa biographie sont confus. A un moment, Sáenz disparut de Buenos Aires. Depuis, plusieurs théories se sont nées au sujet son Théâtre de la Mélancolie: 1) Le théâtre n’aurait jamais été construit; 2) Le théâtre aurait quand même été construit dans un coin particulier de la ville; 3) Le théâtre serait la ville-même, et les piliers du bâtiment seraient enfouis à sept endroits différents dans le centre de Buenos Aires.

Par e-mail, le département dramaturgique du KunstenFESTIVALdesArts a envoyé une série de questions à Sáenz. L’artiste nous a renvoyé ses réponses par la même voie, le 31 mars. Il nous a fait savoir qu’il était fier que son œuvre soit enfin connue du public, et qu il était désolé de ne pas pouvoir venir à Bruxelles. Il ne nous a cependant rien dit de l’endroit où il se trouve. Actuellement, sa personne demeure une énigme...

Macchi, Rudnitzky & Tantanian

Quel fut le(s) détail(s) vécu, lu ou vu qui déclencha(èrent) l’idée de votre grand projet artistique ?

La tristesse. Ce qu’elle charrie. Mon projet a toujours été en relation avec les questions liées à cette tristesse. Celle-ci n’a rien de neuf dans l’histoire de l’humanité. Tout y semble contaminé, corrompu par la tristesse. Nous sommes contraints de vivre dans son royaume. La tristesse est mon premier et seul allié. J’ai toujours travaillé pour et contre elle, jadis et aujourd’hui, et je continuerai ainsi.

Votre projet s’inscrit-il littéralement ou métaphoriquement dans le contexte de société dans lequel vous vivez ?

Littéralement. Les métaphores sont pour les lâches.

S’il en est ainsi, dans quel sens?

Je voudrais répondre à cette question par une autre question (et pardonnez-moi mon humeur chagrin). Êtes-vous heureux? Si votre réponse est OUI, vous n’appartenez pas à ce monde. Si votre réponse est NON, vous comprendrez exactement comment mon projet se situe dans le contexte de notre société.

Pouvez-vous nous décrire le paysage des arts dans votre pays?

Je n’ai pas de pays.

Où vous situez-vous dans ce paysage?

Je suis en dehors de tout. C’était autrefois mon problème. Aujourd’hui, c’est mon avantage.

Si votre projet prend pour départ une écriture, qu’est-ce qui déclencha le choix de cet auteur ?

Mes sources sont celles qui sont gravées au plus profond de la mémoire de l’humanité. Je ne me pose jamais de questions sur ce qui déclenche mes choix. Je ne peux fournir aucune explication à mes actes. On ne s’explique pas les lois de la pesanteur, on les a identifiées et nommées. Et mon nom est Carlos W. Sáenz. Je ne saurais pas vous expliquer ce que recèle mon nom.
Permettez-moi d’insérer ici une citation: « Que reste-t-il d’une rose d’hier aujourd’hui disparue ? Uniquement son nom. » C’est tout ce que nous possédons : des noms, seulement des noms, des noms dégarnis.

Si vous travaillez au départ de textes non écrits pour le théâtre, comment les transformez-vous pour qu’ils soient féconds sur un plateau de théâtre ?

Voilà le grand problème des gens de théâtre. Je suis un nom, un nom dégarni. Aucune image ne l’orne. Il est par conséquent difficile de trouver une langue de théâtre qui s’inspire de ce nom. Je suis les mots qui sont là, rien de plus.

Quel est le fil rouge qui sous-tend votre œuvre ?

La mélancolie est le sang qui court par nos veines. La violence, aussi. Et la tristesse. J’espère qu’une adaptation de mon œuvre pour le théâtre (s’il existe quelque chose comme ça) sera attentive à ces sangs – ces sens – différents. Je dirais même plus : j’espère qu’il n’y aura pas « d’aménagement spécifique pour le théâtre”. Je désirerais être présenté tel que je suis. Je sais que vous aller me demander: « Mais comment êtes-vous? » Malheureusement, je n’ai aucune réponse à cette question.

Quelles sont les pistes de travail que vous envisagez pour transmettre au public de la manière la plus juste le contenu de votre projet ?

Selon ce que j’en sais, le projet sera présenté sous la forme d’une conférence. Des « artistes » argentins vont m’évoquer, moi et mon œuvre. J’ose espérer que le public pourra s’immerger dans mon œuvre et partager son éternel mécontentement. Le contenu est mien. Et mon œuvre me raconte éloquemment, ce qui n’est pas un « statement » courant de nos jours. On ne peut me séparer de mon œuvre.

Comment désirez-vous que ces artistes vous évoquent ?

Les moyens seront déterminés par les « artistes ». Je suis le sujet. Je ne peux pas prendre de décision, je ne suis que la trace de moi-même. Mon seul recours pour exister est l’invisibilité.

Qu’est-ce que vous détestez sur un plateau de théâtre ?

Le mensonge. Les gens qui essaient de me convaincre qu’ils ne sont pas eux-mêmes mais quelqu’un d’autre. Il y en a plein comme ça. A quoi sert-il de se rendre à un endroit et de payer pour voir des choses dont la vision nous fatigue déjà au quotidien.

Qu’est-ce qui vous coupe le souffle au théâtre?

La détermination du public à simuler sa croyance en l’illusion.

Quelle est la relation que vous souhaitez installer au grand jour avec le public ?

J’aimerais construire la dernière phase de mon Théâtre avec lui.

Quel est le rôle que devrait idéalement jouer le théâtre pour vous dans une société contemporaine ?

« Idéalement »..., cela vient du mot « idée ». Voilà ma réponse à votre question.

Pourquoi avez-vous choisi le théâtre comme moyen d’expression?

C’est le théâtre qui m’a choisi. Ce sont ces Argentins qui ont décidé de présenter mon œuvre dans le cadre d’un festival de théâtre. Il faudra leur demander. Gageons qu’ils ne savent pas, non plus?

Qu’appréciez-vous le plus dans la nature humaine ?

Machiavel m’a enseigné que tout prince doit être moitié lion, moitié renard. Le lion lui donne la force, mais pas la sagesse. Le renard donne lui l’indispensable sagesse pour utiliser à bien la force que le lion lui a donnée.

Que détestez-vous le plus?

Esquiver la vie.

Que considérez-vous comme le niveau le plus bas de la misère ?

Ne pas goûter la saveur amère des larmes que la Mélancolie fait verser à ses enfants. Se promener dans la vie avec un éternel sourire sans même se demander pourquoi on sourit. Être dépossédé de tristesse.

Qu’aimez-vous par-dessus tout ?

M’inventer toujours, jour après jour.

Comment regardez-vous le monde?

Au travers des cendres et à travers de petits morceaux de verre brisés.

Carlos W. Sáenz nous a laissé son adresse e-mail. Il ne pourra pas être présent à Bruxelles à nos côtés mais il nous a fait savoir qu’il serait très heureux de recevoir vos commentaire ou messages et qu’il serait fier d’y répondre. Vous pouvez le joindre à : cwsaenz@yahoo.com

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