Boundary Games

    22/05  | 20:30
    23/05  | 20:30
    24/05  | 20:30
    25/05  | 20:30
    26/05  | 18:00

€ 16 / € 13 (-25/65+)
± 1h

Rencontrez les artistes après la représentation du 23/05

Jeune artiste bruxelloise, Léa Drouet compte aujourd’hui parmi les figures émergentes de la scène internationale. Son travail investit le champ de la performance, de l’installation et de la musique expérimentale pour proposer des expériences esthétiques – et électriques – qui mettent en jeu les dynamiques de groupe et ses (dis)harmonies. Après Derailment (2015) et Mais dans les lieux du péril croît aussi ce qui sauve (2016) qui tous deux prenaient d’assaut des lieux underground de Bruxelles, le Kunstenfestivaldesarts présente aujourd’hui sa nouvelle création. Avec Boundary Games Léa Drouet retourne au plateau qu’elle transforme en périmètre de jeu et d’expérimentation pour ses six performeurs. Tel un laboratoire social, la pièce teste les processus de fabrication et de dissolution des groupes. D’infinis (ré)agencements de corps, de sons et d’éléments scénographiques définissent de nouvelles règles sociales comme autant d’alternatives aux seuls principes d’inclusion et d’exclusion. Boundary Games fait voler en éclats la division binaire « nous/eux » à laquelle se réduit trop souvent notre rapport à l’autre. Elle ouvre un nouvel espace de négociation. Comment y circulerons-nous ?

À voir aussi
Workshop for associations avec Léa Drouet 23/05 > 8/06

De
Léa Drouet

Avec
Frédéric Bernier, Madeleine Fournier, Catherine Hershey, Simon Loiseau, Marion Menan & Bastien Mignot

Scénographie, costumes
Gaetan Rusquet

Travail sonore
Yann Leguay

Dramaturgie
Camille Louis

Entraînement hypnose
Marie Lisel

Assistante à la mise en scène
Laurie Bellanca

Lumières & régie générale
Grégory Rivoux

Chargée de production & diffusion
France Morin / AMA

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Les Tanneurs

Production
Vaisseau

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Nanterre-Amandiers, Théâtre Les Tanneurs, Charleroi danse – Centre choréographique de la Fédération Wallonie- Bruxelles, La Coop asbl

Avec le soutien de
Actoral – Festival & Bureau d’accompagnement d’artistes, Fédération Wallonie-Bruxelles, Service du Théâtre, Shelterprod, Taxshelter.be, ING & Tax- Shelter du Gouvernement fédéral belge

Résidences
Kunstencentrum Buda, La Bellone

Back to top

Boundary Games : les jeux du lien et de la déliaison, les jeux de lignes qui ne cessent de passer du tracé des frontières à la potentialité des traits d’union ; jeux qui dessinent une scène, à la fois étrange et familière, où esthétique et politique se rencontrent, se nourrissent, se déjouent… Il ne s’agit pas de ce que certains considèrent aujourd’hui comme un « retour de l’art politique » et qui tend bien souvent à n’être qu’un retour vers l’art idéologique où l’Artiste, expert génial, doit venir énoncer la vérité d’un monde dont il sait, mieux que quiconque, diagnostiquer la crise. Il s’agit à l’inverse d’habiter la crise, de s’installer là où la représentation tremble, ne peut s’achever en l’image d’un « nous » malade ou en santé et requiert, à l’inverse, la mise en présence de nos images manquantes, de ces lacunes et de ces trouées depuis lesquelles un trait d’imagination peut dessiner, timidement, un horizon vers lequel on tendrait différemment.  

Dans ce passage de l’imagerie à l’expérience, il n’y a pas de « crise des réfugiés » que l’Artiste engagé devrait venir dénoncer. Il n’y a que la mise en crise, vécue ensemble et par chacun, de nos représentations du « eux » et du « nous ». Il n’y a que le bouleversement de cette frontière-mur qui « nous » placerait du bon côté de la crise, et qui devient ici frontière-passage, le long de laquelle « je » me mets à trembler, « nous » nous mettons en crise et la faisons jouer dans sa capacité à dévoiler des identités que, pour vouloir voir assurées et assumées, on a fini par faire taire.

Ce que vient questionner l’artiste Léa Drouet dans cette pièce, ce ne sont pas les « politiques migratoires » telles qu’elles sont pratiquées par nos gouvernements contemporains, ce sont plutôt les potentialités politiques de nos subjectivités mouvantes, migrantes. Ce sont nos capacités ou incapacités à accueillir l’autre, à « nous » accueillir en tant qu’autres et, par-là, à renouer avec le sens et la sensibilité de la politique : la composition d’un commun qui ne pourra jamais être un comme Un. C’est bien cela qui s’éprouve à chaque instant de la performance. Qui s’éprouve  intimement plus qu’il ne serait démontré objectivement par la force d’un plateau et du pouvoir des acteurs. On passe sans cesse du pouvoir aux puissances ou à la reconnaissance sensible de, si ce ne sont pas nos impuissances, nos difficultés à « inclure » ce qui ne nous est pas familier, et à nous déplacer sur le terrain de l’autre. 

Ce ne sont pas des théories qui nous exposent ces tensions : ce sont des jeux, presqu’aussi simples (et profonds) que sont les jeux d’enfants. Des performeurs déambulent, déposent un certain type de matériau, un monde de couvertures devient notre monde, nous nous y installons, nous nous l’approprions sensiblement… ou nous en faisons peu à peu notre « propre » : ce qui nous est propre et ce qui rend toute différence impropre, anormale, dérangeante, intolérable… Des reliefs apparaissent, la matière reste  la même mais un motif nouveau, inconnu pénètre ce milieu installé et c’est tout un monde qui semble s’effondrer… l’hospitalité n’est pas si ancrée. « Nous ne savons pas ce que peut un corps », disait Spinoza et cela ne signifie pas seulement que nous mésestimons les puissances d’une sensibilité où, en réalité, nous pourrions trouver notre salut. Cela peut aussi signifier que nous ne savons pas à quel point nos corporéités, nos organicités ne supportent pas l’altérité, la matière autre, ce que « je » ne reconnais pas comme propre à moi, au même, à l’identique, ce dans quoi j’ai forgé mon identité. Non la rencontre n’est pas une dynamique innée entre individus, elle est ce que des singularités agissent et ce qui ne cesse de les agiter.

Avec la légèreté d’un jeu d’enfant, Léa Drouet nous met en prise avec la complexité de nos sensibilités. Elle nous fait expérimenter tout autant ce qu’il y a de conflictualité dans toute forme de relation, dans tout rapport avec l’hétérogène que, du même coup, ce qu’il y a de puissance et de chance dans la conflictualité assumée comme telle. Nous ne nous accorderons peut-être jamais, nous ne formerons jamais une parfaite unité mais, dans cette expérience dérangeante où nos mâchoires grincent et nos peaux se tendent au contact de l’inconnu, se tient peut-être l’horizon d’une transformation, d’une conversion, voire d’une révolution sensible depuis laquelle saurait naitre, à l’inverse de sa crise diagnostiquée, une politique de l’hospitalité.  

« Esthétique » signifie avant tout « pouvoir expérimenter ». En nous permettant d’éprouver ce qui « nous » constitue en « nous » destituant sans cesse, ce qui nous détache des identités établies et assignées en nous poussant sur la voie des devenirs multiples, des devenirs d’un « nous » fait de rapports avec du multiple, Boundary Games invente, sans prétention, sans manifeste, sans « cause » à défendre, une esthétique politique. Où peut-être devrait-on dire que la performance présente un point de vue neuf, inconnu et qui ne se théorise pas où l’esthétique devient condition d’une politique à venir. Celle sans laquelle « nous » ne nous survivrons pas, celle qui allie conflictualité et monde commun : politique de l’hospitalité, encore. Encore plus.  

Camille Louis, Philosophe et dramaturge de Boundary Games

Back to top

Léa Drouet est une metteur en scène française. Elle est diplômée de l’Institut National Supérieur des Arts de la Scène de Bruxelles (INSAS) en section mise en scène. Elle est installée et travaille à Bruxelles depuis 2010. Son travail prend différentes formes et circule entre l’installation, le théâtre et la performance. Elle fonde VAISSEAU en 2014, une structure de production qui tente de s’adapter aux différentes propositions, aux différents formats expérimentés et ceux encore à venir. Malgré la diversité des formes proposées, on perçoit son intérêt constant pour certaines questions. Comment peut-on faire basculer des problématiques des sciences humaines dans le régime du sensible, du sonore, du corporel et de la matière ? Qu’est-ce qu’un groupe ? Comment partager des expériences esthétiques qui traduisent différentes organisations relationnelles ? Proche de la scène musicale expérimentale bruxelloise, elle collabore avec divers musiciens Elle s’entoure aussi d’artistes au croisement de plusieurs pratiques : acteurs-danseurs-performeursplasticiens-musiciens 0&, présenté au Festival XS du Théatre National se crée en collaboration avec Clément Vercelletto, et rassemble 20 performeurs pour un concert de magnétophone cassettes. Plusieurs versions de cette choralité spatialisée seront déclinées par la suite à l’invitation du Kunstenfestivaldesarts dans la Gare de Bruxelles-Congrès (DERAILMENT, 2015) ou au Palais de Tokyo pour l’événement Indiscipline (Tape ensemble, 2016). Mais au lieu du péril croît aussi ce qui sauve est présenté au skatepark des Brigittines pour l’ouverture du Kunstenfestivaldesarts en 2016. L’événement s’est construit en collaboration avec les utilisateurs du skate-park autour de la notion de prise de risque et de l’accident. Il rassemble des entretiens avec trois jeunes skateurs autour de leurs blessures et de leur rapport au risque, et l’installation d’un cercle de feu dans lequel les skateurs tentent des figures périlleuses en public. En mai 2017 elle est invitée par Camille Louis (philosophe et dramaturge, membre du collectif kompost) à Athènes dans le cadre de la nuit de l’esthétique organisée par le Goethe Institut et l’Institut Français. Elle travaille à cette occasion sur une installation performance sous forme de jeu libre intitulé Squiggle, une situation conversationnelle verbale et sculpturale dans l’espace public.

Back to top