Boumkœur/Cuisine et dépendances, Gezegd en Gezwegen

Différents lieux dans la ville

Dutch version:
7.8.9.10.11/05 > 20:00
12/05 > 18:00
de bottelarij
Dutch version: NL & FR - Subtitles: NL

French version:
20.21.22.23.24.25/05 > 21:00
Théâtre de la Balsamine
French version: FR

105'

D'un côté, une pièce à succès : Cuisines et dépendances - Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ; de l'autre, un best-seller au rayon des romans : Boumkœur - Rachid Djaïdani. D'un côté, les vicissitudes d'un couple sans histoire qui invite, au salon, des gens que l'on ne verra jamais en cuisine ; de l'autre, la vie comme elle est en banlieue parisienne. D'un côté, dialogues efficaces, humour français ; de l'autre, maîtrise d'argot suburbain, témoignage à la première personne. D'un côté, une première œuvre écrite par un tandem médiatique ; de l'autre, la première œuvre d'un gars qui se tape encore tous les contrôles d'identité au faciès. Depuis, un théâtre flamand, un francophone et un festival bilingue se sont unis pour co-produire une compagnie flamande bilingue dont la réputation n'est plus à faire.

Textes:

Rachid Djaïdani (Boumkoeur), Agnès Jaoui & Jean-Pierre Bacri (Cuisine et dépendances)

Une représentation de et avec:

Mohamed Ouachen, Abdelmalek Kadi, Guy Dermul, Nedjma Hadj, Willy Thomas, Mieke Verdin

Traduction:

Jan Simoen (Boumkoeur), Dito'Dito (Cuisine et dépendances)

Coproduction:

Dito'Dito (Brussel/Bruxelles), KVS/de bottelarij (Brussel/Bruxelles), Théâtre de la Balsamine (Brussel/Bruxelles), KunstenFESTIVALdesArts

Avec le soutien de:

Ministerie van de Vlaamse Gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie, SIF

Présentation:

KVS/de bottelarij,

Théâtre de la Balsamine,

KunstenFESTIVALdesArts

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Dito'Dito est une compagnie de théâtre bruxelloise qui, depuis 1996, se concentre sur les réalités de Bruxelles, la ville comme matériau dramatique. Elle cherche ainsi à élargir son public. Très concrètement, cela signifie que cette compagnie néerlandophone a décidé de traduire systématiquement ses représentations en deux langues, sur les trois officielles que compte le pays. Parallèlement, des relations de travail avec des jeunes et des artistes ayant d'autres bagages culturels ont été entamées. Cette approche, non seulement élargit mais aussi augmente l'audience. Nourris et motivés par la curiosité, ils invitent les habitants de la ville, et d'ailleurs, à regarder, sans préjugés, au-dessus des murs.

C'est pendant la première édition d'October-Oktobre 1999 - un projet où les acteurs de Dito'Dito présentent, pendant quatre semaines, au Beursschouwburg et au Théâtre de la Balsamine, de nouveaux petits travaux avec d'autres acteurs ou des artistes venus d'autres disciplines - que Kadi Abdelmalek et Mohammed Ouachen ont présenté leur première version de Boumkœur.

Le jeune et célèbre écrivain franco-algéro-soudanais Rachid Djaïdani raconte, dans son roman Boumkœur, l'histoire d'un jeune gars de la banlieue parisienne aux prises avec ses petits et grands problèmes, l'isolement de la périphérie et les difficultés pour survivre au grand vide. Une réalité qui reçoit encore peu d'écho sur nos scènes.

C'est pendant l'été 2000 que Dito'Dito, avant même de lire Cuisine et dépendances, est tombé sous le charme de Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. Dito'Dito travaillait à l'époque avec la compagnie bruxelloise Tristero sur Un air de famille (du même duo) dans un café populaire de la ville.

Dans Boumkœur, un jeune homme essaie de survivre dans la périphérie de Paris. Il parle, parle, parle pour ne pas se noyer. Parler pour exister. Il y a trop à dire. Il y a trop de choses qui arrivent en même temps. Pas le temps, pas la place, pas le luxe de s'ennuyer. Il doit survivre. Ce n'est pas pour autant qu'il se présente comme une victime. Il va plutôt à l'attaque, mordant, avec ses phrases aussi poétiques qu'humoristiques. Il exige le droit de parler, il force à ce qu'on l'écoute.

" Moi aussi j'ai de la haine.

Ma cité va craquer

et ce n'est pas sur un air de raï

que je ferai mon état des lieux. "

(dans Boumkœur)

Dans Cuisine et dépendances, quelques quarantenaires bourgeois se retrouvent, après des années, à l'occasion de ce qui aurait dû être une fête. Ils n'ont vraiment rien à se dire. Ils n'attendent plus rien de la vie. Ils traînent leur ennui de la cuisine au salon, du salon à la cuisine. Ils parlent, mais ne disent rien. Ils remplissent le vide de banalités. Chercher une bière est tout un événement.

Martine: Est-ce que je peux te poser une question ?

Charlotte: Oui...

Martine: Il faut que tu me répondes très sincèrement.

Charlotte: Oui, oui, vas-y...

Martine: Tu me promets ?...

Charlotte: Oui, je te le promets, sincèrement...

Martine: Est-ce que c'était vraiment trop salé ?

(dans Cuisine et dépendances)

La représentation est jouée par le noyau dur de Dito'Dito (Nedjma Hadj, Mieke Verdin, Guy Dermul et Willy Thomas) étendu à un ancien membre de la compagnie, Kadi Abdelmalek, et Mohamed Ouachen qui fut régulièrement invité à travailler avec eux. Ouachen n'est pas seulement le plus petit mais aussi le plus jeune des 6 membres de la compagnie. Il est au propre comme au figuré, le plus proche du monde de Djaïdani. Boumkœur sera donc joué par lui. Les autres acteurs tournent autour de la quarantaine et en savent pas mal sur ces sortes de fêtes ratées qui se trouvent dans Cuisine et dépendances.

Boumkœur sera joué en français. Au bottelarij, c'est évident, le public y étant majoritairement flamand Boumkœur sera surtitré en flamand. C'est que nous ne voulons pas casser la spontanéité de la langue, son caractère argotique qui va très bien à Ouachen, car c'est aussi sa langue. Il n'en est pas de même avec la langue de Cuisine et dépendances où chaque membre de la distribution arrive avec une langue maternelle différente. Cette impuissance naturelle devant la langue convient très bien aux relations bancales que les personnages entretiennent entre eux.

Cuisine et dépendances joue, non sans humour et ironie, avec les codes et conventions du théâtre bourgeois d'aujourd'hui. Boumkœur ne joue pas avec les règles, il n'en a tout simplement rien à faire. Parler est essentiel, pas le temps donc de s'arrêter à l'accessoire. Grâce à une langue qui se réinvente à chaque virgule, on sort enfin des clichés liés aux " problèmes insolubles des jeunes dans les banlieues sinistrées ", clichés que les médias affectionnent particulièrement.

Deux mondes d'apparence extrêmement différents et qui pourtant appellent au même changement d'air. Boumkœur est comme un ouragan qui dévaste tout dans la cuisine de Bacri et Jaoui. Un court-circuit qui met à nu, et sans pardon, les mécanismes du monde d'aujourd'hui. Les deux textes utilisent, sans relâche, le chemin de l'humour pour rendre digestes des réalités qui ne le sont pas.

L'isolement des jeunes de la périphérie est encore plus flagrant quand il est confronté au luxe de ces familles bourgeoises de la " Grande Ville " qui n'arrivent pas à vivre heureux ensemble, ni en couple, ni avec leurs soi-disant amis. Et la petite fête dans Cuisine et dépendances courrait à la catastrophe si les personnages n'étaient pas décrits avec autant d'humour. Là aussi, au milieu de la fête, les individus sont esseulés. Ils s'enlisent dans de faux problèmes, comme si la complexité du monde qui les entoure n'existait qu'à peine...

Pendant les répétitions, on cherchera comment et jusqu'où la situation pénible de la périphérie dérangera la misérable petite fête de la ville.

Dito'Dito, janvier 2001

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