Autóctonos

Théâtre Les Tanneurs
  • 23/05 | 20:30
  • 24/05 | 20:30
  • 26/05 | 18:00
  • 27/05 | 20:30

€ 16 / € 13
1h

Rencontrez les artistes après la représentation du 24/05

La chorégraphe bruxelloise d’origine argentine Ayelen Parolin développe depuis plus de dix ans une œuvre insaisissable. À chaque fois singulières, ses créations ont cependant toutes en commun de scruter la nature humaine de manière méthodique. Avec Autóctonos, créé au festival, elle s’oppose à la société de la performance et à la tyrannie de la positivité. Refusant l’homogénéisation et l’aplatissement, elle convoque ce qui souvent se refoule : la négativité, la différence, la dysharmonie. Elle tente la poésie et l’action, le brut et le subtil, la violence et l’ordre, pour parier sur l’émergence d’une communauté humaine émancipée. Car c’est peut-être seulement dans l’acceptation des contradictions que les hommes peuvent encore bâtir le collectif. Spectacle pour quatre danseuses et une pianiste, Autóctonos propose un rituel pluriel et néanmoins commun. Nous sommes tous des autochtones, et tous des étrangers – aux autres comme à nous-mêmes.

Concept
Ayelen Parolin

Concept & chorégraphie
Ayelen Parolin, en collaboration avec les performeuses

Avec
Varinia Canto Vila, Ondine Cloez, Aymará Parola, Sophia Rodríguez

Création musicale & piano
Lea Petra

Dramaturgie
Olivier Hespel

Création lumières
Laurence Halloy

Costumes
Marie Artamonoff & Coline Firket

Fabrication costumes
les ateliers costumes du Théâtre de Liège

Conseiller folklorique
Milan Herich

Manager de tournée
Karin Vermeire

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Les Tanneurs

Production
Ruda asbl

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre Les Tanneurs (Bruxelles), Théâtre de Liège, Montpellier Danse 2017, Centre Chorégraphique National de Tours/Thomas Lebrun, Le Gymnase CDC Roubaix-Hauts de France, Le CCN Ballet National de Marseille, CDC Atelier de Paris & Theater Freiburg (DE)

Avec le soutien de
Fédération Wallonie-Bruxelles – Service de la Danse, WBI, WBT/D, SABAM & SACD

Studios
La Raffinerie / Charleroi Danses, Théâtre Les Tanneurs, Les Brigittines, Grand Studio, Studio Cie Thor, Studio Ultima Vez, ZSenne Art Lab, Centre Chorégraphique National de Tours & Le Gymnase CDC

Ayelen Parolin est en résidence de création au Théâtre de Liège pour 2016 et 2017, en résidence administrative au Théâtre les Tanneurs (Bruxelles) et est accompagnée par Grand Studio (Bruxelles).

Possibilité d’ateliers avec Ayelen Parolin au sein de votre association, suite au spectacle, en collaboration avec Article 27. Pour plus d’infos, contactez Patricia Balletti.

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À propos du projet

« Qui est issu du sol même où il habite, qui est censé n’être pas venu par immigration ou n’être pas que de passage… » Telle est la définition d’autochtone selon Le Robert. À la fois un nom et un adjectif, mais avant toutun concept, que l’après Seconde Guerre mondiale a voulu dissoudre, toutcomme il a démonté la théorie des races que l’on croyait jusqu’alorsrésolument scientifique… Il n’empêche, la conception est tenace. Et cesdernières décennies, plus pugnace encore, tant ce rapport au sol, sinonaux origines, bedonne/résonne avec une intensité exponentielle. Quel’on parle de régionalisme, de nationalisme, de populisme… Autant decailloux devenus îlots, archipels florissants même, dans la mare démocratiqueoù nous pataugeons tou.te.s. De quoi asphyxier un peu plusun « nous » déjà bien anémique, et rendre plus obèse encore un « je »toujours plus narcissique et fermé sur lui-même.

Dans ses différents écrits, le philosophe allemand d’origine coréenne Byung-Chul Han observe notre époque et la qualifie de société de la performance et de l’excès de positivité. Une société non plus de la discipline et du devoir (propres aux deux siècles passés) mais du pouvoir, de la volonté individuelle. Une ère de la liberté et de la dérégulation qui rejette au maximum le négatif et prône le tout-positif. Une ère où il ne s’agit plus de résoudre des problèmes mais de trouver des solutions, où il n’y a plus d’aveugles mais des malvoyants, plus d’exilés/réfugiés mais des migrants… Les mots d’ordre ne sont plus obéissance, lois et devoirs (par trop négatifs) mais responsabilité, initiatives et motivation. Démarches personnelles et réalisation de soi sont les corollaires de cette idéologie positive du verbe pouvoir qui encourage chacun à se comporter comme s’il était son propre entrepreneur. Plus d’exploitant ni d’exploité, plus de maître ni d’esclave, mais un dispositif d’auto-exploitation beaucoup plus efficace en termes de productivité et de croissance que l’exploitation par un tiers, puisqu’elle s’accompagne d’un sentiment personnel de liberté… Ici aussi, on l’aura compris, l’Autre, le Nous, se dilue irrépressiblement à la faveur d’un Moi narcissique toujours plus insatisfait, isolé, enfermé dans ce dispositif qui le pousse à aller toujours plus en avant, invariablement, au point de s’oublier lui-même, voire de se perdre totalement. Dépression, burn-out ou, au contraire, syndrome de déficit d’attention/hyperactivité seraient les conséquences pathologiques directes de cette exploitation volontaire de soi-même poussée à un point tel que le sujet se trouve dans l’impuissance de dire « non » aux impératifs de performance et à la logique du « pouvoir-tout »… Explosion du Nous. Implosion du Moi. Et le présent comme un trou noir.

Ce double faisceau d’idées et d’images a servi d’embarcadère à Autóctonos, radeau scénique sur lequel Ayelen Parolin a invité cinq personnalités fortes, chacune très singulière : la compositrice et pianiste Lea Petra, les chorégraphes et performeuses Ondine Cloez, Varinia Canto Vila, Aymará Parola et Sophia Rodríguez. Un équipage volontairement éclectique qu’elle embarque dans une guerre intangible où il serait à la fois question de structure et de spontanéité, d’essentiel et de bagatelle, d’animal et de politique. Un choix délibéré pour ce projet qui s’est donné pour enjeu formel de creuser cet excès de positivité ambiant qui aplanit, uniformise, lisse, égalise la complexité par essence chaotique de toute chose. Pas de négativité pour autant ; la réponse serait tout aussi univoque et uniforme. Mais l’envie plutôt d’orchestrer un « tout » complexe et pluriel, en jouant volontiers tant avec des dysharmonies, dissonances et asymétries qu’avec des contradictions, de l’incongruité, de l’instabilité.

Olivier Hespel, mai 2017

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Ayelen Parolin (1976) est chorégraphe et danseuse. Elle est née à Buenos Aires, vit et travaille à Bruxelles. Elle a étudié à l’École Nationale de Danse et au Théâtre San Martin à Buenos Aires. En Europe, elle a suivi la formation e.x.e.r.c.e. à Montpellier, et a ensuite travaillé comme interprète pour Mathilde Monnier, Cie Mossoux-Bonté, Jean-François Peyret, Mauro Paccagnella, Louise Vanneste, Alexandra Bachzetsis, Anne Lopez et Riina Saastamoinen. Depuis 2004, elle développe un travail personnel. Elle a d’abord créé le solo 25.06.76, dans lequel elle explore son autobiographie. Avec Troupeau/Rebaño, elle se confronte à l’animal endormi en chacun de nous, et avec la pièce SMS and Love, elle questionne la féminité et ses dynamiques de groupe. Dans DAVID, elle « contemple » la figure masculine à travers une exploration sensorielle et une déconstruction des clichés d’un modèle canonique, symbole de la masculinité : le David de Michel-Ange. Avec Hérétiques, un duo pour deux danseurs et une pianiste-compositrice Lea Petra interprétant en direct sa composition, Ayelen Parolin se plonge dans une écriture de mouvement rigoureusement précise, calculée et obstinée pour parler du social dans une abstraction amenée jusqu’aux limites du corps. En 2015, Ayelen Parolin s’est centrée sur la/les femme(s). Dans le duo Exotic World, tout d’abord – une commande du Théâtre National et de la SACD, carte blanche à Ayelen Parolin et à la réalisatrice et ancienne stripteaseuse Sarah Moon Howe ; ensuite dans le solo La Esclava, co-écrit et interprété par Lisi Estaràs. En juillet 2016, elle a présenté au Seoul Art Center sa création Nativos, une pièce dans le même esprit d’endurance et de performance qu’Hérétiques, une pièce avec 4 danseurs coréens où elle réactive le matériel chorégraphique d’Hérétiques tout en le confrontant à la culture coréenne, et notamment sa forte tradition chamanique. Elle a créé et montré son travail en Belgique, en France, au Luxembourg, en Suisse, en Autriche, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Finlande, en Norvège, en Estonie, en Italie, en Espagne, en Serbie, en Israel, à New York, au Mexique, en Equateur, en Argentine et en Corée du Sud.

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