Arde brillante en los bosques de la noche

Théâtre National
  • 19/05 | 20:30
  • 20/05 | 20:30
  • 21/05 | 18:00
  • 22/05 | 20:30
  • 23/05 | 20:30

€ 18 / € 14
1h 40min
ES > FR / NL

Rencontrez les artistes après la représentation du 20/05

Que faire ? C’est ainsi qu’à l’aube du XXe siècle, Lénine intitule un essai qui allume la mèche de la Révolution russe de 1917. Cent ans après ce tournant historique, l’Argentin Mariano Pensotti se demande ce qui reste encore aujourd’hui de l’idéal socialiste. Metteur en scène essentiel de notre temps, Pensotti est mondialement admiré pour son langage théâtral inventif qui emprunte au cinéma. Dans son dernier spectacle, il explore de nouvelles méthodes narratives mêlant marionnettes, jeu d’acteur et film. Arde brillante en los bosques de la noche entrelace les récits contemporains de trois femmes dans la vie desquelles la Révolution russe continue à se réverbérer. Construite comme une poupée russe de fictions à l’intérieur de fictions, la pièce ne laisse que graduellement le voile se lever sur l’Histoire. À la poursuite des utopies des avant-gardes, Pensotti imprime au temps un mouvement circulaire et met en évidence le gouffre séparant ceux qui font l’Histoire et ceux qui la vivent. Les trois protagonistes trouveront-elles une délivrance dans la mer de flammes de la révolution ?

À voir aussi
Workshop

Textes & mise en scène
Mariano Pensotti

Avec
Susana Pampín, Laura López Moyano, Inés Efrón, Esteban Bigliardi, Patricio Aramburu

Décors & costumes
Mariana Tirantte

Musique
Diego Vainer

Lumières
Alejandro Le Roux

Production
Florencia Wasser/Grupo Marea

Assistants scénographie
Malena Juanatey, Tatiana Mladineo

Assistants décors
Gonzalo Córdoba Estévez, Tatiana Mladineo, Luciana Peralta

Assistant mise en scène
Juan Schnitman

Réalisation technique de la vidéo
Scénario & réalisation

Mariano Pensotti

Assistant réalisation
Juan Schnitman

1er assistant réalisation
Lionel Braverman

Production
Paolo Donizetti

Assistant production
Azul Aizenberg

Cinematographie/DOP
Soledad Rodriguez

Assistant caméra
Mercedes Laborde

Gaffer
Sandra María Grossi

Direction artistique & costumes
Mariana Tirantte

Assistants direction artistique & costumes
Gonzalo Córdoba Estévez, Tatiana Mladineo, Luciana Peralta

Maquillage & effets spéciaux
Mariana Jara

Sons
Nahuel Palenque

Assistants sons
Sofia Straface & Lucio Fontana

Montage
Andrés Estrada

Corrections colorimétriques
Soledad Rodriguez

Musique
Diego Vainer

Animation
Andrea Torti

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Commissionné & co-produduit par
HAU Hebbel am Ufer (Berlin)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, Complejo Teatral de Buenos Aires, Teatro Maria Matos/House on Fire, avec le soutien du Programme Culture de l’Union européenne

En collaboration avec
El Cultural San Martín

Représentation à Bruxelles avec le soutien de
Embajada de la República Argentina en Reino de Bélgica

Back to top

Arde brillante en los bosques de la noche

Cette année marque les cent ans de la révolution russe de 1917. À l’occasion de ce centenaire, Arde brillante en los bosques de la noche [Feu brillant dans les forêts de la nuit] s’intéresse à quelques-unes de ses possibles répercussions artistiques et politiques dans le monde actuel. Il est difficile de ne pas penser que beaucoup des problèmes auxquels était confrontée la majeure partie de la population mondiale il y a cent ans ne sont pas tellement différents de ceux qu’elle doit affronter à l’heure actuelle. Il s’agit peut-être d’une simplification, mais les conflits portant sur l’égalité, la redistribution de la richesse, les droits des travailleurs et la lutte contre de nouvelles formes d’exploitation semblent aussi pertinents aujourd’hui qu’en 1917.

Arde brillante… est une pièce composée de plusieurs histoires centrées sur les vies de trois femmes d’aujourd’hui dont les expériences sont, de manières très diverses, marquées par la révolution russe. Elle est racontée par l’intermédiaire de trois formats, distincts pour chacune de ses parties. Il s’agit d’un spectacle de marionnettes, lesquelles vont un jour voir une pièce de théâtre dont les personnages vont voir un film. Construite comme une grande poupée russe de fictions à l’intérieur de fictions qui s’influencent les unes les autres. Tout comme les révolutions, l’art crée des possibilités de mondes qui n’étaient pas visibles auparavant. Est-il possible d’invoquer – avec une forte dose d’humilité – l’explosion artistique d’avant-garde qui a suivi la révolution russe et qui aspirait à raconter des choses que l’on ne pouvait pas raconter autrement ? La création de méga-fictions comme acte utopique.

Arde brillante… s’inspire de la vie d’Alexandra Kollontai, une révolutionnaire et féministe soviétique, ainsi que de certaines de ses interogations portant sur le corps, la liberté, la sexualité et la manière dont la société capitaliste façonne l’identité des femmes à sa convenance. Kollontai est une figure relativement obscure de la révolution russe, à l’instar d’un nombre considérable de femmes impliquées dans des révolutions un peu partout dans le monde. Après le triomphe de 1917, une série de transformations radicales se sont imposées dans tous les domaines de la société, et grâce à leurs influences, des avancées telles que le divorce, le droit de vote des femmes, l’avortement légal, l’union de couples du même sexe ont été rendues possibles… Mais il y a surtout eu l’avènement de l’idée du corps comme champ d’action révolutionnaire. Entre autres choses, Arde brillante… s’interroge sur la manière dont le capitalisme contrôle les corps, et en particulier comment le contrôle du corps féminin est représentatif d’un contrôle plus complexe exercé par une classe sur une autre. Les corps des acteurs sont représentés à différentes échelles et établissent des relations de pouvoir distinctes dans chaque format. Le corps n’est plus seulement un champ de bataille, c’est un parc à thèmes du soi pour lequel il faut acheter des billets d’entrée.

Petite digression personnelle : j’avais autour de 8 ou 9 ans, ma famille vivait dans la clandestinité, utilisant de faux noms et déménageant d’un endroit à l’autre à Buenos Aires – comme dans un mauvais film d’espionnage – parce que mes parents étaient des militants politiques de gauche et que l’Argentine était encore sous dictature militaire. À l’époque, c’est en écoutant les conversations des adultes que j’ai pour la première fois découvert une vraie histoire : après la révolution de 1917, quantité de Russes avaient émigré vers le nord de l’Argentine, dont certains tentèrent de fonder des colonies utopiques en pleine forêt. Et quelqu’un mentionna que l’une de ces colonies était uniquement composée de femmes. L’image de ces amazones socialistes créant une société alternative au milieu de la démentielle forêt latino-américaine des débuts du XXe siècle ne m’est plus jamais sortie de la tête.

Depuis quelques années, je suis père d’une petite fille et ma perception de la manière dont le capitalisme actuel façonne l’identité d’une femme est devenue une préoccupation quotidienne qui dépasse le cadre de la théorie. Comme un symptôme de notre temps, le féminisme est redevenu ces dernières années un des mouvements les plus lucides, actifs et révolutionnaires en Amérique latine.

Pendant l’élaboration de Arde brillante…, qui a duré près de deux ans, nous avons parlé avec des révolutionnaires d’autrefois et ceux d’aujourd’hui, avec des féministes qui organisent de nouveaux mouvements sociaux dans des lieux improbables ; nous nous sommes rendus dans les forêts du nord de l’Argentine pour chercher les traces des colonies d’immigrants russes d’il y a cent ans, nous avons assisté à des commémorations en faveur et contre la révolution, nous avons vu comment la pire des droites a remporté les élections dans une grosse partie du monde et nous avons découvert qu’Eisenstein faisait de la mise en scène de théâtre avant de faire du cinéma et que sa dernière pièce incluait la projection d’un film.

Les personnages de Arde brillante… se sont transformés car ils ont vu la vie des autres dans des œuvres d’art et se sont reconnus en elles, si bien qu’ils commencent à se demander s’ils veulent être les spectateurs ou les protagonistes de l’Histoire. Dans un monde plein de terribles injustices, ils voient la possibilité d’un changement radical, dans la société comme dans leur vie – à l’instar d’un tigre accroupi qui s’enflamme et continue à illuminer et semer l’espoir dans les lieux les plus obscurs. Cent ans après 1917 la question de Lénine, toujours actuelle, continue à résonner : « Que faire ? »

Mariano Pensotti
Buenos Aires, avril 2017

Back to top

Mariano Pensotti (1973) est un auteur dramatique et metteur en scène de théâtre argentin. Il a étudié le cinéma, les arts plastiques et le théâtre à Buenos Aires, en Espagne et en Italie. Avec la décoratrice de théâtre Mariana Tirantte et le musicien Diego Vainer, il a fondé le Grupo Marea. Acclamé comme l’un des plus brillants talents latino-américains du théâtre, Pensotti et sa compagnie effectuent des tournées internationales tout au long de l’année. En sa qualité d’auteur et de metteur en scène, il a créé plus d’une quinzaine de spectacles de théâtre au cours des dix dernières années. Parmi ces dernières créations, on peut citer : Cuando vuelva a casa voy a ser otro (2015) et Cineastas (2013), présentées dans plus de 20 villes à travers le monde ; El pasado es un animal grotesco (2010-2012) dont la première a eu lieu au Complejo Teatral de Buenos Aires et ensuite programmée, entre autres, au Kunstenfestivaldesarts ; Sometimes I think, I can see you (2010-2011) présentée à Berlin au HAU Hebbel am Ufer dans le cadre du festival itinérant Ciudades Paralelas et jouée après à Buenos Aires, Cologne, Bruxelles, Zurich, Varsovie, Salamanque, Copenhague, Helsinki, Gérone, Paris et Séoul ; Encyclopaedia of Unlived Lives (2010) créée à la Schauspielhaus Graz (Autriche) et au programme du festival steirischer herbst et La Marea (2005-2011) créée au V Festival international de Buenos Aires et ensuiteà l’affiche, entre autres, du Kunstenfestivaldesarts. Mariano Pensottiest devenu l’un des metteurs en scène expérimentaux les plus remarqués à travers le monde. Dans son œuvre, il développe deux lignes distinctes: d’une part, les spectacles scéniques pour lesquels il écrit sespropres textes littéraires et qui s’appuient fortement sur le travail avecles comédiens, et d’autre part, diverses actions hors les murs ayant pourintention principale de générer un contraste particulier entre fiction etréalité, en introduisant de la fiction dans l’espace public.

Back to top