Affetti

PLATEAU (nadine)

Vernissage > 30/04 > 18:00

Installation (Affetti) > 1 – 22/05, Friday to Sunday (incl. Thursday 20/05), 14:00 – 19:00 > 22’

Film (Selected Works) > 2.9.16/05 > 15:00 > 90’

Les frères Van der Avoort avaient signé en 2003 les superbes installations Vocabularium et Portrait de 40 danseurs pour l’exposition des vingt ans de Rosas. Jeunes vidéastes, Aliocha et Boris sondent aujourd’hui l’Acte 1 de La Didone composé par Cavalli et écrit par Busenello : l’apocalyptique mise à sac de Troie par les Grecs. Remodelant peintures baroques et images actuelles, partition originale et déflagrations sonores, ils isolent du chaos les visages comme autant de paysages, accidentés, balayés par la tourmente… En amont de cette installation visuelle et sonore, la projection, chaque dimanche, d’une sélection de leurs films antérieurs.

Conceptie & realisatie/Conception & réalisation/Conception & realisation : Aliocha & Boris Van der Avoort

Beelden montage/Montage image/Image editing : Boris Van der Avoort & Isabelle Boyer

Creatie 3D beelden & klank/Création d’images 3D & son/Creation images 3D & sound : Aliocha Van der Avoort

Geluidopname/Prise de son/Sound-recording : Pascale Gigon

Met dank aan/Remerciements/Thanks to : Giulia Sugranyes, Taka Shamoto, Marta Coronado, Elizareta Penkova, Thierry De Mey, Frédéric Denis & Frédéric Jacqmain, Javier Paker Comyn, André Dartevelle, Jean Albert, Anne-Sophie Glatigny

Productie/ Production: Kunstenfestivaldesarts, Family Footage

Presentatie/Présentation/Presentation : Nadine, KunstenFESTIVALdesArts

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Énée : Les murailles brûlent,

La grande ville qui fut la reine de l’Asie

a vidé de leur sang chacune de ses veines pour les remplir de flammes.

[…]

Cassandre : Ainsi va la vie.

Le roi mon père aussi, quand il était chargé d’ans, a perdu son trône et sa vie.

O faiblesse, ô dérision de l’esprit humain !

Il s’invente un long avenir, et ne vit qu’un jour.

Cassandre, qu’en sera-t-il de toi cette nuit ?

S’il n’y a plus aucun secours, ta vie finira.

[…]

Hécube : Je survis donc, décrépite, à la ruine de mon royaume,

et j’en suis venue à ne plus voir dans les pleurs

que des témoins ordinaires de mes douleurs !

Où donc va mon âme, cherchant par-delà les larmes

le moyen de se lamenter,

alors que cette nuit, j’ai perdu d’un seul coup

mon royaume, ma patrie, mon mari et mes enfants ?

Esprit tremblant, faible et languissant, quitte-moi vite.

Qu’elle parte, mon âme. […]

Cassandre, oh Cassandre,

Je pleure, pleure, pleurons notre sort extrême,

Nous ne verrons plus l’aurore. […]

Tends-moi, ma fille, la main, car je sens que je n’en puis plus.

Allons chercher une épée secourable

Qui tranche rapidement nos jours mortels.

Car la mort aujourd’hui est le moindre des maux.

L’opéra s’ouvre sur le climax de Troie incendiée par les Grecs, et consacre tout son premier acte aux tragédies humaines provoquées par ce chaos. Le roi Priam vient d’être assassiné, les vainqueurs assoiffés de sang massacrent tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin : ils égorgent Créüse, l’épouse d’Enée, ils s’en prennent à Cassandre pour la violer ; son amant Corebo, accouru pour la défendre, mourra aussitôt ; quant à la reine Hécube, elle est moquée et humiliée par ce même Grec qui avait su persuader les Troyens de faire entrer dans la ville le gigantesque cheval de bois rempli d’ennemis. Un tel début place d’emblée le « dramma per musica » à un haut niveau d’intensité…

Le grand thème de La Didone est la perte : perte physique – celle d’êtres humains, d’une ville, d’une patrie – qui devient perte intérieure : celle de la réalité, du soi, du moi. Le découpage des actes reflète ce thème. Partant de la catastrophe de la ville de Troie, le librettiste Gianfrancesco Busenello jette un regard plus intime sur les destins individuels. Quant à Francesco Cavalli, il enveloppe l’action dramatique d’une musique incroyablement variée, où s’entremêlent les formes diverses du récitatif, de l’accompagnato (chant accompagné instrumentalement), de l’ariette ou de l’aria ; il propose en outre des lamenti d’une émotion comparable à ceux de Monteverdi dont celui, déchirant, d’Hécube à la fin du 1er acte.

Isabelle Dumont

Extrait du dossier Gian Francesco Busenello, réalisé pour le KunstenFESTIVALdesArts

Bruxelles, mars 2004, en pleine réflexion sur leur création

Par le biais de la guerre de Troie, cette installation se veut manifeste pacifiste.

Nous travaillons à mettre cette guerre mythique en relation avec des images d’archives de notre propre histoire (notamment celles qui témoignent de la résistance des femmes ) : film de fiction et d’archives comme images virtuelles. Nous sommes en train de choisir différents tableaux baroques qui évoquent le temps de la guerre de Troie pour les mélanger à ces images contemporaines, les superposer à elles afin de susciter une mise en parallèle. Il s’agit pour nous de recréer de nouvelles images à partir d’une empreinte visible : l’empreinte baroque.

Affetti : littéralement « affections » et plus exactement « sentiments » ou « états d'âme ». Opéra baroque, La Didone met en scène le senti violent des passions : une suffocante tragédie humaine. Sa musique et son livret nous aspirent au cœur d’une zone obscure, sise entre le réel et l’imaginaire, là où le cauchemar n’a plus rien à envier à la réalité.

Dans notre travail sur l’image, nous avons décidé d’attribuer à quatre scènes de l’Acte 1 de La Didone une dominante chromatique. Quatre couleurs telles un filtre agissant pour teinter d’affetti la représentation du réel.

L’art baroque a excellé dans la représentation des passions humaines : il a traduit la complexité des sentiments et son chaos par un foisonnement de sons et d’images. Ce qui nous intéresse, c’est la prégnance de cet art baroque. Pourquoi aime-t-on encore aujourd’hui sa musique, sa peinture et les autres manifestations de son art ? La violence et l’intensité de l’esprit baroque résonnent pour nous d’accents très contemporains (guerres, croisade impérialiste, révolte, intégrisme, femmes-kamikazes ). Cet art baroque appartient à notre bagage culturel occidental : il nous hante, il contamine toujours notre regard et il nous plaît d’en user comme un filtre entre nous et la réalité de notre monde.

Cette dimension de filtre nous intéresse particulièrement. Car, en tant que « cinéastes-plasticiens », nous ne cessons de nous interroger sur notre propre regard, sur la manière dont nous percevons le monde et dont nous le saisissons pour en restituer l’essence. »

Boris et Aliocha Van der Avoort


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