aCORdo

€ 14 / € 11 (-25/65+)
30min

Rencontrez les artistes après la représentation du 5/05

Notre organisation sociale réduit souvent au strict minimum le contact entre groupes sociaux distincts. Elle permet même d’ignorer totalement l’existence de certains d’entre nous. Prêtez-vous véritablement attention à celui qui vient réparer votre chauffage, assurer la propreté de votre bureau ou vous servir un café ? C’est à cette polarisation de la réalité sociale, qui est aussi celle de la salle de spectacle que répond la chorégraphe Alice Ripoll. Dans aCORdo, quatre danseurs originaires des favelas de Rio de Janeiro renversent les hiérarchies sociales et les rapports scène/salle bien établis. À travers un tournoiement vertigineux, ils défient les forces d’oppression et d’intimidation qui maintiennent cet ordre en place. De ce corps à corps intense naît progressivement un ordre nouveau. aCORdo est un spectacle d’une force exceptionnelle où danseur et spectateur doivent sans cesse réajuster leurs repères. À présent que les rôles ont été (é)changés, qui mène la danse ?

À voir aussi
Workshop for associations – 7/05

Mise en scène Alice Ripoll

Avec Alan Ferreira, Leandro Coala, Romulo Galvão, Tony Hewerton

Assistante Anita Tandeta

Images & vidéo Renato Mangolin

Présentation Kunstenfestivaldesarts, Théâtre National Wallonie-Bruxelles, La Bellone, Kanal – Centre Pompidou

Avec le soutien du Centro Coreográfico da Cidade do Rio de Janeiro

Merci à prof. Irene Ferraz, Escola de Cinema Darcy Ribeiro

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aCORdo* émane d’une invitation faite à Alice Ripoll de participer, avec une nouvelle pièce, à l’exposition Que Legado (Quel héritage) qui a eu lieu au centre culturel Casteliho do Flamengo à Rio de Janeiro de mars à avril 2017. La pièce devait dialoguer avec ce qui subsiste de l’héritage légué à la ville par les deux grands événements censés avoir généré progrès, développement et amélioration, à savoir la Coupe du Monde de football et les Jeux olympiques. Sans donner de réponse littérale à la question, l’artiste propose de penser la ville à travers la perspective des performeurs avec lesquels elle a travaillé huit ans durant. Ils sont noirs et habitent une favela. Au coeur de l’équilibre qui protège Rio de Janeiro du chaos, il y a l’action policière. C’est l’élément fondamental qui préserve la population aisée de la violence d’une ville submergée par ses profondes inégalités. Le moyen le plus communément utilisé par la police lors de ses actions est le « contrôle », ce qui signifie fouiller une personne pour vérifier si elle ne porte rien d’illégal sur elle, par exemple. Ces « contrôles » servent aussi à intimider (et parfois passer à tabac) la population la plus pauvre de la ville.

Les personnes qui se rendent au cinéma, au théâtre ou dans des centres commerciaux sont donc protégées des arrastões (vols collectifs qui ont lieu sur les plages) ou du contact avec les pauvres, dissuadés par les contrôles et mécanismes invisibles dont ils sont la cible. Une fois dissuadés, ils n’occupent plus la ville et ne font qu’y transiter entre deux favelas. Il faut bien que quelqu’un assure ce service : la police. Le « contrôle » est donc une frontière, une action qui agit comme un mur. 

En danse, on apprend que le mouvement du corps produit de l’espace là où précédemment, il n’y en avait pas. On apprend à occuper son propre corps, à produire des espaces occupés par le corps, des zones occupées par des espaces. 

Ici, dans cet aCORdo, nous occupons le corps, nous problématisons les contours entre les états d’éveil, de vigilance, de rêve, de pensée, d’action et d’habitation (du corps). Dans ce nuage aux contours flous, nous suggérons, à travers le mouvement, une nouvelle zone entre le public (l’espace public) et l’artiste (l’espace privé) où émergent d’autres possibilités d’occupation des espaces et des corps. 

Dans un espace clos, l’espace réservé à la liberté, quatre danseurs en uniforme créent des images et des sensations face au public. Nous reconquerrons des espaces désertés, des ventres infertiles, des regards insipides. Nous relions larmes et genoux, jalousie et avenues, poubelles et mères, universités et nombrils, nostalgie et douleur lombaire, la réminiscence de rides sur la croupe de l’Éléphant. Et la sensation de « commettre une erreur » en flânant dans cette partie de la ville.

La danse crée des ponts mystérieux, imprévisibles et inénarrables. C’est là que résident son pouvoir et sa capacité de transformation.

* Le terme acordo a plusieurs acceptions en portugais : réveil, accord, conformité,
observance, cartel, convention… Une autre lecture du titre : a-COR-do – la couleur de.

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Alice Ripoll est née à Rio de Janeiro. Jusqu’à ses 21 ans, elle a suivi des études dans le but d’exercer comme psychanalyste avant de s’écarter de cette ambition pour finalement étudier la danse, répondant à un désir motivé par une vive curiosité pour les possibilités du corps et les recherches sur le mouvement. Alice débute une carrière de chorégraphe après avoir été diplômée de l’école d’Angel Vianna – un important centre chorégraphique et de réhabilitation motrice. Elle a chorégraphié et mis en scène de nombreuses oeuvres et a elle-même dansé pour quelques pièces – principalement les siennes. Elle a collaboré pour certaines de ses oeuvres avec des acteurs et des artistes de cirque. Actuellement, son travail réunit la danse contemporaine et des expressions de danse urbaine brésilienne à travers une recherche qui offre un espace aux danseurs pour répresenter leurs expériences et souvenirs intérieurs. Alice Ripoll assume la direction de deux collectifs : REC et SUAVE. Ses oeuvres ont été au programme de nombreux festivals brésiliens, tels que le Panorama Festival, la Bienal SESC de Dança, le Dança Gamboa Festival, la Ceará Dance Biennial and Trisca – Arts Festival for Children ; et aussi à l’étranger : au Kampnagel – Internationales Sommerfestival, au Zurich Theater Spektakel, au Noorderzon Performing Arts, aux Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis ; Projeto Brazil (présenté dans quatre villes en Allemagne : HAU à Berlin, Hellerau à Dresde, Tanzhaus à Düsseldorf et Mousonturm à Francfort), au Centre National de la Danse (Paris), au Festival de la Cité Lausanne et au Norrlandsoperan (Umeå).

Cia REC
En 2007, Alice Ripoll a enseigné la danse dans une ONG pour garçons d’une favela carioca. Ils sont alors âgés d’environ 18 ans, jouent dans un groupe de hip-hop et s’intéressent peu à peu à la danse contemporaine. L’ONG interrompt alors son travail d’accompagnement, en plein milieu du processus. Les jeunes décident alors de continuer seuls la pratique artistique entammée avec l’ONG. Sans sponsor ni soutien, ils répétent dans une vieille église de la favela où ils vivent. Plus tard, Alice Ripoll montre l’une de ces pièces collective à l’un des curateurs du Panorama Festival de Rio, qui décide de l’inclure à sa programmation. Suite à ce succès, le groupe n’a jamais cessé de créer, la plupart du temps sans aucune subvention, mais toujours avec beaucoup de force et de passion. Pendant toutes ces années, le collectif s’est imposé comme une véritable référence de la création artistique contemporaine au Brésil. La directrice et chorégraphe Alice Ripoll et les performeurs Alan Ferreira, Leandro Coala, Tony Hewerton, Luiz L.A. et Romulo Galvão ont composé ensemble trois pièces de danse contemporaine, une oeuvre destinée aux enfants et une performance sur la construction des distinctions entre les classes sociales (aCORdo).

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