Zeno at 4 a.m

Lunatheater

18,19,20,22,23/05
Duration : 1 :20
Language : En
Subtitles : Fr & En

Pour 2002, William Kentridge travaille avec Jane Taylor à l’adaptation de La Coscienza di Zeno (1923) d’Italo Svevo (1861-1928). Pour 2001, ils décident ensemble de s’attarder sur l’un des chapitres du merveilleux roman, La Mort de mon père avec le concours de la Handspring Puppet Company et du composeur Kevin Volans. Zeno at 4 a.m. devient un oratorio indépendant : couché, le vieux Zeno est assailli par ses souvenirs. Sa tête est une arène envahie par d’étranges figures d’ombre, les assauts de son intranquillité. Un acteur parle pour Zeno, un chanteur basse donne sa voix au père et The Duke Quartet, les accents musicaux de sa veille agitée. En première partie, Shadow procession, le film de William Kentridge qui inspira l’univers visuel de Zeno et un cadeau musical : Hunting:Gathering, pièce pour cordes de Kevin Volans interprétée par The Duke Quartet.

Shadow Procession

Réalisation, animation, photographie/Regie, animatie, fotografie/Direction, animation, photography: William Kentridge

Musique/Muziek/Music: Alfred Makgalemele

Montage/Montage/Editing: Catherine Meyburgh

Création sonore/Klankontwerp/Sound design: Wilbert Schübel

String Quartet No.2 Hunting: Gathering

Compositeur/Componist/Composer: Kevin Volans

Interprétation de la musique/Muzikale uitvoering/Music interpretation: The Duke Quartet

Zeno at 4 a.m.

D'après/Naar/Based on: Italo Svevo, La Conscienza di Zeno (La Morte di mio Padre)

Musique/Muziek/Music: Kevin Volans

Interprétation de la musique/Muzikale uitvoering/Music interpretation: The Duke Quartet

Mise en scène/Regie/Direction: William Kentridge

Marionnettes, Figures d'ombre, Design/Poppen, Schaduwfiguren, Ontwerp/Puppets, Shadow figures, Design: Adrian Kohler

Livret/Libretto: Jane Taylor

Acteur/Actor: David Minnaar (Zeno)

Basse/Bas/Bass: Otto Maidi (Father)

Manipulateurs et acteurs/Manipulatoren en acteurs/Manipulators-performers: Busi Zokufa, Tau Qwelane, Adrian Kohler, Basil Jones, Fourie Nyamande

Directeur de la compagnie/Dagelijkse leiding van het gezelschap/Company manager: Wesley France

Régisseur de scène/Toneelmeester/Stage Manager: Leigh Colombick

Son/Klank/Sound: Simon Mahoney

Producteur/Producent/Producer: Basil Jones

Production/Productie/Production: Handspring Puppet Company (Johannesburg), The Museum of Contemporary Art (Chicago), The Walker Art Museum (Minneapolis), The Lincoln Center (New York), Art Bureau (München)

Présentation/Presentatie/Presentation: Kaaitheater, KunstenFESTIVALdesArts

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" La première fois que je lus La Conscience de Zeno d’Italo Svevo, il y a quelque vingt ans, je fus frappé par la similitude entre l’atmosphère désespérante de cette petite ville de province, Trieste, à la marge d’un empire, et celle de ma ville, Johannesburg, en Afrique du Sud, dans les années 70. Cette sensation persista mais, au fil des années, je me sentis engagé par d’autres éléments du livre. La parfaite connaissance que Zeno a de lui et, dans le même temps, son inefficacité absolue, résonnaient bien familièrement à mon esprit : cette dichotomie entre ‘connaître’ et ‘agir’ reflétait le métier d’artiste. Sans cesse intermédiaire entre ce qu’il voit et ce dont il est intimement informé, il cherche inlassablement les moyens de concrétiser la pénétration qu’il a d’un sujet, une première intuition ou la combinaison d’associations dont il n’a que le pressentiment. "

William Kentridge ambitionne alors de restituer théâtralement ce roman d’une vie, celle d’Italo Svevo. Zeno, son alter ego, y entreprend une impressionnante auto-analyse qu’il adresse à son ennemi le plus insupportable, le docteur S. : lui-même. C’est la dernière confession de Svevo. Il s’éteint cinq ans plus tard à 67 ans, en 1928. Une confession magistrale et pointilliste, où le vieil homme est l’indécrottable spectateur, amusé et douloureux, des événements de sa propre existence. Autosatisfait et permanent insatisfait, Zeno est prisonnier de sa propre intelligence. Désinvolte, elle lui fait la nique et accuse chacune de ses incapacités, à commencer par sa décision répétée d’arrêter de fumer, résolution ‘U.S.’, ‘Ultima Sigaretta’, qu’il ne cesse de dater dans ses carnets.

On comprend la fascination de William Kentridge pour ce sommet de la littérature, cette vie de sable qu’aucun doigt ne parvient à saisir, lui qui anime pour l’écran d’éphémères dessins au fusain, jamais définitifs, constamment aspirés par de nouvelles transformations : sa manière de peindre ‘l’objectif’ à la lumière du ‘subjectif’. William Kentridge a le projet de monter ‘tout’ Zeno sous le titre de Confessions au printemps 2002. En mai 2001, il en isole un chapitre : La Mort de mon Père. Non pour expérimenter les prémisses de Confessions, mais pour élaborer ici une exploration autonome, une forme spécifique. " Pour tous les projets théâtraux avec la Handspring Puppet Company, la première impulsion est formelle. Elle répond au désir de travailler sur la combinaison de l’animation sur écran et de la marionnette en scène. Il nous faut d’abord trouver le terrain nouveau sur lequel nous allons œuvrer ensemble. Ce préalable établi, nous disposons alors d’une grille d’approche, d’un environnement de références pour penser à la pièce, d’un sésame pour entrer dans sa substance. Shadow Procession, l’un de mes films récents, allait nous guider pour tracer l’itinéraire de Zeno. " Zeno at 4 a.m. serait théâtre d’ombres.

Cette fois, point de film pour animer la scène et l’écran blanc mais des figures d’ombre devant ou derrière l’écran. Elles ‘incarnent’ les pensées qui arpentent la tête de Zeno : un espace qui n’est ni celui du rêve, ni de la raison mais cette zone troublée du ‘rêve éveillé’, où les scènes se jouent seules et en dehors de nous, où les mots imprononcés circulent derrière les mots prononcés. Une zone où les obsessions se matérialisent avant même de devenir pensées...

Cette fois, point de marionnettistes non plus. Les manipulateurs de la Handspring Puppet Company qui ont l’habitude de travailler à vue disparaissent ici complètement sous les figures. " Nous avons conçu deux sortes de poupées au départ de diverses matières : bois, aluminium, sangles de nylon et plexi ondulé ", explique Adrian Kohler. " Il y a quinze marionnettes à tiges que nous contrôlons par le dessous et cinq autres figures qui sont des extensions du corps humain. Celles-ci le métamorphosent à la manière de Jérôme Bosch. "

Ces figures sont bien différentes de leurs habituelles poupées en bois sculpté. " Les marionnettes à tiges sont construites au départ d’objets trouvés comme des outils d’ateliers. De fabrication rapide, elles semblent improvisées, comme découpées dans le papier. Les ‘extensions du corps’ ne sont pas du tout des poupées : ce sont des masques corporels comme il en existe en bois sculpté dans de nombreuses traditions africaines. Ils ont nos jambes et notre torse mais dans ce torse a germé puis grandi un arbre, un téléphone ou un pylone électrique. Ils se promènent comme des centaures, incarnations des obsessions de Zeno. Bizarres et fantasques, ils ont pris possession de son espace, désormais arène dramatique. Ils installent un monde de songes où d’étranges créatures cohabitent naturellement avec les gens ordinaires. "

Zeno at 4 a.m. est un oratorio dont la nouvelle musique est composée par Kevin Volans pour basses, sopranos, ténors, altos et quatuor à cordes. Jane Taylor qui avait déjà travaillé avec William Kentridge et la Handspring Puppet Company sur Ubu and the Truth Commission en écrit le livret : " Nous voulions, dit-elle, préserver l’essence du caractère ambivalent de Zeno, se flattant tout à la fois d’un sentiment de supériorité dans le même temps qu’il se dénigre, taraudé par celui d’une profonde faillite. La relation que Zeno entretient avec son père sert d’ouverture au roman : elle nous semblait cristalliser toutes les nuances de cette dualité. " Sur scène, David Minnaar (l’acteur qui jouait Ubu) énonce les monologues intérieurs du vieux Zeno. L’assaillent le souvenir de son père, son dernier soir de lucidité, sa mansuétude soudaine, l’intime confidence reportée au lendemain : à jamais. Lui reviennent son agonie, sa mort brutale, la culpabilité de l’avoir souhaitée, le remords de n’avoir pas été plus aimant. L’obsède le désastre inqualifiable de cette disparition qui lui ôta la conviction d’être meilleur que lui, ce moteur qui attisait toutes ses résolutions. " 15 avril 1890. Décès de mon père. U.S. Ultima Sigaretta... "

Dans l’univers de Zeno, le père vacillant est Otto Maidi, chant de basse surgi des profondeurs. Les voix du chœur sont enregistrées qui asticotent la conscience de Zeno. Les huit sections, huit pulsations pour l’oratorio fantasque et onirique sont accompagnées par The Duke Quartet. Mais avant l’insomnie diurne de Zeno et la parade fugitive de ses obsessions, un avant-goût cinéma avec la projection de Shadow Procession et musical avec le quatuor Hunting:Gathering(Chasse:Ameutement) de Kevin Volans interprété par The Duke Quartet.

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