You’ve changed

Kaaitheater

25, 27, 28/05 – 20:30
1h 5min

Groupe et individu, abstrait et concret, forme et informe, produit et processus. En explorant ces champs de tension dans des œuvres chorégraphiques aussi insoumises que sophistiquées, c’est une véritable micropolitique des corps que développe Thomas Hauert. Trois ans après Accords, un des grands succès du festival 2008, il nous revient avec un spectacle qui porte plus loin encore sa quête d’une écriture chorégraphique dialoguant en temps réel avec l’intelligence et l’intuition du corps. Dans You’ve changed, tout est parti d’une chorégraphie improvisée tel un système intégré au comportement imprévisible. Comme dans une réaction en chaîne, elle a entraîné la création d’une vidéo, puis d’une musique, puis d’une autre musique, puis d’une autre improvisation, puis de lumières, toutes ces propositions se répondant finalement sur scène pour déplier un jeu d’interactions quasi psychédéliques entre les arts. Pour Hauert, comme pour Dick van der Harst, compositeur à qui a été confiée l’écriture de la musique, multiplier les niveaux de complexité est la moindre des élégances vis-à-vis du spectateur.

Concept & réalisation
Thomas Hauert

Danse créée & interpretée par
Thomas Hauert, Fabián Barba, Liz Kinoshita, Albert Quesada, Gabriel Schenker, Theodossia Stathi, Gabor Varga, Samantha van Wissen

Musique
Dick van der Harst

Musiciens pour l’enregistrement
Dick van der Harst, Inez Carsauw, Lander Gyselinck, Jouni Isoherranen, Els Van Laethem, Simone Vierlinger

Décor & lumières
Jan Van Gijsel

Musique électronique & sons
Peter Van Hoesen

Costumes
OWN

Paroles chansons
Paola Bartoletti

Présentation
Kunstenfestivaldesarts, Kaaitheater

Production
ZOO (Bruxelles)

Coproduction
Kunstenfestivaldesarts, alkantara festival (Lisbon), La Bâtie – Festival de Geneve, Kaaitheater (Bruxelles), Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, LOD (Gand), Centre chorégraphique national de Franche-Comté a Belfort, Theaterhaus Gessnerallee (Zürich), Dampfzentrale (Bern)

Avec le soutien de
Ministere de la Communauté française – Service de la Danse, Vlaamse Overheid, Pro Helvetia – Swiss Arts Council, Vlaamse Gemeenschapscommissie

Résidences & studios
Centre chorégraphique national de Franche-Comté a Belfort in the context of the studio hosting Ministere de la Culture et de la Communication/DRAC Franche-Comté & the convention Culturesfrance/Conseil régional de Franche-Comté (Belfort), Charleroi/Danses, Centre chorégraphique de la communauté française (Charleroi), Kaaitheater (Bruxelles), Ultima Vez (Bruxelles), Rosas (Bruxelles)

Projet coproduit par
NXTSTP, avec le soutien de the Culture Programme of the European Union

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You’ve changed

« La compagnie ZOO de Thomas Hauert, un groupe d’individus responsables, une communauté qui pratique la forme de danse la plus intelligente, la plus sensible, la plus spirituelle, la plus surprenante, la plus courageuse, la plus virtuose et la plus politique qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps. »
(Katja Werner dans « Le choix des critiques », Ballet-Tanz Jahrbuch 2009)

Déployant un réseau complexe de mouvements connectés dans le temps et l’espace, le langage chorégraphique de Thomas Hauert pourrait être perçu comme un prolongement de la tradition de la danse abstraite. Pourtant, son « écriture » fortement polyphonique vient au jour sur scène entièrement par l’improvisation. Ce qui rend son œuvre singulière, et signifiante, c’est qu’elle vise à faire émerger l’ordre à partir du désordre, la forme à partir de l’informe, un groupe à partir d’individus, tout en tirant parti de la qualité exceptionnelle de perception, d’attention et de concentration rendue possible par l’improvisation. La chorégraphie apparaît comme un microcosme dans lequel des individus négocient en permanence leur liberté et leur créativité avec leur volonté de se relier aux autres. Touchant aux notions de libre arbitre et de responsabilité, elle semble traduire les négociations, conflits, tensions et résolutions à l’œuvre dans ces systèmes sociaux. Dans l’espace d’un spectacle, on retrouve l’indétermination, la justification rétrospective, l’improvisation du bricoleur, une vision limitée, des opportunités découvertes trop tard, la tentation de suivre des chemins familiers et un futur ouvert. En un sens, les forces par lesquelles nous nous confrontons avec notre condition humaine. L’imperfection devient la signature personnelle de l’engagement, l’indice d’une quête de vertu, plutôt qu’un signe public d’échec.

La matrice de You’ve changed est une chorégraphie qui se déploie sans l’intervention d’une autorité centrale. Elle forme un système intégré dynamique au comportement imprévisible, au sein duquel certains danseurs initient un mouvement et d’autres réagissent à celui-ci, cette réaction déclenchant un autre mouvement à l’intérieur de la même structure ou initiant un tout nouveau développement. Puisant librement dans un répertoire partagé de principes physiques incorporés durant un long processus de création, les danseurs sont responsables de l’invention et de l’exécution de leur propre mouvement sur scène, mais aussi de la création et du développement des structures de groupe. Ils doivent adapter leur rôle individuel au sein d’une constellation dynamique dont les mécanismes se transforment en permanence. Virtuose. Et un véritable défi. Mais également un puissant « statement » : les capacités cognitives d’un tel système dépassent de loin la simple somme des capacités individuelles des danseurs. Pour une large part, il repose sur l’intuition – comme Hauert le souligne, une faculté neurophysiologique susceptible d’être développée par l’expérience.

Comme dans une réaction en chaîne, cette chorégraphie improvisée a servi de base pour la création d’une vidéo, puis d’une musique, puis d’une autre musique, puis d’une autre improvisation, puis de lumières, toutes ces propositions se répondant au final mutuellement sur scène. En d’autres mots, une chorégraphie auto-structurée devient la structure sur laquelle tout le reste s’appuie : le processus créatif de décision individuelle, avec ses imperfections, comme fondement d’un spectacle polyphonique d’une grande complexité. On pourrait voir dans ce projet une quête de forme à une époque où la forme suscite – peut-être à juste titre – la méfiance en raison de son caractère arbitraire, autoritaire et simplificateur. Thomas Hauert n’invente pas des formes mais des processus qui ont un inhérent « désir de forme ».

La relation entre la danse et la musique est une dimension que Hauert explore sans relâche depuis le début de sa carrière. Dans Accords (2008), par exemple, les danseurs « se greffaient » sur des pièces musicales existantes en jouant de leurs corps comme d’instruments, la musique étant rendue « visible » par un réseau complexe d’actions et de réactions individuelles et supra-individuelles. Dans You’ve changed, au contraire, le mouvement précède la musique. Plus encore, c’est la musicalité inhérente au mouvement qui a servi de base pour la composition musicale. Thomas Hauert a demandé à Dick van der Harst, artiste en résidence chez LOD et connu entre autres pour ses collaborations avec les metteurs en scène Alain Platel et Eric De Volder, de composer une musique originale sur une danse proposée par les performeurs de ZOO – et filtrée par le médium de la vidéo. Ecrite pour un petit « rock band » et trois chanteuses, cette musique a servi à son tour de matériel à Peter Van Hoesen, qui l’a interprétée par des moyens digitaux pour composer des morceaux électroniques. Les deux univers musicaux, l’analogique et le digital, sont connectés l’un à l’autre et aussi, d’une certaine manière, au mouvement sur scène – par un processus d’influence mutuelle.

You’ve changed témoigne d’un véritable amour pour la danse comme forme, comme langage, comme technique. C’est une pièce physique à expérimenter de façon très directe. Le plaisir de la danse. Mais c’est aussi plus que cela. Un des fondamentaux du travail de Thomas Hauert est qu’il préserve la liberté des performeurs comme des spectateurs. Touchant à la relation entre liberté individuelle et cohésion sociale, You’ve changed réactive depuis une perspective contemporaine des questions qui ont une longue histoire. Viennent à l’esprit, en particulier, les expériences culturelles utopiques des années 1960-70, un moment d’articulation où les rêves d’ingénierie sociale du modernisme s’effondrent sous les attaques d’une vision nouvelle, postmoderne, du « sujet ». La période, aussi, où ont pris place dans le champ de la danse des expérimentations qui se réverbèrent encore aujourd’hui dans un travail comme celui de ZOO. Mais depuis ce temps, l’eau a coulé et les miroirs se sont brisés… Le nouveau spectacle de Thomas Hauert pourrait nous inviter à nous poser cette question : en quoi avons-nous changé ?

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En 1998, le danseur suisse Thomas Hauert (°1967), ayant accumulé un trésor d’expérience en dansant auprès d’Anne Teresa De Keersmaeker, Pierre Droulers, David Zambrano et Gonnie Heggen, décide de former sa propre compagnie : ZOO. Avec quatre collègues – Mark Lorimer, Sara Ludi, Mat Voorter et Samantha van Wissen, rencontrés à la Rotterdam Dance Academy et chez Rosas – il crée le spectacle Cows in Space. La première a lieu à Courtrai et fait d’emblée un tabac. Le spectacle remporte des prix aux très renommées Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis et se produit sur de multiples scènes en Belgique et à l’étranger. Le même quintette crée Pop-Up Songbook (1999), Jetzt(2000) et Verosimile (2002). En 2001, Thomas Hauert présente son solo Do You Believe in Gravity? Do You Trust the Pilot? Pour la cinquième production de la compagnie ZOO, 5 (2003), le chorégraphe invite chaque danseur à a réaliser une pièce personnelle. Pour sa propre pièce, Common Senses, il dirige une improvisation exécutée par dix danseurs. Les membres fondateurs de ZOO sont alors rejoints par Martin Kilvady et Chrysa Parkinson, qui participent aux prochaines productions de ZOO – modify (2004), More or Less Sad Songs (2005), Walking Oscar (2006), puzzled(2007) et accords (2008). Zoë Poluch rejoint la compagnie en 2007. Outre des collaborations plus brèves, ZOO développe des associations à plus long terme avec les scénographes et créateurs de lumière Simon Siegmann et Jan Van Gijsel, les musiciens et compositeurs Bart Aga et Alejandro Petrasso, et les stylistes de mode Thierry Rondenet et Hervé Yvrenogeau (OWN).

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