Your Brother. Remember?

Collaborateur régulier de la compagnie new-yorkaise Nature Theatre of Oklahoma, mais aussi cinéaste et musicien, Zachary Oberzan crée au festival un spectacle très personnel. Quand ils étaient adolescents dans le Maine, lui et son frère aîné Gator réalisaient en vidéo amateur des parodies de leurs films favoris – dont le hit de Jean-Claude Van Damme Kickboxer et le faux « snuff movie » culte Faces of Death. Vingt ans plus tard, ils reviennent dans la maison familiale et reconstituent les remakes de leur jeunesse. À travers un subtil entrelacement d’images amateur, d’extraits de films hollywoodiens et de performances live, nous découvrons la relation entre les deux frères. L’un, devenu un acteur professionnel renommé, a réussi aux yeux de la société. L’autre a dévalé la pente pour finir en prison. Là, s’il a continué une pratique d’acteur, c’était avant tout pour servir un « art de la manipulation ». Mais dans quelle mesure sont-ils vraiment différents ? Les rôles auraient-ils pu s’inverser ? Où se situe la vérité de l’être : chez celui qui joue la vie sur scène ou chez celui qui tente de l’adapter à la réalité ? Après tout, les héros cachent aussi des figures tragiques.

Conçu, réalisé, monté
& interprété par

Zachary Oberzan

Avec la participation de
Gator Oberzan en vidéo

Textes
Zachary & Gator Oberzan

Assistant réalisateur
& tour manager

Nicole Schuchardt

Lumières, sons & vidéo
Tom Barcal

Merci à
Jan Stelma, Mark Yeoman, brut Wien, Peter Nigrini, Nicole Schuchardt, Laurie Palmer, Lauren Wissot, Nature Theater of Oklahoma & Jean-Claude Van Damme

Production
Kunstenfestivaldesarts.

Coproduit et developpé
en résidence au

Noorderzon Performing Arts Festival/Grand Theater Groningen, brut Wien

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Your brother. Remember?

J’ai beaucoup réfléchi à ce que je pouvais dire pour expliquer le spectacle. J’allais essayer d’écrire quelque chose d’artistique et d’intelligent, mais le faire maintenant allait me gâcher la magie de la pièce. J’ai donc demandé à mon frère Gator d’écrire un texte sur la réalisation de ce spectacle, et je savais qu’au bout du compte ce serait aussi informatif que tout ce que j’aurais pu concocter moi-même. Comme il convient, il a fait un immense effort pour arrêter la méthadone pendant la semaine où il a écrit ceci. Je crois que cela lui a permis de se concentrer sur un objectif, ce qui est très important en pareilles circonstances. Il m’a envoyé une lettre de quatre pages, écrites à la main. Je vous la reproduis telle quelle.

Zachary Oberzan

I. L'une des nombreuses versions de nos vies se rattachant au cinéma


Voici le tableau : mes parents ont divorcé, mon frère et moi y avons réagi très différemment. Je suis devenu Rebelle, il est devenu renfermé. En fait, il me semble que nous étions déjà ainsi avant le divorce. Néanmoins, nous nous sommes beaucoup disputés. Parfois, cela devenait violent. J'en ai honte. Quoi qu'il en soit, ma rébellion m'a entraîné sur une certaine voie.
Mon frère renfermé a par contre développé une vie routinière : dormir quasi toute La Journée et se consacrer le reste du temps à s'auto-enseigner la guitare et le chant. Puis, Il passait ses soirées au Duncan Donuts du coin à pousser la chansonnette pour un public d'Ivrognes. Il est tenace, et quand il ne l'est pas, je le suis pour lui, parce que grâce à ses compétences auto-enseignées, il a obtenu bien plus avec sa voix et sa Guitare qu'on aurait pu imaginer.
Jusqu'à ce point, mon frère et moi partagions une expérience qui nous unissait à l'image des pièces d'un puzzle. Quand il est entré au lycée, il s'est beaucoup intéressé au cinéma. À cette époque, une caméra vidéo avait la taille d'une valise et contenait une cassette VHS. J'achevais le lycée et me remettais parallèlement d'un accident de voiture, mais j'étais très intéressé à ce que faisait Zack. J'adorais faire semblant d'être quelqu'un d'autre. Je l'avais fait si souvent.
Pour illustrer notre complicité à l'image de pièces de puzzle, je dirais qu'il avait le même sens de l'humour que moi et que ce qui le faisait rire me faisait rire. Quand il trouvait un film mauvais, je le trouvais mauvais.
En visionnant une scène, il pouvait percevoir un jeu d'acteur forcé, manquant de naturel ou voyait que le réalisateur aurait dû la filmer plutôt de telle manière que de telle autre. C'était exact, j'étais d'accord avec chacune de ses idées sur ce que devrait être un film. Il pouvait bien sûr y avoir quelques différences, mais si insignifiantes que nous étions d'accord dans la seconde. Ainsi, nous aimions nous installer et regarder des films. Nous établissions sans cesse des listes dans nos têtes de ce qui aurait pu être mieux. Mais, il y avait aussi des passages que nous trouvions très bien, par exemple quand Jean-Claude Va Damme se rend compte pour la première fois dans « kickbor » qu'il lui faut se battre « à l'ancienne ». Ce regard intense et déconcerté, quelle scène !
Quoi qu'il en soit, nous avons décidé de créer notre version de quelques-uns de nos films favoris. En premier lieu, il y avait bien entendu « Kickboxer » de JCVD. L'autre film était « Faces of Death », un film qui pouvait, selon nous, honorer le Dr Francis S. Gross et l'aider à Justifier son exploration Audacieuse et aventureuse des visages de la Mort.


II. CRÊpes, biftecks, hamburger et frites

Ce sont les meilleurs moments que j'ai vécus avec mon frère, mais depuis, le temps a passé.
Zack se débrouillait très bien à NY et moi j'essayais de garder la tête hors de l'eau en entraînant personnellement des clients privés. Je trouvais ma voie, j'imagine que je prenais de la maturité. Assez pour me sentir heureux pour mon frère et pour ce qu'il faisait, sa belle carrière de comédien à NY dont je parlais à tout le monde. Je lui aurais dit la même chose s'il avait appelé la maison, déprimé. Je lui aurais expliqué qu'il peut apprendre à contrôler sa dépression, à la repousser comme si elle n'était pas réelle. « Tu avances, ne l'oublies pas ! » Il fallait juste arriver à bout de sa situation actuelle. Dès qu'autre chose se pointait à l'horizon, je trouvais les bonnes réponses, celles dont il avait besoin pour assurer son élan suivant.
Quoi qu'il en soit, un jour, Zack m'appelle et me demande si je peux l'aider pour un projet auquel il réfléchit. Bien sûr que je l'aiderai. J'Aimais tous ces trucs, il y a vingt ans. De quel projet s'agit-il ? Un remake de tout ce que nous avons fait il y a vingt ans, me dit-il.
Il m'explique son projet et je suis Excité. Outre le fait que nous allions prendre beaucoup de plaisir à refaire un film ensemble, j'étais tellement EXcité de revoir mon frère.
Cela faisait un long moment que nous n'avions plus passé du temps ensemble, sans parler de consacrer du temps à faire ce qui nous a rendus si proches à l'origine.
Il est donc venu et nous nous sommes d'emblée mis à l'œuvre. Il a insisté pour que nous portions (aussi souvent que possible) les mêmes vêtements qu'à l'époque. C'était parfois très Ennuyeux de remettre des vêtements d'il y a vingt ans, ayant pris plus de 45 kg depuis. Et il tenait aussi à ce que l'on s'en tienne aux Dialogues d'il y a vingt ans, aux anciennes séquences. Du coup, ce qui était autrefois un Dialogue improvisé devenait à présent le Scénario de la reconstitution.
J'ai senti que le film suscitait plus d'émotions en moi, parce qu'il montrait en quelque sorte ce qui s'est passé dans ma vie au cours des vingt dernières années. Nous avons donc opéré une sélection des moments glorieux à souligner. Je souhaite le faire dans une forme reconstituée, avec des chansons que j'ai écrites et dont Zack a Composé les accords, pour tirer profit de ses compétences musicales exceptionnelles. Je pense qu'on peut résumer ma vie par deux surdoses, un séjour en prison et mon décrochage sur le tournage. Après avoir appris plus sur le métier grâce à mon frère, j'espère chaque jour Obtenir un rôle, une mise en scène, ou tout autre emploi dans le secteur. Surtout avec mon Frère. Vous vous en souviendrez ?

Gator Oberzan

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Zachary Oberzan (°1974) fait partie du Nature Theater of Oklahoma. Avec ce collectif new-yorkais, il a créé et présenté toute une série de productions aux quatre coins du monde, dont le spectacle Rambo Solo (2009). En 2009, il a réalisé le long-métrage Flooding with Love for the Kid, une adaptation de l’histoire de Rambo, dont il interprète lui-même les 26 rôles et qu’il a entièrement filmé dans son appartement à Manhattan. Le film a été à l’affiche de divers festivals à New York et en Europe. Zachary Oberzan a également enregistré deux albums en tant que musicien. En 2010, il se produit avec le Wooster Group et va collaborer avec la compagnie de théâtre néerlandaise Kassys.

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