Van hier en ginder / D’ici et de là-bas

Chico Salvak & Een topografisch portret van José Besprosvany

Actor's Studio

17-23 mei/mai/May, 18:00

Pourquoi Bruxelles offre-t-elle si peu de visibilité aux artistes et intellectuels vivant ici mais nés là-bas ? En 1998, avec Dito'Dito et transquinquennal, le Festival aménageait une plate-forme d'écoute aux parcours nomades, du Maghreb vers l'Europe, et aux réflexions éclairées sur les identités aux appartenances multiples. Poursuivie en 1999 avec des artistes d'origines chinoise, mexicaine, congolaise et tunisienne, D'ici et de là-bas s'épanouira encore en 2000. Cette fois, deux cinéastes, Marilyn Watelet et An van Dienderen, se saisissent des dix entretiens existants pour revisiter à leur manière ces paroles, denses et généreuses, acérées et vitalistes, et leur donner un plus large rayonnement.

Chico Salvak, Paroles données
Regie/Réalisation/Direction: Marilyn Watelet, Szymon Zaleski

Een topografisch portret van José Besprosvan
Regie en beeld/Réalisation et images/Direction and pictures: An van Dienderen

Montage/Editing: Rudi Maerten
Muziek/Musique/Musik : "Chant de guerre"
Componist/Componiste/Compositor : Hugues de Courson
Cellist/Celliste : Michel Boulanger
Zangeressen/Chanteuses/Singers : Marie Cavenaile, Isabella di Venosa
Klank/Son/Sound : Daniel Tursh
Met de steun van/Avec l'aide de/With help from: José Begrossvany en Compagnie Idea, Didier Volckaert, Reinhart Cosaert
Met dank aan/Remerciements à/Acknomledgments : Regjep Ahmetas, voor het gebruik van de beelden voor /pour l'utilisation des images de/for the use of the pictures for: "Lara"

Twee documentaires gebaseerd op de interviews van Van hier en ginder ‘98 en ‘99
Deux documentaires basés sur les interviews de D'ici et de là-bas '98 et ‘99
Two documentaries based on the interviews in Van hier en ginder / D'ici et de là-bas '98 and ‘99

Leila Houari / interview : Hamel Puissant
Emerald Beryl / interview : Jean-Pierre Rondas
Mohamed el Baroudi / interview : Fatiha Saïdi
Marjorie Boston / interview : Piet Piryns
Malek Chebel / interview : Fatiha Saïdi
Shanglie Zhou / interview : Everlyn Nicodemus
David Bovee / interview : Willy Thomas
Pie tshibanda / interview : Jean-Pierre Jacquemin
Ghalia Benali / interview : Leila Houari
José Besprosvany / interview : Claire Diez

Productie/Production: Brussel/Bruxelles 2000, KunstenFESTIVALdesArts
Presentatie/Présentation/Presentation: Actor's studio (Brussel/Bruxelles), KunstenFESTIVALdesArts

Van hier en ginder / D'ici et de là-bas ‘98 & ‘99:
Concept: Dito'Dito, transquinquennal, KunstenFESTIVALdesArts
Realisatie/Réalisation/Realisation: Dito'Dito, KunstenFESTIVALdesArts
Coproductie/Coproduction: Dito'Dito, Brussel/Bruxelles 2000 ('99 & 2000), KunstenFESTIVALdesArts
Presentatie/Présentation/Presentation: Gemeenschapscentrum De Markten ('98), Beursschouwburg ('99), KunstenFESTIVALdesArts

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Troisième édition de D'ici et de là-bas / Van hier en ginder. En 1998, le KunstenFESTIVALdesArts, et deux compagnies de théâtre, l'une néerlandophone, l'autre francophone, Dito'Dito et transquinquennal, s'attablaient pour créer ensemble une plate-forme d'écoute aux artistes et intellectuels nés ailleurs et résidant aujourd'hui à Bruxelles, à Paris ou Amsterdam. International et bicommunautaire, le Festival se voulait chambre d'écho de ces expressions minoritaires souvent otages des dissensions linguistiques et communautaires. Oeuvrant au coeur de Bruxelles, les acteurs de Dito, partenaires de transquinquennal, travaillaient sur le terrain à créer des ponts entre leur expérience et cette soif de dire qui ne demandait qu'à s'épancher dans les quartiers de la ville.

Tous trois préoccupés par la médiatisation négative de ce qu'on appelle ‘la présence des communautés immigrées' à Bruxelles, tous trois convaincus qu'il n'est pas assez de place pour valoriser l'énorme potentiel d'enrichissement culturel de ces métissages urbains, ils se mirent ensemble pour inviter ces témoins à partager leur trajet, leur bataille et leur regard sur leur société d'origine et sur la nôtre. En 1998, cinq entretiens virent le jour, intimes, enflammés, critiques et nuancés. Les interviewés s'appelaient Leila Houari (écrivain, 1958, Casablanca / Bruxelles / Paris), Emerald Beryl (poète, 1964, Maroc / Amsterdam), Marjorie Boston (actrice, 1964, Surinam / Amsterdam), Malek Chebel (psychanalyste, 1953, Algérie / Paris), Mohamed El Baroudi (professeur de littérature, 1935, Casablanca / Bruxelles). En 1999 naquirent cinq autres témoignages : Shanglie Zhou (plasticienne, 1958, Shangai / Anvers), Pie Tshibanda (psychologue & auteur, 1951, Congo / Belgique), Ghalia Ben Ali (chanteuse, 1968, Tunis / Bruxelles), José Besprosvany (chorégraphe, 1959, Mexico City / Bruxelles), David Bovée (musicien anversois / nomade).

En 2000, deux cinéastes, Marilyn Watelet et An Van Dienderen, se saisissent de ces récits pour les valoriser par l'image. Elles ont visionné les quelque vingt heures d'entretien de 1998 et 1999. Il leur tenait à coeur, comme à nous, de prolonger ces parcours individuels, de leur donner une nouvelle vie, irriguée par leur sensibilité de femmes d'images, de femmes rétives aux généralisations abusives.

Marilyn Watelet (Bruxelles, 1948) travaille étroitement avec Simon Zaleski (Lodz / Pologne, 1952) depuis 1994. " Simon m'a toujours dit : ‘la possibilité de vivre commence dans le regard de l'autre'. Pendant des années, les regards qu'il percevait ici ne l'autorisaient pas à vivre. " Le cinéma est un regard, la caméra, un oeil : comment impressionner ce nerf optique qui mène au cerveau ? Courir au plus ‘évident', au plus spectaculaire et au plus violent, comme le font éternellement les médias, ou prendre le temps d'écouter pour mieux regarder ? Le choix ne se pose même pas. Ensemble, Marilyn et Simon conçoivent et réalisent des documentaires, leur manière de débusquer ces stéréotypes qui cimentent les idées convenues. Ils filment le Cuba d'aujourd'hui au départ d'un grand magasin aux rayons vides où défilent les riverains : Fin de Siglo plante son objectif au coeur de leur quotidien incertain, écartelé entre communiste et illusions capitalistes. Ils suivent de jeunes Belges, fans de musique ‘Black Metal' : ces émules redoutés de rock sataniste n'ont décidément rien de redoutable. Dépiauter les clichés : placer son regard sur les frontières, comme bientôt à la limite de la Pologne - " passoire de toutes les migrations " - et de l'Allemagne, " gardienne intraitable au seuil du monde riche ".

Aujourd'hui, Marilyn Watelet et Simon Zaleski donnent leur regard à ces entretiens D'ici et de là-bas : " Ces vécus nous touchent. Ils ont pour point commun d'être nés ailleurs mais chaque individu a sa propre intuition et sa propre expérience. Elle varie d'une génération à l'autre. Les interviews étaient individuelles : nous aimerions les mettre en conversations, les faire respirer dans Bruxelles. J'ai la sensation que Bruxelles est une place privilégiée pour ‘être', quel que soit l'endroit d'où l'on vient, explique Marilyn. Elle n'est pas asservie à la culture française, elle est proche de l'Allemagne et de l'Angleterre. Vivre en son centre, c'est se frotter tous les jours aux autres communautés. Cette ville me fait ‘fantasmer' positivement. "

" La mentalité belge est horriblement statique ", lance An Van Dienderen (Brasschaat, 1971), deuxième cinéaste à faire revivre les entretiens de D'ici et de là-bas. Je suis née ici et je ressens, chaque jour, en Belgique, cet indécrottable besoin de stabilité qui range les connaissances en catégories cloisonnées et aisément identifiables. Dans ces catégories, il n'y a pas de place pour les identités aux appartenances multiples, ni d'ailleurs pour n'importe quel métissage. Tout ce qui existe hors catégorie, n'existe plus. Tu es dans le classement ou tu disparais ! " An Van Dienderen est cinéaste et pratique ‘l'anthropologie visuelle'. Par l'image artistique, elle se bat contre les images toutes faites. " Les médias produisent une représentation du réel, souvent manipulée. Cette reproduction biaisée sert de matrice à toutes les autres reproductions médiatiques, qui la répètent et l'amplifient. C'est un fameux cercle vicieux, encouragée par le sentiment de supériorité que cultive l'Europe face aux autres continent. "

An a étudié à Sint-Lucas avant de se rendre à l'Université de Berkeley pour suivre en élève libre les cours de Trinh Minh-Ha 1, brillante coréenne qui y dirige des séminaires sur le ‘Third Cinema' et ‘Identities across Differences'. Ce ‘troisième cinéma' regroupait les films indépendants, hors catégories hollywoodiennes, et les ‘identités croisées' étaient une réalité à l'université où se côtoyaient toutes les nationalités et différentes générations, où s'analysaient les récits autobiographiques de ‘femmes de couleur', respectées dans leur fond et dans leur forme. Pour An, le respect d'un sujet passe par la remise en question des stéréotypes qui collent à sa représentation : " Pourquoi toujours tel profil pour telle info ? D'où vient cet a priori ? Dans les journaux, les articles sont signés ; pourquoi les images des grands médias ne le sont-elles pas ? Elles ont pourtant un auteur... " La jeune cinéaste s'est passionnée pour les entretiens de D'ici et de là-bas et s'attache plus particulièrement à rendre par l'image les correspondances intuitives qui se tissent, pour un artiste d'une autre origine, entre la perception personnelle de son voyage, de ses (dés-)enracinements et le mouvement de son art.

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